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la déclaration

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Philou

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La déclaration

Marie, jolie brunette de 40 ans, yeux bleus, accompagnée de Prune 6 ans, yeux verts, rentre chez elle. Normalement le vendredi soir elle décompresse, enfile de confortables habits, s'affale sur le canapé, mais, ce vendredi, il n'en est pas question. Elle a invité Charles à dîner. Elle a décidé de le séduire. Cela fait 3 mois qu'elle l'a rencontré.
Rencontré, elle devrait dire heurté. Marie faisait ses courses au supermarché. Soudain, au rayon des légumes, elle glissa sur une feuille de salade, et, tendant son bras pour rétablir son équilibre, elle frappa l'homme qui choisissait ses radis. Malgré ses excuses, l'homme l' injuria copieusement, c'était un malotru.
Marie, honteuse et en colère, foncait vers les caisses.
Elle se retourne et aperçoit son amie Christine. Ce faisant, son chariot dévie et frappe l'homme qui rangeait ses fromages dans son caddie. Marie à nouveau s 'excusa, l'homme lui assura que ce n'était pas grave. Christine arriva à leur hauteur et fit les présentations. Christine connaissait Charles, elle n'était pas vraiment amie avec celui-ci, ils travaillaient tous les deux à la métropole, elle au service des élections, lui à l'urbanisme. Charles venait d'entrer dans la vie de Marie.

Christine avait une âme d'entremetteuse, de marieuse. Une quinzaine de jours après cet incident elle invita Marie, lui disant qu'il n'y aurait que 4-5 personnes de son travail au dîner mais qu'ils ne parleraient pas de leur boulot. Outre Marie étaient invités 2 couples et Charles. Une fois évacué le récit de la rencontre dans le supermarché, la discussion porta sur divers sujets. Un des couples invités avait des places pour La Résistible Ascension d'Arturo Ui et ne pouvait s'y rendre à cause d'un enfant malade. Seuls Charles et Marie étaient libres pour ce soir là, ils héritèrent des places. Cette sortie fut suivie d'autres, ils se découvrirent des goûts communs.

Quand était elle devenue amoureuse ? Marie s'en savait rien, ce qu'elle savait c'était qu'elle pensait tout le temps à Charles. « On dirait une collégienne de 15 ans », se moquaient ses amies. Après sa douloureuse rupture avec Luc, Marie ne croyait pas possible de retomber amoureuse comme ça. Heureusement il y avait eu Prune pour soulager son chagrin. Jusqu'à ce soir Charles n'était jamais venu chez elle et elle n'était jamais allée chez lui. Elle ne se l'expliquait pas. Il y a une quinzaine de jours, ils dînaient au restaurant, elle l'avait choisi près du domicile de Charles et espérait qu'il l'inviterait chez lui ensuite. Cela ne s' était pas fait. Christine lui avait assuré que Charles n'était pas marié, mais étant juste une bonne collègue de travail de celui-ci, elle ne connaissait pas sa vie sentimentale.

Marie s'était demandé à plusieurs reprises si Charles n'était pas homosexuel. Il ne lui avait présenté que des amis masculins. Certes il n'était pas efféminé mais elle savait que c'était un cliché, un préjugé. Il lui semblait que Charles l'appréciait mais ne semblait pas souffrir de son absence, rechercher sa présence. Enfin ce soir elle saurait, car cette incertitude la rongeait, la minait.

Après avoir peaufiné son ménage, ayant passé sa soirée de la veille à nettoyer, ranger, Marie commença la préparation du repas. Pour l’apéritif elle avait préparé des sauces pour y tremper des bâtonnets de carottes, des tomates cerises. En entrée elle avait acheté un plateau de fruits de mer. Il lui restait à confectionner son loup à la provençale et finir sa tarte au citron. Elle connaissait les goûts culinaire de Charles. Elle est bonne cuisinière et bien organisée, à 19 heures elle a terminé.
Maintenant c'est elle qui doit se préparer. Douche, léger maquillage. Elle a sorti une petite robe rouge. Christine et la vendeuse l'avaient convaincue de l'acheter, il y avait plusieurs semaines de cela. Elle lui va parfaitement mais elle était courte et décolletée. Elle ne l'avait jamais mise. Par peur du regard des hommes. Elle essaie un pantalon et un chemisier mais n'est pas satisfaite. Finalement elle opte pour la robe en se disant ce n'est pas avec du vinaigre que l'on attrape des mouches.

Comme toujours Charles est ponctuel, il la complimente pour sa tenue lui offre un bouquet de roses et a apporté une bouteille de champagne. Il la félicite pour la décoration de son appartement. Tout en mangeant ils évoquent leur semaine de travail, la douceur exceptionnelle de ce mois de septembre, les derniers films sortis qu'ils souhaitent voir, les sujets d'actualité, leurs lectures. Charles loue ses talents de cuisinière. Le repas est consommé, après avoir bu le café ils se sont installés sur le canapé.

Le silence s'installe, Marie sent bien qu'il lui faut dire quelque chose. Dans sa tête les mots se bousculent, sa pensée se brouille. Finalement alors qu'elle s'apprête à lui dire qu'elle l'aime et lui demander quels sentiments il a envers elle, Prune entre dans le salon en miaulant.
Charles se lève et blêmît «  je suis allergique aux chats. »

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Ratiba Nasri · il y a
Une excellente nouvelle qui m’a fait sourire. Pauvre Marie qui voit sa belle histoire finir à cause de Prune. Quelle déception ! :-)
Merci pour ce bon moment de lecture.
Une invitation à lire ma nouvelle 'Le tisseur de rêves' en finale du Grand Prix.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-tisseur-de-reves-1 Merci.

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Jusyfa · il y a
Dilemme pour Marie ! Charles ou Prune ? Prune ou Charles ? Une belle idée portée par un texte bien écrit et une plume assurée. Je vote la première voix.
Ma nouvelle en finale " un petit cœur collé sur un portable " , grand prix hiver 2018, espère votre lecture et votre avis, merci.

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