La fille du square

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Mon texte a été créé dans le cadre du Festival Lovecraft " Cthulhu comes to Nouméa " à la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie, en présence de notre invité d’honneur François Launet  [+]

La fille du square
Che si asciuga le castagne ora ?


Assis sur son banc du petit square de la rue Taragnat, Tony Vincenti rêvassait pour tuer le temps. Il appréciait ces rêveries entre veille et sommeil qui lui permettaient de s’abstraire de la réalité et de voyager dans son passé pour revoir la mamma.

Lorsqu’il avait quitté le giron familial, elle l’avait traumatisé en lui hurlant : « qui va sécher les châtaignes maintenant ? ». Une phrase qu’elle avait répétée jusqu’à ce qu’il eût disparu derrière l’horizon, emporté dans la charrue bringuebalante d’un brave voisin paysan. Le cri de douleur et le chagrin de sa mère restaient gravés dans sa mémoire. Tony avait quitté sa région des Pouilles vers la fin des années cinquante pour faire fortune avec pour seul bagage l’insouciance de ses dix-huit ans et la volonté de sortir de la grande pauvreté qu’il avait connue depuis sa naissance. Il s’appelait Ennio en vérité, mais il avait décidé de changer de prénom vis-à-vis d’un oncle qu’on disait mafioso à New York. Tony sonnait italien des States, c’était mieux que spaghetti, rital ou macaroni. Les immigrés italiens avaient tous des sobriquets dans leurs pays d’accueil. Tony symbolisait pour lui l’italien respectable. Tony Vincenti avait décidé qu’il serait respecté et qu’il ne resterait pas dans son village, du talon de la botte italienne, à surveiller le séchoir à châtaignes toute sa vie. Tant pis pour la mamma, il enverra des sous. Jusqu’à la mort de la vieille dame il tint sa promesse.

Aujourd’hui, il séchait, comme ses chères châtaignes sur son banc de la Vallée des Colons mais il était fier de lui. Il était d’abord monté à Paris pour apprendre la maçonnerie chez un compatriote en attendant d’avoir des papiers en règle. Ensuite, ce fut le départ pour la grande aventure. Un des plus gros barrages jamais construit dans le Pacifique était en projet en Nouvelle-Calédonie, une île du bout du monde dont il n’avait jamais entendu parler. Il signa le contrat sans hésiter et débarqua quelques mois plus tard à Nouméa vers la fin de l’année 1955. Il faisait une chaleur humide et étouffante le jour de son arrivée. Un climat tropical d’été austral qu’il découvrait pour la première fois. Après le regroupement de cette nouvelle fournée d’ouvriers, il se retrouvera à l’embouchure de la Yaté, après un voyage chaotique dans la benne d’un camion, sur une route en terre qui cheminait dans un paysage de terre rouge qui le fascinera. Il y restera quatre années pour couler des tonnes de béton qui serviront à construire le mastodonte barrage pour retenir les trois cent quinze millions de m3 d’eau du lac. L’Italien, Tony le kanak, s’adaptera de suite à cette vie en brousse. Plutôt que d’habiter au campement des Italiens, il décida très vite de vivre à l’écart dans une case traditionnelle ronde au toit conique qui lui rappelait son Italie natale. Il était sûrement le seul Européen qui avait vécu dans une case pendant sa jeunesse.
Dans sa région, au nord de Bari, les paysans pauvres comme lui habitent des trulli. Toute son enfance il habitera un trullo, une case en pierre typique de la région et très semblable aux cases mélanésiennes. Tony se sentit immédiatement proche des indigènes. De plus, l’odeur végétale de la case lui rappelait son metato, le séchoir près du bois de châtaignier avec le fumet incomparable des châtaignes qui sèchent sous l’effet de la chaleur. Ce fut pour lui sa manière de lutter contre la solitude et le manque d’amour que lui prodiguait sa mère. Elle l’avait marqué au fer rouge avec sa terrible supplique : « Che si asciuga le castagne ora ? ». Il l’entendait souvent, surtout la nuit lorsque les alizés balayaient le Caillou en s’enroulant autour de son trullo recouvert de peaux de niaouli.

