La lumière masquée

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...débute doucement dans l'écriture  [+]

C'est un matin de juillet. Soudain le bruit de mon réveil m'arrache de l'agréable rêve dans lequel je suis plongé. Habituellement je réussi pourtant à me réveiller avant le terrible son de mon réveil. Mais ce matin, je n'ai pas pu, en fait j’arrive à peine à me réveiller. Sans doute une des conséquences de mes excès de la veille. La nuit a été courte et mes 20 ans me semblent déjà loin.
La soirée d'hier s'est transformée en une grande fête improvisée avec la victoire de l’équipe de France à la finale de la Coupe du monde. Un exploit miraculeux auquel je ne pensais pas assister. Si bien que j'avais franchi certaines limites du raisonnable que je ne m’imaginais même pas pouvoir un jour être capable de dépasser. L’alcool avait coulé à flots. Je me trouvais avec mon meilleur ami à la maison à regarder le match, quand d'autres de nos amis ont débarqué à l'improviste à la maison, comme ils aimaient si bien le faire pour toute sorte d'occasion qu'ils jugeaient particulières.
Et il faut bien avouer que l'occasion était unique alors il fallait bien la fêter. Tant pis pour les lendemains difficiles. Je ne me souviens pas avoir autant bu. Je sens déjà qu'une méchante gueule de bois me le rappellera toute la journée, c'est certain.
Je me retourne dans mon lit afin de m'approcher de ma table de chevet. Je tends mon bras, et me saisis alors de mon téléphone, les yeux encore fermés. Je coupe le réveil aussi rapidement que mes doigts me le permettent.
Encore quelques minutes ! Réclame-je.
Je sais pertinemment qu'une nouvelle sonnerie retentira dans quelques minutes et me fera à nouveau sursauter dans mon sommeil. J'ai l'impression d'avoir la tête lourde. Je ne suis pas bien réveillé à cause du manque de sommeil et de la soirée arrosée d'hier.
Je décide de me rendormir quelques minutes, dans l’attente du courage qui me permettra de quitter mon lit et d’affronter la nouvelle journée de travail qui m'attend. Pour moi une journée comme une autre en réalité.
J'apprécie ces quelques petites minutes du matin si courtes mais si précieuses. Elles me font le plus grand bien.
Mais là, c’est peine perdue. Je sens une douleur envahir ma tête, et la chaleur estivale est encore étouffante en ce matin du mois de juillet. Le temps est orageux. Un bruit encore lointain du tonnerre grondant se fait entendre, un peu plus fort à chaque minute qui s'écoule rompant de temps en temps le silence apaisant de la pièce.
J'ouvre finalement les yeux et je suis surpris par la pénombre qui règne dans ma chambre. Il doit être 7h20 passé, ce qui signifie que le jour s’est déjà levé depuis au moins 2 heures. Sans doute à cause des orages, me dis-je à moi-même.
Je remarque que le cadre photo numérique de ma mère disposé sur ma table basse est éteint. Il m'aide aussi à me réveiller le matin.
Je parle fort et distinctement à mon téléphone et lui demande de me donner l'heure.
La voix me répond.
« Il est actuellement 7h21 ».
Je m’interroge, tandis que ma tête me fait de plus en plus mal. Je m’approche de ma lampe de chevet et l'allume. Rien ne se passe, elle ne réagit pas à mon action.
Tiens, il n'y a pas de lumière ?
Je renouvelle mon geste en vain. Je me souviens alors que l'ampoule a grillé durant la nuit quand je me suis levé pour aller boire un verre d’eau. Je note mentalement que je dois la changer avant de me coucher ce soir.

Je quitte mon lit, les yeux encore à moitié fermés, et marche pieds nus sur le sol frais en direction de la fenêtre, afin d’ouvrir les volets. Comme chaque matin. Je me rends compte que ma tête tourne, je manque de tomber. J’ouvre la fenêtre, la chaleur qui provient de l'extérieure est étouffante. J'entends maintenant le tonnerre gronder encore un peu plus fort qu’il y a quelques minutes.
Ce bruit sourd qui se transforme en écho dans ma tête tandis que je parviens à défaire les volets et entrevois finalement la lumière du jour.
Et beh ! C’est pas la joie ce matin !
Je me surprends à ne pas être ébloui par le soleil prévu la veille par la météo et remarque que bien au contraire le ciel est sombre, très sombre. Je ne m'en inquiète pas davantage, nous sommes en été et les orages font partie des choses normales. L'air semble encore plus chaud et humide à l'extérieur qu'il ne l'est dans la chambre. Je m’étire tout en me disant qu'une bonne douche froide me fera le plus grand bien, mais avant je décide de prendre un médicament pour soulager mon mal de tête.
Je traverse la pièce et ouvre la porte de la salle de bain à laquelle l'accès se fait par ma chambre.
J’appuie sur l’interrupteur afin d’éclairer la pièce mais encore une fois rien ne se passe.
Décidément. Je suis surpris. Je ne me souviens pas avoir grillé une deuxième ampoule au cours de la nuit. Mon mal de tête est plus fort que ma surprise, je parviens quand même à me saisir d'un comprimé de paracétamol de mon armoire à pharmacie et l’avale avec une grande gorgée d'eau.
J'entends le bruit de l’orage s'amplifier. Je n’ai jamais aimé les orages, je les trouve effrayants. Je suis à deux doigts de retourner sous la couette. Mais c'est bien une journée de travail comme une autre qui m'attend, coupe du monde ou pas je dois aller travailler. Il faut donc que je me prépare.
J'enlève alors mon caleçon, me mets sous la douche. J’apprécie le déversement de l'eau froide sur ma peau. Je me lave et reste plusieurs minutes à me détendre sous la douche.
Ça fait du bien, je me sens déjà mieux !
J'ai toujours eu un petit faible pour l'eau, je trouve qu'elle est une force de la nature si puissante et pourtant prise goutte par goutte elle semble si fragile. Je finis de me doucher, me sèche et enroule ma serviette autour de ma taille. Je me raserai une fois que j’aurai mis de la lumière.
J'ai soif.

