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La lignade -- Le choc

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Olivier Vetter

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Tu es morte ce matin.

Je m'apprête à boire mon café matinal lorsque le téléphone sonne.

La voix monocorde d'un gendarme dont je ne comprends ni l'identité, ni le grade, m'annonce la nouvelle.

Ta voiture s'est encastrée sous un camion. Sur la route départementale. Dans la lignade, cette ligne droite qui annonce l'entrée du village. Ils ont trouvé mon nom sur ton téléphone.

Je donne les coordonnées de tes parents avant de raccrocher.

Sur le coup, je ne ressens rien de particulier. Juste un grand vide. Le sol ne se dérobe pas sous mes pieds. Le monde ne s'écroule pas. Rien ne bouge.

J'avale une tartine de confiture bio. J'en prépare une seconde que je choisis d'abandonner. Je bois quelques gorgées de café tout aussi bio. Tu m'as converti au bio. Et je me demande si je vais continuer, bêtement.

Je me traîne sous la douche. L'eau brûlante. La vapeur. La buée qui recouvre le miroir. La radio qui égrène les nouvelles du jour. Mauvaises comme souvent. A commencer par la canicule qui s'éternise.

Je ne sais pas encore que ce lundi restera à jamais gravé dans ma mémoire. Le moindre son. Le moindre geste. La moindre parole. Pendant des années, je serai capable de me souvenir de tous les événements qui le jalonnent.



Dehors, rien n'a changé. La rue. La circulation. Quelques passants. Tout semble à sa place. Et pourtant, plus rien ne sera jamais comme avant. Je le sais. Je viens de basculer dans l'inconnu. Je frissonne.

Tu as passé le week-end chez tes parents. D'habitude, tu rentres le dimanche soir, mais au dernier moment, tu as voulu prolonger ton séjour. Peut-être pour te venger de moi? Pour une fois, j'avais préféré rester chez nous. Loin de cette campagne qui m'ennuie. Trop de verdure. Trop de silence. Trop de boue ou de poussière. Trop de choses à faire. Moi qui suis du genre à me prélasser au soleil. Je fais tâche dans le décor. Il suffit de croiser le regard de ton père quand il tond sa pelouse alors que je suis en train de lire, confortablement allongé dans la chaise longue.

Je vénère la ville. Le bruit. La foule des anonymes. Les terrasses. Les boutiques. Les jardins publics. Ce balcon où on peut déjeuner en paix à l'abri des géraniums. J'ignore le nom de mes voisins. Et quand je les croise, je me contente du minimum. Un commentaire sur la météo. Une allusion au bruit. Quelques banalités qui n'engagent à rien. Chacun reste chez lui.

Habiter à vingt minutes de mon bureau présente un grand avantage. Les trajets à pieds me conviennent parfaitement. Moi qui déteste conduire. Je ne vois pas l'intérêt que j'aurais à perdre du temps sur la route. La marche m'aide à chasser les dernières brumes de sommeil, le matin, puis à évacuer le stress, le soir.

A l'approche de l'été la cité se vide. Les rues sont calmes. Je peux traverser au feu vert ou en dehors des passages protégés sans danger. Un bus m'évite pourtant de justesse. Son klaxon m'a tiré de ma torpeur. Provisoirement. D'où sort-il?

Cinq minutes plus tard, je salue les collègues. Pour eux non plus, rien n'a changé. Une semaine comme un autre débute, emplie des effluves du week-end qui vient de s'achever. Ils se plaignent de la clim qui fonctionne mal, espèrent une averse.

Et soudain, tu apparais. Là. Devant moi. Sur l'écran de l'ordinateur. Une photo prise l'été dernier, en Italie, quand tout allait si bien. Deux semaines de vadrouille, à visiter des villes de rêve, à nous gaver d'antipasti, arrosés de Chianti. Nos meilleures vacances.

Je contemple ton sourire. Tes yeux. Ta peau. Tes cheveux longs. Derrière toi, un sillon d'écume. J'avais volé cette image pendant que le bateau approchait du quai pour une dernière visite, trop touristique, à notre goût. Tu irradiais. Tu riais. Tu palpitais.

Tu vivais.

A lire sur: www.oliv-ecrits.fr

La Lignade est diponible sur:https://www.amazon.fr/Lignade-Olivier-Vetter-ebook/dp/B075CTZ8YL/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1504681494&sr=8-1&keywords=olivier+vetter
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Ratiba Nasri · il y a
Une histoire bouleversante magnifiquement écrite ! Merci pour le partage.
Une invitation à soutenir ma nouvelle 'Le tisseur de rêves' en finale du Grand Prix.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-tisseur-de-reves-1
Merci d'avance.

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Olivier Vetter · il y a
Merci Ratiba
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Le monde extérieur ne s'arrête certes pas mais pour lui tout change dans la douleur !
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Olivier Vetter · il y a
Merci Patricia
Tout s'arrête, et pourtant tout continue

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Joëlle Brethes · il y a
Ton récit tendre et douloureux laisse prévoir le retour en foule de souvenirs qui entretiendront le chagrin...
Tu annonces la suite sur ton site : je tâcherai d'aller y faire un tour dans la soirée.

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Olivier Vetter · il y a
Merci Joelle
La suite est en effet disponible sur mon site oliv-ecrits.fr

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Coum · il y a
Le début est très bon, il installe l'envie de continuer à lire.
Je serais une de celle qui pourrait acheter ce livre.

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Olivier Vetter · il y a
Merci Coum pour ces encouragements
La suite est disponible sur mon site
oliv-ecrits.fr

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Coum · il y a
Site mis dans mes favoris, lecture en cours ; je me régale !
Merci

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Olivier Vetter · il y a
Merci Coum
Cela fait plaisir

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Coum · il y a
Tant mieux, le talent est présent ; il n'y a rien à jeter mais tout à garder ! Les éditeurs devraient se bousculer.
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Olivier Vetter · il y a
Encore merci
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Volsi Maredda · il y a
Nier... solution transitoire, réflexe de survie. Nier ce que l'on ressent parce que c'est simplement intolérable. J'aime la sobriété de ton texte.
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Olivier Vetter · il y a
Merci Volsi
Le déni permet de survivre à l'intolérable.

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Volsi Maredda · il y a
Je sais...
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Fofi · il y a
L'émotion pétrifiée... Pour ceux qui l'ont vécu, c'est extrêmement juste. Un monde qui continue de tourner, alors qu'en nous tout se fige.
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Olivier Vetter · il y a
Merci Fofi
C'est terrible à vivre

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Caroli · il y a
Très beau et touchant, je n'ai jamais heureusement eu à vivre de tels moments, et là, je peux ressentir à travers votre personnagece que cela peut être.
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Olivier Vetter · il y a
Merci Caroli
Ce sont des moments difficiles à vivre

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Didier Poussin · il y a
Caprice du destin
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Olivier Vetter · il y a
Le destin est parfois cruel

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