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La jolie robe à fleurs

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Clyde-barrow

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Chalonnes-sur-Loire, 6 Octobre 2009

Les prémisses de l’automne se faisaient sentir. Chaque nouveau jour était plus cours que le précédent. Les arbres commençaient à perdre leurs feuilles. Les apparitions du soleil se faisaient de plus en plus rares.
Aujourd’hui, Prune était décidée à parler à sa maman. Elle savait bien que ce ne serait pas facile, mais elle était décidée à la convaincre. Son choix était mûrement réfléchi, elle savait ce qu’elle voulait : elle voulait se faire opérer.

Prune sortit de sa chambre et descendit à la cuisine, où elle savait trouver sa mère.

- Maman ! Appela Prune.
- Oui, ma puce, répondit Nathalie. Qu’y a-t-il ?
- Je sais que tu ne vas pas être d’accord, mais.... Je veux me faire opérer.

Prune n’avait pas crié, elle n’avait pas pris de ton agressif. Elle n’était pas en colère. Elle avait parlé comme à son habitude, de sa voix douce et calme. Cependant, malgré le sujet sensible qu’elle abordait, elle avait parlé sans hésiter. Elle était décidée et ne voulait pas, une nouvelle fois, tourner autour du pot pendant des heures.

- Oh, ma Prune, tu ne vas pas remettre ça ? On en a déjà souvent parlé...
- Oui, mais aujourd’hui, je suis plus que décidée et je ne compte pas me laisser influencer par tout ce que tu vas me dire. Aujourd’hui, ma décision est prise, je ne changerai pas d’avis. Et si tu refuses, je fais la grève de la faim, je ne sors plus de ma chambre, je me laisse mourir.

Nathalie restait bouche bée. Elle savait que sa fille avait du caractère, qu’elle était particulièrement intelligente et qu’elle rêvait depuis déjà longtemps de se faire opérer mais, aujourd’hui, tout cela sautait encore davantage aux yeux.
Prune n’avait que douze ans, mais son visage montrait toute sa détermination. Nathalie ne savait quoi répondre. L’enfant la regardait droit dans les yeux, impassible. Elle voulait subir cette opération et sa mère avait parfaitement conscience que, cette fois-ci, elle ne pourrait pas l’en dissuader.

Prune avait un handicap : elle ne distinguait pas les couleurs.
Depuis sa naissance, elle vivait dans un monde monochrome. Jamais de jaune ou de rouge, pas plus de bleu ou de vert, juste du noir, du blanc et toutes les nuances possibles de gris.
Ce n’était pas une maladie et sa déficience visuelle n’avait d’ailleurs jamais empiré. C’était juste un handicap. Mais un handicap qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter.
Lorsque le pédiatre avait décelé cette anomalie chez Prune, Nathalie et son mari avaient voulu rencontrer les meilleurs médecins. Tous avaient été formels : c’était opérable. L’opération comportait certes quelques risques, comme toutes les opérations, mais ceux-ci étaient vraiment minimes.
Et malgré le discours plutôt rassurant des médecins, la maman de Prune avait toujours repoussé l’opération à plus tard, refusant de faire courir le moindre risque à sa fille.
Mais aujourd’hui, Nathalie voulait bien céder. Prune serait opérée.


Bureau du chirurgien, Angers, 25 Mars 2010

- Bonjour Prune. Ça va ? demanda le chirurgien.
- Ça va, ça va, lui répondit Prune.
- Je m’appelle Fabrice. Et, tu sais, c’est moi qui vais t’opérer.
- Oui, oui, je sais. Papa et maman m’ont dit.
- J’ai bien lu ton dossier médical, mais je rencontre toujours mes patients avant l’opération, pour les connaître un peu, pour qu’ils me connaissent, pour leur expliquer comment tout va se dérouler....
- C’est vrai que ça me rassure un peu de vous voir, même si c’est en gris...

