la part du doute

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en venant chez "short", je souhaitais avoir l'avis impartial de lecteurs passionnés, aujourd'hui j'ai le plaisir d'échanger quelques mots avec ceux qui ont la gentillesse de me lire et avec  [+]

Je ne sais plus où j’en suis, il n’a fallu qu’une seconde pour que je sois torturé par les affres du doute. Une courte phrase lapidaire aurait-elle suffit à changer le cours de ma vie ?

Ce matin, première sortie depuis... Malgré l’avis de mes camarades, j’ai choisi de partir seul. J’ai envie de retrouver mes sensations sans aucune influence.
-Je vous assure, tout ira bien, leur ai-je affirmé, je n’irai pas loin, juste quelques pas au bord du lac, et s’il arrivait que je sois troublé, j’aurai un ouvrage familier qui me permettrait de me recentrer... mais ce ne sera pas nécessaire, soyez tranquilles.
Pourtant, une fois là-bas, tous ces gens qui allaient et venaient, bruyants, vivants, c’était exaltant, biensûr, mais aussi extrêmement déstabilisant. Je me suis assis sous un grand arbre et ai tenté de m’immerger en douceur en lisant quelques lignes rassurantes, hélas, j’étais si perturbé qu’il m’a été impossible d’entrer dans le texte, je revenais toujours à la même phrase, vide de sens. Un cri du côté du lac, une poursuite sur les pelouses, tout me distrayait.
Aristote, « de l’âme », finalement je n’avais peut-être pas fait le bon choix, trop complexe lorsque le monde vous interpelle de toutes parts, j’ai fini par renoncer. Après tout, le spectacle était formidable et valait bien que je lui accorde toute mon attention. Bien décidé à en profiter pleinement, j’ai ôté mes sandales et tâté l’eau du bout des pieds. Elle était fraîche, j’ai frissonné de plaisir. À quelques mètres du bord, des enfants criaient en sautant d’un pédalo, plus loin, dans une allée, un couple d’amoureux promenait une poussette où gazouillait un bébé potelé. J’avais oublié à quel point toutes ces petites choses étaient agréables. Je me suis allongé, les bras croisés sous la tête et ai regardé les nuages qui s’étiraient à travers le feuillage. Comme lorsque j’étais petit, je me suis raconté des histoires merveilleuses construites au gré du vent. Imperceptiblement, les bruits sont devenus lointains, confus et j’ai glissé dans une délicieuse somnolence. Tout à coup, à deux pas, un rire a éclaté. Je me suis assis vivement, le cœur battant à tout rompre, je n’osais pas tourner la tête. Elle était là, je savais que c’était elle, Adèle.

Je n’étais plus au bord du lac, mais dix ans plus tôt dans mon lycée, lorsqu’elle avait débarqué l’année du bac. Moi qui, jusque-là, avais été un élève sérieux, je n’ai plus eu d’autres préoccupations que cette fille.
Elle avait les cheveux couleur de poussière, des lunettes de myope, un visage pointu et un corps encore androgyne. Les garçons de la classe ne se bousculaient pas autour d’elle, mais je la trouvais magnifique. Adèle n’était peut-être pas la plus belle fille de la terre mais elle avait de la personnalité. Pétillante, sans complexe, elle n’avait que faire de ce que l’on pensait d’elle et avait un sens de la répartie remarquable. Moi qui perdais mes moyens dès qu’il fallait prendre la parole, cela m’époustouflait.
Tapi dans un coin, j’ai passé des récréations entières à boire ses paroles, à écouter ses histoires d’ailleurs. L’Afrique, l’Asie, l’Amérique, rien ne semblait avoir de secrets pour elle. Et puis j’aimais sa façon de pencher la tête sur le côté lorsqu’elle était concentrée, j’aimais son regard de poisson surpris lorsqu’elle découvrait quelque chose, en fait j’aimais tout ce qu’elle était. Vivante, joyeuse au milieu de toutes ces adolescentes mélancoliques, c’était rafraichissant. Elle riait tout le temps, d’un rire que j’aurais reconnu entre mille.
Ce rire qui vient de me tirer violemment de ma torpeur...
Cette année-là, pendant des mois, chaque soir, dans la solitude de ma chambre, j’ai imaginé mille « rencontres fortuites », d’une chute qui m’aurait projeté contre elle à la collision au détour d’un couloir, j’ai tout testé devant mon miroir. Au matin j’abandonnais toute tentative, craignant plus que tout le ridicule. J’ai aussi envisagé d’aborder Adèle, comme l’aurait fait n’importe quel élève normalement constitué, en lui demandant son avis sur un cours, mais je n’avais pas d’avis sur les cours, encore moins un avis critique, ils étaient un point c’est tout. De plus, il aurait fallu enchainer, mais enchainer sur quoi, je n’avais jamais quitté ma province, n’allais pas au cinéma, n’appartenais à aucun club de sport... il fallait que je trouve quelque chose d’original, de spirituel, quelque chose qui retienne son attention et lui donne envie de me connaitre, mais j’avais si peur qu’elle me remballe que je n’osais même pas lui demander l’heure. C’est ainsi que chaque jour j’ai remis au lendemain et le temps est passé.
Lorsque le troisième trimestre a commencé, je ne lui avais toujours pas adressé la parole mais étais décidé à aller au bal de fin d’année avec elle.
Il ne restait que trois jours avant la fête quand je me suis jeté à l’eau. Dès que la cloche a sonné, je me suis précipité pour être sûr de ne pas la rater quand elle passerait le portail. Je l’ai enfin aperçue au côté de son amie Aline. Je n’entendais pas ce qu’elles disaient mais la conversation semblait très animée. Je me suis faufilé fébrilement parmi un flot d’élèves qui se bousculaient, et, un peu brutalement peut-être, ai attrapé le bras d’Adèle.
Coupée dans son élan elle s’est retournée malgré elle, visiblement agacée. Je me suis soudain senti vide, figé comme si j’étais passé sous une douche glacée - Je peux savoir ce qui te prend ?
J’ai tenté de rassembler mes esprits, cherché les mots qui auraient dû la faire rire, mais je me suis entendu bégayer : – euh.... Tu tu veux être ma ma cavalière sam-samedi ?


