La Malédiction

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Je vous invite à lire du très très court, et des nouvelles où la musique et le surnaturel font souvent leur apparition. Quelques poèmes, et un roman "Crossroads, dans l'ombre de Jimi Hendrix"  [+]

J'ai toujours été fasciné par les légendes du rock. Ces talents à peine éclos et perdus à jamais. Ces étoiles filantes laissant l'image d'une beauté éternelle. Ces trajectoires fulgurantes qui pour la plupart n'ont pas eu le temps de se gâcher, n'ont pas eu le temps de lasser. Ces artistes dont on évoque systématiquement la mort avec regret : « Ah... Il était si jeune... » Quand j'étais petit, l'histoire de James Dean m'arrachait des larmes, mais très vite, en grandissant, je me suis laissé fasciné par ces idoles à la carrière dense et au destin tragique, trouvant dans le rock'n'roll une quantité non-négligeable de récits fantastiques. Car force est de constater que la grande faucheuse prend un malin plaisir à soigner la sortie de ces jeunes artistes, semant le doute et attisant le mystère autour de celle qu'on appelle désormais la Malédiction.

Je m'en vais donc vous parler de crash aériens, d'overdoses, d'accidents de voiture, d'accidents stupides, de suicide, de meurtre, du club des 27, du Cross Road, et plus largement des légendes du rock'n'roll ayant trouver la mort de manière précoce.

Etant donné la finalité de la chose, vous comprendrez que je fasse honneur au plus jeune d'entre eux. Nous sommes à la fin de l'année 1958. La première vague rock bat son plein depuis quatre ans et Ritchie Valens, 17 ans, veut faire partie de la déferlante. Ritchie a un rêve, marcher dans les pas d'Elvis. Il sait qu'avec sa voix et sa guitare, il peut lui aussi sortir sa famille du ghetto de Los Angeles. Il signe un contrat chez Del-Fi Records en octobre, sort un premier single prometteur Come on let's go, puis part en tournée hivernale dans le Midwest. Rappelons que nous sommes aux prémices de la grande industrie musicale et donc à la préhistoire de l'organisation de tournées de grandes envergures. Les conditions de vie sont difficiles. Les concerts s'enchaînent, et les nuits passées à dormir dans un bus privé de chauffage laissent des traces. Mais son deuxième single, Donna, dédié à sa petite amie, entre dans le top 20. Dans chaque ville où il passe, Ritchie sent que le public est réceptif à sa voix et à son feeling. Alors, malgré la fatigue, il poursuit la quête de son rêve. A l'époque, il partage l'affiche avec un certain Buddy Holly, et ses Crickets.
Jeune Texan de 22 ans au physique de premier de la classe, il est la tête d'affiche du festival. Buddy Holly a sorti ses premiers tubes That'll be the day et Peggy Sue, un an auparavant. Il est rôdé aux tournées calamiteuses. Mais les organisateurs viennent de lui imposer une date supplémentaire. Il craque et fait affréter un Beechcraft Bonanza afin de pouvoir récupérer un peu. Il propose à Ritchie et au chanteur Big Bopper (29 ans) de partager son avion. Ritchie accepte, bien qu'il craigne le transport aérien, étant pris de violentes angoisses à chaque vol. Sauf que Buddy n'a pas compté ses deux musiciens Jennings et Allsup et l'appareil ne comporte que trois sièges passagers. Jennings cède sa place à Big Bopper malade. Ritchie Valens demande à Allsup de lui céder la sienne. Ce dernier propose de la jouer à pile ou face. Ritchie l'emporte. Voilà comment se joue le destin de ces trois musiciens. Après c'est une histoire de météo clémente qui vire subitement vers minuit, et d'un pilote non-qualifié pour ce type de vol. En janvier 59, la Bamba déboule dans les bacs mais Ritchie Valens n'aura pas le temps de jouir de son premier tube, il meurt à l'âge de 17 ans. Le grand Buddy Holly, lui non plus n'aura pas le plaisir de voir les Beatles et les Beach Boys s'inspirer de ses rythmiques détonantes pendant les Sixties. Le Beechcraft Bonanza s'écrase le soir du 3 février 1959. Cette date est baptisée par les américains "The Day the Music Died" (« Le jour où la musique est morte » ). L'expression peut sembler excessive, néanmoins, dans toute l'histoire de la musique, on ne trouve pas trace de deux talents aussi prometteurs, ayant disparus au cours de la même nuit.