Prune souriait. Elle voyait en Fabrice celui qui allait tout réparer. Celui qui allait la rendre semblable aux autres. Celui qui allait changer sa vie. Elle voyait en lui le peintre qui, sans le moindre pinceau, allait mettre de la couleur autour d’elle. Pour elle, il était "le faiseur de couleurs".
Lui était épaté. Sa patiente n’avait que treize ans mais son visage d’enfant exprimait une détermination et une maturité qui surprenaient. Prune lui paraissait à la fois fragile et à la fois capable de tous les exploits.

- Alors, dis-moi, c’est toi qui la réclames cette opération ?
- Oui. Maman est plutôt réticente, mais elle sait que c’est mon vœu le plus cher.
- Et ce vœu, tu l’as depuis quand ?
- Oh..... Cela doit bien faire trois ou quatre an maintenant. Au départ, j’en parlais juste comme ça, mais à présent je désire cette opération plus que tout au monde.
- Et pourquoi veux-tu te faire opérer ?
- Oh... pour dix milles raisons environ.
- Dix mille ?

Prune le regarda sans répondre, se contentant de hausser les épaules.
Il lui sourit. Ces petits yeux qui le regardaient avaient beau ne voir que du gris, lui y voyait au fond de chacun d’eux une lumière intense, blanche, captivante.

- J’imagine que tu as bien réfléchi à tout cela... Tu m’as plutôt l’air d’être futée pour treize ans....
- Je ne sais pas si je suis plus futée qu’une autre. Je lis beaucoup de romans, je ne regarde que des films en noir et blanc, je passe peu de temps avec les enfants de mon âge, alors..... Je suis peut-être futée ou peut-être simplement différente des autres filles de treize ans. Mais oui, j’ai beaucoup réfléchi...
- Et si je te demandais les cinq principales raisons qui te poussent à réclamer cette opération. Tu me répondrais quoi ?

Prune ne répondit pas tout de suite. Elle prit son temps. Elle regarda le plafond, puis ses chaussures. Elle ferma les yeux, puis les ouvrit. Elle bougea un peu sur sa chaise. Puis, enfin, elle répondit.

- Dans le désordre, je dirais : Je veux voir la couleur des vêtements que je porte. Je veux voir les couleurs de la vie. Mais surtout, je veux voir le rouge sur les lèvres de ma maman. Je veux voir le rose de ses pommettes. Et je veux voir le bleu des yeux de mon papa.

Fabrice la regarda sans rien dire. En souriant, Prune ajouta alors :

- Ce sont les cinq raisons principales. Il en existe encore neuf mille neuf cent quatre-vingt-quinze autres, mais je ne vais pas toutes vous les citer maintenant.

Pendant une dizaine de secondes, une larme au coin de l’œil, le chirurgien ne sut quoi répondre. En quelques mots, cette petite venait de lui rappeler qu’il exerçait le plus beau métier du monde. Qu’il avait entre ses mains le pouvoir de faire le bonheur de milliers de gens. Prune était formidable.
Fabrice rompit le silence qui s’était installé.

- A la télé, tu regardes donc uniquement des films en noir et blanc ? Demanda-t-il en essayant de cacher son trouble.
- Disons plutôt que j’essaie de ne voir que des films en noir et blanc. Vous savez, les vieux Charlie Chaplin, les Buster Keaton, les Capra, les Lubitsch. Ce sont de vieux films, mais ils sont bien quand même. Je suis sûre qu’il y en a qui vous plairaient.
- Je m’y connais sans doute moins que toi, lui répondit Fabrice, mais je me souviens effectivement avoir vu de magnifiques films des années 40. Des films avec de vrais scenarios et moins d’effets spéciaux. Mais pourquoi ne veux-tu pas regarder de films en couleur ?
- Parce qu’à chaque fois, j’ai l’impression de ne pas les voir comme je devrais. L’impression de ne pas voir le film comme le réalisateur l’a fait. Et puis parce que chaque image me rappelle mon handicap et que je n’arrive pas à profiter pleinement du film, à me changer vraiment les idées.
- Et tu en vois quand même parfois des films récents ?
- Oui, oui, j’en vois de temps en temps, s’empressa de répondre Prune. Même que pour me faire plaisir, papa m’a récupéré un vieux téléviseur noir et blanc et il me l’a branché à la maison. Alors, en général, c’est sur ce téléviseur que je regarde les films. Comme ça, ce n’est plus mon problème de vision qui est responsable du manque de couleur de l’écran, c’est juste la faute au vieux poste de télé.
- Et j’imagine que ça te fait du bien de penser cela, non ?
- Oh oui, répondit Prune. Je me sens moins différente, moins fautive. Je pense moins à mon handicap et j’apprécie davantage le film.

