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La femme Cristal

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Il était une fois une femme très douce et d’une beauté sans pareil. Son nom était Cristal. Elle était grande et fine, de longs cheveux blonds si clairs qu’il était facile de les croire blancs, le teint rosé et délicat, des lèvres pastel et des yeux plus bleus que le ciel, dans lesquels tout l’amour du monde pouvait être lu. Sa beauté était telle que le monde entier en avait entendu parler, tous les hommes de la terre rêvaient de la posséder et toutes les femmes de lui ressembler. C’est à cause de cela que Cristal se cachait de tous. Mais un cœur, aussi pur qu’il soit, ne peut s’épanouir seul et sans amour. Cristal décida donc de rompre la solitude durant une semaine. Si durant ces sept petits jours elle ne trouvait personne qui l’aimerait sans la jalouser ou vouloir la posséder, alors elle laisserait une chance au monde. Sinon elle se cacherait à jamais, laissant les hommes de côté.

Cristal, pour sa première sortie, décida de se déguiser. Elle choisit un costume, somme toute banal, de bergère et sortit se promener dans la campagne, près d’un petit village. Mais la Nature la reconnut aussitôt et, lorsqu’elle arriva près d’un groupe de villageois, voulut la protéger. Pour la dissimuler, elle fit apparaître un épais brouillard. Les villageois, surpris par ce brusque changement de temps, rentrèrent chez eux et Cristal se retrouva seule.

Le lendemain, elle décida de mieux se déguiser et choisit un costume de petite ramoneuse. Elle se couvrit de suie et partit se promener dans un petit village. Mais la Nature la reconnut encore et voulut à nouveau la protéger ; pour la cacher, elle fit éclater un tel orage de grêle qu’il obligea les villageois à se mettre à l’abri. Cristal resta seule.

Le troisième jour, elle décida de parler à la Nature, elle ne pouvait pas éternellement la protéger et l’empêcher de rencontrer des gens. Elle partit donc se promener dans la forêt où Dame Nature l’attendait en se reposant dans une petite clairière.

- « Dame Nature, pourquoi m’empêcher de rencontrer les Hommes ?

- Les Hommes sont cupides, mon enfant, et ta pureté est rare. Ils voudront te posséder, te ressembler et quand ils s’apercevront que c’est impossible, ils te jalouseront pour finir par te détruire.

- Mais Dame nature, mon cœur est plein d’amour, je le sens. Je ne peux le partager avec personne et il finira par se dessécher. Les Hommes ne sont pas tous méchants, je l’espère sincèrement. Si à la fin de cette semaine, il ne s’en trouve pas un pour tous les racheter, alors j’accepterai de rester cachée.

- Soit ! dit Dame Nature. Deux jours te sont accordés, je pense que c’est bien assez. Si tu es en danger à quelque moment que ce soit, un appel, un seul et je serai là ».

Cristal était rassurée et espérait tant de ces deux journées ! C’est pourquoi, à peine le jour levé, elle était déjà habillée. Certes, elle était déguisée, mais le costume ne dissimulait guère sa beauté. Dans la première ville qu’elle traversa, dès le premier regard, les hommes tombèrent en émoi. On lui offrit un déjeuner de roi et elle quitta le village sous les hourras.

Dans la deuxième ville où elle fit halte, les femmes l’entourèrent en lui offrant chocolats et drapés car elles voulaient lui ressembler pour pouvoir dire qu’elles étaient de même parenté. Elle quitta la ville sous une pluie de baisers.

Dans la troisième ville où elle s’arrêta, on la conduisit rencontrer le roi, lequel avait trois fils. Il lui proposa de choisir l’un des trois et l’élu prendrait un jour sa place pour gouverner. Les trois fils étaient charmants, jeunes, beaux et plein d’allant. Mais Cristal ne put faire un choix et décida de repartir. Le roi en fut attristé et les fils offusqués.

Dans la dernière ville, toutes les portes s’ouvrirent pour l’accueillir à dormir. Mais Cristal était fatiguée et c’est

chez Dame Nature qu’elle choisit de coucher. Pendant qu’elle dormait, dans la ville tous les esprits s’échauffèrent.

- « Pourquoi ne dort-elle pas là ? Ce n’est pas un palais mais tout de même, c’est chez moi !

- Sa beauté lui est montée à la tête, elle se croit meilleure que nous autres, voilà tout !

- Cette beauté, cette pureté, elles ne sont pas normales. Elle nous cache quelque chose, c’est un scandale !

- Après tout, elle pourrait partager. La beauté ne lui est pas réservée ! »

Au petit matin, les esprits étaient bien échauffés et Cristal ne se doutait pas de ce qui lui était réservé. Elle revint dans la ville le cœur léger, avec l’espoir de trouver quelqu’un qu’elle aussi pourrait aimer. Mais une foule l’entoura et les regards étaient froids. Ceux qui la veille se seraient battus pour l’accueillir, ce jour-ci se réunissaient pour la détruire. Les hommes hurlaient qu’elle allait leur appartenir et les femmes que sa beauté allait finir. Cristal réalisa que Dame Nature avait dit vrai : l’Homme était cupide et posséder une rareté était son seul dessein, l’amour et l’amitié n’étant que des moyens de parvenir à leurs fins. Elle sentit son cœur se serrer tandis que la foule la maltraitait, arrachant ici un vêtement là une mèche de cheveux. Elle eut l’impression de se briser. Cristal était fragile mais cela, seule Dame Nature le savait. Elle n’entendit l’appel de Cristal que lorsqu’il fut trop tard. Le cri qu’elle poussa fut d’un tel désespoir qu’il la délivra du cauchemar.

Mais quand Dame Nature l’entendit, pour Cristal tout était déjà fini. Elle s’était brisée sur le sol, ne laissant que son cœur durci. Dame Nature s’en saisit pour le protéger car, de

Cristal, voilà tout ce qu’il restait. Elle l’explosa en milliers d’éclats et certains s’envolèrent pour se figer dans le ciel car de là-haut, Cristal pourrait tout observer. Les autres morceaux retombèrent au sol et Dame Nature décida de les disperser dans le monde entier en les cachant sous terre, dans la roche. Ainsi, ils seraient difficiles à trouver. Seuls les hommes méritants seraient à même d’y parvenir.

Mais Dame Nature sous-estima leur cupidité. Un jour, un fragment fut trouvé et les hommes se prirent d’amour pour cette rareté, les femmes en furent folles. La beauté était partagée et, pour les plus chanceux, ils possédèrent enfin cette fortune enviée. Ce fragment de pureté devint symbole d’amour mais toujours l’accompagnait l’envie et la cupidité. Du ciel où une partie d’elle était toujours vive, Cristal observait. N’avoir pas pu rester en bas ne la dérangeait plus, elle avait vu l’Homme agir et elle ne pouvait s’empêcher de souffrir. De Cristal à diamants en passant par une étoile au firmament, elle était tout ce que la Nature avait de pureté. Elle avait voulu la partager et l’Homme l’avait souillée. Un jour peut-être, cette erreur serait réparée. Mais en attendent ce jour, Dame Nature cache au mieux ces diamants et Cristal dort au firmament.

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