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La guerre de Facebook

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Azi Khadija

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- Grouille-toi, ils arrivent ! Hurla Fred.
Alex, à bout de forces, haletait. Il fit un effort surhumain pour interpeller son ami mais Fred était déjà loin. Hors de son champ de vision, l’écho de ses paroles lui parvenait par bribes.
Pris de vertige, les yeux opaques, les oreilles bourdonnantes, Alex lâcha prise. Une silhouette se précipitait en sa direction. Ses paupières se fermaient. Sens presque altérés par le délire de sa fièvre, il crut distinguer une nuance palpitante : le blouson vert de Fred. Son compagnon criait à tue-tête. Les gros gestes qu’il esquissait rendaient intenses ses paroles. Malgré son obstination, ses phrases se perdaient dans le tumulte. Un maelstrom de couleurs et de sons embobina Alex. Ses jambes se dérobèrent. Au moment où le malade s’effondrait, deux bras le rattrapèrent. Fred le porta sur son dos l’emmenant à l’abri derrière les débris d’un immeuble. Il n’était d’ailleurs pas lourd à soulever. Il ne pesait plus qu’une quarantaine de kilos depuis que la maladie l’a assommé. Danseur de vocation, Alex respirait la santé. Elancé, corps sculpté, démarche ferme, regard bleu, sourire dévastateur, le succès s’offrait à lui. Outre les spectacles, les centaines de castings pour lesquels il était convoqué, celui-ci avait posé pour de nombreux magazines de vogue. Jusqu’au jour où le cancer s’installa dans ses poumons. L’entourage du jeune homme en fut choqué. Rien justement ne le présageait. Conduite exemplaire d’un sportif assidu : douze heures de gymnase, huit heures de sommeil, nutrition saine bien équilibrée, zéro dérapage. Jamais une cigarette n’a effleuré ses lèves, pas la moindre. Ne fréquentant pas les bistrots, Alex n’a nullement été exposé à la fumée du tabac.
L’orage battait son plein. Le contact d’une étoffe mouillée tamponnant ses joues l’éveilla en partie. Une substance amère se diluait dans sa bouche. Alex lui avait certainement glissé un fortifiant sous la longue. Il ouvrit les yeux sur un spectacle de martyr. Une famille se faisait massacrer par les CHDV.
- Por favor, no me mates ! No tengo Facebook, implorait la dame.
Les filles pleuraient. Leurs supplications s’écrasaient contre des parois d’insouciance. La cruauté de ces brutes l’emporta et le sang gicla. Au moment même où un cri alla échapper à Alex une main noircie lui scella les lèvres. Fred avait de la boue sur les ongles. Il rompait entre les ruines et fit signe à Alex de le suivre. La terre était glaciale. Il entendit tousser le malade qui perdit connaissance une deuxième fois.
Il s’agissait des mêmes agresseurs les ayant traqués tout à l’heure. Ils étaient sur le point de s’attaquer à un groupe de nomades espagnols. Les ayant remarqués venir les deux amis s’étaient mis à courir. Réaction gauche et irréfléchie puisqu’en fuyant de la sorte ils s’étaient attirés l’attention des prédateurs. Logique claire et nette : s’ils étaient immortels ils n’allaient pas paniquer.
Les ‘Collecteurs des Heures des Victimes’ est un gang terroriste virtuel ayant apparu en Ukraine vers la fin des années 2020. Ils ont pour cibles les internautes actifs sur Facebook. Ces criminels abusent du troisième article de la charte pour atteindre l’immortalité : tuer leurs victimes et gober leurs heures. Connaissant la ville sur le bout des doigts, les brigands en question rodent dans les zones où les gens viennent d’habitude se connecter. Conscients de l’éventualité de se faire massacrer par un immortel, ils ont développé des stratégies consistant à terrifier la proie et la blesser. Si le sang coule c’est qu’ils sont tombés sur du beau gibier. Il sera également judicieux de s’assurer si la personne dispose d’un compte Facebook, après tout certains hippies restent indifférents à cette philosophie de perpétuité.
Le mode d’emploi de Facebook en vigueur depuis 2030 était le suivant :
1- 70.000 heures de connexion active sur Facebook vous confèrent l’immortalité.
2- Si vous vous faites tuer par un internaute celui-ci récupère vos heures.
3- Si vous tuez un internaute vous récupérez les siennes.