Cet événement marque le début d'une longue liste de morts précoces dans l'histoire du rock, mais aussi celui d'une série de tragédies mécaniques. On commence alors à parler de malédiction...

Un an plus tard, le 17 avril 1960, le taxi transportant Eddie Cochran (21 ans) de Londres à l'aéroport de Bristol voit son pneu soudainement éclater, il termine sa course dans un lampadaire. Le lendemain, la nouvelle coqueluche du rock'n'roll succombe à ses blessures. Celui qu'on surnommait le Tigre, avait déjà enflammé les pistes de danse et les radios avec Twenty Flight Rock, Come on everybody et Summertime Blues. Tous sont de vrais standards du rock'n'roll qui feront plus tard l'objet de reprises par Led Zeppelin, T. Rex ou Van Halen. Celui qu'on surnommait le Tigre, possédait la panoplie parfaite du rocker. Bon guitariste, Cochran avait du charme, une voix de crooner enjôleuse qui pouvait se faire sauvage au besoin, et un talent de compositeur rare dans le paysage de l'époque où les adaptations et reprises constituaient l'essentiel du répertoire des premiers rockers.
Holly, Valens, Cochran, trois maudits de la période rockabilly, auxquels je me permets d'ajouter Gene Vincent, interprète du légendaire et sulfureux Be-Bop-A-Lula. Mutilé dans l'accident qui coûta la vie à son ami Cochran, il ne se remettra jamais complètement de sa disparition, sombrant dans l'alcool et l'oubli. Jusqu'à sa mort à l'âge de 36 ans le 12 octobre 1971.

Dans les morts à quatre-roues, j'ajouterai celle de la pionnière du blues Bessie Smith victime en 1937 d'un accident sur la fameuse route 61, elle avait 43 ans. Celle de Marc Bolan, leader de T. Rex (Get it on, 20th,Century boy) et figure emblématique du glam-rock des 70's. Dans l'ombre de David Bowie au niveau international, le londonien reste un demi-dieu en Angleterre. Craignant les engins motorisés, et redoutant les accidents qu'il évoquait souvent dans ses textes, Bolan refusait de passer son permis de conduire. Le 16 septembre 1977, en revenant d'une tournée, la Mini conduite par sa compagne vient heurter violemment un arbre au cœur de Londres. Marc Bolan est tué sur le coup, il avait 29 ans.
Dans les morts à deux roues, et ils sont nombreux chez les rockers, j'ai choisi de vous parler de Duane Allman, guitariste de génie décédé en 1971, suivi un an plus tard de Berry Oakley (bassiste), tous deux membres des Allman Brothers. Ce double accident constitue une manifestation troublante de la malédiction. Tous deux se tuent en moto, dans leur ville de Macon (Georgie), au même endroit, un carrefour (j'y reviendrai mais ça a son importance) à un an d'intervalle, quasiment jour pour jour. Je précise que Macon est aussi la ville de naissance d'Otis Redding...

En parlant d'Otis, revenons à l'avion qui reste quand même la plaie numéro un du rocker. La voiture c'est la plaie numéro deux, et le train c'est la Play station... Nan, désolé, c'est ma femme, elle dit que je devrais mettre un peu d'humour dans mon texte. Je crois qu'elle le trouve un peu trop axé sur le nécro spiritual... Bref...
En 1967, le ciel du Wisconsin emporte donc le plus rockeur des Soul man. Otis Redding, un des plus grands performeurs des Sixties, s'inspire de son aîné Sam Cooke, en fusionnant Soul noire et Rock blanc (musique mainstream). Maître incontesté de la ballade soul avec These arms" of mine, Try a little tenderness, il effectua d'excellentes reprises des Stones (Satisfaction) et des Beatles ( Day Tripper). Devant l'accumulation des dates de concerts aux quatre coins du pays, Otis décide d'investir dans un un avion Beechcraft (encore!). Dans la nuit du 10 décembre, Mister Smile s'écrase sur le lac Monona, il n'avait pas 27 ans...

