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«  Je dois te montrer quelque chose. »
C’est ainsi que Sarah accueillie Victor alors qu’il venait à peine d’ouvrir la porte de leur appartement.
Dix mois auparavant, ils avaient fait connaissance sur un site de rencontre. Ils s’entendirent à merveille et au bout de six mois, ils décidèrent de s’installer ensemble à la grande surprise de leur entourage.
C’était la première fois que Sarah lui parlait ainsi. Jamais auparavant, elle n’avait pris autant de soin pour lui dire quelque chose.
Elle le prit la main et l’entraîna dans l’appartement. Elle avait pris soin de tout ranger, même ses chaussures qu’elle laissait souvent trainer à l’entrée avaient disparu.
Ils pénétrèrent ensemble dans leur immense séjour baigné d’une lumière jaune orangée de fin de journée. La lumière filtrait à travers les hauts rideaux bleus lagon fixés de part et d’autre de chaque fenêtre et imprégnait la pièce d’une ambiance chaleureuse. De la cuisine ouverte émanait une douce odeur de rôti dont Victor était friand.

Docilement, il la suivait mais un nombre incalculable de questions lui trottaient à l’esprit. Il l’observait avec attention et à travers les expressions de son visage, il essayait de deviner ce qu’elle pouvait bien avoir derrière la tête. De sa démarche féline et vêtue de cette splendide robe rouge qui épousait délicatement ses formes, elle avançait en souriant devant lui.
Déstabilisé, il sourirait lui aussi, d’un sourire jaune qu’il arborait lorsqu’il sentait la situation lui échapper.
— Mets-toi à l’aise mon chérie et assied toi, je vais te servir un whisky.
— Ok, merci mais qu’est ce qui se passe ? Tu me disais que tu avais un truc à me montrer.
— Ne t’inquiète pas, je reviens tout de suite.

Encore plus déstabilisé par le suspense qu’elle mettait en place, il déposa négligemment sa veste sur une chaise et vint prendre place sur le canapé. D’où il était, il pouvait la voir s’affairer dans la cuisine.
Son anxiété grandissait un peu plus à chaque fois qu’elle lui jetait de furtifs petits regards.
— Ça été ta journée ? lui lança-t-il en se levant et en se dirigeant vers elle.
— Oui, ça été. Comme je n’ai pas travaillé aujourd’hui j’en ai profité pour ranger un peu et faire à manger en avance afin qu’on puisse profiter de la soirée.
— Tu sais que je t’aime toi !
— Oh, c’est chou. Moi aussi, je t’aime, lui dit-elle en lui déposant un doux baiser sur ses lèvres.
— Bon, tu me le montre ce truc ? Je n’aime pas trop ce genre de suspense.
— Bah, t’es bien pressé. Retourne t’asseoir, j’arrive.

Il perdait patience et n’arrivait pas à rester assis. Faisant les cents pas dans tout le séjour, il continuait de réfléchir : « bon, déjà elle n’a pas de nouvelle coiffure, ça c’est sûr sinon je serai déjà mort de ne pas le lui avoir fait remarquer. Cette robe non plus n’est pas nouvelle. Pas de nouvelle boucle d’oreille non plus. Les pots de fleurs et les rideaux étaient déjà là ce matin. Rien de nouveau dans le salon. Bon sang, qu’est-ce qu’elle veut me montrer ?! »

Il alluma la télé et une myriade de voix résonna dans toute la pièce.
— Tu peux baisser un peu, s’il te plait ? dit-t-elle tout en continuant de s’activer dans la cuisine.
— Ok !

Il baissa le son, lança la télécommande sur le canapé et se dirigea vers la bibliothèque. Il se mit à parcourir tous les livres dont la grande majorité appartenait à Sarah. Seul « La vie est une partie d’échec » de Garry Kasparov lui appartenait. Son passe-temps c’était les échecs et il y jouait depuis ses six ans. Anticiper et prévoir les coups de ses adversaires étaient devenus une seconde nature pour lui mais avec Sarah tout cela ne marchait pas. Elle était sa cryptonite.

