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La brume s’épaississant cherchait à colmater les narines, appuyait sur ses globes oculaires. Les particules ombrées rampaient, progressaient pore après pore, s’agrégèrent en un serpent cotonneux qui caressa ses lèvres du haut comme du bas, puis la pénétra par le bas et le haut, lentement, accueilli avec un consentement voluptueux. À la veille de chaque bataille, ce songe d’une violence douceâtre se gravait dans son âme. Toujours cet étouffement d’angoisse, toujours apparié d’avec les convulsions de plaisir qui l’éveillaient, brûlante de suée, main enlacée à celle qui lui tenait compagnie.

Elle avait une telle envie d’hommes. De ces hommes. Les siens. Qu’ils la touchent, l’étreignent à pleines brassées, apaisant les palpitations de sa chair. Ce depuis le premier bivouac, peut-être même dès la chevauchée d’approche de la cour princière. Cela tourmentait, de plus en plus vivement, elle autant qu’eux. Tous durcissaient du désir de leur meneuse, pourtant le premier à l’oser serait mis en pièces sur le champ ; elle autant qu’eux le savait sans que rien n’en fut jamais dit. Femelle jour et nuit pourvue d’un mâle cheptel tenu à distance par le pacte tacite. Un ange du beau sexe pouvait seul contenir ces soudards tout en attisant leur combativité. Ou une diablesse des plus perverses.
En Son nom, l’archange lui avait demandé de se fondre dans le compagnonnage des soldats les plus coriaces. Des tueurs mandés par Dieu pour faire barrage à d’autres tueurs et ainsi ordonner le chaos. C’était le jour de son premier sang de femme, écho aux vagues pourpres de l’interminable guerre qui submergeaient campagnes, bourgs et villes. S’ensuivirent trois années d’apparitions fugaces, de murmures en continu, d’isolement des jeux entre filles et gars, dans l’attente du signe annoncé. Trois ans à se torturer l’esprit, garder silence pour ne point révéler sa qualité d’aliénée du Seigneur. À être tentée sans répit dans sa chair pour éprouver sa pureté de fille. À écouter les bruissements du monde, le tintamarre métallique des batailles, saisissant çà et là des bribes de sens. Une telle solitude en face à face avec Lui, pour deviner son projet sans rien révéler à autrui, eut pu faire voler en éclats sa raison. Son âme en fut trempée telle une lame d’acier, l’intelligence des ressorts humains s’y affûta. Avec un humour qui eût ravi le peuple élu, le Divin choisit un signe digne du Diable. Le jour du loup relaya le jour du sang.
L’animal était une splendeur, plus haut d’épaules que bien des molosses, élancé, tout en pattes aux muscles souples et durs. Son pelage dru, soyeux, issu des ténèbres les plus épaisses, se moirait sous la pâleur d’un soleil couleur sable. Aucune des chèvres de l’enclos ne sembla craindre cette présence à l’odeur délicatement épicée, mêlée de thym et de miel. Comme si le tueur était l’apaisant protecteur de leur troupeau. Avec une grâce féline, le lupin s’approcha. Sa truffe fleura longuement l’entrecuisse en guise de salut. La calme douceur du regard vert luminescent prit en otage les prunelles de la jeune fille. Un avenir d’émeraude lui embrasa l’esprit.... Un prince sera par elle convaincu de s’assumer roi... cuirasse en lieu et place de robe, pour ne jamais devenir épouse... des champs jonchés de cadavres, à en tarir le flot hoqueté de ses larmes... les robes des prêtres si sombres, leurs regards glauques de peur devant la femelle droiture... la malédiction d’être une femme d’honneur faisant face à l’horreur... la cruauté de lui faire entrevoir l’heure de sa mort, pour qu’elle ne puisse fuir sa mission... à peine trois années supplémentaires à vivre, en certitude de ne jamais atteindre vingt printemps... soumise à son Seigneur, quoiqu’il advienne.

