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La fuite

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Il fait froid, la mer est calme, et il est 1h 30 mn, Jad est assis au fond du canot, entouré d’une vingtaine de personnes. On n’entend rien dans cette mer sauf le ronronnement du vieux moteur Yamaha qui déchire le mur du silence maritime. Tous les passagers du vieux canot sculptent l’horizon à la recherche d’une lumière, qui signifie pour eux l’arrivée à l’Europe. Jad et sa compagnie sont des passagers clandestins vers l’Europe à la recherche d’un monde nouveau et prometteur, ce sont ce qu’on appelle haraga. Au bout du canot, il y a le passeur en gilet de sauvetage jaune, qui oriente aveuglement l’embarcation, il est pressé de se débarrasser de sa cargaison humaine et d’empocher le reste de l’argent promit. De temps en temps il jette un regard menaçant aux passagers pour les effrayer et les garder en laisse. Il leur dit de temps à autre ‘’ Pas de cigarettes, pas de lumière et beaucoup de silence, les gendarmes sont toujours dans les parages !! ‘’
Jad dévisage toutes les personnes qui l’entourent avec un regard triste et craintif, il essaie de dissimuler sa peur et montrer un faux visage mais en vain. Dans ce décors sordide, jad pense à sa famille, à ses amis, à ses nombreux années d’étude, à ses souffrances pour avoir décroché une licence en biologie avec mention ‘très bien’...Des années d’endurance et d’acharnement pour se trouver finalement au fond d’un canot au milieu de nulle part : la mer, le froid, la faim, l’angoisse et l’inconnu. Il n’a pas pu retenir ses larmes qui lui échappent et descendent sur ses joues jusqu'au menton. Un sénégalais qui est en face de lui, le regarde et sourit comme pour lui dire ‘Ne t’en fais pas, ça va aller’, Jad lui répond par le même sourire tout en essuyant ses larmes avec le revers de ses manches.
Il pense à ce piège qui se ferme sur lui, devant il y a l’inconnu et l’angoisse et derrière lui il y la famille, les souvenirs, le chômage, et les gros bonnets qui poussent les jeunes à se jeter dans la mer, Des requins qui les dénudent de tout espoir et les jettent dans la mer pour d’autres requis.
D’un geste presque automatique, il met la main dans la poche de son veston et fait ressortir la photo de Fatiha, la fille qu’il aime depuis des années et qu’il n’a pas pu épouser faute de moyens financiers. Il jette un regard furtif sur la photo malgré l’obscurité et la remet rapidement dans sa poche. Il retourne à ses souvenirs qui sont très loin de lui maintenant, il ne peut plus faire marche arrière, il est décidé à défier cette piège jusqu’ ‘au bout. Les pleurs d’un petit enfant le fait sortir de ses pensées, qui est assis entre son père et sa mère et cherche aussi sa part du rêve européen au lieu d’être au lit ou dans une école. Jad ouvre son sac et saisit un morceau de pain et le donne au petit enfant qui le prend sans se faire prier.
Le canot transperce doucement la mer vers la rive européenne, le moteur ronronne toujours, et le passeur maitrise bien la situation. Quand brusquement Jad sent une humidité froide envahir ses pieds, il dirige sa main vers ses pieds pour chercher la cause de cette froideur subite ; et touche ainsi, de l’eau et sa main revient à lui toute mouillée. Il réalise que l’eau inonde le canot par une fissure de la coque. Illico, il fait la remarque au passeur, et la panique s’empare aussitôt de passagers. Tout le monde à bord commence à crier et se bousculer malgré les menaces du passeur. La frayeur attaque tellement tous les passagers que le vieux rafiot commence à chavirer avec un grand risque de submerger...
Le passeur sort un pistolet automatique et tire deux coups en l’air pour les apaiser , mais la peur est très forte et les clandestins sont en effervescence. La foule se tourne vers le passeur pour le maitriser, mais ce dernier, dans un geste ignoble vide son chargeur sur toute personne qui bouge, tuant ainsi plusieurs personnes sur le champ. Une fois le pistolet déchargé, il saisie une mitraillette et continue sa folie macabre. Jad se jette rapidement dans l’eau laissant derrière lui un concert de tir automatique et les cris des pauvres gens et de l’enfant. Quelques minutes plus tard, c’est le silence absolue, le chasseur a exterminé tout le monde même l’enfant, et il ne lui reste que Jad. Alors, avec sa mitraillette, il tire dans toutes les directions pour tuer le dernier survivant et ne laisser aucune trace derrière lui. Jad reçoit une balle folle dans son épaule droite, et le sang commence à gicler aussitôt. ‘C’est la fin’ pense-t-il...
La douleur, la peur, le froid commencent à le vaincre, et il se met à l’évidence que la fin est pour bientôt. Il fait un dernier regard vers le canot et se laisse emporter par les profondeurs de la mer, quand brusquement une sirène retentit et un phare puissant s’allume. Ce sont les gendarmes qui arrivent sur leur vedette, attirés par le bruit des balles et par les cris des passagers...
Aboudalal M.

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