Bègue et stupide, voilà ce qu’elle voit de toi, ai-je pensé horrifié.
J’aurais voulu être ailleurs, rembobiner, avoir une seconde chance. Mais le couperet est tombé.
Le regard courroucé, Adèle m’a lancé: « merci d’imaginer qu’à trois jours du bal je n’ai pas encore de cavalier ! De toutes façons, même si ça avait été le cas, je n’y serais pas allée avec un... rat de bibliothèque dans ton genre, c’est une soirée divertissante, pas un cours du soir »
Aline a ri de ce bon mot et ajouté quelques phrases moqueuses que je n’ai pas saisies. Abattu, j’ai juste bredouillé « biensûr, je comprends » et ai tourné les talons sans demander mon reste.
Au risque de passer pour un dément, j’ai rejoint mon vélo en parlant à haute voix:


tu ne l’as pas volé, qu’est-ce que tu croyais qu’elle allait te sauter au cou en te glissant à l’oreille qu’elle n’attendait que toi ? Pauvre imbécile, tu as eu des mois pour préparer cette soirée et tu n’as même pas été capable d’y arriver, tu n’as que ce que tu mérites. » Je titubais, les yeux humides, les sanglots menaçaient de jaillir et je luttais pour ne pas m’effondrer devant tout le lycée. J’ai enfourché ma bicyclette et suis parti en slalomant au milieu des lycéens indifférents au désespoir qui me submergeait.


Je me sentais bête, moche, inutile.


Qu’allais-je faire de ma vie ? Je n’avais jamais adressé la parole à une fille autrement que pour lui expliquer un devoir de maths et étais persuadé qu’il en serait toujours ainsi. A dix-huit ans, tout est excès, j’étais convaincu que rien ne vaudrait plus la peine d’être vécu, qu’aucune fille ne voudrait de moi pour être le père de ses enfants, et que rien ne pourrait y remédier. Anéanti par le côté définitif de ce constat, je me suis arrêté près de la rivière sans avoir le courage de m’y jeter.
"Et lâche en plus", me suis-je dit.
Lorsque la nuit est tombée, j’ai repris le chemin de la maison, accablé par la certitude qu’à mes tourments ma mère allait ajouter le poids de son inquiétude avec des accents de « commedia dell arte ».
Les images défilaient sans répit, bientôt je repensais au camp d’ados auquel j’avais participé l’été précédent. L’aumônier, Saül, avait été missionnaire en Afrique pendant plus de vingt ans et était aussi charismatique que passionnant. Nous passions de longues soirées à le questionner sur son expérience, il nous répondait avec honnêteté et patience. Il nous racontait à quel point il était gratifiant d’allumer une flamme dans les regards en partageant sa foi, mais aussi combien il était dur de voir des enfants succomber à des maladies qui auraient pu être soignées sur d’autres sols. Trop souvent, il s’était senti désarmé face à toute cette misère mais il était certain que d’avoir pu seulement prêter une oreille bienveillante à ceux qui se sentaient abandonnés, avait justifié sa présence sur ces terres déshéritées.
J’avais été profondément bouleversé par l’évocation de ce monde à la fois si prés et si loin de moi et avais eu envie de sentir le souffle de la félicité emporter ma vie comme il avait soulevé celle du père Saül. Missionnaire, dernier héros des temps modernes, quel avenir éblouissant !
En rentrant, j’en avais parlé à mes parents qui n’avaient rien voulu entendre. «Passe ton bac d’abord » avait dit mon père, qui comptait sur moi pour reprendre l’entreprise familiale, «Nous n’avons que toi, par pitié Adrien, pense à nous » avait supplié ma mère en évoquant les petits-enfants qu’elle n’aurait jamais. Je n’étais pas assez rebelle pour me dresser contre eux, résigné, j’avais regagné ma chambre en posant un voile sur mes rêves de voyages.
Et puis à la rentrée il y avait eu Adèle et il n’avait plus été question d’Afrique ni de mission.
Pourtant, ce soir-là, en traînant les pieds à côté de mon vélo, mes idées de départ ont resurgi comme un salut. C’était la seule issue, le moyen d’échapper à la honte et de donner à ma vie un sens qui semblait lui avoir été refusé.

