LA LOI DU TALION (deuxième partie)

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Plus envie de lire et encore moins d'écrire... Merci à ceux qui passent encore sur ma page et pardon si je ne vous réponds pas. Prenez soin de vous ! J'apprends la cyberattaque, quelle ... [+]

Emylie reposa vivement le téléphone comme s'il lui brûlait les doigts. Elle sentit le feu envahir de nouveau ses joues comme lorsqu'elle avait reconnu le brouillon de la fausse petite annonce qu'elle avait rédigée sur son papier à lettre fleuri, dans les mains de son collègue de travail, en fin d'après-midi. Elle avait paniqué à l'idée qu'il puisse l'avoir lu. Elle avait été soulagée qu'il ne lui fasse aucune remarque, surtout en présence de Gwendoline. L'allusion de son autre collègue de travail à ceux qui devaient faire attention de ne pas perdre ce que l'on rangeait dans ses poches, lui revint  soudain à l'esprit.
Oui, elle en était sûre, à présent : Eric avait trouvé son brouillon tombé de sa poche, il l'avait lu et avait même partagé sa découverte avec Gwendoline. 
Si Éric, ou Gwendoline, décidait d'en parler au Directeur du Centre, Emylie  perdrait son emploi et cela aurait des répercussions fâcheuses sur son avenir car ce qu'elle avait fait était punissable par la loi. Elle en était bien consciente.
Emylie essaya de se convaincre que si Éric avait déchiré le papier, c'est qu'ils n'avaient pas l'intention de la dénoncer et elle s'abandonna au sommeil jusqu'au matin.

Une fois habillée et  douchée, elle envoya un texto à Eric et Gwendoline pour leur demander s'ils pouvaient se connecter un instant sur Skype. Ils travaillaient souvent ensemble  depuis leur domicile grâce à ce moyen de communication qui leur permettait de faire des  petites réunions sans se déplacer, en début ou en fin de journée.
Emylie jeta un regard à son miroir et se tira la langue :
- Je vais quand même pas laisser un morceau de papier tombé de ma poche foutre ma vie en l'air. Et puis merde, on ne peut pas toujours tendre l'autre joue ! Œil pour œil, dent pour dent c'est pas mal aussi de temps en temps !
Son reflet sembla l'approuver car il ne répondit rien.

Emylie lança la conversation à trois sur son ordinateur,  et, dès que son image s'afficha à l'écran, elle se mit à sangloter, comme elle s'y était entraînée quelques minutes auparavant.

- Je sais que c'est très grave ce que j'ai fait et pas du tout professionnel. J'ai très honte et me sens très mal. J'ai pas dormi de la nuit. Je vais tout avouer ce matin au Directeur et présenter mes excuses aux parents de Dylan.

- Bon tu as fait une blague de très mauvais goût, ok et alors  ? Ils l'avaient bien cherché, après toutes les fois où on avait alerté sa mère sur le comportement dangereux de son fils et qu'elle refusait toujours de nous croire...

- Oui mais Gwen, quand-même...J'ai recopié les numéros de téléphone fixes et portables, ainsi que les adresses mails, inscrits dans la fiche de renseignements, j'avais pas le droit de divulguer ces infos ! Je me reconnais pas, qu'est-ce qui m'a pris de faire un truc pareil...

- Eh bien, je dirais que certes tu n'avais pas le droit de faire ça mais après tout ça a au moins servi à ce qu'on soit "privés" de la présence de ce cher petit ange ! Les autres enfants n'ont jamais été aussi détendus et heureux, et moi aussi ! Et  peut-être que ça leur servira aussi de leçon, à lui et à sa mère, de voir comment c'est pas marrant de pourrir la vie des autres !

- Et puis, intervint Éric, je revois encore la mère de Dylan, son arrogance, sortant du bureau du Directeur, après qu'on l'ait convoquée pour l'informer que son fils avait enfermé le petit Léo dans les toilettes après avoir mis le feu dans la poubelle à l'aide d'un briquet qu'il avait ramené de chez lui.
C'était grave ça, bien plus que le coup de ta fausse annonce, non ? 
Heureusement qu'on l'avait toujours à l'oeil et qu'on est intervenu très rapidement mais ça a drolement traumatisé ce pauvre Léo !

