La Prière du Diable

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La Bretagne, mon lieu de vie. La mer, mon évasion et l'écriture, mon rêve. J'ai envie de vous faire voyager, rire, imaginer. Tous vos retours seront des aides précieuses. Merci, Isah  [+]

La mère Dorin sortait les brocs qu’elle vendrait bientôt au marché. Depuis presque cinquante ans, elle gardait six brocs après la traite du samedi soir destinés à ses fidèles clients. Le reste, caillé et pressé, s’affinerait en tommes sur les planches d’épicéa de la cave familiale. Malgré le poids, elle chargeait les six grands pots à lait sur sa brouette en bois puis descendait sur la place du village. Un léger boitement rendait le claquement de ses sabots reconnaissable à tous les riverains de la grand-rue qui traverse le village. Deux kilomètres plus loin, elle dépliait sa petite table, y étalait le linge immaculé, posait un des brocs, le pot et sa petite caisse. Elle relevait enfin la tête pour vérifier que tous ses confrères étaient bien là et servait son premier client.

Mais ce matin-là, poussée par une paresse inhabituelle, elle s’accorda un petit raccourci. Juste après l’échoppe du cordonnier, elle s’assura que personne ne l’observait et obliqua à gauche par la petite ruelle pentue. Elle craignait en effet d’être surprise car elle qualifiait de « fainéants » tous les exposants du village qui ne venaient pas à pied comme elle.
Elle maîtrisait bien sa brouette à laquelle elle avait fait rajouter deux pieds arrimés aux brancards. Elle prit son élan et partit à l’assaut du petit raidillon qui lui ferait économiser cinq cent mètres, c’est-à-dire, vingt cinq pour cent de son trajet. Eulalie avait à peine réfléchi pour faire le calcul, certes simple, « bien qu’à mon âge quand même ! » se disait-elle.

Elle était presque parvenue à l’angle du presbytère où le chemin devenait plus étroit qu’une gamine déboula comme une possédée. En un éclair, la Mère Dorin comprit qu’il fallait qu’elle se range si elle voulait sauver sa cargaison. Elle fit une rapide marche arrière pour laisser un peu de place à l’échevelée qui, dans son élan, enjamba la brouette. Sans surprise, elle crocha un premier broc qu’elle emporta avec elle dans la pente. La Mère Dorin se cramponnait toujours à sa brouette dont l’angle d’inclinaison annonçait, hélas, un basculement imminent. Elle suivit sa brouette dans la chute. Le lait giclait dans un vacarme de ferraille. Quand elle put se relever, elle se campa sur ses jambes et commença à hurler sur la gamine qui essuyait ses cheveux dégoulinants. Mais celle-ci ne l’écoutait pas et avait déjà repris sa course.
Eulalie Dorin tentait lentement de reprendre ses esprits : « Mais enfin, qu’est-ce qu’elle a aujourd’hui Marie ? » marmonna-t-elle.
La gamine ne se posa pas la question. Elle passa sous le porche, crocheta la porte cochère de chez elle, bondit à l’étage et s’enferma dans sa chambre.

Quand le médecin arriva chez les Roques, il insista pour s’entretenir seul avec leur fille. Madame lâcha difficilement le morceau mais céda devant l’autorité médicale. Le docteur Vidal était perplexe. La gamine était perturbée mais ne semblait pas avoir menti. Néanmoins, la situation demandait à être éclaircie. Il appela discrètement le Maire qui le reçut sur le champ.