Prune semblait vraiment contente de pouvoir se confier ainsi à Fabrice. Elle répondait à ses questions avec toute sa franchise et toute son innocence. Tantôt triste, tantôt souriante, elle essayait, à travers ses réponses, de lui faire partager son quotidien. Elle prenait plaisir à lui parler de son univers et des astuces que ses parents avaient pu mettre en place afin qu’elle ressente un peu moins son handicap.

- Et, lorsque tu étais plus jeune, tu faisais du coloriage à l’école ou à la maison ?

Fabrice lui posait cette question car il voulait en savoir plus. Il se demandait comment cette adorable petite fille était parvenue à surmonter tous les obstacles qui se posent à celui qui ne perçoit pas les couleurs. Il se demandait aussi comment, malgré le monde gris qui l’entourait, Prune avait pu développer cette bonne humeur et cette joie de vivre qui semblaient totalement l’habiter. Et surtout, comment elle pouvait sourire à la vie sans jamais en avoir vu les couleurs censées l’égayer.

- Oh oui, bien sûr, répondit Prune pleine d’entrain. Je suis toujours parvenue à épater papa et maman avec mes coloriages et ils m’ont souvent félicitée. Une fois, maman m’a même dit : Tu ne vois pas les couleurs et pourtant tu parviens à faire de splendides dessins lumineux et colorés. Ils ont même accroché certains de mes dessins dans leur chambre et dans la cuisine.
- Et tu pourras bientôt découvrir toi aussi les couleurs de tous tes dessins, lui fit remarquer Fabrice en lui faisant un petit clin d’œil
- Et j’espère que je ne serais pas déçue, lui répondit Prune en riant.

Fabrice reprit son sérieux, se leva et se dirigea vers le tableau Velléda accroché à l’un des murs de son bureau. Il commença à dessiner.

- Je vais à présent t’expliquer comment je vais procéder pour ton opération, reprit-il.
- Vous avez toute mon attention, répondit Prune en lui adressant son plus beau sourire.
- Alors voilà : L’être humain est trichromate, c'est-à-dire qu’il voit trois couleurs. Pour cela, son œil renferme deux types de cellules : Les bâtonnets qui permettent de percevoir la lumière et les cônes qui permettent de distinguer ces fameuses trois couleurs.

Tout en parlant, Fabrice dessinait des schémas sur son tableau. Naturellement, il utilisait trois crayons de couleurs différentes pour bien représenter l’œil, ses cônes et ses bâtonnets. Lorsqu’il réalisa que ses dessins étaient pour Prune, il s’en voulut d’avoir oublié son handicap. Il aurait dû en tenir compte et dessiner différemment, en utilisant une autre méthode que la couleur pour différencier les différentes parties de ses schémas.

