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La Faim

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Bloody Foxy

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La capture
Depuis des heures, il pleuvait sur Paris, une pluie intense et glaciale noyant dans les égouts ratons et détritus.
Un homme et une fille s’étaient extrait de la nuit liquide et attendaient un métro tardif sur le quai déserté.
Les pieds nus dans ses bottes de caoutchouc, Eva tremblait de froid. Elle se faisait appeler Eva quand elle portait cette perruque blonde et courte. L’homme qui la tenait en laisse, la dévorait des yeux. Pour échapper à son regard d’affamé la fille voulut s’éloigner d’un pas. Aussitôt, il tira sur le cordon - avec trop de force - et elle laissa échapper un cri de surprise. Sous le pull, le nylon du cordon devait lui avoir fait une belle rougeur. La douleur ressentie était négligeable pour le corps d’une adolescente, utilisé depuis l’enfance comme jouet pour adulte, néanmoins elle s’immobilisa. D’un geste sec du poignet, il rétrécit encore l’espace entre eux et souffla près de son menton : Tiens-toi tranquille ! Son haleine sentait la bière. Eva subit cet assaut sans moufter, d’autant qu’à cet instant, la faim, sa compagne de toujours, fit entendre sa puissance, à lui faire mal aux dents.
Le métro s’arrêta à quai. Ils montèrent gauchement entravés. La fille était restée collée à lui et avec un certain naturel, avait posé la tête sur son torse. L’homme redressa le dos, soudain gêné par sa proximité. Il devinait – malgré le cordon tenu serré – qu’il ne maîtrisait pas la gamine. Il s’agaçait qu’elle ne soit d’aucune façon effrayée, ni craintive. Il voulait qu’elle ait peur. Il voulait ses cris. Il voulait qu’elle ait mal... Son plaisir en dépendait. Deux stations et il reprendrait la main.

La mise en bouche
Il l’avait prise par la taille et l’avait assise sur le plan de travail de la cuisine, lui avait enlevé son ciré rouge qui dégouttait à présent sur le dos d’une chaise. Il savait qu’elle l’observait tandis qu’il déroulait le fil de son poignet se libérant du lien qui les attachaient encore. Il secoua la main pour en rétablir la circulation.
Dans cette rue où le quart monde du 11ème arrondissement s’était rassemblé, il serait tranquille pour profiter de son nouveau jouet. L’immeuble était ancien, isolé. Ses voisins dans la même situation économique critique que lui, n’étaient ni curieux, ni intéressés, ils n’en n’avaient plus le désir.
Il prit enfin le temps de la découvrir, elle était un peu maigrichonne, mais il aimait la forme de sa poitrine, menue et libre sous le chandail. La peau était claire en contraste avec le reste de sa personne, le brun profond des pupilles, les cils et les sourcils marqués, le duvet sur les tempes, il imagina une touffe foisonnante, encore plus sombre.
Il glissa ses mains sous le pull trop lâche, sa peau était glacée, il fut heureux de constater qu’elle ne se rasait pas les aisselles. Il respira son cou, elle sentait le plastique humide. Son érection fut instantanée et presque douloureuse.
Elle dit : « Maintenant ? ». Saisi, il recula : « Tu la fermes ». Il était irrité, c’était lui qui devait dire quand. Cette petite pisseuse ne l’emmerderait plus longtemps.
Brusquement Eva se vit contrainte de lever la tête, son menton en étau dans les doigts de la grosse paluche de l’énervé. Leurs regards en parfait vis-à-vis, il asséna : Nous prendrons le temps qu’il faut !
Il ne reçut aucune réponse des yeux sombres de la fille dont il voulait la soumission. Alors ce serait un combat ? Cette gosse de 40 kilos à peine, pas plus difficile à noyer qu’un chaton, ferait de la résistance ? Il se pourrait qu’il aime cette fois que sa proie pleure plus tard, supplie plus longtemps... Il la lâcha, se tourna pour prendre la bouilloire posée sur l’évier : Je vais nous faire un grog, tu es gelée et moi aussi.
Rendu à elle-même, la môme, d’un mouvement souple, sauta à terre et s’approcha de la fenêtre de la cuisine. Il fit comme si cela ne le contrariait pas. Il se remémora la dernière. Le plaisir inouï de voir la chair se déformer, fondre et finir froncé comme un papier japonais ; et cette odeur de grillade, point d’orgue de sa jouissance. Jamais aucune autre matière ne lui donnerait ce bonheur-là.
