La princesse, le crapaud et l'homme en noir

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Cosmonaute à la retraite je suis actuellement en tournée avec une troupe de danseur de claquette chauve. Après avoir reçu la légion d'honneur pour avoir sauvé bernadette chirac d'une attaque de  [+]

Un soupir, réveil toujours aussi difficile pour notre princesse, deux des quatre pieds enroulés dans le lit commencent à remuer.
La caricature de prince charmant est également réveillée, sa main bouge il tente une caresse sur la peau fine qu'il pense acquise, la réponse est sèche, immédiate : "va-t'en".
Faux prince ne comprend pas, des coulées de sang frais décorent le lit, mieux vaut ne pas insister, il se lève, s'habille, timide "au revoir" et se casse.
Princesse s'assoit au bord du lit, entoure le drap souillé autour de son buste et se lève lentement. On devine sa silhouette et on comprend pourquoi on l'appelle Princesse  : un corps de carte postale, un corps de rêve, un corps de princesse des vieux Walt Disney qui lui permet de collectionner les torses musclés des finauds qui ne se formalisent pas de la différence d'âge.
Quelques pas, très fin, très lent, Princesse nymphomane a abusé des pommes empoisonnées hier au soir.

Entré dans la salle de bain, chauffage à fond, Princesse n'aime pas avoir froid, toujours ceinturée par le drap, sa nudité se fait désirer, la douche s'allume, princesse frileuse attend que l'eau se réchauffe.

Une princesse s'est réveillée, un homme capuchonné dans une cape noire s'est couché, il a éteint ses bougies, rangés dessins et manuscrit sur lesquels il a travaillé toute la nuit, s'est allongé, figé, endormi ? peut être.

Il ne nous intéresse pas pour l'instant passons plutôt voir le troisième personnage de notre histoire, le crapaud. Adossé contre le mur de son appartement, crapaud se masturbe en pensant aux jambes de sa belle voisine.
Eh bien crapaud  ! c'est déjà la troisième fois depuis ton réveil, c'est rare de voir des personnes aussi frustrées que toi. Tu l'écoutes, hein ? petit pervers, misérable crapaud, elle est sous sa douche ? tu entends les bruits d'eau qui coule, tu imagines son corps humide, ses cheveux trempés, ses mains, caressant sa peau pleine de savon, tes mains caressant sa peau... pardon, ce n'est pas polie d'incruster le fantasme d'autrui.

Laissons notre petit crapaud pervers à ses plaisirs solitaires et retournons voir Princesse.
La scène est plus élégante, mais étrange, Princesse reste emmaillotée dans son drap et semble hésiter devant le jet d'eau brûlant.
Elle entre tout doucement dans la douche, d'abord les pieds, un instant, puis les jambes, un instant, puis le corps en entier, le drap est trempé mais ne tombe toujours pas, que nous caches-tu Princesse ? pourquoi ne découvres-tu pas ton corps, qu'est-ce que tu ne veux pas que l'on voie, qu'est-ce que tu ne veux pas voir ?
Blessure qui s'ouvre sous la chaleur de l'eau, une coulée de sang glisse le long de ses jambes... le drap tombe enfin, l'eau pénètre complètement les nombreuses plaies qui ornent le corps de la belle, gémissement de douleur et de soulagement...
Princesse s'écroule sous le jet brûlant et laisse l'eau nettoyer ces étranges cicatrices, dessins de sang, symétriquement parfaits, qui font couler les larmes de notre princesse lacérée.
Pleure Princesse, pleure, car tu as mal, car tu ne comprends pas, car tu es morte de peur, mais ne fais pas trop de bruit, tes sanglots pourraient être mal interprétés.

Laissons là un instant se vider de ses larmes, la curiosité me pousse à aller voir où en est le crapaud, ne t'inquiète pas princesse nous allons vite revenir.
Petit crapaud est en train de trembler, il a joui, les gémissements de sa voisine sous la douche l'ont achevé, corps et esprit se sont emballés. Il est à genoux, de la semence plein les doigts, le bruit de l'eau qui coule résonne encore dans sa tête, viens s'y mêler le bruit de ses dents qui claquent.
Relève toi petit crapaud, vite, dans peu de temps ta voisine va sortir de son appartement, tu attendras devant ton perron et peut-être que cette fois tu auras le courage de lui parler, courage petit batracien, tu es si laid, si attendrissant... un bruit, non ce n'est pas elle, tu ne reconnais pas le bruit de ses pas, attend encore un peu elle va arriver  : promis.
Princesse a fini de pleurer, dans son salon, nue, immobile face à son immense miroir fissuré.
Fissuré comme elle, ce n'est pas la première fois que ton corps se retrouve lacéré de la sorte, des cicatrices plus anciennes ornes tes hanches, tes cuisses, que se passe-t-il princesse maudite ? quel est ce mal qui te frappe ?
Ressaisis-toi princesse, la vie quotidienne t'attend.
Un moment

