La grande bleue en baskets

il y a
5 min
293
lectures
33

Iconoclaste, autodidacte, amoureux de l'inédit, de l'imprévu, d'une certaine forme d'originalité sur fond de rébellion et d'impertinence. Je construis mes écrits comme un oxymore pour déroute  [+]

Une eau délicieusement turquoise, à perte de vue est estimée à humm ? Voyons voir ? 25, 26 degrés par le système pileux situé à l'extrémité de mes orteils.
Sables fins et galets s'enlacent harmonieusement autour des cocotiers et autres palmiers dans ce cadre pittoresque ponctué par un vol d'oiseaux aux couleurs exotiques. Mes sens auditifs prêtent une attention particulière aux va et vient incessants de cet océan qui arrive, s'échouant à proximité de mes pieds puis se retire en roulant sur lui-même dans un crépitement caractéristique. Une sensation de bien-être s'empare alors de mon corps tout entier et m'envahit jusqu'aux fins fonds des racines de mes ongles suite à un plongeon au sein de cette crique que je qualifierais de PA-RA-DI-SIA-QUE !
BOUDHA a raison, le lâcher prise existe, vraiment, réellement, inéluctablement. Votre humble narrateur l'a rencontré, sans fumée, sans cocktail, juste derrière une barrière de corail.
Le décor est planté. Je barbote désormais paisiblement dans cette étendue féerique quand soudain le chant assourdissant d'une sirène, la sirène d'un tanker vient briser mon rêve non éveillé. 

Mais qu'est ce !? Mais que se passe-t-il !? 

Une première lourde paupière papillonnante s'entrouvre,..., puis la seconde, tremblante elle aussi et encore quelque peu ankylosée. Le bruit sourd du cargo résonne toujours dans ma tête, puis se fait plus précis. Ses bips stridents percent le calme de la nuit. 04h45 affiche ce satané réveil,..., 04h46 maintenant. Je stoppe cette fichue sonnerie à réveiller un mort qui me fracasse le cerveau. Le but de mon stratagème est atteint. Je quitte à regret les bras langoureux de Morphée et reviens lentement à la réalité. Je comprends qu'il est l'heure et qu'il faut se mettre en action.
Dans cette glaciale nuit hivernale, j'extirpe péniblement mon corps encore engourdi hors du lit. Je rampe jusqu'à l'armoire de la chambre et me jette dans des fripes aussi vieilles qu'amples pour m'offrir un peu de chaleur et de réconfort.
La nuit a été extrêmement courte. J'ai encore eu la bonne idée de me passer le DVD du Grand Bleu hier soir, pour la quarante deuxième ou quarante troisième fois et dans sa version longue en plus. Quel sinistre et éternel crétin je fais ! Mais bon dieu que c'est bon ! 

Amoureux de la facétieuse Rosanna ? Probable !
Fan de la prestation de Jean-Marc ? Possible !
Admirateur de la réalisation de Luc ? Plausible ! 

Déficit de sommeil donc mais ce n'est pas grave. Ni une ni deux je me dirige dans le salon-cuisine de mon cosy deux pièces où m'y attends un petit noir judicieusement préparé la veille qu'il me reste juste à faire couler. Il y est rapidement ingurgité, puis un second accompagné de quelques assouplissements devant l'équipe TV, la chaîne d'informations sportives.
Aucun solide ne réside au menu du petit déjeuner. En effet pour ma part, rien de consistant ne passe à une heure aussi matinale de la journée. De plus, sucres lents en quantité plus que suffisante ont été engloutis au repas de la veille, comme souvent d'ailleurs, comme toujours en fait.
Un troisième café est avalé, associé à quelques mouvements de tonicité, cette fois face à LCI la chaîne d'information en continue, histoire de se tenir au courant des dernières nouvelles et se reconnecter à la réalité.
Bref, rituel journalier immuable qui a le don de mettre ce corps d'hémiplégique (séquelles irréversibles causées par un accident de la circulation survenu vingt-cinq ans plus tôt) en température optimale.
Et hop ! Tel Jacques MAYOL, tenue moulante et fluorescente minutieusement passée je chausse à présent mes Wave Rider, l'une des dernières créations de MIZUNO, paire de baskets au top à tendance pronatrice made in CHINA que j'ai en magasin. 

Oui monsieur ! A 150 € tout de même,
Ah oui, quand même ! Et oui quand on aime ! 