À quelques heures du bûcher, du fond de ce cachot ruminer encore et toujours le cours de cette vie parcourue d’aval en amont ; ne plus distinguer l’annonce d’un événement de son irruption, de son songe ou de son souvenir ; confronter la vérité du face à Dieu et celle aménagée pour autrui. Donc mentir pour protéger Ses desseins, le plus souvent par omission, en se jouant du manque d’imagination de ses interlocuteurs. Ainsi, sa virginité fut constatée deux fois, jadis par l’entourage princier, maintenant pour son engeôlement et le procès. Tant d’actes charnels laissent pourtant l’hymen intact. Des actes que les yeux de loup avaient jetés en pâture à son âme tourmentée de désirs. Visions comme des fumerolles et pourtant explicites de visages et silhouettes qui la hantaient lors de ses interminables cavalcades, cuisses étreignant les flancs de sa monture, chair en étuve sous l’armure rôtie au soleil. Îlot de chair faillible cernée d’une marée d’hommes. Cette tentation, elle y résista du mieux qu’elle le put.
Son ost fut ainsi purgé des putains qui l’escortaient. Chassées pour les plus hardies, d’autres proposées aux couvents comme servantes, mariées pour celles dont c’était le souhait ou engagées comme cantinières de son armée. L’une de ces filles perdues devint sa dame de compagnie, pour que son écuyer ne partage plus l’intimité de la soldate. Émeline la parait d’acier guerrier au matin, délestait au soir sa chair du métal pour toute la nuit la veiller. Cette fille à soldats, à peine plus jeune que sa maîtresse, se serait faite tuer pour celle dont un seul regard avait ordonné de punir celui qui la battait comme plâtre. La main droite, tranchée à ras du poignet, ne se porterait plus sur celle qui fut moins qu’une monture à chevaucher.
Une nuit de juillet, au plus fort de la liesse célébrant le sacre souverain, une lame découpa la rugueuse toile de tente. Dans la lueur vacillante de chandeliers aux cierges épais, la Prophétesse se recueillait, agenouillée, mains jointes, coudes en appui sur sa couche, orteils nus plantés dans l’herbe tendre. Le jeune clerc, l’un des ecclésiastiques accompagnant la troupe, s’attendait à découvrir cuirassée celle qui pour lui n’était que suppôt d’hérésie. Son regard hagard s’égara quelques secondes sur les hanches parées de velours noir, glissa le long de la courbe des mollets dépassant des pans de la robe, détailla la plante de pieds joliment cambrés. Le vacarme festif masqua l’approche d’une silhouette dans le dos de l’exalté. Les gargouillis de sa gorge tranchée furent les derniers sons qu’il perçut. Sur ordre du désormais Maréchal de Montmorency-Laval, Émeline avait appris le maniement de la dague. L’écuyer, confus du relâchement de sa vigilance, fit enterrer en catimini le pieu et piètre meurtrier. Au matin, les hommes d’Église firent mine de ne pas remarquer la disparition de l’un des leurs.
Si Yahweh lui avait dissimulé cette tentative de l’occire, la flamme du regard de la servante avait été jadis reflétée par l’œil du loup. Des prunelles qui scintillaient de dévotion pour celle qui sauva son honneur devant tous. Cette nuit, sa maîtresse moucha elle-même chacune des bougies, désigna sa litière. Prenant place à ses côtés. Émeline porta à ses lèvres les doigts encore chauds de cire fondue, y huma l’âcre odeur de mèche brûlée. Son passé de catin lui fit comprendre, à la tension du dos et de la nuque, par les bras en frissons, que ce corps allait enfin éclore pour un autre corps. Frémissement des lèvres et souffle raccourci avouaient le désir d’être initiée par celle qui venait de lui sauver la vie. Pêché de pur plaisir, hors toute visée d’enfanter, avec le Seigneur pour seul témoin de cette union.
La servante exposa sa gorge aux scintillements translucides des feux de joie traversant les parois de toile, libéra à son tour le buste de l’élève. Les mains se croisèrent pour, en symétrie, se placer en coupes aux seins. Sous les doigts, les cœurs battaient à l’unisson, cognaient les côtes. La novice en corps à corps prit l’initiative des premiers baisers, à peine esquissés avant d’être appuyés, jusqu’à embrasser à pleine bouche, goulûment. Entre deux embrasements de papilles, elles jouaient à ôter une pièce de vêtements, puis une autre. Lorsque enfin elles furent mises à nues la douceur des peaux se glissa sous le drap un peu rêche. La putain s’offrit en terrain de sensuelles errances à la liberté du jeu de paumes. La vierge se caressa lascivement, jaugeant les dimensions de ses pleins et déliés, puis apprivoisa les courbes mises à sa disposition, comparant ces charmes aux siens.