Eva repoussa un battant de la fenêtre entrouverte. A peine visible dans la nuit finissante, les toits de Paris se découvraient, vernissés par la pluie. Pas le temps de rêvasser, respirer à fond, glisser la main dans la poche gauche de sa mini-jupe et vérifier que les deux pilules s’y trouvent.
Maintenant que le temps de l’assouvissement approchait, elle avait du mal à garder le contrôle. Pour empêcher les spasmes du dernier assaut de sa fringale, elle se mordit au sang l’intérieur de la bouche. Elle jeta un regard par-dessus son épaule, l’homme lui tournait le dos. 1m90, 80 kilos, il faudrait un peu plus de 10 minutes pour qu’il s’évanouisse.
Son oncle n’hésitait pas à lui fournir les gélules magiques. Il l’aimait, sa gagneuse. Il comprenait qu’elle n’ait pas envie de se souvenir en détail de ce que lui faisaient tous ces hommes affamés à qui il la louait. Quel naïf ! Comme si elle ne voyait pas les ravages de cette merde sur ses cousines qui avaient oublié des pans entiers de leur vie sans pour autant effacer l’effroi de leurs nuits. Elle, elle avait des souvenirs qui remontaient à ses trois ans, même s’ils étaient terrifiants, ils lui appartenaient.
Une odeur de chou monta des étages inférieurs. Elle ferma la fenêtre. Son gardien de la nuit avait posé deux bols sur la table et mesurait à la cuillère une poudre extraite d’une boîte de chicorée, puis versa un liquide alcoolisé transparent. Elle s’approcha de la table. La bouilloire stridula et il arrêta le feu. Il versa l’eau bouillante dans les récipients, quand il se retourna pour reposer la bouilloire Eva se tenait dos à la table, masquant les bols. Il la regarda avec curiosité. Elle attendit qu’il s’approche et l’embrassa sur la bouche. Elle fit durer le baiser avec toute la science apprise sous les baffes. Le pénis de l’homme s’enfla à hauteur du nombril d’Eva. Le corps de la fille devint brûlant. Elle lui caressait la nuque quand elle le repoussa doucement : « J’ai soif ! »
Elle lui tourna le dos, tira le banc de dessous la table et s’assit devant son bol, fit tourner sa cuillère pour assurer le mélange de la poudre et de l’eau restée chaude. Elle but plusieurs gorgées de suite du breuvage infect.
Il n’avait pas aimé qu’elle prît l’initiative, mais il devait reconnaître qu’elle savait y faire. Il soupira et s’assit à ses côtés. Lui aussi avait soif. Il but son bol d’une traite et lui laissa le temps de finir le sien, puis il dit : « Maintenant ».
Elle le regardait attentive. La drôlesse était curieuse, forte, elle crierait mieux et plus longtemps que les autres. Elle se défendrait. Son excitation le reprit. Il avait le contrôle. Il ne regrettait pas son argent. Elle avait été bien dressée. Le gros type déplaisant et qui sentait mauvais, avec qui il avait passé le marché, ne lui avait pas menti. Il se sentit en confiance et il anticipa sa jouissance. Elle ne disait rien. Elle attendait qu’il ordonne. Il se dressa d’un coup. Il voulait commencer. Il chercha son regard et asséna : « Tu ne parles pas. Tu ne bouges pas. Tu es... une poupée ». Elle hocha la tête, une seule fois. Il eut comme un vertige. Sa satisfaction était intense. Bientôt, elle gigoterait et hurlerait, adieu la poupée, il voulait croire qu’avec cette fillette insolente, ce serait un peu plus long. Il lui ôta la perruque ridicule qui la vieillissait et la posa sur la table. Une chevelure brune incroyablement dense s’écroula jusqu’au bas du dos de la poupée. Un instant, arrêté. Elle était très jolie.
Du tiroir de la cuisine, il sortit le rouleau de scotch marron et une bobine de fil de nylon plus gros que celui avec lequel il l’avait tenue en laisse. Il s’approcha d’elle, la souleva par les aisselles, glissa un bras sous ses fesses et l’autorisa à se tenir à son cou, puis la porta à travers le couloir jusqu’à la chambre. Le lit était de récupération comme tout l’ameublement de cet appartement. Le regard d’Eva s’attarda sur les barreaux de fer de cet ancien lit hospitalier. Il l’allongea sur la courtepointe de coton aux motifs passés et lui rapprocha les bras du corps, il allait se redresser quand un vertige soudain le saisit, d’un coup il s’écroula sur elle.

