La nuit de l'amour

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Toi, mon ami, mon amour. Viens jouer avec moi, à travers les écrits de mes pensées  [+]

Je suis entrain de me reposer quand mon portable vibre et me fait sursauter. J’essaie de l’atteindre avant que ce ronronnement me tape sur le système. Je bascule alors par dessus mon traversin et attrape mon téléphone. 22:00.
Allé, on sort du lit. Mes pieds nus se faufilent entre mes vêtements sales de ce matin, et je me dirige vers ma salle de bain. Le carrelage est froid, alors je saute vite dans la douche en prenant avec moi ma serviette.
Après m’être préparée, j'attrape mon moyen de locomotion : mes patins. Je remonte l'allée en sortant de mon appart', et souhaite la bonne nuit à mes voisins. C'est agréable de voir si peu de personnes dans la rue et ne pas feindre un sourire quand tu leur parles. J’arrive devant le musée avec cette pensée positive.

Je badge mon entrée quand une autre pensée positive me vient à l'esprit.
Ce jeune homme. Un nouveau dans l'équipe de jour qui me plaît assez. Je l’ai repéré il y a environ 6 semaines, mais ma timidité et mon asociabilité m'empêchent de lui parler. Je me suis quand même donnée un objectif : lui proposer un café dès que je le verrais.

J'arrive à mon casier et je me change. J'enfile ma tenue de gardien. 3 ans que je l'ai ! Quand les clefs sont biens attachées à mon trousseau, je ferme mon casier et sort des vestiaires. J'ai encore du temps avant que mes collègues arrivent, alors je vais fumer sur le toit. J'aime admirer la ville qui s'endort pendant que moi je m'éveille. Des voix me signalent que les gars sont au bas du bâtiment. J'écrase ma cigarette et descend l'escalier pour les rejoindre. Un petit bonsoir et hop, je vais commencer ma ronde !

Mon estomac commence à gargouiller, et je regarde ma montre. Il est 2h20... plus que 6h !

Je me plains assez, mais j’ai un travail plutôt cool. J’ai les clefs de toutes la partie Est du musée et mon collègue Camille est un vieux rigolo de 50 piges qui s’occupe du côté Ouest. Il a toujours une petite phrase d’encouragement à sortir à chaque reprise de service. Les femmes de ménage ne parlent pas beaucoup et rentrent chez elles vers minuit. Et puis Karl, le vigile derrière les caméras, bah il est vraiment sympa !

Je suis entrain d’imaginer le prochain chapitre de mon roman pendant que je tourne dans la salle des dinosaures. Je fais passer le faisceau de ma lampe torche sur un œuf fossilisé quand un bruit, que je n’ai jamais entendu pendant ma ronde, retenti. On dirait qu'il vient du plafond. Mon instinct me dit de foncer, et ma raison sait où je dois aller. En l'écoutant tambouriner dans tout le musée, je me souviens avoir déjà entendu ce vacarme : lors de ma formation. Le musée est attaqué. Mais en jetant un rapide coup d’œil pendant que j’accélère le pas, je vois que ce n’est pas mon secteur. Pourtant les employeurs m’ont confié l’aile Est car c'est celle-ci qui aurait du être potentiellement prise comme cible. Camille risque d’avoir du mal à faire face, surtout s'ils sont plusieurs.

Je cours et passe devant la chaise de Karl, vide. Je me dirige derrière le comptoir et vérifie d’un reflex où l’intrus se trouve.
J'aperçois du mouvement sur les écrans 4,6 et 7. Je reconnais la démarche de Camille, et Karl qui se dirige vers l’escalier B. Le 3ième écran me montre une silhouette assez grande. Jean baskets, sac à dos basique, bleu ou noir. Je repasse dans le hall afin de me diriger vers le secteur 7. Si je prend l’escalier à ma droite et monte deux étages, je peux tomber sur l’inconnu. Je passe les battants et monte les marches deux à deux.
J'arrive à l'étage qui m'intéresse et j'ouvre la porte à la volé. Je m'engouffre dans le couloir que cette action m'offre et je percute un mur qui tombe avec moi. Dans la panique, je me dis que j'ai fait tomber un objet très ancien alors je me met en colère contre moi-même. Mais le mur bouge sous moi et on me fait rouler sur le côté. Je regarde ce que fais la masse informe sur le sol, et alors que je me redresse mon pied gauche percute un objet lourd qui est dans un sac. Je veux me diriger vers le sac, mais la masse tend une main vers ce même sac et est plus rapide que moi.

Je lève les yeux et en rencontre deux autres. Je lis de l'inquiétude, de la colère et une pointe de sourire apparaît dans son regard. Le visage à moitié caché par une écharpe, je ne peux pas savoir s'il sourit ou si ses yeux sont naturellement rieurs. Il fait mine de se pencher vers moi pour m'aider, et je me rend compte que je suis toujours sur le sol alors que lui est debout sur le point de repartir. Mais sans prendre la main qu'il commence à me tendre, j'attrape vivement ma lampe torche et l'allume dans ses yeux. Éblouis, il titube et j'en profite pour le faire tomber et m'affaler sur lui.

D'après mes calculs, la police devrait arriver dans 7 minutes. Je peux tenir 7 minutes. Je le regarde dans les yeux pendant qu'il essaie de récupérer toute ses facultés visuelles et je n'arrive pas à me détacher de lui. Faisant en sorte que ses mains ne me jouent pas un vilain tour, mon torse touche le sien. Pendant que son regard attrape le mien, je m'aperçois que cet individu a les mêmes attributs que moi. Cette révélation ne calme pas mon souffle, qui s'accélère même. Dans ma tête, en tant que gardienne, il faut que je sache quel est l'individu qui vient de pénétrer dans nos locaux. En tant que femme, j'ai envie de voir le visage de celle qui arrive à accélérer mon rythme cardiaque. Je baisse son écharpe, et à ce moment là, elle me regarde comme je la regarde. Méfiante et admirative. Apeurée et affamée.
Ma main glisse sur son poignet et mon corps se colle encore au sien. Comme un enfant qui ne veut pas perdre son bonbon, je baisse la tête jusqu'à attraper ses lèvres avec les miennes. Et les siennes ne veulent pas perdre les miennes. Un bruit dans l'escalier retentit et, surprise, je glisse et roule sur le sol à côté d'elle. Elle me regarde et me donne le sourire le plus malin que j'ai pu voir. Elle se redresse pour partir en courant par l'escalier de service. Le temps que je la regarde, Camille est arrivé dans la salle. J'entends les sirènes, je vois le sac avec l'objet lourd à l'intérieur. Je me redresse et, sans répondre à ses questions, je laisse Camille sur place pour courir à la suite de la voleuse.

Je sais de quoi va parler mon prochain chapitre. Du coup de foudre dans une situation complètement bancale.

Son corps s’enfuit, amenant alors les lumières rouges et bleus, les sonneries hargneuses des patrouilles.
La relève ne m'intéresse plus. L’aube arrive mais je veux que revienne la nuit. Je veux que cette étrangère revienne voler le musée. En tant que gardienne, je souhaite la retrouver. En tant que femme, je souhaiterais la garder
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