4- Facebook exigera vos empreintes digitales à chaque connexion.
5- Vous ne pouvez pas mourir en étant connecté sur Facebook.
6- Si vous dépassez un an sans vous connecter sur Facebook vous êtes dans l’une des situations suivantes :
i- [0, 35000 h] : Votre compteur se remet à 0.
ii- [35000, 69999] : Vous perdez 50% des heures accumulées.
Une succession d’explosions hostiles se déversa sur l’avenue. Existante et téméraire, Prague absorbait les missiles. Les infrastructures s’écroulaient laissant virevolter un goût de souffre et de pierre. Prague encaissait sans se lamenter. Elle a assez de bonté pouvant contenir toute la méchanceté humaine. Ils ont beau s’entretuer, s’infliger des séquelles et des anomalies ; elle va tous les recueillir, les consoler un peu pour ensuite les relancer.
Avant la guerre de Facebook, Alex se rendait à la clinique où il suivait un traitement. Cependant, depuis que tout avait été incendié les soins lui étaient devenus inaccessibles. A peine lui restait-il deux ampoules et une barrette de comprimés. Il s’en servait quand la douleur devenait aigue ou insupportable. Sa dernière visite remontait à quelques semaines. Les médecins avaient alors estimé trois mois de vie. La tumeur était dans sa phase terminale. Son ultime espoir était de décrocher l’immortalité conférée par les 70.000 heures de connexion sur Facebook. Invraisemblable mais vrai, la corrélation fulgurante liant le taux d’informations numériques absorbées à la longévité de l’individu a été établie. Plus on se connecte, plus on absorbe les données. Une fois ayant atteint un certain seuil, on finit par acquérir une identité numérique permanente. Nombreux efforts ont d’ailleurs été déployés pour conserver le genre humain mortel. Toute source d’information a été censurée, le seul moyen d’y avoir accès restait désormais Facebook. Les spécialistes ayant mis au point cette invention ont insisté sur le fait de garder ce réseau social accessible aux internautes afin de poursuivre leurs expérimentations et améliorer le rendement de leurs théories. Toutefois, redoutant l’ampleur des conséquences qu’une telle découverte risquait d’engendrer, les décideurs en avaient jugé autrement: incarcérer et abattre tous les adhérents de cette toile prohibée.
Dans ce 17 Novembre de l’année 2036, à 18h20, absorbés par leurs combats individuels, les scènes de destruction massives ne dérangent plus les habitants. Leur monstruosité leur servait d’arrière-plan. Se frayant chemin vers la gare, traversant cette piste jonchée de rochers, Fred aurait souhaité que l’anarchie et l’absurdité soient cette brume inoffensive.
- Alex, tu m’entends? Réveille-toi
Son visage terne n’avait rien de rassurant. Inanimé et blafard, Alex cheminait vers l’au-delà. Trêve de pluie. De gros nuages sombres s’accaparaient la portion du ciel qui les abritait. L’angoisse se fit peser et les deux amis lui passaient de travers. Le malaise s’installait progressivement tout comme cette guerre qu’ils n’avaient pas demandée. Deux entités se disputaient à présent le devenir d’Alex : la chaleur de Fred persistant à le réanimer et la lividité de l’agonie s’obstinant à l’arracher. L’ensevelir plutôt, désarmé comme il était, la mort se fit molle et accueillante. Nul besoin de s’acharner. Il l’avait déjà dans l’âme des années durant. Il l’avait nourrie de ses cellules, l’avait arrosé de son propre sang. Tout son être la transcendait.
Non, il est hors de question qu’il périsse. Pas ici, pas maintenant. Fred n’en revenait pas. Un sanglot lui contorsionna la poitrine. Ce n’était pas ce qu’ils s’étaient promis. Ils s’étaient mis d’accord pour s’en sortir indemnes.