Le repas
Une envie violente de vomir le sortit de son évanouissement. Il voulut se mettre de côté pour se soulager, il ne le put. Se redresser lui était tout autant impossible. Sa respiration s’accéléra, il prit conscience de ses entraves : le scotch sur la bouche qui lui tirait les joues et recouvraient en partie ses oreilles, l’empêchait presque de déglutir, ses poignets et chevilles liés serrés aux barreaux du lit et la fille nue à califourchon sur lui.
Eva avait attendu qu’il revienne à lui avec impatience et sans peur. Le marin qu’il l’avait acheté pour ses trois jours de permission quand elle avait treize ans, pour lui faire oublier la douleur de son anus déchiré, lui avait appris la science des nœuds de pêche, plus sa monture bougerait, plus ces poignets et chevilles s’étrangleraient.
Une main posée sur le torse de sa proie, une autre en l’air, Eva prenait des mesures. C’est alors que l’homme vit les ciseaux. Ses ciseaux. Ceux de la cuisine. Dans les mains de la gamine. Son corps entre les cuisses de la fille, se couvrit de sueur. L’amazone glissa jusqu’aux chevilles écartées de l’homme entravé. Il ne la quittait pas du regard avec une concentration douloureuse. Elle fit claquer ses ciseaux dans le vide, prit le pénis de l’homme entre ses doigts et pressa fortement en plein centre du sexe mou, soudainement rétréci, mais pas assez pour ne pas en perdre sa moitié. Le supplicié eut un hoquet de terreur et voulut hurler sa colère. Mais très vite, la douleur satura toutes ses autres sensations. Horrifié il vit le sang s’écouler de l’impossible blessure.
Eva regarda s’épancher le liquide aimé. Sa fascination restait la même que la toute première fois. Elle ne resta que quelques secondes à s’enivrer de l’odeur un peu ferreuse que le sang répandu dégageait. Le morceau de chair coupée, dégagée, elle lécha avec avidité et faim la source de son plaisir. Sa langue titillait la déchirure irrégulière du pénis rétréci cherchant à en accélérer l’écoulement. Dieu qu’elle aimait cette saveur à nulle autre pareille. Elle suça et aspira, encore et encore. Le sang qui s’était perdu dans les poils des cuisses commençait à se figer. Elle se redressa et croisa le regard de l’homme devenu à demi fou. Son corps soubresautait, empêché de grands mouvements. La bouche ensanglantée la gamine souriait, ailleurs. Le sang continuait de se répandre. L’écoulement ne cesserait pas. Rassasiée, elle remonta à hauteur du sexe martyrisé pour que le flux sanguin mouille son entre-jambe. Ensuite, Eva chercha le long des côtes de l’homme, de la peau dénuée de poils, pinça et coupa. L’entaille rougie faisait comme une bouche sur le flanc. Elle prit le morceau et le mâcha avec une joie si évidente qu’il eut voulu que ce soit lui qui la ressentit.
Dès que le goût s’estompait, elle recrachait le morceau de peau, de la même façon qu’elle le faisait avec les chewing-gums. Il tressaillit, elle le pinça ailleurs. Bientôt une dizaine de bouches comme autant de baisers dont le rouge à lèvres aurait bavé se fit jour sur chacun des flancs du corps captif. Il voulait que cela cesse. Il voulait mourir. La douleur l’empêchait de penser. Pourquoi ne s’évanouissait-il pas ? Son cerveau était saturé de signaux d’alerte l’informant qu’il était en danger explosant son taux d’adrénaline sans pour autant qu’il puisse faire plier les barreaux de fer. Il croyait ne pas pouvoir endurer plus. Enfin, Eva lâcha les ciseaux, s’étira au-dessus de lui comme au sortir du sommeil et sauta hors du lit sans un regard pour les morceaux de peau mâchonnés éparpillés sur le sol, ni pour le corps supplicié qui continuerait à saigner un moment. Elle chercha la salle de bains, prit une douche, se lava les dents à regret et se rhabilla. La perruque enfoncée dans une poche, Eva remit son ciré et quitta l’appartement ; la faim, son exigeante compagne, provisoirement assouvie.
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