La lettre honnête

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Madame, Monsieur,
Je suis au regret de devoir refuser cet Honneur, mais tout ce malentendu, c’est à cause du
chien. On dit à juste titre que « la force n’est pas dans les jambes, mais dans le courage », et
c’est bien vrai, parce que lorsqu’il m’a aboyé après, je n’ai pas eu le temps de regarder s’il
était à l’attache, ou enfermé, ou quoi, parce que mes jambes avaient déjà commencé à
courir.
D’un autre côté, il me semble qu’il est plus facile de prendre un taureau par les cornes quand
on est courageux que quand on a peur. Et puis, des cornes, ça dépasse. Les crocs du chien, ils
sont à l’intérieur de la partie dangereuse, et on a forcément moins de prise. Je suis certain
que vous comprendrez.
En fait, la personne avec laquelle je suis entré en collision et qui courait aussi sans regarder
où elle mettait les pieds, c’est parce qu’elle ne devait pas être beaucoup plus rassurée que
moi.
La vérité, c’est que je n’ai pas du tout essayé de lui maintenir les bras le long du corps pour
l’empêcher de nuire, c’est que je tentais de faire passer son corps par-dessus le mien pour
l’interposer entre la mâchoire du chien et mon corps vulnérable.
J’ignorais totalement que cet individu avait déjà poignardé deux personnes, et que s’il
courait aussi désespérément que moi, c’était pour tenter d’échapper aux forces de l’ordre.
D’ailleurs, si je l’avais su, peut-être aurais-je tenté de me dégager au lieu de m’agripper à lui
et serais-je reparti vers les dents du chien, j’avoue qu’aujourd’hui encore, j’ignore ce que
j’aurais fait.
C’est donc avec un soulagement intense que j’ai vu les personnes en uniforme venir à notre
secours, et avec un grand étonnement que je les ai regardées relever mon sauveur et lui
passer les menottes, tandis que son couteau, dont j’ignorais l’existence, tombait sur le
trottoir avec un bruit métallique.
Vous me direz, Madame, Monsieur, que j’aurais pu donner ces explications lorsqu’on a
relevé mon identité en me félicitant pour mon courage, mais avec tous ces gens qui nous
regardaient, je n’ai pas osé.
Je vous remercie donc d’avance de bien vouloir faire en sorte que toute cette histoire de
Médaille du Courage n’aille pas plus loin, et vous prie d’agréer l’assurance de ma
considération distinguée.
Hippolyte Cycadale
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