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La princesse et le jaguar

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Nathalie Landeau

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Il y avait fort longtemps dans un royaume prospère, une princesse aux cheveux couleur de la nuit, douce et tranquille veillait. Le prince, son mari, l’aimait de tout son cœur, et à chacun de ses voyages, il revenait avec des cadeaux précieux pour sa belle. Mais à peine, était-il rentré au château, qu’il devait repartir.
Pendant ses mois d’absence, la princesse s’occupait du domaine et des doléances de ses sujets. Ces derniers appréciaient sa grande sagesse et ses mots réconfortants.
Un jour, la princesse apprit le décès de sa maman, le prince et son escorte n’étant pas présent, personne ne put l’amener à la dernière demeure de la défunte.
Le chemin était trop long, trop dangereux, la princesse savait qu’elle ne pouvait s’y risquer sans gardes et sans protection. Face aux bandits et aux ennemis du royaume, elle devenait une proie facile.
Son chagrin était si poignant, si pénible, qu’aucun mot ne sortit de sa bouche pendant des semaines. Elle croyait perdre la raison, sa tristesse n’en finissait pas. Elle regardait les dernières feuilles des arbres s’envoler dans le ciel gris, des nuages annonçaient la pluie. Le froid envahissait le pays et bientôt la neige se mit à tomber.
Chaque jour, la princesse attendait son seigneur. Pourquoi mettait-il tant de temps à revenir ? Puis fatiguée, elle s’enferma et commença à tisser lentement une étrange tapisserie aux couleurs des ténèbres.
Jour après jour, ses joues se creusèrent, l’hiver semblait interminable.
Lorsqu’un matin, les tendres rayons du soleil levant caressèrent sa douce chevelure, pénétrant ainsi son âme meurtrie, elle décida de se lever afin de contempler la nature renaissante et verdoyante. Quelques feuilles apparaissaient, les premières fleurs embaumaient de leur parfum délicat, l’air qui l’entourait. Comme un appel secret et lointain, la vie tentait de l’attirer.
Les arbres dodelinaient de la tête et les oiseaux virevoltaient au-dessus de sa fenêtre.
Comme une marionnette, elle parcourra d’abord le parc, ses pieds nus baignaient dans une herbe courte et dense. Partout une multitude de perles brillaient sous l’éclat solaire.
Son visage triste semblait rayonner d’espoir à nouveau.
Peu à peu, elle entra dans une forêt de chênes, et fut assaillie de petits animaux. Ecureuils, lapin, oiseaux venaient à sa rencontre.
_ Bonjour, disait-elle à chacun, mais apeurés, ils s’enfuirent. Alors elle s’assit sur une grosse pierre blanche, admirant la beauté autour d’elle.
Soudain, elle se sentit épier, elle rencontra deux yeux verts dans les feuillages naissants, un carnassier puissant et robuste s’approcha avec majesté. Il tourna autour d’elle doucement sans bruit et sans heurt. La princesse demeurait pétrifiée, le bel animal allait-il la manger ?
_Bonjour princesse, tout en prononçant ses mots de sa voix suave, le fauve s’allongea à ses pieds. Rapidement, il capta l’attention de la jeune femme, elle semblait en effet, subjuguée par les yeux de velours.
_Doux jaguar ne me blesse pas. Je suis si fragile, mon cœur a tant de chagrin.
_Rassure toi, princesse. Je désire seulement chasser tes mauvais rêves et tes tourments. Je ne veux que ton bien.

