La fontaine de ***

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Image de Très très courts
Dans la famille, nous sommes de grands voyageurs. chacun de mes frères et soeurs parcourent le monde tout au long de l'année. Nous nous retrouvons seulement au nouvel an, pour nous décrire les merveilles vues pendant les trois cent soixante jours précédents.

C'était l'année de mes vingt-deux ans. Je venais de parcourir la Chine et je me rendais en Indonésie qui était ma dernière destination avant mon retour à N. Je parcourais la petite ville de L. m'engouffrant dans chaque ruelle à la recherche de l'image la plus typique possible. C'est là que je suis arrivée à cette place carrée, étroite ; le croisement de six ruelles. au centre se trouvait une petite fontaine couverte de moisissures, qui déversait comme elle pouvait le peu d'eau qu'il restait dans son réservoir. une bande d'enfants courait autour en riant. Lorsqu'ils m'aperçurent, trois d'entre eux s'enfuirent en pouffant de plus belle, les autres ralentirent sans cesser de se chamailler. C'est seulement en avançant un peu que je le remarquai. Il était caché par le socle de la fontaine : un petit garçon couvert de crasse, assis en tailleur, jouant avec un petit cheval en bois auquel il manquait une patte. Je m'approchai doucement pour prendre une photo sans qu'il ne me remarque. Au moment où j'appuyai sur le déclencheur, le petit homme releva la tête. Il fut si troublé de s'être fait prendre par surprise dans un moment d'intimité, qu'il se leva maladroitement et courut se réfugier dans l'embrasure d'une porte. Ses camarades s'enfuirent eux aussi, interprétant la réaction de leur ami comme de la peur.
Je m'en voulais d'avoir provoqué cette gène chez mon modèle. Comme je voyageais toujours avec des petites tours Eiffel en poche, je m'avançai vers la fontaine et déposai la dernière sur le rebord en pierre. En levant les yeux, j'interceptai le regard du garçonnet et lui sourit avant de tourner les talons. Une fois dans la ruelle opposée, je me retournai discrètement et vis avec amusement que mon présent n'avait pas eu à attendre longtemps. Le petit homme le tenait de ses deux mains et l'observait attentivement, les yeux pétillants.
Quelques semaines plus tard, j'étais de retour à N. et je regardais les informations, apprenant avec horreur la catastrophe naturelle qui venait de toucher le pays et en particulier la si jolie ville de L.
Trois ans plus tard, j'allai chercher ma nièce à son école. J'attendais depuis plus d'une demi-heure aux portes de l'établissement (j'ai toujours eu cette fâcheuse habitude d'arriver très en avance) quand elles s'ouvrirent enfin. Ce jour-là, ma nièce avait décidé de se faire attendre. Et c'est grâce à ces dix minutes que je le revis ; il marchait, longeant le mur, tête baissée. Ses cheveux étaient plus noir encore qu'à l'époque de mon voyage. Mais ce qui me frappa le plus fut son regard : toute la joie et l'insouciance avait disparu des beaux yeux verts de mon cliché, On pouvait trop facilement lire trop de souffrance dans ses prunelles d'enfant. il dut sentir mon regard insistant sur son corps affaibli étant donné qu'il leva le sien et plongea ses yeux dans les miens. Il sursauta. Ses yeux s'embuèrent et bientôt les larmes jaillirent abondamment. Il posa gauchement son cartable par terre et se mit à fouiller son contenu énergiquement. Il hoquetait à présent et je ne savais que faire. J'étais pétrifiée par l'émotion qu'exprimait avec force ce garçon. Un homme courut vers lui. L'enfant cherchait toujours et le désespoir se lisait dans ses beaux yeux en amandes. Tout à coup, il sourit entre deux hoquets, brandit triomphalement la petite tour Eiffel, se leva et courut vers moi.
C'est à partir de là que je vais vous conter l'histoire de ce petit homme en plongeant à nouveau dans le passé...

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