Je ne suis retourné au lycée que pour passer le bac et n’ai jamais revu Adèle jusqu’à cet instant. Je croyais avoir effacé jusqu’au souvenir de son existence mais les battements saccadés de mon cœur et le poids dans ma poitrine m’obligent à admettre qu’il n’en est rien. Il a suffi d’une seconde pour que tout bascule.
Je m’accroche à mon livre comme à une bouée de sauvetage, Aristote est bien loin de moi. De nouveau ce rire qui me vrille les tympans. Je n’ose pas regarder. M’a-t-elle vu, interroge-t-elle celui qui l’accompagne pour savoir s’il reconnait, lui aussi, cet homme là-bas, plongé dans sa lecture.
Dans un effort incommensurable je tourne la tête.
Penchée sur un enfant, une jeune femme est assise au bord de l’eau. Elle a de grosses lunettes, les cheveux cendrés, le bras puissant d’un homme entoure ses épaules. Elle rit encore. C’est bien elle. Elle contemple l’enfant avec adoration, pose sa tête sur l’épaule de l’homme qui lui murmure quelques mots à l’oreille. De nouveau ce rire. Ils ont l’air heureux.
Comment aurait-elle pu porter une attention quelconque à ce binoclare prostré à quelques pas d’eux ?
Des mots que je refuse de laisser éclore se bousculent dans ma tête. Je me recroqueville, au bord de la panique. Respirer.
Le soleil est descendu sous l’horizon. Il commence à faire froid, un peu calmé, je jette un œil vers l’endroit où était Adèle quelques minutes auparavant. La place est vierge. N'était-ce qu'un tour de mon imagination ? Le trouble, lui, reste bien présent.
Je me sens soudain très vulnérable, Aristote ne m’est d’aucun secours. Les lignes dansent, absurdes.

Après le bac, malgré les pleurs de ma mère et les hurlements de mon père, je suis entré au séminaire. Il n’y a pas eu plus de voyages que de missions humanitaires, j’ai intégré une communauté d’une grandeur d’âme et d’une richesse inespérée au sein de laquelle j’ai eu la sensation de trouver la paix. A elle seule la bibliothèque aurait pu assouvir une grande partie de mes attentes mais la présence bienveillante de mes frères dans l’étude, tous d’une tolérance et d’une ouverture d’esprit inimaginable, m'a, en plus, apporté la sérénité. J’ai pu poser toutes les questions et reçu de nombreuses réponses. La prière s’est avérée d’un réconfort insoupçonné et j'ai très vite eu la conviction d’accéder à une forme de puissance inimaginable.
Pendant dix ans j’ai été heureux, même volontairement cloîtré dans ce monastère, pourtant, à cet instant, j’ai le souffle court, ces années me semblent dérisoires, elles ne pèsent plus rien, n’ont plus de consistances.
Une pensée vertigineuse a envahi tout mon esprit :
ma vocation n’aurait-elle été qu’une fuite ?

