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Souvent Mel avait entendu parler du droit des femmes, de leur épanouissement de l'égalité homme/femme et cela lui plaisait. Toutes ces idées elle les aimait beaucoup car si on les écoutait on se disait que les filles et les garçons seraient libres de jouer où ils voulaient et de faire ce dont ils avaient envie. Mais très vite Mel avait compris.
Dès toute petite ses parents soupiraient lorsque leur petite fille soigneusement habillée tout de rose allait se rouler dans la terre ou jouer dans la boue. Ils étaient désespérés lorsque celle-ci préférait les voitures et les billes aux jolies princesses qu'ils lui offraient tous les ans. Malgré cela elle ne les laissait jamais que traîner dans sa chambre pour plaire à sa mère.
Ses premières années d'école avaient été relativement simples. Le maître qu'elle avait était père de trois filles et autant de garçons qui avaient toujours jouer tous ensemble. Dans sa classe régnait toujours une ambiance de grande famille.
Et puis Mel avait changé d'école. Maintenant elle avait une maîtresse. Celle-ci, débarrassée de ses enfants depuis longtemps, avait gardé de ses filles et de son fils une image très.... stricte. Souvent alors que les garçons étaient autorisés à jouer dehors les filles demeuraient à l’intérieur.
Un jour le ciel brillait dehors et Mel était sortie pour jouer au foot avec les autres. Mais à peine avait-elle posé un pied sur le terrain que chacun des joueurs s'arrêta. Tous la regardaient sans plus bouger comme une flamme au milieu de l'océan.
Et puis elle était repartie parce qu'il était impossible de jouer au foot avec des statues. Lorsqu'elle se rassit dans un coin de la salle, près de la fenêtre, juste assez loin des filles pour pouvoir les ignorer, et juste assez près pour que la maîtresse ne dise rien. Son cœur était lourd, bien plus lourd que d'habitude.
La dînette et autres chevaux et princesses défilaient devant ses yeux sans qu'elle ne parvienne à les regarder. Ses yeux étaient brumeux. Pour ne pas pleurer Mel perdre au dehors. Le vent qui faisait bouger les feuilles des arbres lui redonnait de la force. Le soleil qui faisait scintiller les étendues d'eau la réchauffait.
Bien sur il y avait des jours où le vent ne soufflait pas et où le soleil ne brillait pas non plus, mais les nuages et la pluie lui donnaient presque autant de forces.
Certains jours étaient plus durs que d'autres mais là encore le ciel lui donnait le pouvoir de tout affronter.
Pour ses tendances garçonnes la maîtresse l'avait prise en grippe, ainsi pour parvenir au même résultat que les autres, Mel se devait de fournir le double d'effort car toute faute lui était durement sanctionnée.
Chaque jour elle revenait le cœur un peu plus chargé de ces regards fuyants, de ces réprimandes sourdes. Mais ce week-end ci son cœur allait s'alléger car son grand-père venait leur rendre visite. Et son grand père était super cool, avec lui elle pouvait jouer pendant des journées entières au foot. En plus le grand-père de Mel était très bon, imbattable même quand il voulait.
Un soir il prit Mel dans ses bras et l'assit sur ses genoux. Il lui raconta une histoire, son histoire. Quand il était jeune grand-père était tout mince et personne ne voulait jamais de lui dans leur équipe de foot. Alors pendant des années il avait travaillé et s'était entraîné pour devenir le meilleur. Et un matin il avait emporté un paquet de biscuits avec lui à l'école disant qu'il n'en donnerait qu'à ceux qui lui ôteraient le ballon des pieds. Personne n'avait eu de gâteaux.
Le lendemain tout le monde l'avait voulu dans leur équipe et l'après-midi s'était terminé autour de la boite de biscuits de la veille.
Puis le grand-père de Mel lui avait offert un paquet de biscuits avec un clin d’œil complice. Pendant tout le week-end ils s'étaient entraînés. Et alors qu'arrivait lundi Mel était prête.
Son paquet dans le sac à dos elle avait un peu peur de ne pas réussir. Mais alors qu'elle vit tout le monde s'approcher d'elle en souriant, les yeux sautant d'elle aux biscuits alors qu'habituellement ils l'évitaient sans gène.
Elle tira le paquet d'un air triomphal :
- Vous en voulez ?
- Oui !
- Oui ? Alors venez le chercher. Je n'en donnerais qu'à ceux qui me prennent le ballon.
Et elle lâcha la balle, la coinçant fermement sous son pied. Les filles avaient toutes fait un pas de recul. Les garçons étaient d'abord étonnés puis lorsque le premier approcha Mel se débarrassa de son sac en prenant soin de garder le paquet en main.
Ils avaient vu qu'elle ne plaisantait pas. L'appel et le défi des biscuits étaient trop forts. Elle dribbla le premier gentilement qui s'en alla à peine au bout d'une minute, vexé. Elle en dribbla une petite dizaine comme ça, devenant de plus en plus agaçante dans ses mouvements, multipliant les petits ponts qui faisait rugir les autres élèves.
Alors qu'on aurait pu croire à sa victoire Nathan s'avança. Il était le plus fort de l'école. Même les grands ne voulaient plus jouer contre lui. Une partie avec Nathan dans son équipe était une partie gagnée. Mel sera un peu plus le paquet.
Il passa directement à l'offensive. Mel crut perdre la balle au premier mouvement. Elle fut obligée de reculer. Le contournant vers l’extérieur elle se ressaisit. La tension montait. Elle tenta un petit pont qui faillit lui échapper. Les assauts et les parades durèrent si longtemps que quand la maîtresse les appela, ils étaient tous deux en sueur.
Alors à la plus grande surprise de Mel, Nathan s'arrêta et lui tendit la main. Cette poignée de main suffit à effacer tous les doutes. Alors qu'ils rentraient tous s'agglutiner autour de leurs héros, Mel sentit un étau sur son bras. La maîtresse.
- Mademoiselle, vous ne serez jamais une vraie fille avec un comportement pareil.
Mais Mel s'en fichait bien d'être une « vraie » fille car ce midi elle allait être capitaine d'une des équipes de foot. Enfin.
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