La dix-septième espèce

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J’aime la science-fiction, les sciences tout court, l’histoire de la Terre et des hommes. J’aime écrire dans la cohérence, l'inventivité et la réflexion en me nourrissant des connaissances  [+]

L’homme s’éveilla brutalement comme toutes les nuits depuis plusieurs semaines, avec les mêmes sueurs, les mêmes palpitations affolées dans la poitrine, le même malaise général qui l’anéantissait. Il attendit quelques minutes comme d’habitude où il fouillât sa mémoire, n’y retrouvant ni rêve ni cauchemar, mais toujours cette même sensation pénible de danger et d’étrangeté tout au fond de lui, d’expérience vécue indéfinissable et qui s’estompait lentement. Il se leva, fit quelques pas dans la pénombre, contempla la ville endormie par la baie, but un verre d’eau fraiche et regagna son lit où il s’endormit.

Lorsque Trmik-Oz se matérialisa dans le sas d’entrée peu avant le préambule, la corolle pourtant vaste était déjà bondée, bruyant de cris, gloussements, sifflements et autres dialectes étranges dans une joyeuse cacophonie. Il réussit à se frayer un chemin jusqu'à la chaire où il s'installa du mieux qu'il put puis connecta ses mémoires de façon bien ordonnées aux plugs du pupitre.
Il se sentait mal à l'aise et essaya de s’apaiser. Il n'avait jamais aimé les affluences et les espaces clos. La température du centre était excessive pour lui, comme pour tous ceux de sa race. C’était l’habituel compromis entre des métabolismes très différents et aux exigences contradictoires. Lorsqu'il se sentit mieux il examina l’aréopage cosmopolite dans l’attente du Concile. Les dignitaires des diverses espèces occupaient les premiers rangs : plusieurs personnages en grand habit des Transports et des Services Spatiaux dont il connaissait les plus gradés, et des civils, chercheurs renommés et politiques appartenant aux hautes sphères des institutions pour la plupart. Plus loin se tenaient des représentants de la Chancellerie Culturelle et ses Acolytes de l’Exobiologie. Les plénipotentiaires de tous les mondes connus occupaient tout le reste de l’hémicycle.

Nhor-Oz, en tant que Grand Doyen Honoraire présidait la séance. Malgré sa petite taille et une apparence commune, il dégageait une aisance et une autorité naturelle et était reconnu unanimement comme un Sage. Le moment venu, il se leva, ajusta le vocaliseur puis, le silence obtenu, commença :
« Paix et Félicité. Merci d'être là et je tiens à remercier tout particulièrement les Êtres du bras de Rhu, des systèmes de Maarz et des Bordures qui ont dû faire une longue transition jusqu'à nous. La présence de tous était en effet indispensable du fait des importantes décisions que nous devrons prendre aujourd’hui. Comme vous le savez ce type de synode qui regroupe tous les responsables touchant de près ou de loin à la Prospection Spatiale et à la Cosmographie a toujours été réservé à des circonstances exceptionnelles. Un bon nombre d'entre vous, notamment parmi les plus vénérables ont déjà assisté à plusieurs d'entre eux et savent qu'une découverte essentielle dans notre connaissance de l’Univers la motive. Il s'agissait parfois d’un progrès technique ou scientifique majeur à partager ou d’une percée conceptuelle sur l’organisation du Cosmos, mais surtout dans la majorité des cas de la découverte sur l'un des mondes que nos Nefs et leurs Esprits explorent d'une nouvelle entité élaborée et d’une entité intelligente. Pour être plus précis, à quinze reprises en mille deux cents cycles, nous ou nos anciens nous sommes réunis en un tel Grand Conclave pour officialiser la découverte d'une nouvelle espèce capable de pensée structurée. »

Nhor-Oz marqua un silence pour ménager sa proclamation, puis poursuivit sur un mode solennel :
« Cher amis, j'ai l'honneur de vous annoncer ce jour la découverte et le recensement il y a vingt-deux mois par l’unité d'Exploration Fédérale 543FG de EI-17, la dix-septième espèce intelligente connue. »

