La plage, au crépuscule

il y a
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J'aime la solitude qui permet le rêve et l'évasion, les rencontres qui font grandir, la vie qui chaque jour me surprend. J'écris aussi parfois...

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Les parasols vermillon barrés d'ivoire ressemblent à des bougies plantées sur un gâteau d'anniversaire.
La plage se vide, les vacanciers rentrent au bungalow, certains sont bruns de peau, la plupart comme des écrevisses plongées dans l'eau bouillante. Tous transpirent d'épaisses gouttes d'une sueur acide, ils ont bu en quantité, mais avec cette chaleur, rien ne parvient à éteindre le feu qui enflamme leur gorge asséchée.
Le pas est lent, ils arpentent la côte sableuse qui mène au parking, inquiets à l'idée de monter dans une voiture brûlante. Les sièges colleront aux cuisses irritées, on étalera les rabanes sur le skaï poisseux, sans parler du volant impossible à agripper, il faudra attendre que le climatiseur dispense un air tiédasse au sein de l'habitacle. Alors on rêvera d'une douche glacée pour se débarrasser des grains indésirables et des coups de soleil qui les consument encore.
Demain, ils commenceront à peler, ils viendront malgré tout s'avachir sur la plage puisqu'ils ont quitté la ville dans le seul dessein de voler ces heures au reste de l'année.
Les anciens n'ont jamais connu une telle fournaise, personne n'ose regarder le thermomètre de la pharmacie centrale, on le dirait déréglé, la croix verte prise de folie, une danse de saint Guy qui lui fait dépasser les sommets de la veille.
Pourtant une silhouette se détache sur la grève, une jeune femme vient d'arriver lorsque les autres repartent, elle les croise, les salue d'un petit signe de tête, dans son for intérieur, elle sourit.
Elle est seule à dévaler la pente sablonneuse, vêtue d'un paréo de coton, les mains libres de toute entrave. Le soleil aussi entame sa descente vers l'immensité. Fatigué de sa longue journée, il a mérité son repos. Il va bientôt retrouver l'Océan, encore quelques centimètres, et l'orbe cajolera les flots. Alors des myriades de reflets d'or scintilleront sur les ondulations argentées.
C'est le moment que choisira Faustine pour se dénuder. Étendue sur le ventre, elle goûtera d'abord la douceur du sable. Elle ne recherche pas le hâle, ce n'est plus l'heure. Elle veut goûter chaque instant, sentir la tiédeur de l'air sur sa peau nue, la caresse du zéphyr au creux de ses reins, le souffle divin emportant chaque parcelle de son humanité, jusqu'à la seconde où le soleil s'évanouira tout-à-fait. Il ne fera pas encore nuit, l'horizon rosira du plaisir de la voir ainsi exposée à son seul regard, la Voie lactée indiquera le chemin aux mille lucioles inondant les cieux de pourpre, ce sera le crépuscule, un entre chien et loup aux dégradés azur.
Facétieux baiser, un courant d'air frais brisera alors le rêve de la jeune fille, elle seule en connaît les mystères. Elle se lèvera, toujours nue, et d'une ample foulée elle épousera la mer, l'écume léchant ses orteils, elle plongera dans l'eau au goût de sel, une auréole de cheveux blonds dessinera son visage d'ange.
Quelques brasses pour s'enivrer de l'onde soyeuse et elle s'immobilisera sur le dos, le regard perdu vers l'infini.
L'astre froid émergera des limbes, une lune blanche et gibbeuse signant la fin de la fête. Une chape engourdira le corps transi de la jeune fille. Alors, Faustine, naïade d'un soir, s'enroulera dans son paréo et humant les fragrances épicées de la nuit, gravira la dune tapissée d'oyats en songeant à demain.
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Phil Bottle · il y a
Faustine profite des meilleures heures... et son bel été le sait bien...
En plus, quand le soleil n'est plus là, que la plage est déserte, l'eau n'en est que plus chaude... Puis arrive l'automne... Les bains de septembre, passé 22 heures... mummm!

Plage sans une ombre
le sable est enfin en joie
une fin d'été.

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Lola LM · il y a
Très beau texte. C'est vrai que c'est bien étrange tous ces gens qui s'agglutinent sur les plages.
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Brigitte Bardou · il y a
Tellement vrai tout cela : la plage où l’on cuit vs la douceur du bain du soir. La deuxième partie est très joliment poétique.
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Djany Bonnard Parolière · il y a
elle a bien raison Faustine c'est le meilleur moment à la plage.
Merci pour votre passage sur ma page

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Blackmamba Delabas · il y a
C'est bien pour cela que je n'vais plus à la plage... Le coup de soleil et le coup de foudre ne pouvant que que nuire à ma santé...
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Utilisateur désactivé · il y a
C'est le moment que je choisirais aussi pour me rendre à la plage...
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Agnès LOVATO · il y a
Très belle évocation d'un tableau de satin où l'humain rejoint la nature, loin de l'absurde, au plus près du réel. Merci !
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Françoise Cordier · il y a
Une belle sensualité qui contraste agréablement avec la ruée vers les coups de soleil.
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Alauda D. · il y a
Un bain de fraîcheur dans ce monde de plus en plus caniculaire.
Et je ne parle pas seulement du changement climatique :)

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Mijo Nouméa · il y a
Belle évocation des addicts au bains de soleil coûte que coûte, et peu importe le capital soleil de notre peau qui se réduit à peau de chagrin, la couleur caramel, est le gage de vacances réussies. Alors que d'autres plus sages savent tirer partie des bénéfices de l'astre solaire pour entretenir leur mélatonine. Belle tranche de vie de circonstance.

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