On l’avait mis d’office à la retraite. Jeté comme une vieille chaussette. Pépé, comme on l’appelait sur le chantier, avait fait son temps. Sa vie se partageait maintenant entre son petit studio de la rue Taragnat et son square. Devenu insignifiant, plus personne ne le voyait tandis que lui voyait tout le monde. Il observait les gens. Spectateur invisible, vieillard inoffensif qui n’existait déjà plus pour la plupart de ses concitoyens. Il pouvait observer le film de la vie des autres dans son cinéma permanent, le petit jardin d’enfants, en toute tranquillité.

Il connaissait bien son petit monde du square, les gosses turbulents, les mamans anxieuses qui avaient toujours peur de rater la sortie de l’école, les bavardes qui arrivaient joyeuses à l’idée de retrouver une copine ou les amoureux qui se voyaient en cachette et ceux qui affichaient crânement leur amour en étant persuadés que personne n’en avait connu de pareil. Il y avait aussi les autres, les marginaux, les petits dealers, une petite délinquance du petit territoire d’outre-mer en pleine évolution qui ressemblait de plus en plus à la grande délinquance des métropoles lointaines. Il savait tout de cette population qui fréquentait le petit jardin d’enfants de l’école Candide Koch de la rue Taragnat à l’angle de la rue Sylvain Gargon, jouxtant le square et le parking de l’école primaire. Celui-ci, délimité sur un côté par un égout à ciel ouvert nauséabond, se jetait dans la baie de Sainte-Marie et servait de frontière au territoire de prédilection de Tony et des enfants de l’école. Le petit terrain de jeux était coincé entre une palissade, deux rues et un parking fermé par un fossé égout infranchissable comme la douve d’un château-fort. La rue transversale rejoignait la rue Charleroi mais Tony n’allait plus là-bas depuis longtemps. C’était trop loin pour lui. De l’autre coté de la rue Gargon, il y avait les entrepôts de l’hypermarché Géant et une école pour tout-petits, une maternelle au joli nom des Capucines. Tony Vincenti vivait depuis quarante ans dans ce quartier de la Vallée des Colons mais depuis son inactivité forcée, son univers s’était rétréci à la seule aire du jardin public. Il y tuait ses journées.

Dans ce vieux quartier, il y avait moins de changement que dans d’autres. Le quartier Latin était méconnaissable lui avait-on dit. C’était rassurant pour lui. Il trouvait que Nouméa avait changé trop vite. La ville était devenue une vraie capitale avec sa surpopulation, ses embouteillages et tout ce qu’entraîne un développement trop rapide et parfois anarchique. Mais autour de son square, pas beaucoup de modification mis à part l’installation de l’association Valentin Haüy pour les non-voyants dans un ancien commerce fermé pour cause Hypermarché. Les clients du centre pour aveugles, peu regardants, ne gênaient pas beaucoup les petits trafiquants et les jeunes tagueurs du quartier.

Tony vit arriver de loin la fluette silhouette androgyne encapuchonnée à la mode rappeur. La mode des ados mal dans leur peau qui affectionnent les vestes à capuche pour s’isoler, pour être à l’abri des regards dans leur monde secret, à la lisière de l’enfance. Ce jeune ou cette jeune traversait, à grandes enjambées, le parking de l’école en fonçant droit devant, en direction du portillon d’accès au jardin d’enfants, tout en balançant ses bras qui rythmaient sa marche forcée. Le petit soldat semblait mû d’une irrésistible volonté d’atteindre un point précis. Pourquoi tant d’empressement en pleine après-midi avec cette lourde chaleur qui incitait plutôt à la nonchalance.

