La Discorde (Extrait de "La République du Madelon")

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(Le pharmacien Dugommier, devenu chef des rebelles, est contesté en pleine réunion par Nestor, leader de l’opposition avant la chute de la République du Madelon)

Nestor parla plus fort. Tantôt il tendait ses bras ouverts vers ceux qui lui étaient acquis, tantôt il levait un poing menaçant ou pointait un index accusateur en visant Dugommier. Ceux qui se préparaient à la bataille avaient un courage exemplaire ! Ils méritaient mieux qu’un quarteron d’apprentis stratèges qui n’avaient jamais fait la guerre et s’étaient imposés à eux ! N’était-il pas dangereux de s’en remettre à un amateur, de l’avoir choisi pour chef alors qu’il ne connaissait rien en politique ?

Des furieux ceinturèrent Dugommier et ses amis pour les empêcher de parler. Gilda égosillait son indignation. Quand elle fut muselée, Nestor le ténor engagea l’estocade.
Il regarda fixement son rival. D’où tenait-il ses informations sur l’ennemi ? De fréquentations douteuses ! Etait-il un homme honnête ? On pouvait en douter ! Avait-il toujours rendu la monnaie aux fiévreuses ? Avait-il donné les bons sirops aux crachoteux ? N’avait-il pas abusé des affaiblis ? Ne s’était-il pas enrichi sur leur misère ? Plusieurs clients avaient fini par mourir alors que lui prenait du bon temps ! Et sa femme ! Oh oui, sa femme ! L’avait-on vue dans la boutique sa femme ? Hein ? L’avait-on vue ? Et ses enfants ! Il en avait combien ? Deux ? Oui, deux ! Et ses conseillers ? Drôles d’oiseaux hein ? Valaient-ils mieux ses conseillers ? Drôles d’oiseaux ! Pas de réponse ? Hein ? Alors ?
Alors les piaillements redoublèrent et on en vint aux mains. Les pieds s’y mirent aussi. Et même quelques fronts qui prirent les têtes pour des noix et les firent claquer à tour de bras. Les assommés s’écroulaient doucement en tournant sur eux-mêmes puis se laissaient piétiner par les rescapés. Les poings tournoyaient au-dessus de la mêlée. Ils repéraient leur proie, fondaient sur elle et se la disputaient en criant, comme les nuées de mouettes suivent les bateaux rentrant au port et se précipitent sur les poissons rejetés des filets.

Heureusement, Zohra et la fille de Mauricette passaient par là. Elles se précipitèrent pour rappeler les échauffés à la raison. Ils ne les entendirent pas. Pour les calmer, elles tentèrent de les noyer en leur lançant des seaux d’eau. L’effet fut saisissant. Hormis Nestor, les bagarreurs ne savaient pas nager. L’eau était froide, ils prirent peur et se radoucirent. Les étendus se ranimèrent sous l’onde salvatrice et la colère des agités s’estompa par manque d’adversaires encore valides. Le calme revenu, la honte s’installa.

Comment avait-on pu en arriver là ? La salle n’était qu’un champ de bataille dévasté. Le tableau à demi décroché pendait au mur comme une grosse larme noire engluée dans les rides d’une vieille joue et l’horloge s’était mise en berne sous le coup d’un béret voltigeur qui la coiffait encore. Les tables et les chaises, victimes innocentes de dommages collatéraux, gisaient sur le sol inondé, les jambes brisées et les plateaux défoncés. Et sous ce bazar infernal, des âmes maudites redressaient la tête et tendaient les mains pour qu’on les aidât enfin à relever leur corps meurtri.

Il fallut soigner les blessés. Béquiller une table au piètement arraché, retaper une chaise démembrée sous les coups malfaisants des corps qui s’abattent, on savait encore faire ! Mais soigner des vivants, des blessés tuméfiés, sans onguent ni calmant ?
L’urgence exigeait des moyens. On cautérisa les plaies à l’ancienne, au fer et au feu pour les plus courageux. On anesthésia les timorés au gourdin, et pour les autres on alla se rouler dans la boue. L’argile bienfaisante dégonfla les bosses, estompa les douleurs et redonna du souffle. On y prit même du plaisir et on s’y serait prélassé un peu plus longtemps s’il n’y avait eu tant à faire. Alors, on se désembourba en maugréant et on se mit au travail.

Mais on eut beau cesser de pleurnicher, le doute était semé, la querelle renaîtrait. Que faire ? Deux chefs, c’était trop ! Il n’en fallait qu’un, Nestor ou Dugommier. Pour trancher, on voulut un débat, un face à face historique pour que les talents s’expriment, qu’on retrouve la confiance et aussi le respect.

Extrait de “La République du Madelon”, en cours d’écriture... Denys de Jovilliers
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