À cette aune, l’amante semblait un reflet de la maîtresse, d’abord par la taille menue et la chevelure de jais. Leurs cous se ployaient avec grâce, les bras étaient ronds et fermes, aux tendons un peu saillants. La nudité ne les distinguait, ou si peu. Les seins doux et généreux s’ornaient de larges et sombres aréoles. Le ventre et la taille, souples et amincis, faisaient ressortir hanches et croupe de voluptueuses proportions. Jambes dures et musclées, aux robustes mollets, cuisses de joli galbe, plus en tendresse. L’œil d’Émeline recelait le même reflet d’un monde décalé de l’humaine condition, comme si un fauve insolent se dissimulait sous la carcasse, juste perceptible à fleur d’un regard qui pouvait faire ployer le soudard le plus endurci.
C’est au terme du cheminement tactile que l’intime colline d’Émeline fut couverte, incitant la catin à empaumer la guerrière au même lieu, sœurs en indécence s’adoubant par l’endroit le plus femelle qui soit, celui où tout homme désire revenir. Extrême onction que ce chrême de Lilith qui perle à perle s’insinue sous les menottes par la fente qui enfanterait. Palpations en écho de l’une à l’autre, de l’une par l’autre, leurs cœurs pulsant le sang pour durcir les pointes des gorges, gonfler de flux vermeil les vulves. Fluidité féline, ondulations serpentines de hanches, lascives cambrures qui plaquent les doigts à la pulpe des passions d’où sourd la houle qui fait vibrer vallées et monts femelles, en tremblement de chairs en chaleurs. La plus experte enseigna ainsi à sa complice comment faire jouir par les phalanges, comment en jouir aussi tout en contrôle afin de ne point se déflorer. À la première aube de leurs amours, la sainte coupa et coiffa les cheveux de la catin. Gémellité d’apparence pour que la soubrette devienne aussi intouchable que sa dame – intouchable sauf par sa dame.
S’offrir aux sens : tout un art délicat de l’attention, d’écoute de l’autre et de soi, celui de tracer les parcours d’un derme en variant les registres – effleurements tels plumes d’oiselle, pinçons sévères de mamelons, fessées assénées avec la main en coupe pour produire plus de bruit que de mal. Nul amant n’est ainsi apte à égaler une courtisane à ce jeu du purgatoire, ce ralentissement du temps qui diffère et diffère encore l’incandescence paradisiaque, rend le souffle pantelant. La disciple apprit également l’au-delà de ce Paradis, le territoire toujours renouvelé de son extension, l’ardent brasier de ces plaisirs si peu licites dont les flammes se raniment de tant et tant de manières, comme l’on souffle sur des braises sur le point de s’éteindre.
Cet apprentissage prit quelques nuitées, en moments volés, cœurs battants, au plus calme des ténèbres quand le campement, excepté les sentinelles, était englué de sommeil. Il fallut à peine une leçon pour que bouches et lèvres interprètent à la perfection leur partition. Les babines taquines s’égaraient, traçant de languides chemins buissonniers, diablement oisifs, jusqu’aux boucles d’ébènes de buissons ardents. La meneuse d’hommes s’adonna donc aux péchés capiteux, s’y enfouit de la langue, au plus loin dans l’interstice des interdits. Elle devint braconnière de con, heureuse câlineuse de motte d’Eve, gambadant, folâtrant dans l’ornière du vice à bouches que veux-tu. Elle se gorgea de saveurs que si peu d’hommes osent apprécier, du forfait de cette gourmandise inavouable à confesse, au risque de convertir le plus prude des ecclésiastes. Si une femme, aussi menue fut-elle, peut galvaniser une troupe d’hommes, les plier à sa loi de la guerre, alors papilles et babines sont les subtils leviers qui, mouvant en tous sens le corps aimé, ébranlent l’âme jusqu’en ses tréfonds.
