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La petite maison verte

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Yves Hébert

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La petite maison verte
Je viens d’acheter une vieille maison toute verte qui donne sur le fleuve. J’ai fait exécuter quelques travaux. Une toute nouvelle galerie s’est ajoutée à l’arrière de la maison. L’été, il sera donc possible de peindre les sauvagines se reposant sur ce fleuve tranquille.
Depuis cet achat, je me retrouve souvent au magasin général du village. J’aime bien l’endroit. On y trouve deux petites tables et j’en profite pour lire le journal tranquillement et siroter un café. Ça change de la routine des autres jours de la semaine.
Au début, j’ai complètement fait abstraction du va et viens des clients. J’ai ignoré leurs discussions avec le maitre des lieux, trop absorbé par les nouvelles sur un président improbable dans un pays paradoxal tel que les États-Unis d’Amérique.
Ce matin, là, j’ai porté attention aux clients et à ce qui se disait au magasin général. Je n’aurais pas dû. L’un d’eux est entré et a commencé à parler avec le gérant :
- Eh, t-a-tu vu ça. La petite maison verte a été vendue. Y parait que c’est un gars tout seul qui habite là ?
- Et alors ? lui répondit le gérant
- Ben c’est bizarre, moi je n’aime pas ça.
- Ah bon.
Le client est parti. Je me suis levé. En allant porter ma tasse de café sur le comptoir, j’ai regardé le vieil homme derrière le comptoir et lui ai dit: «C’est moi le propriétaire de la petite maison verte». Il m’a serré la main en me souhaitant la bienvenue. J’ai alors senti une complicité s’installer entre lui et moi. Il n’a jamais révélé qui j’étais.
Puis, à chaque samedi matin, je me suis caché derrière mon journal comme un espion. Comme un intrus qui écoute les conversations. Le propriétaire n’a pas révélé ma position stratégique. Cela l’amusait sans l’ombre d’un doute. J’ai ainsi remarqué qu’à chaque samedi, certains clients se demandaient qui habitaient la petite maison verte. Presque tout le monde avait son hypothèse. Voici les plus courantes : c’est un divorcé, c’est le gars qui vient fermer la manufacture de meubles, c’est l’homme qui vient remplacer l’embaumeur. Les hypothèses les moins courantes : c’est un psychopathe, quelqu’un qui veut se faire oublier, un jeune vétéran. Je vous avoue qu’aucune de ces hypothèses n’est bonne. Alors j’ai pensé à un plan. Révéler aux villageois ma véritable identité. J’ai fait placer une annonce dans le journal local. La voici : Conférence gratuite, Découvrez qui habite la petite maison verte. Venez rencontrer le propriétaire à la salle communautaire dimanche le 24 septembre à 14h.
Il était 14h10. Une seule personne s’est présentée à ma conférence, le propriétaire du magasin général. En s’approchant de moi, il a regardé sa montre pour me dire qu’il était désolé d’être en retard. Il s’est assis lentement sur une chaise et me lança : « Qu’attendez-vous pour donner votre conférence ? »

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