la petite abeille d'Octobre.

il y a
4 min
91
lectures
40
Qualifié

AMICXJO prononcer amite-chiot Retraité, jeune (ou presque : couvée de 1950). Agnostique mais avec des idoles : Jacques Brel, Vincent de Paul et ses réincarnations : Henri Grouès, Madeleine ... [+]

Image de Prose en rose - 2020
Image de Très très courts
La nouvelle m'était tombé dessus comme une massue : J'avais un cancer du sein. Trop abasourdie pour évacuer ma terreur dans des flots de larmes, j'appelais ma copine Valérie, dès mon retour à la maison.
Valérie est infirmière, très pédagogue, en même temps qu'à l'écoute. C'est la personne à laquelle j'ai le plus confiance, elle est plus jeune que moi mais j'ai l'impression d'être sa fille dans son regard hyper puissant de compassion et de bonté quasiment maternel.
Elle était venue en catastrophe dès que je l'avais appelée, devinant ma détresse.
Elle m'arracha les résultats de la biopsie des mains. Elle se mit à lire les feuillets d'une manière fébrile que je ne lui connaissais pas.

— tu as un cancer triple négatif, très agressif...
— je vais mourir ?
— non, on va se battre !
Le "on", deux lettres qui résumaient la puissance invincible de sa compassion me galvanisa : Je n'aurai plus peur.


Valérie devait venir me chercher à la fin de la semaine suivante. Elle avait tenu à m'amener à l'hôpital où je devais subir l'ablation qui supprimerait la tumeur.
Je sortis dans mon jardin pour cueillir les dernières roses d'octobre, de couleur rose, qui survivaient encore à l'automne. Je pris mon sécateur pour en couper un joli bouquet.
Il y avait encore de rares insectes qui se nourrissaient des fleurs. Attentives à la collecte des plus belles roses, je faillis ne pas voir une petite abeille qui s'enivrait dans une des roses. Je n'ai jamais aimé ni les abeilles, ni leur miel et son arrière-gout que je trouve désagréable.
J'avançai la pointe du sécateur pour faire fuir l'insecte rayé... Elle s'échappa, se posa sur le haut de mon sein gauche découvert par un décolleté pourtant raisonnable et me piqua. La douleur me fit lâcher fleurs et sécateur. C'était ma première piqûre d'abeille, je n'aurais jamais imaginé que ce fut aussi douloureux. Je n'avais pas pleuré pour mon cancer, mais là je me laissais aller. J'abandonnais les fleurs, elles pouvaient dissimuler d'autres insectes piqueurs.
Je faillis appeler Valérie au secours, mais j'aurai à subir bientôt d'autres douleurs pires... Inutile d'abuser de ma jeune "mère"...
Pendant deux jours la douleur me tenailla mais j'avais décidé de ne pas me plaindre comme une petite fille.

J'étais installée dans une chambre bien blanche comme toutes les chambres d'hôpital, seules les fleurs qu'avait amenées Valérie, apportaient des touches de couleur qui me réchauffaient...
Le lendemain matin on vint me chercher. On commença par me faire subir un scanner dont l'image guiderait la main du chirurgien. Puis on me ramena dans la chambre, le temps à l'équipe de préparer son offensive.
Sans doute à cause des calmants que l'on m'avait fait prendre, je m'assoupissais. Quand je rouvris mes paupières, deux heures s'étaient écoulées. J'étais inquiète : mon cas devait poser plus de problèmes que prévu. Une autre heure passa. Sans frapper le chirurgien entra suivit d'autres blouses blanches à l'air très sérieuses. Sans bonjour ni précautions, il s'empara de mon sein gauche le serrant fermement.
— on va reporter l'intervention, la tumeur à l'air de régresser...
Sa main se fit plus dure sans égard pour la douleur qu'elle provoquait.
— c'est bien ce que montre le scan, la tumeur a régressé d'un bon 40%. Un autre médecin vint me palper avec plus de douceur.
— c'est quoi cette rougeur, Madame ?
— une piqûre d'abeille...
— tiens tiens...
La procession m'abandonna aussi vite qu'elle était arrivée.

Valérie arriva dans la foulée en grande tenue de bloc opératoire, je la reconnu à peine.
— le chirurgien vient de m'appeler, ta tumeur régresse, c'est incompréhensible.
— tu le connais ?
— je suis son infirmière préférée mais on s'en fout, tu comprends que tu vas mieux ?
Non, je ne comprenais pas.
— au fait, il a dit "tiens tiens" quand il a vu ma piqûre d'abeille.
— où ?
— là !
Aussi précipitamment que le chirurgien, elle s'enfuit vers la porte.
— je reviens.
Évidemment, elle était venue entre deux opérations ce qui expliquait sa hâte.
Elle revint après le repas, ré habillé en "civil".
— J'ai fait des recherches sur internet sur la mélittine, je relis mes notes: " La mélittine, contenue dans le venin des abeilles, s'est révélée ultra efficace pour tuer les cellules du cancer du sein... le venin d'abeille peut détruire les cellules cancéreuses des formes les plus agressives du cancer du sein... celles du cancer du sein triple négatif, et celles du cancer du sein HER2 positif..."
— alors une simple piqûre d'abeille peut guérir du cancer ? Enfin tant que les néonicotinoïdes ne les ont pas totalement éradiquées.
— pas si simple mais c'est une bonne hypothèse m'a dit le chirurgien...


Un an a passé. Je respecte les abeilles et je ne prends plus de thé sans une cuillère de miel.
— bonjour docteur...
— asseyez-vous, Madame, les nouvelles sont excellentes : les résultats des analyses disent que votre cancer n'est même plus décelable. Si j'osai je parlerais de miracle.
— ma piqûre d'abeille ?
— ah, oui votre piqûre d'abeille, je ne sais vraiment pas, mais sans doute que la faible dose de mélittine que vous aviez reçue a suffisamment affaibli votre tumeur pour que vos défenses humanitaires prennent le dessus.

Avant de rentrer chez moi, je passais voir Valérie, elle portait une robe brune avec des rayures jaunes.
— salut, Maya l'abeille.
40

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,