Émeline devint son mets favori, plat principal de sirupeux soupers. Elle se repaissait de jouissances noctambules offertes par ses lippes, en vorace goule assoiffée de gouleyante cyprine, jouissait à son tour, phalanges engoncées en son entrecuisse, du pouvoir d’attiser, combler, affoler la jeune putain, jusqu’à deux, trois fois de suite, langue enfournée dans la fournaise d’une vulve au bord de la liquéfaction, plus lave que chair. La servante, qu’elle fut ou non épuisée d’orgasmer, récompensait alors sa maîtresse en lui rendant la pareille, buvant en guise d’hallali le calice jusqu’à la lie, au creux du lit dénudé de draps, jetés au sol par leurs ébats de flamboyance. Seul le dimanche était leur jour de répit, comme un jeûne rituel rendant encore plus vital, dès le lendemain, la reprise de leur saphisme.
Nécessité que leur tendresse cachée face aux guerroiements des mâles soit par conquête du corps femelle vécue par Émeline, soit par prise de vie d’autrui dupliquée à l’infini lors des combats menés par la guerrière. S’aimer en catimini, semer en secret la douceur des interdits pour supporter la cruauté des fers labourant en charniers, pour une cause stigmatisée comme juste par le Très-Haut. L’Envoyée tirait sa conviction de l’obéissance au terrible Jéhovah de l’Ancien testament, non à l’humaine bonté christique. Talion plus que charité... Comme lorsqu’elle passa par le fil de l’épée un soldat de sa troupe s’apprêtant à torturer un prisonnier ; l’homme agonisa sous les yeux du Montmorency, soudard impitoyable et son plus fidèle officier ; le message passa sans qu’un sermon fut nécessaire. Ce haut fait de justice primaire ne fut point rapporté, mais chacun en retint la leçon. La violence de ses hommes devait être pure, précise, tuer si nécessaire, épargner les non-combattants, s’exonérer d’inutiles exactions. Le peuple, des villes comme des labours, apprécia cette robuste mansuétude, s’en souvint longtemps. La Cour et l’Église se méfièrent.

L’initiation charnelle de la Prophétesse – bien qu’elle ne se permit jamais cette appellation devant la gent cléricale – fut parachevée selon un versant plus rudoyant, par celui-là même qui, par adoration pour l’oriflamme femelle de l’ost, canalisa ses emportements les plus ténébreux. La jonction d’avec le Maréchal relevait de la danse de l’évidence, jusque dans les hésitations, au long de chacun de leurs côtoiements. Au combat comme garde de son corps, dans les phases d’accalmie pour l’acclimater aux maniements de la lance, de l’épée – du poignard depuis l’attentat perpétré jusque dans sa tente. Plus l’intimité des armes semblait se cimenter, plus leurs regards masquaient tant à autrui qu’à eux-mêmes la flamme qui couvait en leurs fors intérieurs. Cela eu lieu peu avant la toute dernière bonne ville qu’elle tenta de délivrer, lors d’une soirée de brume bruinée, sous une lune rousse.
Ce moment précis, la prunelle lupine en fit l’allusion. Elle sut donc le passage à l’acte bien avant que le bretteur le puisse deviner. L’épaisse et longue robe d’émeraude d’Émeline, messagère entre meneuse et meneur de meute, s’infiltra entre les gouttelettes. Il aiguisait son large coutelas, comme pour chaque veille de bataille, lentement, avec minutie. Un signe de tête, l’aide de camp les laissa seuls. Lorsque les regards se croisèrent, un sursaut mut l’épaule, l’index du chevalier s’entailla au fil de la lame. La visiteuse prit la main, inclina la nuque, déposa les lèvres sur la plaie pour la suçoter. De ses doigts libres, il caressa avec une douce retenue la nuque, les mèches raccourcies, les pommettes. Femme et homme, glaive face piété, roture alliée à seigneurie, dureté pour compassion, la pureté qui défie la crudité, de tendres courbes assouplissant la rigueur du pouvoir. Ce ballet de duos par avance chorégraphié pour elle, à découvrir pour lui. Le soudard n’osait celle qu’il désirait par-dessus tout, or il était le seul à pouvoir s’exonérer du pacte tacite, car comme elle en surplomb de la horde.