- Alex, pitié, ne me fais pas ça ! Ressaisi-toi
Un énorme vol d’oiseaux multicolores détendit l’atmosphère. Prague se fit toute minuscule et leur lança des yeux doux. Leurs pas trottinant lui caressaient l’orgueil. A 20h pile elle leur offrirait un train et des évidences. Elle les écouterait de ses oreilles pacifiques et leur promettrait des flaques d’éternité. Avides et non sans timidité, ils hésiteraient à se les approprier ; ne pas s’accaparer de tout au risque de se faire blâmer. Se montrer solidaire et céder sa part. Voilà, se contenter du strict nécessaire. A 20h ils se jetteraient dans leurs pages bleus et s’efforceraient à afficher leurs airs les plus modestes. Ils les auraient polis et de leur petite voix mesquine débiteraient non sans satisfaction rigide ‘Oh man, I won’t make it ‘. Et comme d’habitude, Fred les regardera et ne sera pas dupe. Il les traitera de sals menteurs et grognera une injure. Puis il va vite oublier comme à chaque fois. Il défilera ensuite ses notifications et écrira à Prashant et Eva. Au passage il félicitera tous ses amis virtuels fêtant leur 70.000ème heure.
Les secousses se firent violentes et Alex sursauta. Ebloui par l’éclairage celui-ci plissa les yeux. Il avait un goût de ciment dans la bouche. Il se tâta pour vérifier qu’il n’était pas blessé. Instinct de survie, se dit-il. Il réalisa tant bien que mal qu’il était dans un train. La dernière chose dont il se rappelait était un amalgame de bombes, de tonnerre et d’avions rasant les toits. Des gémissements lui parvinrent. Il chercha Fred du regard.
- Fred ! Cria-t-il
Le reflet de la vitre lui renvoya l’essentiel de la scène. Un bonhomme blessé se tordait de douleur. Fred maniait une bouteille d’eau. Quelques centilitres lui restaient. ‘Ça l’agacerait de devoir la partager mais ce passager en a besoin plus que nous’, remarqua Alex. La mort ne se fit pas prier. Encore un inconnu à assister. La pensée du danseur bondit et le reste de son corps la suivit. Pris de compassion, il s’approcha du vieillard. Une odeur aigre de moisi lui emplit les narines.
Trempé de sang et de sueur le type peinait à formuler une phrase restée inaudible. Fred lui tendit la bouteille d’eau mais il fit non de la tête. Eternelle, la locomotive s’enfonçait vers l’avenir. Sacrée machine, remarqua Alex. Elle dispose d’une page Facebook. Elle n’a plus à balayer les éventualités. Ils se regardèrent un instant puis une main tremblante désignait la chemise d’Alex.
- Cell..phone. Supplia la voix entrecoupée.
Alex sortit l’engin et le lui tendit
- Facebook, please, they have to know...
Le blessé saisit instantanément son login. Une fois ayant accédé à son compte il mit des écouteurs et se hâta d’actualiser son mur en y publiant le selfie du train. Il n’avait plus le temps d’avoir mal. Ou peut-être se sentit-il ragaillardi en se projetant dans le monde virtuel. Alex le surveillant reconnut l’effet thérapeutique de Facebook. Il savait également que le malheureux ne mourra pas, pas en étant connecté. Il comprit aussi qu’il était devenu insensible à sa douleur physique. C’est ce qu’il fait lui-même quand la maladie l’asphyxie. C’est ce que font les gens quand la vie réelle les étouffe, ils vont se divertir ou se lamenter sur Facebook. Ils marmonnent des protestations. Et c’est en ce moment-là que quelqu’un leur demande en privé ‘What’s wrong ?’, la plupart du temps une fille, parce que les hommes sont absorbés à commenter la vidéo d’un match estimé médiocre.
Des aboiements approbateurs se déversèrent brusquement dans le wagon. Le nouveau venu suscita d’emblée la curiosité des trois passagers. Ils n’en revenaient pas. Le gigantesque chien au soyeux pelage blanc et son maitre prirent siège non loin de Fred. L’animal devait mesurer dans les 70 cms.
- Fred, tu as vu ? S’étonna Alex.
- Chien de montagne des Pyrénées, en chair et en os, mais qu’est-ce qu’il fait dans le train ? Demanda Fred.
- Il parait que son proprio a besoin de se connecter et qu’il n’a nulle part où le laisser. Répondit Alex.
- Ou peut-être qu’ils fuient la guerre eux aussi, cherchant un coin plus calme. Spécula Fred.
Le jeune sortit son pc-portable, ouvrit le navigateur, pianota quelque chose sur son clavier gris puis la page d’accueil de Facebook apparut. Le chien se tenait debout à droite de son maitre tout en fixant l’écran de ses yeux intelligents.
- Haro, come on baby, do it ! Ordonna le mystérieux voyageur.