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Un petit mot pour l'auteur ? 56 commentaires

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Guy Bellinger · il y a
L'habit ne fait pas le moine, mais la peur de l'obstacle à franchir si. Poignant mais sans mièvrerie.
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Anna Hoser · il y a
merci Guy pour votre bienveillance à l'égard de chacun de mes textes :-)
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Robert Shennon · il y a
Le manque de confiance en soi est vraiment une catastrophe, d'ailleurs, souvent généré par une timidité excessive... à chacun sa solution pour échapper à ce trauma : ton personnage s'est tourné vers la religion, mais sans avoir eu un véritable "appel" ... alors tout cela finira en "eau de boudin", comme le disait ma grand-mère.
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Anna Hoser · il y a
je ne suis plus très présente sur le site, mille excuses mais aussi mille mercis pour ce sympathique commentaire ! effectivement , que peut valoir un engagement comme celui là s'il n'est pas motivé par une foi sans faille...
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Utilisateur désactivé · il y a
Qu'allais je donc faire de ma vie et vocation fuite sont deux éléments qui me marquent et qui croisent votre route.
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Anna Hoser · il y a
Peut être avez vous une auto biographie qui éclairerait vos propos ? ...
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JPM · il y a
Ne fuyons-nous pas tous ? Peut-être pas finalement
En fait cela me fait penser à mon texte "Qui cherche trouve"
Et moi aussi j'ai parlé d'une Adèle devenue Adeline... Dans un autre
Quoi qu'il en soit, encore bravo Anna
C'est top

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Anna Hoser · il y a
je n'avais pas retenu le titre mais je me suis souvenue de l'histoire dès les premières lignes, j'avais beaucoup aimé !
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Anna Hoser · il y a
Je n avais pas vu ce commentaire sympa, merci ! je vais aller découvrir "qui cherche trouve " et cette Adèle devenue Adeline....
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JPM · il y a
Pour Adèle le titre c'est "Forgée pour l'éternité"
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Anna Hoser · il y a
alors je l'ai déjà lu ;-)
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Ghost Buster · il y a
Chaque choix nous prive d'une vie potentielle mais nous offre aussi une vie nouvelle :)
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Anna Hoser · il y a
nouvelle je ne sais pas, mais une vie ça c'est sûr ! ;-)
merci d'être passé

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JHC · il y a
+1 pour cette tranche de vie de jeunesse. la description est précise et la mécanique psychologique de l'adolescence est plausible et rendue de manière plaisante. Pour la fin, dans la trahir , je dois dire qu'elle ne m'a pas surpris: la construction l'affaiblit en laissant deviner la teneur. Mais ça se lit bien:)
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Anna Hoser · il y a
Vous avez sans doute raison, moins d'indices et la chute aurait été plus imprévisible ... merci d'avoir pris le temps de lire et surtout de m'avoir donner votre avis :-)
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Lulla Bell · il y a
Un sujet décrit avec délicatesse et qui mérite que l'on s'y attarde. Une belle réflexion, quant à la question finale il n'est pas aisé d'y répondre. Je dirais simplement qu'il est normal dans la vie de prendre un chemin différent. Bravo Anna. A plus !
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Anna Hoser · il y a
Chaque choix nous prive d'une vie potentielle... merci d'avoir pris le temps de me lire !
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Utilisateur désactivé · il y a
Merci pour ce généreux partage d'une "tranche de vie". On attend une suite...
Pour me lire, c'est là : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/humeur-noire Merci !

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Anna Hoser · il y a
avec plaisir, pour la suite, chacun la sienne...
je cours vous lire

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Utilisateur désactivé · il y a
Si vous avez un peu de temps pour soutenir mon texte en finale cette fois, je suis toujours là : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/humeur-noire Merci !.
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Joëlle Brethes · il y a
La réponse à sa question n'est pas aisée : après tout, il a senti un "appel" avant de rencontrer Adèle et n'a fait que retourner à ses premières amours (si l'on peut dire ;-) !
Pas vraiment sympathique cette adolescente qui, à travers ses yeux (déformés par l'amour ! ;-) apparaissait (à tort ?) comme une belle âme dans une écorce peu reluisante... On ne peut donc être que surpris par la cruauté de sa réponse à l'invitation de ce camarade pas tellement mieux loti qu'elle extérieurement ;-) Phénomène de "groupe" induit par la présence de sa copine Aline ? Sans doute, mais quand même !... Cette attitude n'est pas sans conséquences !
Bref, ce malheureux jeune homme, passé par des hauts et des bas se retrouve à le fin de votre nouvelle, en pleine crise existentielle... Il s'interroge et trouvera, je l'espère pour lui, à la fois une réponse et une ligne de conduite...
Merci en tout cas pour cette agréable lecture, Anna !

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Anna Hoser · il y a
Merci pour cette lecture attentive Joëlle, (c'est exactement ce que j'attendais en proposant des textes sur short ! ) votre analyse est juste,à l’adolescence le groupe est essentiel et entraîne des comportements qui répondent à un modèle convenu plutôt qu'à une réelle expression de ses propres sentiments....
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Exophorie · il y a
Cilaos, la Réunion , petit séminaire, année 1953. Puis Isabelle.....et quatre petits-enfants !
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Anna Hoser · il y a
merci pour cette confidence ! alors vous en êtes sorti ...

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