La gauloise

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Je suis un être plutôt instable, un tantinet introverti.Mon gout néanmoins principal va à la poésie, de préférence gaie, limpide, évidente, sans trop de mystère, compréhensible aisément  [+]

Un Gaulois, à priori épris de galanterie, gaule des noix pour son épouse Gauloise. Les noix sont d'excellente qualité mais le noyer a mauvaise réputation. En effet, un druide, accusé de pédophilie sur un garçon, s'est fabriqué une potence à l'aide d'une de ses solides branches pour y accrocher sa corde létale. Branche et corde ont tenu le coup mais pas le cou sacerdotal. Ah mon Dieu ! Si tous les druides ayant succombé à des pulsions orgasmiques envers de la tendre et fraiche chair se pendaient ainsi, les forêts seraient encombrées d'une pléthore d'arbres maudits.Notre druide aurait mieux fait d'aller se noyer dans la rivière voisine car l'eau claire qui y coule disperse, purifie, pousse l'oubli vers l'aval tandis que l'arbre figé sur ses racines présente un souvenir dressé en permanence. Ce noyer s'appelle dorénavant l'arbre du pendu. Quand, en hiver, il a perdu son feuillage, il paraît plus squelettique que ses congénères.
Heureux comme un chasseur à la gibecière grassement garnie, notre "gauleur" Gaulois, tout guilleret, galope sur ses grandes guibolles rapides comme des grolles de sept lieues, vers le gîte de sa grise Gauloise. Il lui présente, satisfait de sa récolte, son panier surchargé de noix à la brou ébréchée :
- Voilà, Mimine, un gros stock de fruits nourrissants à déguster au coin de l'âtre durant l'hiver prochain. Ainsi, nous ne devrons pas aller crier famine chez Fourmine.
Un long silence gêné, un tantinet réprobateur, Mimine rétorque :
- Sais-tu, Vercingétorix, je préfère, pour varier ce menu d'écureuil, que tu m'apportes des pommes, je serais, en récompense, ta renaissante Eve, toi, en heureuse conséquence corrélative, mon ardent Adam. Ou mieux, encore, j'ai une préférence pour ce fruit à la robe de velours qu'on cueille sur le pêcher. De la sorte, on remettraient même en cause la primauté de la pomme dans la fable biblique du péché originel qu'on pourraient de plus réactualiser en péché mignon entre nous deux.
Elle est satisfaite de ses propositions juteuses et sourit .
Lui, en revanche, Gaulois fourbu d'avoir tant gauler, est vexée de la répartie exigeante de sa Gauloise. Il est étonné de sa propension soudaine à la gauloiserie, elle, si peu gironde, plutôt frigide de coutume. Il se hérisse comme un coq gaulois sur ses ergots et explose :
- Oh ! Je t'en prie, pauvrette Gauloise, au gout de luxe, mégoter te conviendrait mieux.
Il persifle, encore plus cruel :
- Gauloise plébéienne réduite à ta portion congrue ne valant que mégot éculé sans bout doré pour rehausser tes restes, sans filtre pour édulcorer ta saveur surannée, ta matière grise au gout âcre comme l'épine de roncier. D'ailleurs, je n'arrive plus à la rallumer , malgré les étincelles aisées de mes deux silex et la qualité notoirement inflammable de mon amadou. A la suite de cette diatribe, les noms d'oiseaux se croisent et volent bas. Les époux sont sur le point critique de se tabasser.
Cette véhémente dispute accentuera l'inclination trouble et cachée qu'il a pour sa nouvelle voisine : une Anglaise blonde, bien roulée, qui fleure bon le miel. Elle s'appelle Chimène, il n'a d'yeux que pour elle ! Venue, comme un miracle, selon les commères et les rombières du quartier, depuis l'Aquitaine où elle serait tombée du ciel, en provenance de la perfide Albion, portée par une pluie galloise. Vercingétorix n'en croit pas un mot car rien de bon, ni de beau ne peut venir des nuages. D'ailleurs - c'est écrit dans les grimoires - les Gaulois craignent que la voute céleste leur dégringole sur le groin !
En vérité, il est préférable que notre déguingandé Gaulois, énamouré de la blonde et aguichante présumée Anglaise, ignore sa réelle provenance. En fait, elle est tombée d'un char mal clos où elle était assignée mais mal arrimée ( elle n'avait pas mis sa ceinture de sécurité qu'elle confond avec la ceinture de chasteté qui n'a d'ailleurs n'a plus sa raison d'être portée chez cette chipie ! ) . Ce char à bancs était conduit par un jules ( sur ordre du grand Jules de Rome ). Il menait, à folle allure sur la Voie Romaine, son harem à destination du camp de légionnaires romains ( des spadassins en sandales, c'est ainsi qu'Uderzo moqueur les dessine à postériori ) , pour leur offrir ce mâle exutoire, le repos du guerrier. Harem, donc un bien aimable euphémisme ! Appelons un chat, un chat : son appellation rituelle d'usage, c'est le BMC romain ( Bordel Militaire en Campagne ).
Pour elle, cette belle blonde Anglaise, notre Gaulois, sur deux coups malheureux et regrettables, l'un de foudre, l'autre de tête, a, bien inconscient de sa future galère, répudié sa grise Gauloise.
