La première fois

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Image de Twilight 2014
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La forêt était sombre autour de lui, comme si elle se refermait peu à peu après son passage, le coupant du reste du monde. Ces arbres qui lui avaient semblé si accueillant hier encore, paraissaient l'étouffer aujourd'hui, le rejeté comme jamais. Sa main accrocha l'écorce rugueuse, il s'y agrippa avec force, tandis que la chaleur en lui grandissait. Il souffla, s'appuyant sur l'immense tronc d'arbre, fermant les yeux alors que le bruissement des feuilles lui parvenait avec une clarté toute nouvelle. Les odeurs changeaient aussi autour de lui, ou non...c'était exactement les mêmes, mais...en plus forte, oui c'était cela, les senteurs de la forêt se faisaient omniprésentes dans son nez. C'était...étrange et déroutant.

Soudain, le hululement d'une chouette le fit sursauter, et il rouvrit brusquement les yeux, la cherchant autour de lui. Mais il ne la trouva pas à ses côtés, elle était tout en haut d'une branche, sur un autre arbre, et pourtant il pouvait voir chaque détail de son plumage et la pupille de ses yeux se rétracter et se dilater en fonction de la lumière du croissant de lune. Un souffle lui fit tourner la tête, loin sur sa droite, se tenait une biche dans la pénombre, et ses grands yeux noirs fixés sur lui, pleins de curiosité et de méfiance, son petit nez frémissant tandis qu'elle humait l'air.

Ce n'était pas seulement son ouïe ou son odorat, tous ses sens étaient sublimés, même le toucher. Il sentait chaque aspérité de l'écorce sous ses doigts. Et cette chaleur grand Dieu ! Ça l’irradiait de l'intérieur, il ne supportait plus, il avait l'impression de brûler en son corps, que ça respiration se coupait. Dans un vain espoir de fraîcheur, il retira ses vêtements, tous sans exception. Son souffle chaud se perdait en buée dans la nuit glaciale -ce ne serait pas étonnant qu'il neige le lendemain matin. Il fit quelques pas et s'écroula finalement au sol, face contre terre, alors qu'il sentait sa peau le picoter.

Un bruissement lointain, une ombre furtive, qu'il sentit plus qu'il ne la vit, puis une masse plus sombre, des bruits de course, et tout à coup, quelque chose s'éveilla, changea, en lui, sur lui. Le picotement sur sa peau se fit plus intense, en même temps qu'elle commençait à s'étirer. Ses membres grossissaient, ses doigts se rétractaient, sa poitrine l'élargissait, tout comme sa tête s'allongeait, ses os se faisaient plus grands, plus longs.

Il hurla, mais pas de douleur, non, car il n'avait pas mal, tout était naturel. Mais il avait peur, peur oui, car il ne comprenait pas ce qui se passait, un bourdonnement commençant à se faire entendre dans sa tête, l'assaillant. Alors il criait, il criait pour couvrir sa peur, un cri déchirant, entre l'humain et l'animal.

Un nuage passa devant la lune, le plongeant dans les ténèbres, les arbres se resserrèrent autour de lui, le coupant définitivement du monde. Et le silence se fit d'or.

Lorsque la lumière revint l'éclairer peu à peu, il se releva. Il n'était plus le même. Il voyait le monde autour de lui sous un angle différent, tout son point de vue avait changé. L'air froid pénétrait ses narines, parcourait son nez...non, son museau et emplissait ses poumons, soulevant son large poitrail. Le vent venait sur sa peau...non, ce n'était pas sur sa peau qu'il le sentait, mais bien sur ses poils, sa fourrure. Ses yeux ambre se fixèrent de nouveau sur la chouette, il la regarda étendre ses ailes et les battre gracieusement, et c'est comme si le monde autour de lui était désespérément plus lent.

Il fit un pas, avant sa jamb...sa patte, parce que oui il avait désormais quatre pattes, lorsqu'un murmure se fit entendre dans le creux de son oreille. Relevant la tête, il le chercha, il connaissait cette voix, même si elle semblait...différente, il la connaissait.

Comment...pourquoi...là...où...non...quand...ici...non...là...

Des images vinrent se superposer dans son esprit, et il réalisa soudainement que ce n'était pas autour, mais à l'intérieur de sa tête que les voix résonnaient. Et ce qu'il voyait n'était pas autour de lui, c'était autre part, la même forêt, mais pas là où il se trouvait. Tout ça formait un vacarme assourdissant dans sa tête.

TAIS-TOI !

Il voulut le hurler, mais rien ne plus qu'un grognement sourd sortit de sa gorge. Mais ça marcha, la voix se tut, et le silence revint, lui permettant de retrouver un semblant de raison. Il exhala un long souffle qui se mua en une buée blanche qui monta vers le ciel.