La princesse se sentait si seule, et ce charmant félin apportait par sa présence une consolation et une affection. Il lui déversait un flot de mots gentils et agréables.
Chaque jour, elle retourna le voir. Il l’amusait avec diverses facéties, il se laissait tomber et roulait jusqu’à elle. Elle frôla du bout de ses doigts son pelage tacheté, il frissonna et ronronna. Il aimait poser sa tête sur les genoux de la demoiselle, il écoutait son silence et ses regrets.
Sans conviction, elle avait repris, ses tâches princières. Aucune parole sensée, n’atteignait son esprit et son cœur. Seules les rencontres intempestives avec le jaguar la rassuraient.
Tous les matins, elle lui racontait sa journée et ce matin là, alors qu’elle faisait état des qualités du prince, le fauve la fixa avec intensité puis brutalement l’interrompit :
_ Pourquoi es- tu ici avec moi si cet humain s’avère si extraordinaire ? Pourquoi ne vas-tu pas le rejoindre ?
L’éloignement du prince la rendait nostalgique d’un certain passé heureux, et son image vague finissait par disparaître parfois.
Sans le comprendre, elle appréciait de plus en plus, la légèreté du jaguar, et sa logique implacable. Dans les eaux troubles où elle se noyait, il avait été sa bouée mais une bouée possessive qui ne voulait plus la libérer dorénavant.
Elle ne s’en plaignait pas, après tout le séduisant félin la faisait rêver en lui contant l’esprit de la forêt, la joie de la nuit, l’éclat des étoiles du soir.
Toutefois, il lui suffisait d’entendre les appels des sinistres conseillers pour bondir à travers les hautes herbes de la forêt et éviter ainsi à leurs courroux.
Austères, ces derniers ne lâchaient plus la première dame du royaume. Sans arrêt, ils lui répétaient ses devoirs et ses engagements auprès du peuple, la dérangeant même dans ses promenades solitaires.
Ce jour là, déférents ils lui annoncèrent le retour tant attendu, du prince. Elle accourra avec joie près son époux or elle ne trouva chez lui qu’inquiétude et silence.
Elle ressentit un grand vide autour d’elle, où était le bonheur passé ? L’aimait-elle encore ? Toute sa connaissance, toute son affection ne pouvaient l’aider.
Le prince s’éloignait encore une fois, car il devait repousser l’ennemi qui progressait à travers le pays.
Et elle ? Sans rien de lui, sans lui, que devenait-elle ?
Avant de partir, le souverain recommanda la princesse, à ses divins conseillers.
Ceux-ci lui ne tardèrent pas à lui interdire la forêt aux anges.
Les défiant à nouveau, elle rejoignait son ami le jaguar, à chaque levée de l’astre solaire. Personne ne pouvait l’arrêter.
_Ne pleure pas princesse ! Je reste près de toi, mon cœur continue à battre pour toi.
Il lui prodiguait mille conseils, il la touchait tendrement avec sa tête et sa longue queue. Ensemble, ils marchaient de longues heures dans le bois fleuri, le lilas et les roses sauvages parfumaient la brise caressant leurs corps avec légèreté.
Elle adorait fixer les yeux émeraudes et sensibles du félin. Vraiment, ce carnivore n’avait rien en commun avec les autres.
Cependant l’animal dangereux et malin qu’il était, n’attendait-il pas que sa proie soit totalement endormie par ses mots affables pour la dévorer?

Chaque moment passé près de lui, brisait la solitude où la princesse s’était enfermée.
Enfin, la paix revient partout, le prince avait vaincu l’ennemi. Elle s’empressa d’avertir son ami dévoué et sincère or ce dernier s’attrista et baissant la tête, il se replia sur lui-même.
_Que t’arrive-t-il mon ami ? Es tu malade ?
L’animal soupira.
_Je ne vais donc plus vous voir.......
_Je t’emmènerai avec moi au château, je te garderai comme compagnon. Le prince t’appréciera sûrement.
Elle n’avait pas compris, il ne ressemblait en rien à un humain et il ne pouvait être heureux parmi les hommes.
_Vous allez me manquer princesse.
_Je tiens à toi, mon doux jaguar.

Il l’admira un instant, et avec toute sa grâce féline, disparut dans les herbes, désabusé.
De retour au domaine, la princesse dut subir à nouveau, les jérémiades et les avertissements de ses conseillers. Elle n’en fit rien, sa pensée voguait ailleurs, son âme était en peine.
Ce soir là elle ne put s’endormir, la nuit chaleureuse lui tendait les bras. Echappant à la surveillance de ses gardiens, elle quitta le château et parvint à l’orée du bois.
Le jaguar l’attendait, patient et sûr de lui.
_Oh ! Mon jaguar, j’ai besoin de toi.
_Alors viens avec moi.

Elle suivit confiante le grand fauve et au plus profond de la forêt, ils avancèrent dans un rayon de lune argenté.
En poussières d’étoiles, ils furent transformés, l’esprit de la forêt ne pouvait accepter l’union d’êtres si différents.
Le prince chercha longtemps sa belle mais ne la trouva pas et ne s’en remit point. Celui qui abandonne ceux qu’il aime dans la peine, finit par être un jour, abandonné lui-même.
Pourtant si une nuit étoilée, vous avez un peu de temps, regardez vers le ciel et vous verrez une princesse assise et à ses pieds un beau jaguar triste.
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Image de Coraline Parmentier
Coraline Parmentier · il y a
Très bon écrit, vous avez mon vote !
A présent, si vous voulez lire mon royaume embrumé de Haute Egypte en lice pour Imaginarius, c'est par ici...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-royaume-dans-la-brume

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