Un tollé fait d'acclamations et d'applaudissements dans un brouhaha agité et hétéroclite suivit brutalement la déclaration du Doyen. Il lui fallut plusieurs laps de patience avant de pouvoir continuer :
« Beaucoup s'étonneront du secret dans lequel a été gardé cet événement durant un aussi long délai. D'emblée je dois insister sur le caractère tout à fait particulier de cette révélation. Jusqu'alors parmi la surprenante diversité des systèmes que nous avons visités est toujours apparue une unicité, expression au niveau biologique évoluée de l'Universalité de notre Monde. En ce qui concerne les intelligences contactées, une parenté de fonctionnement, une similarité dans les psychologies ont toujours frappées nos ethnologues et d'ailleurs facilité les échanges inter-espèces. Nous tous, pourtant issus dans nos mondes respectifs d’une longue évolution obéissant aux exigences sévères de la sélection naturelle, comportons cependant de façon innée des processus biologiques et psychologiques capables de limiter une agressivité ou une expansion incontrôlées. Cela apparaissait si évident, si universel et si concordant avec notre propre structure mentale que nous en avions fait un dogme tacite. »
Le Doyen marqua un temps avant d’émettre :
« Or, dans le cas qui nous occupe, toutes les données initiales collectées selon la procédure normale avant contact ont rapidement fait apparaître l'originalité de cette nouvelle espèce. J'ajoute que toutes les investigations, évaluations et diverses expériences effectués par la suite et qui motivent les délais d'officialisation ont très largement confirmé cette première impression : EI-17 représente de très loin l’alien le plus agressif, le plus armé, le plus dangereux et probablement le plus résilient jamais découvert jusqu'alors. La situation est si grave qu'une décision unique sera proposée à votre approbation à l'issue de cette réunion : le Renoncement au Contact. »

Un silence lourd plana sur l'assemblée. Nhor-Oz poursuivit gravement :
« Je sais, ceci est contraire à notre éthique coutumière et à nos lois hiératiques et je suis persuadé qu’un grand nombre d'entre vous le juge actuellement inacceptable. Je vous demande cependant instamment d'écouter jusqu'au bout les palabres qui vont suivre avant de prendre votre décision qui sera probablement la plus importante de votre vie. Si vous le voulez bien tout d'abord, l’Érudit Trmik-Oz, expert en exobiologie sans doute connu de tous et qui scrute IE-17 depuis sa découverte, va vous résumer l'ensemble des connaissances dont nous disposons.

Trmik-Oz se redressa et connecta son vocaliseur. Un instant l'importance de sa mission, la nécessité de convaincre lui parut un poids trop lourd mais il se ressaisit : il connaissait parfaitement son propos et ses arguments avaient la solidité de milliers de périodes d'études et de réflexion.

- Paix et sérénité à tous. Depuis des dizaines de cycles j'ai étudié une multitude d'espèces de toutes origines, de toutes écologies et à tous stades de développement. Je me suis intéressé tout particulièrement aux espèces douées de réflexion et nombre de mes Familiers et de mes Acolytes en font d'ailleurs partie. Je me suis forgé au cours de toutes ces recherches une vision, ou plutôt une certaine philosophie de l'Univers et tout particulièrement de sa composante biologique qui apparaissait concordante à mes observations mais également logique et élégante. Aujourd’hui, mes amis, je dois bien reconnaître qu'EI-I7 a largement bouleversé tout cela en quelques cycles et je vais faire mon possible pour vous le présenter le mieux possible. »
Trmik absorba un peu d’eau avant de poursuivre :
« Cette espèce est récente: pas plus de trois à quatre millions de cycles d'évolution biologique pour son phylum, ce qui est remarquablement court. Son substrat est une chimie du carbone bien classique avec cependant de nombreuses variétés à l'étage moléculaire et une organisation cellulaire originale qui participe à sa grande adaptabilité. Compte tenu des impératifs bien compréhensibles de discrétion dans notre quête, l'effectif total n'a pu être qu'évalué grossièrement mais atteindrait le nombre impressionnant de plusieurs milliards.
— Plusieurs milliards ! De tels chiffres traduiraient un taux d'expansion difficilement imaginable, argua quelqu'un dans l'assistance. Cela ne parait pas compatible avec les équilibres biologiques et écologiques d'un monde unique. Qu'elle est la taille de la planète hôte ?
— Très moyenne et tout à fait comparable à la nôtre. Le système est banal, avec un soleil de classe G et quelques planètes pour la plupart stériles.
— Je ne peux croire dans ce cas à une telle densité d'individus. Est-on certains que les drones de télémétrie n'ont pas été floués, que les zones échantillonnées étaient bien représentatives.
— Comme je l'ai dit, il ne s'agit que d'une estimation, mais tous les recoupements faits confirment cette fourchette et je suis pour ma part convaincu que cela est conciliable avec ce que nous connaissons de cette espèce. J'ajoute que le curieux mode de reproduction sexué bipolaire sans bourgeonnement ni scissiparité est très efficace et entraîne un brassage génétique important. Cela explique sans doute de telles capacités.
Trmik poursuivit:
« Je ne voudrais pas être trop technique sur les données biologiques: voici un hologramme qui résume bien de longs discours. »
Une image apparut au centre de la salle, silhouette étrangement gracile semblant flotter au-dessus de l'auditoire.
« Comme vous le constatez: petite taille, morphologie tétrapode, squelette interne, bipédie. »