La Mairie était encore vide. Il était à peine 8 heures. Elle n’ouvrirait que dans une heure. Cependant, le bureau du Maire était éclairé, le capitaine de gendarmerie s’y trouvant déjà.
- « Alors, docteur ?! » l’interrogèrent ensemble les deux représentants de l’état. »
- « La gamine serait partie chercher le pain comme à son habitude mais, comme il lui restait un peu de monnaie, elle se dirigea vers l’église pour acheter une petite bougie. Elle allait engager les pièces dans le tronc quand elle entendit une voix grave haleter. Elle se retourna pour voir qui était entré. Il n’y avait personne dans le transept. Elle se ressaisit et glissa sa monnaie puis s’engagea dans la nef. C’est en longeant le confessionnal qu’elle reconnut le même grognement. Elle regarda alors paniquée vers l’isoloir et vit distinctement deux pieds en forme de sabot avec des griffes. La gamine s’est alors enfuie sans un mot.»
Le capitaine était sceptique. Les blagues douteuses étaient courantes. Il devait pourtant s’avouer que celle-ci ne collait ni avec la réputation de la gamine ni avec la frousse qu’elle avait eue. C’était donc du côté du pénitent qu’il fallait se tourner. Un mauvais déguisement et un curé en mal de paroissiens pouvaient facilement expliquer la supercherie.
- « Quand arrive donc le Père Dubuc ?! » s’impatientait le capitaine quand la porte s’ouvrit enfin.
Aux regards interrogateurs qui l’accueillirent, le jeune homme se présenta.
- « Bonjour, je suis le curé. Monsieur le Maire m’a fait chercher. »
- « Mais où est le vrai curé, enfin, je veux dire, le titulaire ? » s’énerva le capitaine.
- « Il rentre ce soir, je le remplace. C’est ma première mission. »
Les regards dubitatifs qu’il rencontra le déstabilisèrent quelque peu. Le capitaine se lança :
- « Avez-vous eu des confessions ce matin, mon Père ? Et si oui, quelles sont-elles ?»
Le jeune prêtre répondit avec assurance :
- « Avec votre respect, j’ai eu en effet deux pénitents ce matin mais je ne suis aucunement habilité à vous révéler leur identité. »
Le capitaine sourit, regarda le Maire puis le médecin et murmura à leur intention :
- «Nous sommes bien tombés, la journée n’est pas finie mais je pense que nous pouvons circuler tranquillement, le plaisantin doit déjà se vanter de sa mauvaise blague dans quelque bistrot. Je vais demander à mes gars de faire un tour. Je vous tiens au courant, Monsieur le Maire. » Il souhaita une bonne journée à son auditoire et disparut.
L’élu poursuivit néanmoins :
- « Ce n’est pas ce que nous vous demandons. Nous voulons simplement savoir si vous avez confessé quelqu’un qui vous a semblé avoir un comportement curieux, quelqu’un qui était déguisé ou disons un individu hors du commun par son allure, ses propos, sa voix... »
Le jeune prêtre recula et débita sa leçon :
- « Vous me demandez de trahir le secret du confessionnal ? Vous n’obtiendrez de moi plus un seul mot. »
Le médecin se retira prudemment. Ses patients comptaient sur lui. Il souhaita du courage au Maire pour la suite des événements. Le capitaine l’attendait dans les marches.
- « Qu’en pensez-vous, docteur ? Une mauvaise blague ? »
- Le médecin esquissa un sourire : « Pour le farceur, je ne peux pas encore le dire mais pour le jeune curé, j’ai peur qu’il ne mesure pas l’impact éventuel sur la population d’une telle mascarade. On ne laisse pas dans la nature un cinglé déguisé en Satan ! Bon, on se retrouve ce soir à la mairie, le vrai curé sera de retour. Le Maire l’a contacté. Je ne sais pas si c’est une bonne idée parce que c’est donner déjà beaucoup d’ampleur à une anecdote mais après tout on n’est jamais assez prudent. De mon côté, je me renseigne auprès de mes confrères. Ils ont peut-être rencontré un cas similaire récemment et je vérifie également auprès de l’hôpital. Belle journée, capitaine ! ».
Ce dernier se contenta du bref plissement ironique de ses yeux indigo.
Le Père Dubuc, affecté à la paroisse de Frasc-Le-Clocher depuis bientôt trente ans, reçut deux appels ce matin-là. D’abord la réceptionniste de l’hôtel à 7 h 45 précisément. Elle lui passa un interlocuteur paniqué qu’il eut du mal à rassurer puis la gendarmerie à 8 h 45. Il raccrocha, s’enquit des horaires de train et avança l’heure de son retour.