J'arrête là les digressions et reviens au sujet qui m'anime. A la manière d'Enzo MAIORCA qui ajuste sa combinaison de plongée, je cale dans les oreilles les embouts du baladeur MP3, attirail indispensable de tout runner solitaire qui se respecte, puis je lance sa lecture. C'est du Éric SERRA, of course, qui en sort, mélodies obtenues en toute illégalité.
De manière mécanique, tics et T.O.C. du sportif, j'enfile précautionneusement une paire de gants, d'abord la main gauche puis la droite. Ensuite j'enclenche le cardio et enfin la frontale, toujours et d'une manière invariable dans cet ordre.
Placé sur le pas de la porte d'entrée, je prends entre une et trois grandes respirations, nouvelle analogie avec la préparation méthodique d'un apnéiste. Pleinement dans ma bulle à présent, le GO de mon expédition est donné. Je plonge alors de la proue de mon appartement d'où je peux furtivement admirer le charme d'une « bonne mère » éclairée par un croissant de lune.
Je m'enfonce désormais, à un rythme de croisière tel une gueuse électrique, dans les profondeurs de ces ruelles qui serpentent jusqu'au circuit de la corniche.
Ah la corniche ! Sa beauté nocturne, ses multiples petites criques, parfois investies par de téméraires pêcheurs noctambules munis de leurs matériels de compétition qui m'arrachent un rapide regard. Ses rochers aussi, inertes et remplis d'écumes éruptives captivent littéralement mon esprit. Mais encore cette mer au loin, immensité naturelle, calme et apaisante, m'hypnotise. La lueur de l'astre lunaire qui se reflète sur cet élément en perpétuel mouvement ne fait qu'amplifier le processus d'envoutement.
J'évolue au sein de cet environnement idyllique et enivrant et au début de mon chemin de choix je fais à nouveau face à « Notre Dame de la Garde ». Tout en la contemplant en pleine aurore, je lui confesse bien volontiers de revenir dès le lendemain l'honorer de ma présence. J'aurai ainsi l'égoïste privilège de me recueillir à nouveau devant cette impénétrable splendeur. Cet instantané visuel, digne d'une carte postale, est mécaniquement éphémère car il est généré par l'action de l'aube.
Ma pénitence religieuse achevée, me voilà arrivé au bord de ce littoral et plus rien ne fait obstacle aux embruns marins qui me lacèrent amicalement le visage par d'humides caresses. Ce petit crachin du littoral méditerranéen me burine courtoisement la face par de tendres baisers véhiculés par le mistral local qui lui aussi ne me veut que du bien.
Tous les jours ou presque, c'est le même identique trajet qui est dessiné, du Rouet-Plage de Carry à Sausset les Pins puis de Sausset les Pins au Rouet-Plage de Carry. A aucun moment ne s'installe la moindre once de lassitude sur le parcours constamment emprunté. L'émerveillement demeure à chaque fois amoureusement indéfectible.
Oh ! Il m'est peut-être arrivé, à deux ou trois reprises, au cours de mes innombrables sorties, de m'imaginer au sommet de la Gineste durant la célèbre course Marseille-Cassis. Je me visualise dominant le paysage offert et profitant de la somptueuse vue panoramique. Mais le chemin arpenté est si escarpé qu'éclairé à la seule lumière de la frontale, ces envies d'adultère sont rapidement dissipées.
Je m'approche à présent des quarante à quarante-cinq minutes approximatives de course et d'un terrain de jeu nettement moins accidenté. Je sniffe encore et toujours cette atmosphère iodée qui me transperce les narines jusqu'à m'en picoter les cloisons nasales. Et puis..., et puis.., à ce moment précis et de manière inexorable, une sensation d'être le roi du monde s'empare véritablement de moi.
Des vibrations intimistes se déversent toujours dans les oreilles, rythmées non plus par « Big Blue Overture » de SERRA mais par GUETTA et son « The World is Mine ».

Oui ! Véritablement le monde est à mes pieds.

L'endorphine sécrétée coule à présent dans les veines agissant comme un méga rail de coke colombien à peine coupé. L'état devient irrésistiblement, inévitablement, indubitablement second. Transporté également par une dose de sérotonine, l'hormone naturelle du bonheur, je ne sens plus les dénivelés que j'escalade frénétiquement. Je ne ressens pas plus ces séries de fractionnés que je m'impose délibérément.
La vie appartient à ceux qui se lèvent tôt paraît-il ? Le débat reste ouvert mais ce que je puis affirmer à cet instant précis, c'est que le bonheur extatique est là, en moi. Je le sens, je le ressens. C'est une symbiose métaphysique de mon âme, mon corps, mes capacités physiques avec les éléments qui m'entourent. Nous ne sommes plus qu'un et indivisible. Je suis chaque atome d'eau et de sel de cette mer. Chaque micromètre de cette roche parcouru restitue dynamisme et puissance à mes aériennes foulées qui me font presque léviter.
Comme tous ces anonymes drogués aux hormones naturelles qui se nourrissent de la même passion pour le running, je ne cherche ni gloire ni célébrité et tout ce qui va avec, ça se saurait. Ma quête se veut simplement physique et intellectuelle dans cette complaisance à l'effort et dans le dépassement de soi. Je rentre alors dans une introspection philosophique et spirituelle transcendantale pour partager des avis uniquement avec moi-même. C'est mon avis plus ou moins avisé, c'est selon et je le partage.
Mais dans ce jour naissant ou cette nuit qui se tarit (vous savez, l'histoire du verre à moitié plein) et dans ce monde que je viens de refaire, à l'instar de « Mister » BARR alias Jacques MAYOL, nuls dauphins à l'horizon pour m'entraîner vers des abysses marathoniennes jamais explorées. Avec un peu de romance à la BESSON, juste un poisson qui saute hors de l'eau tout en dessinant avec son corps, un « S »   et dans son prolongement au loin une Sirène retentit.
Tiens, tiens ! Vous avez dit sirène, la sirène cette fois d'un yacht de plaisance au large annonce son arrivée au sein de l'enceinte phocéenne. 