Un tumulte fait d'une multitude de commentaires passionnés le contraint à une pause.
— Vous voulez réellement nous effrayer avec cet être malingre et un peu ridicule, émit une voix plus forte dans le fond des bancs. Les océans de Kurl, les jungles de Rdior ou bon nombre d'autres mondes de nos Limes recèlent de bien plus menaçantes entités biologiques !
— L’expérience m'a enseigné qu'aucune morphologie viable n'était ridicule, cher délégué et qu'il fallait se garder d'apprécier les potentialités d'une forme de vie sur le simple aspect extérieur, rétorqua Trmik.
— Je le conçois, poursuivit l'interlocuteur. Je conçois également qu'il s'agisse d'une espèce douée d'un fort potentiel évolutif et particulièrement prolifique, mais je suppose que cela ne constitue pas une menace aussi redoutable que vous l'avez annoncé et qu'elle possède d'autres attributs.
— J’y arrive. La robustesse est en effet bien moyenne, la résistance plutôt inférieure à ce que nous connaissons et l'équipement naturel restreint : pas de rostre, pas de dard ni de griffe. Aucun venin. Une intelligence rustique mais fonctionnelle, sans doute du fait de son caractère récent et unique sur sa planète. Selon les sondes d'observations et les échantillons recueillis, le niveau scientifique et technique actuel est assez primaire, mais tout indique qu'il suit une progression quasi exponentielle depuis moins de quelques milliers de cycles.
— Je présume qu'elle ne maîtrisent pas la pénétration spatiale ? demanda un participant au premier rang.
— Effectivement, cependant avec des moyens très rudimentaires ils ont déjà quitté leur aérosphère très ponctuellement ce qui est plus qu'inhabituel à ce stade primitif. En fait les éléments particulièrement originaux que nous avons observés sont comportementaux : adaptabilité, férocité, expansionnisme. In situ, c'est-à-dire sur sa planète, EI-17 a en effet réussi à occuper l'ensemble des niches écologiques existantes : steppes et forêts profondes, plaines et hauts plateaux, régions chaudes et zones polaires aux températures extrêmement basses. Ses sources nutritives sont très diverses mais avec une tendance carnivore qui le pousse à tuer d'importantes quantités d'autres biosystèmes. Enfin, il est capable de modifier ses comportements en réponse aux changements de son milieu bien plus rapidement que ce que nous connaissions jusqu'alors ce qui lui confère une résistance collective exceptionnelle malgré sa relative fragilité individuelle. Ceci explique son instinct grégaire qui l'a amené à la construction actuellement très élaborée de colonies de taille variable mais souvent gigantesques, abritant de quelques individus à plusieurs millions et qui assurent sécurité et approvisionnement. Ces curieuses constructions s'étendent souvent sur plusieurs kilomètres et nous avons pu les observer sur quasiment l'ensemble des régions de la planète, sans grand respect de zones vierges. Les comportements sociaux nous ont parus très complexes, apparemment peu réfléchis, mais nous avons manqué de temps et sans doute certains principes clefs nous ont échappés.
Trmik fit une pause, afin de laisser à l’auditoire un temps d’assimilation avant de poursuivre :
« J'ai fait allusion à la férocité d'IE-I7. Je dois dire que c'est probablement cet aspect de l'espèce qui m'a le plus troublé : il est capable de tuer toute forme de vie pour sa propre survie, sa consommation, mais aussi parfois sans raison objective. Certaines observations attesteraient même l'existence d'une satisfaction dans le meurtre, mais cela n'a pas été absolument confirmé.
Avec l'aide logistique des Services Spéciaux du département des Forces Spatiales et dans la plus grande confidentialité nous avons procédé à des tests prospectifs. Le commandeur Vkur-Oz a été chargé de l'organisation logistique de l'expérience et je lui laisse la parole. »