Le train le déposa à 15 H 40 à la gare la plus proche du village. Il remonta toute la file d’attente et s’arrogea le premier taxi sous le regard médusé de ceux qui patientaient docilement.
Il ne décocha pas un traître mot au chauffeur et courut presque jusqu’au presbytère.
Les deux prêtres discutaient depuis vingt minutes. Le curé du village essayait de reprendre calmement.
- « Vous me dites qu’un individu était déjà dans le confessionnal lorsque vous êtes entré dans l’église à 6 h 30. Sa voix était étonnamment grave et il vous semblait qu’il haletait et qu’il grognait parfois. Il se dégageait de la loge où il était agenouillé une haleine fétide et une chaleur intense. Vous avez remarqué un halo rouge situé au-dessus de cet individu. Est-ce bien cela ? »
Le jeune novice gardait un calme relatif. Il se concentra :
- « C’est absolument cela mais je ne pouvais pas bien voir car le confessionnal est grillagé. Par contre, lorsqu’il est parti, j’ai distinctement entendu le martèlement saccadé de sabots sur le sol. Je n’ai pas osé regarder, je vous en demande pardon. »
- « Passons » rétorqua le titulaire. Mais surtout reprenez le plus fidèlement possible ce qu’il vous a dit. »
- « Je me suis assis dans mon compartiment. Ses yeux étaient noirs étincelants. J’ai eu l’impression qu’ils me transperçaient. J’ai baissé la tête et j’ai écouté. Il s’est alors présenté comme Satan. Il m’a dit qu’il voulait se confesser de tout le mal qu’il avait fait. » Le jeune religieux suffoquait.
- «Reprenez-vous, je vous en supplie et poursuivez. »
Le novice souffla, se moucha et chuchota :
- « Je lui ai répondu que «tout le mal » était trop vague et qu’il fallait m’en dire un peu plus. Il a alors prétendu avoir été exclu des chrétiens il y a longtemps mais qu’il ne méritait pas autant d’acharnement. En un mot, il sollicitait le pardon divin. Toutefois, il a précisé que certains actes qu’on lui attribuait n’étaient pas de son fait et il a demandé que cela soit porté à son crédit. »
Le curé tournait en rond dans le petit bureau, enjambait les piles de documents qu’il n’avait jamais le temps de ranger et réfléchissait à voix haute :
- « Nom de Dieu, Nom de Dieu, il faut que ça tombe sur moi, à six mois de la retraite ! »
Devant l’air outré de son coreligionnaire, le curé se reprit.
- « Bon, bon, ça va ! On peut se lâcher un peu non ? Et puis Dieu, pour une fois, j’aimerais bien qu’il soit là, je veux dire qu’il me réponde quoi ! Parce qu’enfin, soit vous avez affaire à un individu délabré et malintentionné, soit... »
Le prêtre n’osait articuler la seconde hypothèse. Son remplaçant le fit à sa place.
- « Vous hésitez à envisager qu’il s’agisse du Diable en personne ? Vous ne croyez donc pas aux Saintes Ecritures ? »
Le curé tergiversait :
- « Tout de suite les grands mots ! La Bible parle par symboles, par représentations pour toucher le peuple mais là c’est du grandeur nature ! Et puis dites-moi diable pourquoi voudrait-il se confesser et surtout pourquoi dans ma paroisse ? »
Le novice s’étonna :
- « Mais parce qu’il vous a choisi pour votre empathie, votre sagesse, votre mansuétude. Notre région est pure et propice à une retraite une fois qu’il aura été absout de ses péchés. »
Le curé était plus hésitant :
- « Certes, tout le monde a le droit à l’erreur mais, lui, il les cumule tout de même ! Je ne suis pas certain d’être en mesure de l’absoudre, ma délégation de pouvoirs a ses limites. Néanmoins, il faut admettre qu’il a toujours endossé son rôle fidèlement et surtout, si nous creusons un peu, nous lui avons tout mis sur le dos, c’était bien pratique. A présent, s’il exige des comptes, nous devrons nous justifier. Mais je délire... je me répète peut-être mais êtes-vous sûr de ce que vous avez vu ? »
- « Je vous assure de ce que j’ai entendu, vu, senti mais je ne peux attester de son identité. Il n’avait pas de carte de visite ! » ironisa le novice, soudain rasséréné.

Le curé se rendit chez Monsieur le Maire. Il ressassait dans sa cervelle le récit de son remplaçant. Il n’osait pour l’instant déranger sa hiérarchie car s’il s’agissait en définitive d’une supercherie – ce qui lui semblait le plus vraisemblable – il s’éviterait ainsi de passer pour un con, ce qui est toujours appréciable.
Certes, le jeune novice était sérieux et n’avait eu jusqu’ici que des félicitations de ses supérieurs. Cependant, un tartuffe bien déguisé pouvait duper son monde. C’est ce qu’il prêcherait dans un instant.

Il était attendu. La femme du Maire le fit rentrer avec respect. Il rejoignit le médecin et le capitaine. Le Maire lui proposa un petit apéritif qu’il prit avec reconnaissance. La journée avait été rude et elle n’était pas terminée.
Le discours du curé rassura. Un tel pragmatisme, chez un religieux, est un gage infaillible de crédibilité. D’un commun accord, officiellement, la paroisse avait porté plainte pour vols répétés du tronc de l’église. L’enquête justifierait les rondes régulières dans le village et à proximité de l’église. La Mairie avait pris l’affaire au sérieux et mis les moyens nécessaires pour protéger les ressources de la paroisse. Le Maire pensait aux futures élections et la région étant plutôt conservatrice, cette initiative serait appréciée. Personne ne s’inquièterait. Quant à la gamine, le médecin suggèrerait des hallucinations dues à un simple dérèglement hormonal très vite circonscrit. Ils voyaient tous la vie plus rose qu’à l’aube de cette journée. La soirée fut arrosée et chacun regagna ses pénates sur un petit nuage.

La gendarmerie poursuivait donc discrètement son enquête car il fallait absolument mettre la main sur l’individu malintentionné qui pourrait semer la terreur. En vain. De son côté, le médecin interrogeait les patients qui fréquentaient l’église sur d’éventuelles rencontres inopportunes. En une semaine, rien, pas un indice, pas un bruit. Le Diable avait disparu. L’église commençait à respirer.