- Uniquement trois couleurs, c’est peu non ? demanda Prune, tirant Fabrice de ses pensées.
- C’est peu, mais suffisant. Car à partir de ces trois couleurs qui sont le rouge, le bleu et le vert, notre cerveau peut reconstituer toutes les autres couleurs qui existent.
- Donc, dans mon cas, les cônes ne fonctionnent pas, c’est ça ?
- Tout a fait, Prune, c’est cela. Tes cônes ne sont pas activés, ils sont au repos, ils dorment en quelques sorte. Et je vais donc devoir les réveiller.
- Comment vous allez faire ?
- Je vais leur envoyer un peu d’énergie à l’aide d’un rayon laser. Cette énergie va les stimuler et ils se mettront au boulot.
- Ça a l’air plutôt simple.
- En théorie c’est assez simple, mais en pratique c’est un tout petit peu plus compliqué.
- C’est une opération risquée, c’est ça ?
- Pour me faciliter le travail et pour éviter que tes yeux ou toi-même ne bougiez, tu seras endormie. Comme ça, je pourrais diriger correctement le petit rayon laser et faire un travail impeccable.
- Et à mon réveil je verrai la vie en couleur ?
- Pendant un jour ou deux, tu devras porter un bandeau sur les yeux et ensuite, oui, tu verras les couleurs de la vie.

Prune avait le sourire jusqu’aux oreilles. Son opération allait être simple et rapide. Le chirurgien lui avait tout bien expliqué, elle savait exactement ce qui allait se passer, elle était parfaitement rassurée.

- Et l’opération est prévue pour quand ? Je suis pressée moi maintenant ! dit-elle en riant.
- Je vais à présent rencontrer tes parents et, ensemble, on va convenir d’une date. Ce sera sans doute d’ici un mois ou deux, tu sauras attendre ?
- Ce sera difficile, mais je me montrerai patiente.

L’entretien avait duré une petite demi-heure. Prune repartait heureuse comme tout et le moral gonflé à bloc. Fabrice, de son coté, resta assis quelques minutes à son bureau, un sourire aux lèvres. Il aimait bien sa petite patiente. Elle débordait de vie et de bonne humeur. Il se réjouissait à l’idée de lui faire cette immense joie : Lui faire voir les couleurs.


Chalonnes sur loire, veille de l’opération

- Allez Prune, descends vite, on va être en retard !
- Voilà maman, j’arrive !!

Prune descendit les marches le plus vite qu’elle put.

- Ah ! Tu as mis ta robe préférée, lui dit sa maman en la voyant arriver.
- Ben oui, comme ça, demain, à mon réveil après l’opération, je la verrai enfin en couleur.
- Tu te souviens de ce que t’a dit le chirurgien ? Pendant un jour ou deux tu devras porter un bandeau sur les yeux, lui rappela Nathalie
- Oh, je ne suis plus à deux jours près, répondit Prune avec un large sourire. Je verrai ma jolie robe le troisième jour, c’est tout.
- J’espère alors que tu ne seras pas déçue et qu’elle restera ta préférée.
- Je l’adore en gris, je devrais alors l’aimer davantage en couleur non ?
- Peut-être que oui, peut-être que non. Tu verras bien...
- Toi, tu l’aimes bien ma robe, non ?
- Bien sûr que je l’aime et c’est pour cela que je te l’ai achetée.
- Et bien moi, je suis sûre que lorsque je verrai la couleur des fleurs qui sont dessus, je l’aimerai encore plus ma jolie robe...
- Allez, dépêche-toi, on va être en retard.

Prune et ses parents montèrent dans la voiture. D’ici une vingtaine de minutes, ils seraient à l’hôpital. L’opération était prévue pour demain matin, mais le chirurgien avait souhaité que Prune sois admise la veille afin de pouvoir pratiquer d’éventuels tests ou examens de dernière minute.
Arrivée à l’hôpital, Prune découvrit sa chambre. Elle constata la tristesse du lieu et se mit aussitôt à l’œuvre pour l’égayer. Sans en parler à ses parents, elle avait emmené avec elle diverses affiches très colorées de films et de concerts. A l’aide de ruban adhésif, elle en accrocha donc sur les quatre murs de sa chambre. Ses parents et l’infirmière qui les accompagnait la laissèrent faire.