Le vieux regardait avec intérêt la jeune silhouette qui approchait de son parc miniature car il lui semblait la reconnaître. La suite confirma ses doutes. Il avait vu juste. C’était bien elle, la petite fugueuse, la gamine rebelle qui flânait sans but en faisant l’école buissonnière. Il y a longtemps qu’il l’avait repérée. Rien n’échappait au vieux du parc comme l’appelaient les enfants. « On dirait qu’elle tient quelque chose de précieux dans sa main ? », pensa-t-il. Il la voyait distinctement maintenant. La gamine approchait du portillon avec une cannette de bière dans la main droite qu’elle ne cherchait même pas à dissimuler. Le vieux Tony s’en étonna car il savait qu’elle traînait mais il ne l’avait jamais vu boire. « Pauvre gamine ! », marmonna-t-il. « Même pas quatorze ans, déscolarisée, abandonnée, livrée à elle-même. Quelle misère ! » La jeune gamine était toujours habillée de la même manière : des claquettes japonaises aux pieds , un short trois-quarts élimé cradingue et un tee-shirt jamais très net, trop ample pour le corps fluet qui laissait deviner des petits seins naissants, deux minuscules bosses cachées sous les pans de la veste ouverte. Avec la capuche de sa parka rabattue jusqu’aux yeux, la gamine semblait irréelle, sortie d’un film de Georges Lucas, une héroïne de la Guerre des Etoiles. « Que la force soit avec toi, petite », pensa Tony en souriant. Il avait vu sur un tee-shirt d’un gamin de l’école inscrit : « Que la boulette soit avec toi », une version locale de la célèbre réplique.

La gamine, avec sa bouche en cul-de-poule, semblait fâchée et très déterminée. Elle fonçait vers l’immonde toilette publique en plastique qui trônait au milieu du jardin d’enfants, une horreur, une sorte de grosse poubelle verte couverte de tags. Ce type de toilettes de chantier repoussantes parsème les lieux publics de Nouméa, au grand dam des touristes étonnés de voir ce manque d’hygiène bien français. La môme entra précipitamment dans le cabinet, le « cacabinet » pourrait-on dire. Elle referma, en la claquant, la porte qui se rouvrit en rebondissant à cause de la brutalité avec laquelle elle l’avait rabattue. Le bras menu de la gamine réapparut pour la refermer aussitôt avec la même « douceur ». « Ben mon vieux, elle doit avoir une sacrée envie pour courir aux toilettes ainsi », marmonna le vieux qui parlait tout seul.

N’ayant rien d’autre à faire que de s’adonner à l’observation des allées et venues des visiteurs du square et comme il n’y avait que la fille perdue à observer à cette heure de classe, il guetta sa sortie du caisson toilette.

Plus de vingt minutes s’écoulèrent. Que pouvait-elle bien fabriquer là dedans ? Il se posait la question avec un peu d’inquiétude. Elle était peut-être malade. Il pensa aussi au suicide, un fléau chez les jeunes Mélanésiens. La modernité tuait. La ville avait déstructuré l’organisation tribale des anciens. L’urbanisation avait anéanti les valeurs traditionnelles mélanésiennes. La pléthore de SDF en était la preuve flagrante. Tony Vincenti le savait bien pour avoir fréquenté les Kanak dans sa jeunesse. En tribu, les jeunes étaient libres de dormir chez l’un ou l’autre, dans une autre case, celle d’une tante où d’un tonton pour une nuit ou plus. L’hébergement d’une famille à l’autre ne posait pas de problème en brousse. Mais en ville, le jeune qui quittait le logement surpeuplé pour aller dormir chez le cousin ou la tantine finissait par être mangé par la ville. Il disparaissait. Les « Mélas », comme disaient certaines personnes péjorativement, perdaient leurs gosses dans la cité. La fillette que Tony attendait était une gosse perdue dans la ville.

Il s’impatientait tout en contemplant le bel arbre au centre d’une zone plus ou moins gazonnée. Les racines de cet arbre dont il ignorait le nom étaient nouées au pied formant un monticule. Ce n’était pas un châtaignier de sa jeunesse, mais il le trouvait beau néanmoins. La bosse, résultante de l’amas de racines, donnait l’impression qu’il avait été planté au sommet d’une colline. La petite montagne faisait le bonheur des bambins qui l’escaladaient avant de se laisser rouler pour revenir au camp de base. Le bonheur des chérubins ravissait Tony. L’insouciance des petits contrastait avec la misère de certains jeunes du quartier, des adolescents qu’il avait parfois vu jouer aux alpinistes quelques années plus tôt.