Le lendemain, le prêtre se leva avec une migraine épouvantable. Une question le tarabustait. Il rejoignit le novice qui priait déjà devant l’autel. Il attendit impatiemment et lui demanda hâtivement :
- « Lui avez-vous donné l’absolution ? »
- « Oui et non. » répondit l’énigmatique jeune curé.
- « ?! » « Je n’ai pas l’humeur aux devinettes. C’est oui ou non ? »
- « J’ai accepté d’absoudre les péchés véniels qu’il m’a avoués. Il m’a alors confié avoir d’autres exactions sur le cœur mais qu’il n’était pas prêt. »
- « Il va donc revenir... »
Ses propos se dissipèrent dans le grincement de la porte principale. Des sabots résonnèrent et se dirigèrent vers le confessionnal.
Le prêtre comprit, s’installa dans le compartiment central et s’agenouilla. Jamais il n’avait souhaité la présence du divin avec autant d’ardeur. Il encouragea le Diable à se livrer. Satan passa en revue un siècle de pouvoirs maléfiques sur le village où il avait agi à la place des personnes, où il avait régi leurs sentiments dans l’obscur. Le prêtre n’était manifestement pas au courant de tout et il fut très surpris des pratiques de certains de ses paroissiens. Néanmoins, le Diable réfutait beaucoup de crimes dont la responsabilité, selon lui, n’incombait qu’aux auteurs de ces méfaits.
Enfin, il se disait épuisé, il avait fait le tour de tous ses démons. Il cherchait la paix. En un mot, il démissionnait. Et pour cela, il lui fallait l’absolution.
- « Je vous demande un délai de réflexion. Je vous reverrai demain matin.» souffla le prêtre.
- « Je vous l’accorde. J’ai déjà tant attendu. » râla Satan.

Le Père Dubuc passa une très mauvaise nuit. Partagé entre le ridicule dont il ferait l’objet dès que la supercherie serait avérée et la crainte d’omettre une information de cette taille à son supérieur hiérarchique, il hésitait à appeler l’épiscopat. Il ne parvenait même plus à prier. Il était bouleversé. Si le Diable se devait d’exister, il ne l’avait pas envisagé comme ça. Il prit son courage à deux mains et composa le numéro de l’évêché. Quand il raccrocha, l’évêque composait le numéro d’urgence du souverain pontife qui s’engagea à le rappeler dans l’heure.

Le Pape envisageait les différentes alternatives :
- « Si nous lui octroyons le pardon, qui va épouvanter, qui va incarner le mal ? Tout notre argumentaire a été bâti sur cette dualité : le bon et le mauvais. Nous nous sommes arrogés le bon et nous avons choisi un archange déchu pour incarner le mal. »
- « Ainsi, le sixième commandement - tu ne tueras point - est très librement interprété. Si tuer à titre personnel prive le coupable d’une quelconque rédemption, il en va bien différemment quand le curé bénit les troupes et absout par avance les futurs assassinats commis au nom du collectif. Astucieux et imparable ! » sourit le Pape.
- « C’est une organisation qui a fait ses preuves. Nous recrutons encore même si je dois avouer que les dernières statistiques ne sont pas très encourageantes. Nous avons proposé à l’homme une alternative unique : pour être sauvé, il faut venir chez nous ; le diable est responsable des péchés, notion fluctuante selon les époques et nos intérêts. Il conduit vers l’enfer.
- « Comme nous promettons le pardon et la vie éternelle, tout homme raisonnable choisit de nous rejoindre. Même si je dois admettre que la concurrence s’organise et nous fait du tort ! »
- «Un syllogisme simple a contribué à asseoir notre pouvoir : Dieu a créé l’homme, Dieu est bon, donc l’homme est bon. Par conséquent, s’il ne l’est pas, il faut un coupable. Et le Diable était là pour ça ! »
- «Si le Diable devenait bon, nous ne serions plus crédibles. Non, décidément, c’est impossible. »

Le pontife se persuadait d’avoir pris la bonne décision quand il la relaya à l’évêque. Le Mal continuerait à assurer la survie de l’Eglise. Le pape espérait malgré tout que toute cette histoire ne remonterait pas aux oreilles divines.

Lorsque le Diable reçut le verdict papal, il s’assombrit :
- « Mais je voulais juste la paix et le repos. » insista-t-il.
- « Je suis désolé, Ils ne veulent pas. » répéta le prêtre.
- « Dans ce cas... » Le Diable ne finit pas sa phrase et quitta l’église.

Dans la brume matinale, on entendit le claquement des sabots escorté par le boitement de sa première disciple dans sa quête de paix. Elle portait un petit pot à lait pour la longue route.
- « Alors qu’allez-vous faire ? » demanda-t-elle ?
- « Je vais devoir contacter Dieu directement. »

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