Elle sonne également le glas de ma virée pédestre récréative à haute valeur thérapeutique. La boucle est ainsi bouclée. Je retourne alors à l'appartement, par sa poupe, direction la salle de bain, afin de dissiper les stigmates de mon shoot hormonal quasi quotidien avant d'attaquer la journée de travail.
Mais qui sait, peut-être demain, après-demain, dans une semaine, trois mois, dix ans, je croiserai « Docteur » GUMP alias Tom Hanks et je déciderai peut-être d'aller aussi courir en Forrêst ?

Mais ça, ça sera une autre histoire !

33

Un petit mot pour l'auteur ? 4 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Jeanne
Jeanne · il y a
Silence, moteur, action, ça tourne ! Filent le temps et les heures, défilent les images et le rideau se lève sur un décor de rêve, avec au premier plan palmiers, cocotiers, eau turquoise, sable doré, coquillages et crustacés et l’océan en toile de fond. Il est sur un petit nuage, se laisse bercer au gré des vents, des alizés. Parti au pays des rêves, de l’inconscient, profondément endormi dans les bras de Morphée, il est aux anges, au paradis, il rêve... quand soudain sonne le réveil, résonne au loin une sirène, une corne de brume aux échos sourds, aux accents assourdissants de Cargo de nuit :
🎶 Mais cette machine dans ma tête, Machine sourde et tempête
Mais cette machine dans ma tête, Leitmotiv, nuits secrètes... 🎶

Il s’éveille, se fait une douce violence, accomplit son rituel du matin… Encore nimbé, auréolé des brumes matutinales, il saute du lit, s’habille à la hâte, enfile sa combi anti-intempéries puis ses gants élégants et chaleureux, chausse ses baskets de sept lieux tel le Petit Poucet. Trois cafés après, le voici fin prêt, prêt paré, préparé pour un marathon, une plongée en apnée. Tel un sportif de haut niveau, il s’échauffe, s’étire, assouplit ses articulations, il prend sa respiration, inspire, gonfle ses poumons avant d’entreprendre son running-footing-shooting quotidien, courir le long de la corniche baignée au Bleu de Méditerranée, une promenade qui nous propulse sur la Côte bleue, Marseille, la Bonne Mère... près de 🎶 la mer qu'on voit danser le long des golfes clairs 🎶.

Son corps se meut au rythme de sa foulée, des battements de son cœur, des notes de musique de son baladeur. Il est en communion avec l’instant T, il fait corps et ne fait plus qu’un avec les éléments, dopé sous l’effet de l’afflux d’hormones euphorisantes, il entre en transe, transcendance, il ne court pas, il vole, ses pieds ne touchent plus le sol, il lévite, il flotte en apesanteur. Il n’est plus sur terre, il est ailleurs, dans un autre monde, une autre dimension.

Un plongeon intérieur, une profonde introspection, une grande évasion, une échappée belle au fil de la pensée, un monologue en un dialogue intensif, interactif, une interconnexion avec le lecteur. Un "chemin de choix" mouvementé, un scénario aux nombreuses références cinématographiques, une fuite en avant, une quête éperdue du bonheur. Une histoire empreinte de poésie, d’humour et d’auto-dérision aussi, mention spéciale pour le made in China qui détone quelque peu au pays de Pagnol mais à l’évidence c’était avant le temps du coronavirus et de ses amis les variants. Une Nouvelle fort bien écrite qui se lit facilement, que j’ai bue d’un trait, comme du petit lait et qui pourtant n’est pas ma tasse de thé.

P.S : récit romancé ou non… quoi qu’il en soit le court passage sur cet accident de la circulation et ses séquelles me laisse songeuse… Belle fin de soirée Anonymous, à bientôt minuit vous voici gratifié d’un long pavé ! :-)

Image de Anonymous71 A
Anonymous71 A · il y a
Comme Mathieu Noel sur les ondes d'Europe 1, récit vrai à 99%! ;-) La résilience est le trait de caractère qui me résume le mieux. Merci à vous Jeanne d'être REvenue
Image de Jeanne
Jeanne · il y a
Résilience... un bien joli mot, une résistance à toute épreuve, une vertu, une qualité précieuse.
Revenue ici, repassée au jardin aussi... la grille était ouverte, me suis promenée dans les allées... désertes.

Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Avec un RÉabonnement et un vote, pour REpartir du bon pied, et en "Short" ...

Vous aimerez aussi !