- Je veux de la couleur ici ! Cria-t-elle en riant. Je veux de la couleur et de la gaité !!
- C’est ce qu’on appelle "s’approprier sa chambre", dit Nathalie en s’adressant à l’infirmière.
- Et je trouve qu’elle a bien raison, répondit celle-ci. Une chambre d’enfant se doit d’être joyeuse et colorée.

Une fois sa décoration terminée, Prune passa dans la salle de bain. Elle en ressortit cinq minutes plus tard, vêtue de la longue blouse blanche caractéristique de ce genre d’endroit. Elle déposa alors sa jolie robe à fleurs sur un cintre et la laissa en évidence au porte-manteau fixé au mur.

- Voilà, je suis prête, dit-elle à ses parents.
- Et bien dis-donc, dit l’infirmière, on peut dire que tu es motivée toi !
- Motivée et impatiente surtout, répondit Prune. Je suis impatiente de voir la couleur de mes affiches.
- Et de ta robe aussi, non ? lui demanda sa maman.
- Oui, surtout de ma jolie robe, répondit Prune dirigeant son regard vers le porte-manteau.
- Bon et bien je vous laisse, annonça l’infirmière. Le chirurgien passera vous voir dans la journée afin de régler les derniers détails de l’opération.

Prune et ses parents la remercièrent et la regardèrent partir.

- Alors, elle te plait ta chambre ? demanda Nathalie à sa fille.
- Oui, à présent que je m’en suis occupée, elle me plait, lui répondit-elle.


Hopital d’Angers, le jour de l’opération

Nathalie et son mari attendaient dans la chambre que leur fille avait quittée deux heures auparavant. Ils étaient arrivés tôt ce matin afin de pouvoir embrasser Prune, avant qu’elle n’entre au bloc opératoire. Ils étaient à présent anxieux et impatients de la voir ressortir.

Lorsqu’ils aperçurent le chirurgien au bout du couloir ils se précipitèrent à sa rencontre.

- Alors, demanda Nathalie, comment s’est passée l’opération ? Comment va Prune ?
- Tout s’est très bien passé, lui répondit-il avec un large sourire. Prune est en salle de réveil. Vous pourrez lui parler d’ici une heure ou deux.

Le chirurgien n’avait pas fini sa phrase que son bipper se mit à sonner. Il y jeta un coup d’œil, bredouilla deux mots d’excuse et repartit par où il était venu. Les parents de Prune voulurent le suivre, mais un infirmier leur demanda de bien vouloir retourner dans la chambre et d’attendre leur fille, tranquillement.

Ils obéirent et retournèrent à la chambre. La joie qui avait illuminé leur visage deux minutes auparavant avait disparu. Loin d’être tranquilles, ils attendaient à présent le retour du chirurgien avec une très grande anxiété. Bien sûr, Fabrice avait pu être appelé pour un autre patient que leur fille. Bien sûr Fabrice avait pu être appelé pour une broutille. Nathalie et son mari essayaient de se remonter mutuellement le moral. Sans vraiment y parvenir.


Chalonnes sur loire, un mois plus tard

Les substituts de plasma utilisés lors de l’anesthésie avaient déclenché une allergie. Le chirurgien et les médecins de l’hôpital avaient fait le maximum, ils n’étaient pas parvenus à réanimer la petite Prune. Prune n’était plus.
Depuis, son papa essayait de se jeter à corps perdu dans son travail tandis que sa maman, elle, ne vivait plus. Elle restait cloîtrée chez-elle, à dormir, à pleurer ne daignant sortir que pour se rendre sur la tombe de Prune. L’aide des amis et le recours à la prière semblaient vains, Nathalie et son mari ne parviendraient sans doute jamais à surmonter la perte de leur enfant.