...Sam ?...

...Jared ?...

Soudain, une ombre réapparut au loin, furtive, humanoïde. Elle se déplaçait à une vitesse phénoménale, qui n'aurait pas pu être permise à un être humain normal. Ses pupilles se dilatèrent et se rétractèrent une fraction de seconde, s'ajustant à la luminosité. Et il sentit quelque chose se réveiller en lui. Un instinct primitif, sauvage, envahit ses veines, c'était inscrit dans ses gènes, et il oublia tout. Il se mit à courir de toute sa force, de toute sa puissance. Et quelle puissance ! Il la sentait irradier dans tout son corps, c'était...grisant !

Une sensation de liberté totale monta en lui, il se sentait émancipé de toute contrainte, comme si plus rien ne lui était impossible. Il avait l'impression qu'un simple saut pourrait le conduire jusqu'à la lune. Mais pour l'heure, ce n'était pas cette dernière qu'il poursuivait, c'était cette ombre mouvante qui tentait de lui échapper. Tout son être lui dictait qu'il s'agissait là d'un danger, quelque chose qu'il fallait éliminé, pour sa sécurité, la leur, celle de tous.

Il poussa plus durement sur ses membres, accélérant encore sa course, un grognement sourd, de rage, de frustration, résonna du plus profond de sa gorge. Il voulait l'attraper, il devait l'attraper. Tout à coup, une énorme masse, semblable à la sienne, apparut près de lui, et il sut qu'il était là. Jared, son ami, son frère. Lui était fort, eux étaient puissants, et rien ne pouvait plus leur échapper. Alors ils coururent, toujours plus vite, toujours plus loin.

Leurs griffes éraflaient le sol, leurs crocs claquaient sévèrement sans l'air, ne manquant que de peu une jambe ou un bras. Leur souffle erratique se répercutait dans l'air lourd de la forêt, résonnant contre les arbres, les branches claquaient contre leur museau et sur leurs flancs, mais rien ne semblait pouvoir arrêter leur course, leur chasse.

Soudain, le ravin, la rivière, et la chose bondit, s'élevant haut dans le ciel, pour atterrir de l'autre côté. Aucun humain ne pouvait faire ça, et quiconque de sensé se serait arrêté. Mais pas lui, non pas lui, parce qu'il n'était plus humain, plus maintenant. Alors il ramassa son corps, rassembla ses pattes, banda ses muscles, et il sauta.

Sous la lumière lunaire, milles et une couleurs étincelantes se reflétèrent dans les yeux de l'immense loup, semblables à deux opales de feu en fusion. Les embruns de la rivière qui s'élevait dans l'air firent briller son pelage couleur d'ébène, sa silhouette se découpant parfaitement sur le ciel étoilé. Sa gueule s'ouvrit sur des crocs d'un blanc pur, saillant de bave, sa langue rougeâtre contrastant fortement entre eux.

Encore une fois ses mâchoires se refermèrent sur du vide alors qu'il atterrissait souplement de l'autre côté, laissant de profondes marques sur la terre. Mais ce n'est pas pour autant qu'il abandonna, et il repartit aussitôt dans sa course folle. Jared n'était plus là, mais il le sentait, en lui, ils étaient connectés, d'une façon ou d'une autre ils étaient devenus inséparables. Il reviendrait, il revenait, il le savait. Alors il se concentra à ne pas perdre sa proie, continuant à la poursuivre avec volonté et assiduité, il savait qu'il ne devait rien lâcher.

Tout à coup, une masse sombre, dont le pelage se fondait dans les bois, barra la route de la créature, l'obligeant à dévier. Trop tard, les crocs du loup noir se refermèrent sur lui, emprisonnant sa tête dans sa gueule. Il savait que c'était ce qu'il fallait faire, c'était instinctif, inscrit dans son sang, dans ses gènes. Sauf que ce n'était pas mou, comme il l'aurait pensé, mais dur comme de la pierre, voire encore plus.

L'humanoïde referma ses bras sur sa mâchoire, et la pression qu'il sentit lui fit mal, sur le point de le briser, pourtant il ne lâcha pas, au contraire, il raffermit sa prise, sentant le corps craquer peu à peu sous ses crocs. Puis la pression se mit moins forte, tandis que son compagnon lupin attrapait le bas du corps de cette chose pour mordre à pleine dent dedans et tirer et secouer comme un forcené. Enfin, ça céda, ça se brisa, et ça mourut. Mais tandis que les morceaux de corps roulaient sur le sol, rien ne revint au calme comme il l'escomptait, au contraire.