Dix ans plus tard, en 1977, c'est au tour du groupe Lynyrd Skynyrd de voir trois de ses membres périr dans un crash aérien.

Et si on parle de haute voltige, comment ne pas citer Stevie Ray Vaughan. Non, décidément la malédiction n'épargne personne. A croire que la faucheuse des airs, raffole des virtuoses. Le 27(!) août 1990, de retour d'un concert, Eric « God » Clapton laisse Stevie prendre sa place dans le premier hélicoptère en compagnie de son agent. Clapton suit derrière dans un second hélico, et voit l'engin s'écraser. Stevie Ray Vaughan avait 35 ans... Alors franchement, j'ai beaucoup de respect pour le talent de Clapton. C'est vrai, c'est un grand guitariste. Mais Stevie c'était Jimi Hendrix ressuscité, bon sang ! Le gars avait quand même deux mygales à la place des mains et pouvait rivaliser sur le feed-back avec le Divin Gaucher de Seattle. Avis à la malédiction, si y a moyen de faire échange, moi je valide... Ben quoi ? Humour, humour...

En 1982, Randy Rhoads, guitariste inspiré du groupe Quiet Riot vient d'être recruté par Ozzy Osbourne (Black Sabbath) qui débute une carrière solo. En visite chez le chauffeur de bus de leur tournée, ce dernier titulaire d'un brevet de pilote leur réserve une petite surprise dans son hangar. Un Beechcraft Bonanza (!!!) Quand je dis que ça respecte rien les hardos ! (humour...) Bref, le gars bien chargé à la coke cherche à épater les membres du groupe en faisant quelques acrobaties aériennes au dessus du hangar. Randy Rhoads est à l'intérieur quand l'aile gauche de l'avion découpe le toit du bus. Le Beechcraft vient s'écraser dans le hangar. Aucun survivant.

Mais la malédiction ne tue pas toujours. Ou alors pas toujours celui qu'on pense. Jerry Lee Lewis, Killer et pianiste, fut sans doute le rocker le plus provocant de la fin des années 50. Faisant souvent allusion au sexe et au diable dans ses chansons, choquant l'Amérique puritaine, jouant du piano debout (eh oui, c'était lui !) sur ses titres les plus entraînant, le premier Bad Boy du rock allait parfois jusqu'à l'arroser d'essence et l'enflammer pour clôturer ses spectacles. Ayant pris pour épouse sa cousine âgée de 13 ans, chose plutôt répandue à l'époque dans le sud des Etats-Unis, il fut finalement victime d'un assassinat médiatique... à l'âge de 22 ans. Ne retrouvant jamais sa popularité d'alors, le Killer obtint malgré tout par la suite une certaine reconnaissance. Mais il se savait maudit. La preuve en 1985. A l'époque, détenteur d'un avion DC 3, il décide de s'en défaire évoquant la crainte qu'il éprouve de périr dans cet engin symptomatique du Rock. Jerry Lee Lewis cède donc son DC 3 à un vieil ami, Ricky Nelson, une autre légende du rock'n'roll qui fut un temps considéré comme le rival d'Elvis. Le 31 décembre 1985, l’interprète de Lonesome Town embarque avec son groupe. Son avion s'écrase quelques heures plus tard à cause d'une défaillance mécanique. Ricky Nelson avait 45 ans.
Jerry Lee Lewis, lui vit toujours. A plus de 80 ans, il a survécu à la malédiction et tel un vieux blues-man, fidèle à sa philosophie, doit sûrement jouer ce soir dans un club de Louisiane, ou un bar du Tennessee. Certains prétendent qu'il aurait pactisé avec le diable. Comme dans la légende du Cross Road...

to be continued...
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