Je quitte ma chambre pour me rendre dans la cuisine. Avec cette chaleur, j'ai grand besoin de me désaltérer. Il fait trop chaud pour un café. Une fois dans la cuisine, j'actionne l'interrupteur de la cuisine afin d'éclairer la pièce mais celle-ci reste dans la pénombre. J'ouvre le réfrigérateur, et me rend compte une fois encore que la lumière ne fonctionne pas.
Mais c'est quoi ce délire ? dis-je constatant que l'ampoule du réfrigérateur ne fonctionne pas.
Qu'est ce qui se passe ? C’est pas normal que mes ampoules soient toutes grillées d’un coup.
Cette fois-ci je décide d'en avoir le cœur net. Je saisis une bouteille de jus d'orange du frigo et constate qu'elle est fraîche, le réfrigérateur fonctionnait encore il n'y a pas longtemps. Je bois quelques gorgées tout en me dirigeant vers le compteur électrique. Je constate qu'il est bien en état de marche. Je tente d'allumer d'autres lumières dans l’appartement, mais aucune ne fonctionne. Ni dans la cuisine, ni dans le salon, ni dans l’entrée, ou même dans le couloir.
Je me dirige vers un petit placard près du compteur où je dois bien avoir quelques ampoules neuves. Je l’ouvre, en extrait une ampoule que je m’empresse de mettre à la place d’une des ampoules défectueuses.
J’essaie une première fois dans le couloir, puis dans le salon, et enfin dans la cuisine, mais cela ne fonctionne toujours pas.
Aucune lumière ne veut s'allumer chez moi ! Pas même une ampoule neuve.
Je n’en crois pas mes yeux. Ces choses là ont le don de m’énerver, surtout après une courte nuit. J'entends alors le réfrigérateur se mettre en marche. Ce qui me confirme que l'électricité n'est pas coupée, rendant la chose encore plus étrange.
C'est pas vrai ! C'est une histoire de fous ! On me fait une blague ou quoi ?
Le tonnerre gronde à nouveau. L’orage redouble de puissance. Je vais alors près de mon plan de travail dans la cuisine et allume tous les appareils électroménagers possibles, ils sont tous en état de marche ! Ils fonctionnent apparemment.
Mas quelque chose me surprend, je ne vois aucune lumière sortir de ces appareils. C'est comme si toutes les lumières ne s'allumaient plus, aucun voyant, aucun signe de vie lumineux. Je n'y comprends rien. Je me précipite vers la chambre pour prendre mon téléphone portable que j'avais laissé en charge. Mon cœur commence à battre rapidement. Je suis en sueur alors que je sors à peine de la douche.
Avec ça je vais bien pouvoir m'éclairer ! Mais après quelques secondes je vois qu’il n’y a pas de lumière dans mon téléphone.
C'est encore la malédiction de ce maudit appartement, je savais que je n'aurai pas du emménager ici, j'ai des ennuis depuis le premier jour!
Rien.
Mon écran n'affiche rien. Impossible de mettre en fonction la lampe torche. J'essaye d'éteindre le téléphone et de le rallumer mais le résultat est toujours le même. J'ai très chaud. J'entends mon cœur battre dans ma tète.
Les battements de mon coeur sont rapides.
Il me vient alors l'idée d'allumer la télévision. Tant pis pour l'orage. Je cours dans le salon, la panique s'emparant de moi peu à peu, afin d'allumer la télévision et voir ce qu'il se passe. Je l'allume, et entend le son mais ne vois pas d'image. Rien, rien à part la victoire à la finale de la coupe du monde. J'apprends aussi qu'une alerte météo d'une vigilance très accrue a été lancée, à cause de phénomènes météorologiques très dangereux et soudain.
J'entends le tonnerre gronder de plus belle, tandis que des gouttes de sueur perlent sur ma peau tellement la chaleur devient insoutenable dans cette pénombre ambiante.
Les paroles sortant de la télévision ne m'apprennent rien de particulier.
J'éteins alors la télévision aussitôt, de peur que l'orage ne frappe.