Le chien s’exécutât. Il leva la patte et avait comme l’impression de cliquer sur le clavier. Hébétés, les deux amis le suivaient du regard. Un animal intellectuel, on n’en rencontre pas tous les jours.
- Ca alors ! S’exclama Fred.
- Tu penses qu’il va se connecter pour de vrai ? Demanda Fred.
- C’est ce qu’on va découvrir. Confirma Alex intrigué.
Promenant sur eux un regard amusé, le bonhomme décida de se présenter.
- Hola ! My name is Pedro and this is my buddy, Haro.
- Hey. I’m Alex, and this is my friend Fred. Your dog is terrific!
- Gracias.
- What other language do you speak?
- Well, Spanish, Russian, French. I’ve learned a little English for him.
- Pour Haro? Comment ça ?
- Il n’a pas toujours été le mien. Il appartenait à une famille américaine. Quand je l’ai eu, il a perdu ses repères. Puisqu’il n’a pas pu switcher vers l’espagnol, j’ai appris l’anglais.
- Impressionnant !
- Vous rassemblez les heures vous aussi ?
- Juste lui, moi ça y est, mission accomplie, je suis immortel, vous ?
- Moi j’en ai 69.902 et Fred 49821.
- Bonne chance ! Vous êtes sur la bonne voie.
Par expérience, Pedro savait très bien que son acolyte suscitait un éventail d’attitudes: effroi, émerveillement, méfiance, réserve, adoration, mais jamais indifférence. Si certains meurent d’envie de le caresser d’autres se contentent de le contempler, tandis que les gamins insistent pour le monter. S’agripper à ses poils luisants et rire aux éclats. Rire jusqu’à oublier le père que la guerre a avalé et la demeure où jadis ils étaient heureux. Voilà pourquoi une créature aussi rarissime devrait vivre. C’est ainsi que l’espagnol avait décidé de lui créer un compte Facebook après l’avoir dressé en lui apprenant les bases de l’informatique : allumer un engin, se connecter et rester actif sur sa session. Faire le nécessaire pour accumuler les heures. Il faudra toutefois reconnaitre une chose : quand on a passé la moitié de son existence à parcourir les pâturages, escalader les montagnes, nager dans les rivières et remuer dans tous les sens, il est naturellement difficile de se tenir immobile devant un écran, et encore moins de s’exercer à entretenir une activité cérébrale jusqu’alors réservée à la gent humaine. Cependant Haro a réussi. Il a fait preuve de compétence et de retenue. A vrai dire, il en avait déjà la disposition : toutes les fois où, accourant à la cuisine, effleurant de son museau le jeans de Pedro absorbé à préparer le diner pour lui annoncer la réception d’un message important, ou encore toutes les fois où il a grogné suite à la demande d’ajout d’un utilisateur au profil patibulaire. Le chien était à l’affût. Il avait du flair.
Cinq mois après la guerre de Facebook, à l’occasion de son dix-septième anniversaire, un 8 Novembre pluvieux de l’année 2032, dans un petit appartement de l’Avenida Fernando De La Mora au Paraguay, Haro reçut un compte Facebook en guise de cadeau. Ce jour-là, son maitre lui avait expliqué qu’il était temps de mettre à profit la formation multimédia acquise au fil des quatre années de dressage, sans quoi il allait mourir. Par vieillesse peut-être, par maladie, suite à un bombardement, les causes abondent. Il était persuadé que l’animal ne comprenait sans doute pas tous les détails de l’abstraction métaphysique qu’il avait étalée, cependant la gravité de ses propos se laissait déduire du timbre de sa voix. Il s’agissait d’une question de vie ou de mort, et ça tout le monde pouvait l’appréhender, même un chien.
Pris au dépourvu, Alex et Fred n’étaient aucunement au courant de cette réalité. Personne d’autre ne l’était d’ailleurs à l’exception de l’animal et son propriétaire. Une sorte de mutisme pesait sur le wagon. Des chuchotements survécurent puis le silence retomba. Au dehors il y avait la nuit, les rails, l’orage, des vallées privées de connexion et une poignée de citoyens qui se tiraient dessus. Et un peu plus loin c’était jeudi.