Maintenant tu es prête, quelques linges recouvrent ton corps, un maquillage léger cache tes cernes, ta main sur la porte, la poignée tourne, tu sors de l'appartement.
Brève rencontre avec ton voisin, personnage minuscule, ridicule, tu fais semblant de ne pas le voir, pas un regard, pas un sourire, pas un bonjour. Princesse odieuse, pour qui te prends-tu ?
Désolé mon petit crapaud, ce n'est pas pour aujourd'hui, mais peut-être devrais tu prendre les devants au lieu d'attendre que ta belle peste de voisine t'adresse un sourire, laisse-lui un mot sous la porte, invite la à boire un verre, ou tout simplement dis-lui bonjour.
Ou dis-lui... dis-lui que tu te branles dix fois par jour en pensant à elle, que tu la suis, que tu la photographies en cachette, que tu bandes dès que tu l'entends marcher... ça la fera peut-être sourire.
Excuse moi crapaud, je suis méchant, retourne dans ta mare avec tes collègues insectes des marais, va croasser, va travailler, fais ce que tu veux, nous t'attendrons, ta vie hors de cet immeuble ne m'intéresse pas.
En attendant le retour de notre couple féerique, partons revoir le mystérieux homme en noir.
Absent. Fouillons.
Bougies, grimoires aux belles écritures oubliées, crayonnés anatomiques, dessins de corps, symboles étranges, symétrie parfaite, symboles déjà aperçues, sur le corps de notre princesse.
Des liens étranges entourent nos deux personnages; mystérieux homme en noir.
Attendons dans le couloir que l'un de nos personnages revienne et profitons-en pour faire le point.
Crapaud est obsédé par sa voisine: la princesse, qui elle n'en a rien foutre de sa gueule mais est préoccupée par les cicatrices qui apparaissent sur son corps quelquefois au petit matin, un mystérieux homme en noir pourrait nous renseigner sur ces mystérieuses apparitions.
Bref, la situation, n'a rien de critique.
J' entends crapaud qui revient du travail, le temps passe vite lorsqu'il n'y a personne à observer.
Il tire une sale gueule, mauvaise journée crapaud . Il entre dans son appart', ferme la porte, et colle son œil au judas. Ses lèvres remues, mais aucun mot ne sort de sa bouche, crapaud m'inquiète.
Attends crapaud, calme, elle va arriver ta princesse, un peu de patience.
Elle est un peu bizarre en ce moment tu sais, comprends-la, peut-être qu'elle a besoin d'aide, besoin de toi mais s'il te plaît arrête de baver BORDEL.
Tu la vois arriver, enfin, tu bandes déjà salaud, elle a les bras chargés de paquets. Qu'attends-tu ? sors de ton appart, va l'aider.

Magic moment, nous assistons au premier échange de regards entre nos deux personnages. Crapaud attrape les paquets, la princesse ouvre sa porte, les deux personnages entrent dans la demeure royale, crapaud est aux anges, si on tend bien l'oreille on peut entendre un timide "merci" émaner des lèvres de la princesse. Ce mot n'échappe pas aux oreilles du crapaud, il résonne dans sa tête, c'est la première fois qu'elle lui adresse la parole, un geste de la tête en signe d'acquiescement et il s'échappe de la façon la moins royale possible.
Quel courage crapaud, mais tu n'en peux plus n'est ce pas, trop d'émotion .
Vicieux petit crapaud rentre chez lui, l'odeur de la princesse déchaîne en lui une passion terrible, il tremble, baisse son pantalon, sors son "bitogno", commence à se masturber, cri, tombe.
L' homme en noir se réveille au même moment ( comme c'est bizarre), allongé par terre, il se relève à la façon des vampires de vieux films d'horreur, éteint les lumières, allume ses bougies... lentement.