Mon souffle se saccade. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose de pas normal.
Pourquoi je ne vois plus de lumière ! Qu’est ce qui m’arrive ? hurle-je en lançant la télécommande de la télévision contre le mur.
Je dois me calmer. Il doit bien y avoir une explication.
Je décide alors de prendre mon téléphone pour passer un coup de fil et appeler mon meilleur ami. J’ai besoin de parler avec lui, parce que les choses commencent à devenir trop étranges. Depuis mon réveil, elles semblent différentes.
Je demande à mon téléphone de passer l'appel. Heureusement que j'ai la reconnaissance vocale. Quelques secondes s'écoulent et j'entends la voix amicale tant attendue.
"Jérôme, salut ça va ?
- Salut Seb, heureusement tu réponds, bah ça va moyen ! Depuis ce matin il se passe un truc trop bizarre...Je ne sais pas. Je n'ai plus de lumière.
- Ah bon ? T'as plus de courant chez toi ?
- Non, enfin si j'ai du courant justement c'est ça le problème. Enfin non ! C'est pas le problème. Le problème c'est qu'il y a n'y a plus aucune lumière !
- T’as jamais eu la lumière à tous les étages, c’est maintenant que tu t’en rends compte !
- Non, je suis sérieux là Seb !
- Je vois dit-il incrédule. Mais tu es certain de toi ? ajoute-il montrant qu’il ne me croit pas.
- Tu dois me croire !
- Il doit bien y avoir une explication, de mon côté..."
Soudain la communication s’interrompt. L'appel est perdu. J'essaie de le rappeler en vain, il ne répond plus. Un violent coup de tonnerre retentit. Je sens les mûrs trembler sous la force de l’impact de foudre. Le bruit est effrayant. Il fait de plus en plus sombre, je voudrai juste que tout cela s'arrête. Et enfin voir de la lumière. Avant que je ne craque. J’ai besoin d’être rassuré.
Je suis surpris et effrayé lorsque j'entends alors mon téléphone fixe sonner. C’est quelque chose qui ne se produit jamais.
Je crois bien que c'est la seconde fois que je l'entends, la première fois c'était pour m'annoncer une mauvaise nouvelle. Un décès.
Je me dis que c’est peut-être Sébastien qui cherche à m’appeler à cause de son portable qui ne fonctionne plus.
Je décroche alors le combiné.
"Allô, oui ?
- Allô mon fils, c'est ta maman, lâcha la voix dans le combiné.
- Ma...ma...maman ? Bégayais-je surpris.
- Oui, c'est moi, je sais que ça peut te sembler bizarre, après tout ce temps. Mais tu me manques, alors j’ai estimé qu’il était temps qu’on se revoit."
A cet instant, c'est comme si le temps s'arrêtait.
J'ai très chaud. J’ai mal à la tête. J’entends le tonnerre gronder. Depuis ce matin rien ne se passe comme d'habitude. Maintenant voilà que ma mère me téléphone. Et me parle. Non, je sais que c'est impossible alors je décide de couper court. Malgré le fait que je suis troublé. Mon cœur bat à toute allure. Dehors le temps est déchaîné comme jamais.
"- C'est impossible ! Qui êtes-vous ? Je ne suis pas d'humeur à plaisanter !
- Je suis là pour toi, je suis ta maman, je suis venu te dire qu'il était temps qu’on se retrouve.
- Ça suffit ! dis-je en raccrochant presque tandis que le tonnerre redouble d'intensité et que la pièce tombe dans une pénombre affolante.
- Tu n'as pas le choix mon petit JJ."
Après avoir entendu ce surnom je comprends que c'est ma mère que j'ai au bout du fil. Mais ma mère est morte. Elle est décédée il y a plusieurs années.
Comment peut-elle me parler ? Je perds la tête. C’est juste impossible que je l’entende.
Il fait tout noir.
Ma tête tourne, tourne, tourne toujours un peu plus.
L’air est irrespirable.
J’ai l’impression que je vais m’évanouir.
Mon coeur bat à une vitesse impressionnante, je suis totalement sous le choc.
Jusqu'au moment où l'orage frappe à nouveau de toutes ses forces, un violent éclair déchire le ciel, et s’abat chez moi.
Je ferme les yeux.
Je les rouvre.
Tout s’illumine autour de moi.
L'obscurité a disparu et je suis ébloui par la lumière.
Je vois enfin cette lumière que j'ai tant cherchée depuis mon réveil.
J'entends ma mère me dire de ne pas avoir peur tandis que ma main tremblante tient le téléphone, je suis nu depuis que ma serviette est tombée. Nu et comme enveloppé par cette lumière, la chaleur et cet éclair qui me transporte.
Je n’ai plus chaud.
Je n’ai plus mal à la tête.
Je vois à nouveau la lumière.
Je n’ai plus peur.
Je suis apaisé.
Me voilà ailleurs, ébloui par une lumière blanche.
Arrivé là ou je devais arriver.
Je crois.
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