C'était prévisible, l'idylle n'a guère perduré. Oui, quelle erreur ! On n'amadoue pas une blonde trop jolie, litigieuse, corruptible, ignominieuse, monnayable habituellement avec des noix fraiches de l'année, la seule ridicule richesse lourde mais peu sonnante de notre gogo ! Ces fruits vendus aux Romains lui auraient apporté à peine assez de sesterces pour une seule passe avec sa dulcinée.
Pour une Anglaise présumée, elle s'exprime aisément en gaulois : " faudrait pas me prendre pour une noix "..... entre autres. Rapidement, elle lui précise qu'elle n'est pas une oie blanche.
Abandonnée, répudiée ( les pensions alimentaires ne sont pas de coutume à l'époque ) , MImine, la mine grise, s'en est allée, errant par monts et par vaux, par forêts touffues et par plaines herbues. Dans la forêt de Brocéliande, elle a rencontré Merlin qui a retapé son reste de matière grise comme on décuple, gonfle la laine d'un matelas écrasé, en l'aérant et la démêlant. Des elfes bien intentionnés, des gnomes se sont mis en quatre pour lui donner gîte et couvert puis l'ont conduite aux portes d'Alésia. Maintenant, elle possède l'allure, sinon la dégaine d'une Gauloise ordinaire, certes pas aussi bien roulée qu'une Gauloise fraiche, soit donc une Gauloise d'occasion avec des retouches pas impérativement nécessaires.
Dans cette grande ville moderne, pas de pied-à-terre, pas d'abri contre les intempéries. Une averse brutale, orageuse, l'abat dans le caniveau hérissé de pavés mal équarris. L'eau torrentielle l'emporte comme un fétu. Désespérée, elle sanglote, tressaille. Cette course liquide va-t-elle l'engloutir ? Un instant, elle demeure coincée dans une échancrure entre deux pavés disjoints. Un pauvre hère, qui chemine par là sa peine sous la pluie, juge de sa position dangereuse, la ramasse, la réconforte aussitôt. Elle est toute trempée, quelle évidence ! Il déchire sa robe de papier et réchauffe la matière grise de son corps - un conglomérat rachitique d'entrailles tabagiques - dans sa grosse pogne. D'une voix douce de mère protectrice, il lui chuchote : " Faut pas pleurer, mignonne, viens donc dans ma demeure " ; Dans ma demeure, de la part d'un homme errant, un SDF, qui n'a pour tout logis que la belle étoile ou, au mieux, une porte cochère, c'est de l'auto-dérision ! En fait, une fois que Mimine fut sèche, la demeure promesse, c'est l'unique richesse ou relique du brave homme, en fait sa blague en peau de porc que notre nouvelle Moïse partage avec d'autres pommées récupérées, congénères venues de mondes différents, partielles "mégotantes" de couleurs et odeurs disparates avec lesquelles, elle coopérera à combler le contenu d'une cigarette valablement tassée, certes un peu mal fagotée.
Puis, sa chair grise, jamais entièrement consumée, elle s'envolera, éthérée, moult fois en volutes de fumée bleutée de tabacs mêlés après avoir comblé d'un instant de réconfort les narines et les bronches de ce brave clochard, son ami, son sauveur.
En suçotant sa cigarette de récup, ce dernier chantonne, avant l'heure, sans le savoir en prémonition de sa future création, la chanson de Félix Leclerc que les jeunes sexagénaires ne peuvent pas connaître :
- " C'était un petit bonheur que j'avais ramassé.
Il était tout en pleurs sur le bord d'un fossé.
J'ai pris le p'tit bonheur, l'ai mis sous mes haillons.
J'ai dit : Faut pas qu'il meure, viens-t'en dans ma maison.
Alors le p'tit bonheur a fait sa guérison.
Sur le bord de mon coeur, y'avait une chanson
.... Mon p'tit bonheur...... C'est toi ma reine .
Et, pendant ce temps-là, bien loin de notre Gauloise gueuse dont l'âme s'étoffe au fur et à mesure des goulées et bouffées renouvelées, tant appréciées, son goujat de Gaulois, depuis belle lurette banni à son tour par sa fausse blonde Anglaise, regrette son ancienne galante Gauloise grise qu'il revoit, en souvenir amélioré, plutôt bien gironde. Il se remémore son gout doucereux, son agréable contact sur ses lèvres, son philtre, l'élixir jouisseur qu'elle lui insufflait.
Maintenant, philistin, mis au ban de la société, toutes les Gauloises de son village, pour le punir de son vil comportement envers l'une de leurs consoeurs, lui refusent tant leur fumet aphrodisiaque que leur fumée en volutes de calumet de la paix. Elles le traitent de fumiste, auteur d'une impardonnable fumisterie !
Ô tabac , si tu savais, tout le bien et tout le mal que tu nous fais.

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JACB · il y a
Vous lire demande de savoir jongler avec la langue et avec les références...on a l'impression d'être attendu à chaque coin de rue et la surprise de savoir sur quel mot on va rebondir ou on va retourner est vraiment jubilatoire...J'ai passé un très bon moment dans ce tour...noix!