La Devine guida la large main sous le tissu, les caresses prirent garde à ne pas irriter la peau délicate au contact des durillons issus de l’intimité des armes. Avec une lente délicatesse peu soupçonnable chez ce fieffé guerroyeur, les lacets de cuir furent dénoués, le haut de la longue robe roulé aux hanches, une ondulation de reins et le tissu rejoint l’herbe. Pas de jupons, ni un quelconque dessous, point de chaussures. Le bout de l’index parcouru les cicatrices de guerre. Traces de carreaux d’arbalète au coude ainsi qu’à l’avant-bras, dupliquées à la cuisse. Une ligne blanche courant du flanc jusque sous le sein gauche, lorsqu’une lance manqua de l’embrocher. De multiples contusions çà et là, séquelles de leurs joutes d’entraînement. Il savait quelques côtes fêlées et une épaule démise qu’il avait remise en place sur le champ de bataille. Cavalière accomplie, elle se battait avec fougue, malgré sa répulsion pour le sang versé ; jamais en force, tout en esquives vivaces, souples, à peines perceptibles ; un fauve aux griffes acérées touchant à coup sur, muscles et os cuirassés d’un alliage de robuste légèreté forgé par l’armurier du Maréchal.
La femme pressentait ce qu’à genoux il est possible d’octroyer. Grâce à sa compagne adepte du vieux métier, également par les visions du Très-Haut qui incitaient ses phalanges à explorer son antre. Elle ne fut donc point étonnée de l’arrogance du membre qu’elle délivra d’une poigne assurée, le seul qu’elle connaîtrait jamais, sceptre d’un royaume à annexer sous emprise. Nuque ployée, sa bouche honora le sommet, sans sommation. Catin de divine inspiration, ses aspirations rendirent grâce aux turpitudes les plus lubriques du Malin. L’homme, sans plus la toucher comme si elle était sainte relique, s’abandonnait aux prises de bec délicieusement lascives. Le gosier engloutissait, se gorgeait de raideur, explorait les saveurs les plus mâles, butinant le paillard levier, voie d’accès à cette âme guerrière. Païenne charité que l’offrande buccale, cette vitale dévotion au vit. L’humide fournaise des babines animait le brandon charnel, l’attisait, poussait l’amant en déraison par l’indécente cajolerie des sens.
Devinant la virilité amassée, tendue, repliée sur la densité de la verge, la vierge délaissa celle-ci, pour, l’ayant rendue orpheline de ses lèvres, lui offrir l’hospitalité de l’œilleton des plaisirs sans postérité. Sans même se retourner l’amante perçut qu’un pouce prévenant et non l’imposant mandrin amadouait son fondement, afin que cette issue fut assouplie et l’intronisation plus édénique qu’infernale. Un médius délicat taquinait en subtil contrepoint sa coupelle de Vénus. Ces jeux digitaux la poussaient à se cambrer, onduler telle louve en chaleur, gémissements des plus impudiques à l’avenant des mœurs canines. Les poignes portées à ses flancs palpitants d’attente accompagnèrent l’admission de la cime du mat convoité. Une lente reptation chemina en cet étroit corridor, en poussa les parois, emplit son séant. Une sensation trouble de délicieuse oppression irradiait depuis l’intime chenal. Le phallus coulissait en une danse de plus en plus coulée à chaque aller-retour, facilitée par la dilatation du siphon rectal. Leur part animale se débridait au fur et à mesure que le coït anal prenait ampleur et assurance. La tendre complicité, le doux apprivoisement laissèrent place aux coups de boutoirs qui désormais soudaient leur alliage charnel. Par cette fusion, nul ne pouvait jauger qui menait ou était mené, tant tous deux, d’instinct, se démenaient à coups de hanches, cuisses en jumelles impulsions, geôliers et prisonniers l’un de l’autre, de par leurs désirs refrénés depuis leur première rencontre. La fulgurance de la jouissance les saisit dans un même instant, comme un soleil noir explosant dans leurs entrailles. Louve et loup du Seigneur unis par leur mission guerrière, accouplés hors hyménée.

Le souvenir de cette unique saillie fut l’ultime sensation avant que la fumée cotonneuse du bûcher ne l’étouffe. Elle avait pleuré. Pour ses loups de Dieu, pour sa louve de compagnie. Pour le chef de meute surtout, si cruel envers l’ennemi, d’une seule nuit son amant de plénitude, à sa rugueuse manière qu’elle eut attendri au fil du temps si Dieu l’avait autorisé. Les flammes ne furent que répétition de l’Enfer vécu ici-bas, au service de Celui qui ordonne.
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Michel Allowin · il y a
Merci !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
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Adèle · il y a
belle envolée érotique !
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