Meurtre...pas humain...pourquoi ?...qui ?...pas d'ici...

Leur voix se superposait dans leur esprit, créant une cacophonie dans leur crâne.

Danger...tuer...mauvaise ordeur...humain ?...pas de sang...chose ?...

Et ça les énervait, la tension montait et ils commencèrent à se tourner autour, des grognements sourds s'élevant de leur gorge. Les crocs claquaient dans l'air, les oreilles s'abaissaient et se redressaient, indécises. Enfin, ce fut le loup noir qui s'avança en premier, et relevant la tête, il dressa ses oreilles sur le sommet de son crâne, dominant l'autre de sa stature fière. En face de lui le loup fauve eut le malheur de commencer à se redresser également, défiant son vis-à-vis. La réaction ne se fit pas attendre, le sang de Sam bouillit et il se jeta sur son acolyte, accrochant sa fourrure de ses crocs. Jared répondit et claqua également ses mâchoires sur l'épaule de son homologue.

Ils roulèrent à terre, se lâchèrent, puis se relevèrent, se jaugeant une fraction de seconde avant de se jeter à nouveau mutuellement dessus. Aucun ne semblait vouloir lâcher, et, dresser ainsi sur leurs pattes arrière, ils combattirent un instant, poitrine contre poitrine, force contre force, tentant de se faire tomber l'un l'autre. Pas de sang, aucune goutte, ce n'était pas un combat à mort, c'était un combat pour impressionner. Puis ils reposèrent leurs pattes avant, avant de se confronter épaule contre épaule, mordant leurs membres, arrachant les poils de leur flanc, avant que finalement le plus petit des deux ne cède devant la puissance de son compère. Et Jared se retrouva sur le dos, Sam au-dessus de lui, grondant de victoire, tandis que son ami jappait de soumission, détournant le regard montrant sa gorge en signe de défaite.

Alpha...

Enfin, le calme si attendu, et la tension disparut, comme si elle n'avait jamais existé. Sam libéra l'autre loup. Jared se redressa, et devant les babines retroussées de son alpha, baissa les oreilles et la tête, rampant presque au sol. Non, il ne le défierait plus, il admettait la position dominante du loup noir. Et ce dernier ressentit alors le besoin de le clamer haut et fort, de hurler à la force du monde qu'il était là, et qu'il protégerait sa meute et son clan de tous les dangers. Prenant une grande inspiration, il leva alors le nez vers la lune et se mit à hurler, longuement. Il fut immédiatement rejoint par son homologue, et tous deux se mirent à clamer à qui l'entendrait qu'ils étaient là, qu'ils étaient sur leur territoire et que personne d'autre que la meute ne serait admis.

Soudain, le craquement d'une branche les fit sursauter, stoppant net leur hurlement, et ils bandèrent instantanément leurs muscles, grognant, menaçant, prêt à sauter sur ce qui approchait. Était-ce encore une de ces choses étranges ? Il y en avait plusieurs ? Combien ? Où ?

Pourtant, l'odeur que le vent que l'odeur leur porta était indéniablement humaine. Et d'une certaine manière il la connaissait, même si aujourd'hui il la sentait mieux. Et c'est sans doute ce qui fit la différence, ce qui sauva Harry Clearwater des crocs acérés des deux loups. Lorsqu'il se retrouva face aux deux monstres, prêt à le dévorer, il s'arrêta de suite et leva doucement ses mains en signe d'apaisement. C'était bien ce qui lui semblait avoir entendu, l'écho d'un combat de loups, et le chant d'une meute nouvelle dans la forêt qui bordait leur campement.

-Du calme les garçons, dit-il de sa voix grave et profonde, sereine.

Il ne laissait rien transpercer dans sa voix, pas la moindre inquiétude apparente. Et c'est sans doute ce qui apaisa les deux loups, bien qu'ils étaient encore un peu nerveux, ne comprenant toujours rien à ce qui se passait. Cependant, la présence connue et rassurante du vieux Harry les calmait d'une certaine manière.

-Sam ? appela-t-il doucement en observant le loup noir relever les oreilles. Jared ? demanda-t-il en direction du loup fauve qui acquiesça.

Son regard glissa sur le décor qui l'entourait, les branches arrachées, brisées, la terre retournée, et enfin le corps en morceaux sur lequel il s'arrêta un instant. Il leur fit alors signe de le suivre.

-Venez les garçons, leur dit-il. Je pense qu'il temps pour vous d'entendre nos plus anciennes légendes...

Et dans l'obscurité de la forêt, les deux masses de Canis Lupus se fondirent entre les arbres, entourant la frêle silhouette d'un vieil homme qui les mena vers leur destin.
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