Cela faisait à présent un mois jour pour jour que Prune était partie. Et ce matin, Nathalie, plutôt que de se rendre au cimetière comme elle le faisait chaque jour, eut envie de retrouver la chambre de son enfant. Elle n’y était pas montée depuis le départ de Prune.
Elle monta les marches, doucement. Arrivée en haut, elle se dirigea vers la porte la plus décorée, celle de la chambre de Prune. Elle l’ouvrit, mais resta sur le seuil, parcourant du regard l’univers de son enfant. Son regard se posa sur chacun des posters accrochés au mur, sur le petit bureau qui servait à faire les devoirs, sur le lit que Prune avait pris soin de faire avant son départ pour l’hôpital... Le regard de Nathalie s’arrêta alors sur l’oreiller. Une enveloppe y était posée. Nathalie pensa tout de suite à une lettre de Prune. Elle s’empressa de la prendre et l’ouvrit aussitôt. L’enveloppe contenait une lettre que Prune avait écrite à la main ainsi qu’une photo de famille qui les montrait tous trois, riants aux éclats.

Nathalie déplia la lettre et s’empressa de la lire.


Mon cher papa, ma chère maman,

Si vous lisez cette lettre, c’est que mon opération s’est mal passée et que je suis sans doute morte. Le chirurgien m’a bien dit que le risque était presque nul, mais je sais qu’il existe quand même. Alors, je voulais vous dire de ne pas vous en vouloir. Vous n’avez rien à vous reprocher, c’est moi qui la voulais cette opération. Je voulais tellement voir les couleurs !!
Je voulais tellement lire des bandes dessinées colorées et voir les couleurs de ma jolie robe. Je voulais tellement voir les arcs en ciel et nous voir en couleur sur cette photo... Mais Dieu en a décidé autrement. Je ne verrai pas le rose des pommettes à maman, je ne verrai pas le rouge de ses lèvres et je ne verrai jamais le bleu des yeux de mon petit papounet. Pour moi, vos visages n’auront jamais de couleur, si ce n’est celle de l’amour.
Je vous donne rendez-vous au paradis. Et je sais que je vous y verrai en couleur car la maîtresse m’a dit que ceux qui y vont laissent sur terre leurs handicaps.
Je vous embrasse très très fort.

Votre petite Prune qui vous aime.


Nathalie éclata en sanglots et se jeta sur le lit de sa fille. Elle se laissa aller à pleurer, mais pas de la même façon qu’elle l’avait fait depuis un mois. Elle ressentait aujourd’hui un grand soulagement, malgré cette tristesse qui ne la quitterait jamais.
L’après-midi de cette même journée, Nathalie sortit de chez-elle et prit sa voiture. Elle se rendit au centre-ville, à la boutique du photographe. Elle montra la photo que Prune lui avait laissée et en demanda un tirage, en noir et blanc. Elle voulait voir sa famille à travers les yeux de sa fille.

Le photographe lui fit cadeau de la photo.
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Elena Hristova · il y a
C'est beau et triste à la fois, cette petite Prune me fait penser à un feu d'artifice qui a fait le choix de vivre dans l'intensité de l'instant présent plutôt que dans la grisaille de la vie en noir et blanc. Aurait-elle perdu le pari? Qui sait.. ce qui est sûr c'est que les petits anges semblent pouvoir voir du haut la vie en rose.
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Pascal Depresle · il y a
J'ai aimé, vous êtes bien peu récompensé. A l'occasion, sans aucun engagement, n'hésitez pas à pousser les portes de mon univers.
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Clyde-barrow · il y a
Bonjour Artemiss03
Merci d'être passé et d'avoir apprécié mon texte.
Oui, je suis peu récompensé, ce n'est pas faux.... Mais la récompense n'est qu'une cerise sur un gâteau.
Le gâteau étant de raconter de belles histoires aux passants qui passent.
Promis, je passerai chez-vous et découvrirai votre univers.
Merci.

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Coum · il y a
Mon vote toutes couleurs.
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Clyde-barrow · il y a
Bonjour Coum
Merci pour votre vote.
Vous colorez ma journée ;-)

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