La gamine rebelle sortit enfin de l’immonde réduit aussi bruyamment qu’elle y était entrée. La porte, ouverte avec force, presque arrachée de ses gonds s’écrasa en claquant sur le montant en plastique comme le reste. La jeune fille émergea, toujours encapuchonnée, en moulinant des bras des gestes désordonnés qui voulaient dire « tu vas voir ta gueule ! ». Ses gestes incohérents s’adressaient à des interlocuteurs invisibles, des fantômes peut-être ? Elle maugréait contre Dieu sait quel démon. Elle n’avait pas fait deux pas, qu’elle se retourna brusquement pour retourner vers les toilettes ouvertes afin de récupérer sa boîte de bière posée sur le plancher. Elle porta la cannette à sa bouche pour terminer le breuvage chaud puis elle balança la boîte vide en la shootant comme un footballeur qui saisit une balle au rebond. Elle s’essuya la bouche avec le revers d’une de ses manches et jeta un regard méchant vers le vieux Tony. Il la regarda perplexe, bouche de travers et les yeux baissés. « Elle picole et elle dégueulasse le parc », se dit-il. « Il n’y a vraiment plus de jeunesse ! ».

Brusquement, la fille agressive devint fragile, tremblante, apeurée comme une biche aux abois. Elle retombait soudainement en enfance dont elle émergeait à peine. Ses yeux s’emplirent de larmes. Elle craquait. Elle alla s’assoir contre un muret dans un coin du square. Elle se recroquevilla en position fœtale tout en pleurnichant enveloppée dans sa veste. Le vieux pensa aux effets de l’alcool qui la mettaient dans cet état ou autre chose. Il trancha pour l’alcool : « C’est bien fait pour elle, boire à son âge, quelle honte ! Je vais la dénoncer à une assistante sociale », se dit-il. Il détourna son regard de la gamine et se pencha pour émietter un bout de pain à l’intention d’un moineau qui s’approchait en sautillant. En se relevant, Tony aperçut un groupe d’énergumènes en mouvement sur le parking. Un monastère entier de jeunes encapuchonnés se déplaçait. Le groupe compact comme un banc de poissons ou une volée de moineaux était mobile comme une seule entité dans un accord parfait.

L’escouade de moines rappeurs était en chasse. Sept ou huit garçons qui cherchaient quelqu’un. Peut-être une bagarre ? Un voleur à châtier ? Qui était recherché par cette bande de jeunes ? Lorsqu’ils prirent la direction du jardin, Tony devina que la gamine devait être le gibier. Ils entrèrent en jouant aux durs sautant par-dessus le portillon sans l’ouvrir pour montrer leur souplesse. Le vieux, impassible, les observa malgré les œillades hostiles. Les petits cons n’impressionnaient pas le vieil italien. Il en avait vu d’autres. Ils découvrirent rapidement la gamine ramassée sur elle-même qui renâclait dans son coin.
─ Allez lève-toi ! Somma fermement le chef de bande en tentant de la relever en tirant sans ménagement sur sa parka.
─ Foutez-moi la paix, dégagez enc... de bran... !
La phrase hurlée, à s’en faire exploser les cordes vocales, attira l’attention de deux personnes qui arrivaient sur le parking. Les jeunes se retournèrent pour voir s’il y avait d’autres témoins de la scène. Les deux hommes du parking ne bougeaient pas, le caïd reprit son dialogue.
─ Fais pas ta maligne petite pute, tu ne disais pas ça tout à l’heure.
─ Fichez-lui la paix, cria le vieux, de loin.
─ T’as quoi ! T’as quoi ! Croassa l’un des jeunes lieutenants du gang des moines, en agitant dans la direction du vieux une main avec annulaire et auriculaire repliés pour lui jeter le sort du rappeur fâché.
─ Foutez le camp avant que j’appelle les flics, ajouta le vieux.
Le mot flic sembla calmer les jeunes délinquants. Ils se concertèrent des yeux pour la suite à donner à cette embrouille.
─ Ça va, t’affole pas vieux, on s’tire les gars. Allez tata vieil cou...!