Sur l’écran s’affichait déjà ce qui s’est avéré être le mur de Haro. Il avait son propre compte Facebook : une gigantesque zone marécageuse en guise de photo de couverture, Haro Jazz comme nom d’utilisateur, une liste d’amis et des statuts. Le laissant vaquer à ses activités Pedro prit congé et quitta le compartiment le temps de fumer une cigarette. C’est alors que tout bascula. Le vieillard braqua une arme sur Alex :
- I am a cop fucken idiots!
Voilà ce qu’ils n’avaient pas vu venir : se faire assassiner par la police à l’intérieur du train de connexion. Le sexagénaire appuya sur la détente. Un cliquetis se fit entendre puis une détonation. Fred plongea et reçut la balle. Le policier s’apprêtait à tirer une seconde fois quand Alex se rua sur lui. L’homme âgé perdit l’équilibre et tomba à la renverse. L’arme roula par terre avant de disparaitre sous les sièges. Les deux adversaires se débattaient à présent sur la banquette. Le téléphone du vieux glissa de sa poche et alla s’écraser contre le plancher. Fred serra les dents contre sa douleur et s’empara de l’appareil. Il déconnecta aussitôt l’agresseur. Aucune armature ne protégeait désormais les deux passagers. Ils s’envoyaient les coups d’égal à égal. Fred essaya de se lever mais n’y parvint pas. Sa jambe engourdie le paralysait. Le rival glissa la vitre. Il entraina Alex à l’extérieur. Au moment même où celui-ci allait sombrer dans le vide Haro prit un élan et bouscula l’assaillant. Celui-ci atterrit dans le petit couloir.
La chute violente immobilisa l’agent. Un silence affreux s’affala sur les choses. Alex essoufflé s’approchait à tâtons. Son cœur battait à tout rompre. Le gabarit gisait bien par terre cependant il fallait en avoir le cœur net. ‘Il a fait semblant de périr tout à l’heure! Il nous a bien eu le connard !’, pensa Alex. Il se sentit piégé et sa colère lui communiqua un courage renouvelé. Il devait rester sur le qui-vive. Haro grognait. Ses aboiements prévoyaient des péripéties. Le vieillard était toujours inerte, il se pourrait qu’il soit seulement évanoui, conclut Alex. Autant mieux le ligoter avant qu’il ne soit trop tard. Une recommandation le tira de ses spéculations.
- Alex fais gaffe !
- Du renfort l’ami!
- Tiens bon ! Attrape !
Fred lui balança une sorte de cylindre. Le bout de métal raisonna en tombant. Alex s’agenouilla pour le ramasser. Un frisson lui escalada la nuque. Un coup de pied l’envoya. Il sentit à présent un bras l’étrangler.
- You gonna die ! Menaça la voix nasillarde
- No way ! Fred ! Haro ! Help !
Le chien intervint avec célérité et Alex se dégagea. L’air commençait à lui manquer. A mesure qu’il se consumait il n’arrêtait pas de tâter le sol en quête désespérée de la tige métallique. Haro plaquait maintenant l’offenseur contre le porte-bagages. L’animal le griffait et l’avait probablement mordu. Alex retrouva enfin l’objet salvateur mais n’avait plus l’énergie de se battre. Il rompit jusqu’au barbare et le lui enfonça dans le dos. Il n’a jamais tué personne toutefois il devait survivre. Il appuya dessus de toutes les forces qui lui restaient. Quelques instants suffirent pour que les hurlements cessent. Une mare de sang se forma autour du cadavre défiguré. A toute fin utile Alex lui tâta le pouls. A cet instant même sa fièvre disparut et ses blessures se cicatrisèrent avant de s’effacer sous une peau fleurie. Il réalisa alors que son but était atteint.
Sa joie était communicative : Fred battait des mains tandis que Haro jappait. Il se jeta sur le héros pour lui lécher le visage.
- Fred, ça y est !
- Bravo! On doit arroser ça. Allez, viens m’aider !
- Dis, y a un truc qui cloche dans cette histoire, pourquoi est-ce qu’il s’est pris à moi ?
- Bah parce que tu avais plus d’heures. Il a dû nous entendre parler tout à l’heure.
- Et lui il en avait combien à ton avis?
- 16396, je l’ai vu quand je l’ai déconnecté.
- Allons chercher Pedro. On va te sortir de-là.
En parcourant le wagon dans le sens inverse, jubilants d’extase, ni le danseur ni le chien ne s’étaient rendus compte du message d’alarme clignotant sur le profile Facebook de Haro :
“Congratulations Haro Jazz, you are now immortal !”
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