- Oui, et en plus, sa mère s'est encore permis de soutenir que ça ne pouvait pas être  son fils qui avait fait ça, qu'elle en avait marre qu'on le prenne toujours en grippe, qu'on l'accusait toujours à tort au lieu de chercher le vrai coupable, qu'on était tous des incompétents...bref c'était pas son fils mais nous on était en plus des nuls...alors tu sais quoi ? Je te dirais presque merci, moi ! 
Allez Emylie arrête de pleurer, tu vas pas perdre ton boulot, t'inquiète,  Éric et moi on ne dira rien. 
Tu es une animatrice formidable que tout le monde apprécie ! Bon, sauf la mère de Dylan... mais elle, elle n'aime personne sauf son fils et surtout son chien...

- Quand même, quelle imagination tu as eue...Oh la tête qu'elle a dû faire quand elle a commencé à recevoir des appels de gens qui voulaient recueillir son petit Jack-Russel adoré ! Elle dit à qui veut l'entendre que c'est son bébé d'amour et qu'elle y tient plus qu'à la prunelle de ses yeux, elle a sûrement pensé que Dylan avait agi par jalousie.

- Et signer l'annonce « Dylan » pour faire croire que c'était lui qui avait fait cette mauvaise blague à sa mère, j'avoue que je t'ai trouvé drôlement inspirée sur ce coup...Pas très moral rhoo....En plus, demander d'appeler le soir tard ou le matin très tôt et le weekend toute la journée, eheh, si ça c'était pas le bon plan pour les emmerder...

Gwendoline et Éric ne purent s'empêcher de pouffer de rire alors qu' Emylie continuait de sangloter pour donner le change.

En réalité, Emylie n'éprouvait aucun remords, ni culpabilité.
Elle s'était dit qu'elle avait réussi à ce que Dylan soit enfin puni, même si pour une fois il n'y était effectivement pour rien. Et en plus par sa mère qui le défendait toujours, malgré des preuves accablantes.

Quand la mère de Dylan avait quitté le bureau du Directeur, le jour de l'incident dans les toilettes, elle avait pris son fils dans ses bras et lui avait dit :
- Viens mon cœur, moi je sais que c'est  pas toi, l'année prochaine on cherchera un autre Centre de loisirs. Sont même pas fichus de s'occuper correctement de toi ici...
Dylan en avait profité pour faire dans son dos un doigt d'honneur à l'intention d'Emylie en même temps qu'il mimait, comme il le faisait très souvent, le geste d'égorger Léo, qui avait, dit-il, osé le balancer. Le pauvre Léo s'était mis à pleurer et la mère de Dylan avait lancé un : 
- Qu'est-ce qu'il a à brailler le petit chouchou ? C'est sûrement lui qui a mis le feu et  en plus il accuse mon fils !

Emylie avait eu beau expliquer que plusieurs enfants avaient vu Dylan enfermer Léo et allumer le feu après avoir sorti un briquet de sa poche, sa mère était restée sur sa position. Elle avait traité Emylie de menteuse et avait ajouté :
- Ma pauvre fille, vous feriez mieux de changer de métier, ça fait peur de voir à qui on confie nos enfants !
Emylie avait encaissé, et avait préféré ne pas répondre.

Plus tard, elle avait pris une photo avec son mobile de la fiche de renseignements de Dylan remplie par ses parents, au début des vacances. Une fois rentrée de son travail, elle avait rédigé la fausse petite annonce sur une feuille de son papier à lettre fleuri, se faisant passer pour Dylan. 
Pour être sûre que personne ne remonte jusqu'à elle, elle avait décidé de ne pas se servir de son ordinateur et l'avait ensuite postée depuis un cybercafé.
Après avoir recopié le brouillon, elle avait fourré le papier dans la poche de sa veste, se promettant de le brûler ou de le jeter dans les toilettes une fois rentrée...puis elle l'avait oublié...

Ses deux collègues lui affirmèrent de nouveau leur soutien :
- Bon allez ma belle, il n'y a pas eu mort d'homme. Et ça restera entre nous. On se rejoint au centre ? Je coupe, dis Gwendoline.

- Profitons de ces quelques jours sans Dylan, et puis on est "des animateurs incompétents" Emylie mais il va revenir au mois d'août, comme quoi on doit pas être si nuls. Qui sait peut-être tout ça les aura fait réfléchir et calmer...un peu...on peut toujours rêver... Bon, à toute ' les filles !Je coupe aussi.

- Merci, je sais pas quoi dire, vous êtes de vrais amis, renifla Emylie.

Une fois la communication coupée, Emylie s'adressa de nouveau à son reflet :
- Sale petit con, il a fallu qu'il tombe sur mon brouillon et qu'il en parle à l'autre greluche en plus !

Maintenant, Éric et Gwendoline savaient et ça la mettait très mal à l'aise.
Le plus important était qu'ils n'en parlent à personne d'autre, mais ça Emylie ne pourrait jamais plus en être vraiment sûre...
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