Princesse ne prend pas la peine de déballer ses paquets, elle éteint les lumières, allume ses bougies... lentement, elle tremble, se met face à son miroir fissuré, s'écroule soudainement.
Murmures inquiétants, l'homme en noir commence ses dessins, symbole de haine et d'amour, tu aimes notre princesse toi aussi ? tu la maudis...
Princesse rêve... un miroir géant, elle se tient juste devant mais à la place de son magnifique reflet se joue une scène trouble, Princesse plisse les yeux  : un homme à tête batracienne copule violemment avec une femme anatomiquement splendide, haut-le-cœur, la femme c'est elle.
Princesse veut détourner les yeux mais trop tard un homme en noir habillé de noir lui agrippe la nuque et la force à regarder l'étrange spectacle.
Ne cède pas princesse, débat toi, tournes-toi, ferme les yeux.
Mais le sombre agresseur est puissant, c'est aussi son cauchemar, il assure sa prise sur le cou de la princesse victime et la plaque contre le miroir, la glace se fissure, commence à absorber Princesse.
Elle souffre, le miroir pénètre sa chair jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus se libérer.
Une ligne de sang coule le long de son ventre, Princesse se fait lacérer, l'homme en noir a repris ses dessins...
La main sure, les tracés précis se transforment en symboles d'amour haineux.
Le rêve de notre princesse est de plus en plus sanglant, les symboles prennent forme sur son cou, sur son buste, sur ses seins, elle souffre, la scène dure...
... jusqu'à ce que le dessin s’achève. Du sang coule de le long des lèvres de l'homme en noir, ses dents claquent une dernière fois, il s'écroule la tête sur son bureau.

Crapaud se relève, la tête sur son bureau, il ne comprend plus rien. Des dessins sont étalés devant lui, des symboles qui lui rappellent vaguement quelque chose.
Il enlève sa capuche, éteint toutes les bougies qu'il ne se souvient pas avoir allumé et va coller son oreille contre le mur mitoyen de sa belle voisine.
Il l'entend, elle gémit, elle se réveille...
Dans son lit, Princesse a fait un terrible cauchemar, elle n'ose pas se relever.
Tout ton corps est recouvert de coulées rouge sombre, la chair est à vif, tes draps sont tachés de sang.
Ce n'est pas la première fois que tu fais ce rêve, mais il n'avait jamais été aussi précis et les stigmates n'avaient jamais été aussi nombreux, aussi profond, aussi douloureux.
Qu'est-ce qui a provoqué cette violence, Princesse ?
Peut-être un événement dans la journée.
Tu ne te souviens pas .
Cherche .
Quelque chose auquel tu n'avais jamais fait attention auparavant .
Ou... quelqu'un auquel tu n'avais jamais fait attention auparavant ?

Ça ne sert à rien de pleurer, relève-toi et regarde, une autre surprise t'attend.
Le grand miroir est en miettes, les morceaux sont éparpillés partout sur le sol.
Tu t'agenouilles, commences à ramasser les morceaux, les rassemblent, tes mains se coupent mais tu t'en fous, Princesse a perdu les pédales.
Qu'est-ce que tu fais? tu n'arriveras pas à le réparer... les morceaux de verre s'alignent, s'assemblent, le miroir commence à reprendre forme.
Tu t'arrêtes, le visage empli d'effroi. Qu'a tu découvert Princesse ? n'avais-tu jamais vu ton reflet, qu'est-ce qui te glace le sang à ce point?
Crie Princesse, crie. Plus fort.
CRAPAUD, ou homme en noir comme tu veux, ta voisine crie, la princesse appelle son prince charmant . Cours crapaud, sort de ton appartement, cours, rentre dans le sien, stop, il n'y a plus de cris.
Tu t'attendais à trouver ta princesse en détresse, tu voulais la secourir, te transformer en prince mais regarde bien, ce n'est pas ta princesse allongée le visage contre un miroir brisé . Non, c'est un homme habillé tout en noir.
Tu te penches vers lui, vers sa capuche, allez crapaud, courage, regarde le visage sous cette capuche.
Tu trembles  ? qu'y a-t-il crapaud, qu'as tu vu, montre nous.
Doucement crapaud, calme.
Maître crapaud pris d'un accès de fureur, arrache la cape de l'homme allongé et nous dévoile le visage de l'homme en noir qui se trouve être le même que le sien.
Et ce corps lacéré dans tous les sens... oui, c'est bien le tien crapaud, Hola, ça ne va plus hein, plus rien n'a de sens.
Et regarde bien, dans le miroir recomposé par terre, le reflet de ton visage.
Oui c'est bien le tien, beau visage n'est ce pas. Tu es surpris, un visage tellement féminin, tellement sensuelle auquel tu as pensé tellement de fois en te masturbant.
Une bien triste histoire mais pas d'inquiétude c'est un conte de fées et les contes de fées finissent bien, alors  :
notre skizo princesse vécurent heureux et eurent beaucoup de petits médicaments.
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