Vkur-Oz était tout à fait l'image du vieux timonier buriné sous mille et un soleils et plus à l'aise à l’avant-poste d’une Nef qu'à la tribune d'un symposium interplanétaire : petit, trapu, direct :
— Avec précaution et futivité, nous avons prélevé une vingtaine d'individus d’âge et d'apparence variable en des points différents de la planète. Ils ont été regroupés dans une région sauvage d'un planétoïde du système de Rzkia dont l'environnement est proche de leur monde et livrés à eux-mêmes, mais sous surveillance permanente afin de colliger le maximum d'informations et d’assurer leur sécurité en cas de situation grave. Ce type de procédé est bien entendu exceptionnel et les ratifications aux plus hauts niveaux ont dues être obtenues. Le projet prévoyait une durée d’un cycle puis le retour après traitement amnésiant. Bien entendu toutes les mesures utiles d'ordre éthique avaient été prises pour garantir l'absence de préjudice sérieux aux organismes testés. »
Le ton de l'orateur s'assombrit.
« En fait tout dut être interrompu bien avant. La première phase de quelques périodes fut marquée par la désorientation, l'inefficacité et des attitudes évoquant l'abattement ou la peur.
L'expérience fut discrètement arrêtée pour les plus menacés et l'effectif initial tomba à une dizaine. Lors de la deuxième phase, l'adaptation apparue : en quelques jours nous notions la découverte de ressources alimentaires, la confection d'abris, l’apparition d'une organisation hiérarchique et d'une distribution des activités. À +11 était confectionnée la première arme conçue pour tuer et dès lors des proies locales étaient chassées et consommées. La situation dérapa lors la troisième phase. Alors que survie et sécurité étaient assurées, le groupe entreprit de façon inexplicable une exploration systématique de la zone malgré le terrain accidenté et les difficultés d'approvisionnement. Nous avions alors sous-estimé leur mobilité et cet étrange comportement nous prit de court. À +25, les êtres atteignirent un poste de surveillance et dans des circonstances mal élucidées les deux scientifiques affectés furent sauvagement abattus.
Il fallut dix périodes entière à deux cohortes entraînées et équipées pour mettre hors d'état de nuire le groupe. J'ajoute qu'il y eut une perte chez les sujets testés à la suite d'une chute et trois blessés graves parmi nous. »

L'assemblée était silencieuse, manifestement impressionné par la violence du récit. Tandis que Vkur-Oz regagnait sa place, Trmik-Oz enchaina :
— J'insiste sur les enseignements de cette dramatique aventure: une acclimatation rapide et efficace à une situation nouvelle, une détermination remarquable et, le plus effrayant, un mépris des autres formes de vie jamais observé dans les exo-espèces de ce niveau de développement. Mon impression personnelle est que la rapidité évolutive de la vie sur cette planète a engendré la conscience d'exister et l'intelligence créative de façon prématurée, curieusement sans les éléments de sagesse, de réflexion et de spiritualité qui nous semblent à tous aussi universels. Le résultat monstrueux, chers amis, est cette propension invraisemblable à l'individualisme sauvage, à l'agressivité permanente envers les autres vies, à l'expansion irréfléchie, aux écocides, aux exterminations prémédités et même enfin à l'autodestruction. »
— L'autodestruction ! N'y allez-vous pas un peu fort, s'exclama une déléguée de Zarr. Cette espèce me semble au contraire terriblement pourvue pour assurer sa propre protection.
— Elle l'est effectivement. Mais, curieux et atypique, son individualisme profond, son caractère prolifique et sans doute une mauvaise prise en compte des temps longs, sont manifestement en train d'épuiser les ressources naturelles de sa planète, de compromettre gravement les équilibres biologiques et de mettre en péril la santé voire la survie des générations futures. À terme cela risque d'aggraver agressivité et volonté d'expansion. Je citerai comme exemples la manipulation irréfléchie d'isotopes instables en de multiples sites, avec le risque que vous imaginez de souillures graves et prolongées de leur biotope ou la libération de composés chimiques réactifs continuelle dans leur atmosphère. Je n'ose imaginer les conséquences de pareilles pratiques à l'échelle de notre Confédération de systèmes si étaient donnés à IBO-I7 nos moyens technologiques.