La menace des flics et l’approche des deux hommes du parking avaient suffi à faire décamper les brutes. Ils prirent la direction de la rue Taragnat pour remonter vers le lycée Do-Kamo.

La gamine, toujours recroquevillée, pleurait à chaudes larmes. Une femme, arrivée entre temps, s’approcha pour la consoler. Elle reçut une volée d’insultes qui lui fit rebrousser chemin en maugréant. La petite traînée en herbe, consciente de faire le spectacle, se leva en traitant tout le monde d’enc..., une expression singulière dans la bouche d’une si jeune fille qu’elle semblait affectionner. Elle quitta le square la capuche baissée sur ses yeux en enfournant ses mains au fond des poches de la parka. Les témoins restèrent médusés devant un spectacle aussi navrant.

La jeune fille se dirigea vers l’immeuble désaffecté, un bâtiment aux fenêtres murées en bordure des entrepôts de l’hypermarché Géant recouvert de graffitis, pour méditer et cacher sa honte. Dans cet immeuble, quelques heures plus tôt, la petite fugueuse avait enduré une tournante. Toute la bande lui était passée dessus en la maintenant plaquée debout contre un mur, une pratique courante dans le monde de la rue. Elle venait d’en faire le dur apprentissage.

Le vieux la regarda s’éloigner, petit pantin désarticulé qui faisait pitié malgré les insultes qu’elle venait de proférer. « Qu’elle arrête de boire ! », marmonna le vieux lorsqu’elle disparut de son champ de vision puis, il se ravisa. Sans avoir deviné ce que la gamine venait de subir, il eut une soudaine envie de l’aider par charité chrétienne. Il ne pouvait pas courir après. Trop vieux, trop lent pour la gazelle mais il se promit de lui parler des châtaignes la prochaine fois qu’il la verrait. Il racontait souvent avec succès l’histoire des châtaignes avec des gens en détresse. Les châtaignes avaient marqué son enfance. Une histoire de miracle n’était pas étrangère à cet attachement aux fruits du châtaignier. Les châtaignes pouvaient faire des miracles. Il le savait depuis longtemps, sa mère le disait à cause du premier miracle du padre Pio qu’il racontait comme il l’avait entendu :
« Padre Pio obtint l’un de ses premiers miracles en 1908. Alors qu’il se trouvait au couvent de Montefusco, il eut l’idée de cueillir des châtaignes pour sa tante Daria qu’il aimait beaucoup, à Pietrelcina. Il plaça les châtaignes dans un petit sac. Sa tante Daria reçut les châtaignes et les mangea, conservant en souvenir le petit sac. Longtemps après, un soir, tante Daria approcha d’un tiroir une lampe à huile, pour y chercher quelque chose, oubliant que son mari gardait dans ce tiroir des cartouches d’armes à feu. Une étincelle, s’échappant de la lampe, mit feu au tiroir et l’explosion atteint tante Daria au visage. Hurlant de douleur, tante Daria prit, dans la commode, le petit sac dans lequel abbé Pio lui avait envoyé les châtaignes. Elle l’appliqua sur son visage. Immédiatement, la douleur cessa et son visage ne montra, par la suite, aucune trace de brûlure.

Persuadé des pouvoirs surnaturels des châtaignes, Tony Vincenti arrivait à consoler les gens et à leur insuffler de la force en leur disant : « Vous voyez ces mains », tout en ouvrant ses paumes calleuses. « Elles ont tellement manipulé de châtaignes qu’en les serrant bien fort vous en ressentirez les bienfaits ». Convaincus de sa bonne foi, la plupart du temps les gens serraient fortement les mains du vieux. Cette transmission de chaleur humaine suffisait souvent à remonter le moral en berne des personnes tristes.

Tout en songeant à sa prochaine rencontre avec la jeune fille, Tony s’assoupit spontanément comme les vieux savent si bien le faire. L’histoire de la petite fugueuse l’avait épuisé. Il entendit une fois encore sa mère.
─ Che si asciuga le castagne ora ?
─ Si mamma, arrivare, répondit-il
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