Sarah revint enfin vers le salon chargée d’un petit plateau sur lequel reposait un verre de whisky, un soda allégé et des amuses bouches.
— Viens t’asseoir, dit-t-elle en s’installant sur le grand canapé.
— J’arrive.

Il s’avança vers elle et sans savoir pourquoi, en la regardant, il était soudain détendu. Elle était merveilleusement belle, encore plus belle que le premier jour où il l’avait vu. Les rayons de ce soleil couchant venaient se refléter à la perfection dans la blondeur de ses cheveux. Il l’aimait, c’était un fait.
Ils triquèrent à cette soirée et après une gorgée, Sarah lui prit la main.
— J’espère que je ne t’ai pas trop fait attendre ?
— Non, pas du tout, dit-il alors que l’impatience se lisant encore dans ses yeux.
— Je ne savais pas comment faire pour te le dire alors je vais juste te montrer, tu liras et tu comprendras....

Sur ces mots, elle se leva et se dirigea vers le bureau sur lequel reposait une enveloppe. Elle la prit et revint sur ses pas. Victor, immobile, regardait ce spectacle sans rien dire. Une fois devant lui, elle lui tendit l’enveloppe avec un air teinté de joie et d’inquiétude. Victor avec un sourire crispé s’en saisit et commença à l’inspecter. Rien ne trahissait le contenu. Il s’agissait d’une enveloppe toute blanche, sans aucune inscription.

Il l’ouvrit et en ressortit un papier plié en trois sur lequel en haut à gauche, on pouvait lire « Polyclinique EDOUARD » et au centre en gros caractère « HORMONOLOGIE ».
Impatiente, elle essayait tant bien que de mal de masquer son excitation. Elle guettait fébrile une réaction de Victor qui semblait prendre son temps pour lire et ne laissait transpirer aucun réaction.

Il déposa soudain la lettre sur le fauteuil, sans un mot, se leva et pris Sarah dans ses bras.
— Je veux te l’entendre dire s’il te plait,
— Tu as tout lu ?
— Oui mais je veux être sûr d’avoir bien tout compris
—...Je suis enceinte

Ces quelques mots résonnèrent avec force dans l’esprit de Victor et des larmes commencèrent à brouiller sa vision. Il semblait flotter sur un nuage, être enveloppé d’une douce et chaleureuse couverture. Les mots de Sarah avaient réveillé chez lui une folle envie de crier sur tous les toits qu’il était heureux, qu’il l’aimait, qu’elle était la femme de sa vie et que maintenant ils allaient devenir parents. La voix de Sarah le sorti de sa rêverie.
— Ça va ?
— Oui, très bien et je t’aime !

A son tour, elle se mit à pleurer et Victor prit d’un enthousiasme soudain la serra encore plus fort contre lui et ils commencèrent à danser. Elle se sentait délivrer d’un poids et par-dessus tout heureuse et comblée.

— J’avais trop peur de ta réaction. Comme on n’en avait jamais parlé, je ne savais pas comment tu allais réagir.
— Tu es rassurée maintenant ?
— Oui !
— Je sais que ça ne fait que longtemps qu’on est ensemble mais tu es celle que j’ai toujours cherché et je suis prêt à tout vivre avec toi.

Ils restèrent de longues minutes l’un contre l’autre, savourant cette nouvelle et imaginant la manière la plus originale de l’annoncer à leurs parents.
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RAC · il y a
Tout mignon ! Une suite ?
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Mary Ménoire Buttigieg · il y a
Voilà une bien belle nouvelle dans les 2 sens du terme ! J'ai des "Noces de bois" qui feraient trembler vos tourtereaux je crois :-)) http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/les-noces-de-bois
Au plaisir de vous relire. Mary

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Cyrano · il y a
Merci pour ce commentaire et d'avoir parcouru mes lignes.
Je vais de ce pas faire un tour du côté de chez vous.

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Elisabeth Marchand · il y a
Votre victor n'est pas cocu... comme le Raymond de mon ttc que vous vous êtes donné la peine de commenter... merci!
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Jo Theroude · il y a
Une nouvelle qui fait toujours chaud au cœur...
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