Trmik-Oz s’arrêta et scruta l'assistance. La plupart des participants paraissaient avoir été émus par son exposé. Le silence, à peine troublé par quelques messes basses, la tension bien perceptible dans les attitudes et les regards lui prouvaient qu'il avait entamé le scepticisme initial. Il connaissait malgré tout la tradition d'éthique et d'ouverture de l'assemblée. La délégation de Xor et les représentants des Bordures étaient particulièrement xénophiles. Et jamais depuis des siècles une telle décision d'ostracisme dont la portée spirituelle était considérable n'avait été prise ni même envisagée.

La controverse vint effectivement de Gbal-Oz, astrophysicien de Xor :
— Nous avons tous saisi l'originalité d'EI-I7 dans votre remarquable exposé. Je suis cependant étonné et à vrai dire choqué par la gravité de la décision que vous nous proposez. Mettre au ban de notre Confédération une forme de vie intelligente, s'interdire tout rapport, tout enrichissement mutuel et ceci de façon définitive me semble drastique et profane. La pensée réfléchie est rare et sacrée dans le cosmos. Ne croyez-vous pas qu'une approche plus rationnelle, comportant des contacts très progressifs, étalés sur plusieurs dizaines de cycles, assortis si nécessaire d'une pédagogie adaptée des grands principes éthiques qui gouvernent la Confédération ne soit pas envisageable ? N'y-a-t-il pas tout de même quelque chose de bon dans cette espèce et n'est-ce pas dans l'isolement que son évolution peut devenir une menace ?
— Votre intervention est pleine générosité, Gbal. Il y a bien semble-t-il des aspects positifs chez IE-I7, mais bien minoritaires hélas. Les enquêtes menées ont décelé des attitudes altruistes très ponctuelles, des expressions de respect des autres créatures dans certains groupes sociaux, voir même une spiritualité élémentaire. Malheureusement leur minorité ne modifie pas significativement le comportement global de l'espèce. J'ai moi-même espéré il y a plusieurs mois une solution moins définitive, mais il est maintenant acquis que le moindre contact, le moindre échange constituera une brèche où s'engouffrera tôt ou tard irrésistiblement cet être à la psychologie si étrange et dévastatrice.
Pour convaincre les plus sceptiques, j'ai gardé comme ultime argument un document animé bidimensionnel dont vous excuserez la mauvaise qualité. Il s'agit d'une collection d'émissions électromagnétiques archaïques, émises de la planète et sélectionnées pour leur intérêt documentaire et historique. Comme vous le verrez le témoignage qu'elles apportent sur les comportements d'IE-I7 est accablant : c'est l'unique exemple d'individus d'une même espèce s’entretuant dans des conditions de férocité et de violence aussi terrible et de manière aussi organisée. Ces images vous paraîtront à la fois irréelles et insoutenables mais leur examen m'a semblé indispensable. »
La pièce s'assombrit légèrement et la projection débuta dans un silence glacé. Là, devant les regards atterrés, des scènes de barbarie et d'épouvante, des visions de destructions et d'apocalypse se succédaient interminablement et il semblait que l'horreur s'écoulait de l'écran et figeait progressivement l'assemblée.

La réunion était terminée. Trmik-Oz s’apprêtait à se retirer lorsqu'il vit venir vers lui Gbal-Oz, l'allure morose :
— Vous avez gagné, Trmik. L'isolement est passé sans difficulté mais je crois que ce jour restera funeste pour beaucoup d'entre nous. Il marqua un silence. Sans doute devions-nous agir ainsi et avons-nous épargné à notre civilisation un grand malheur.

Trmik-Oz se redressa et sembla plus pâle. Il agita nerveusement ses palpes et dit :
— Ne vous y fiez pas trop, je crois qu'il ne s'agit que d'un sursis. Un jour ou l'autre, EI-I7 avec toute son intelligence et sa férocité, déferlera.
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