LA DAME QUE LA MORT AVAIT OUBLIÉE

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je suis allée au bout de moi et il n’y avait rien, là juste au bout de moi j’ai perdu mes rêves, et j’ai perdu mon amour je me suis sentie vide ,de moi et de toi, vide juste au bout de  [+]

Il était une fois, au fond d’une vallée lointaine, dans un village de montagne, une femme dont il était difficile de donner un âge. Elle vivait là depuis si longtemps que les générations se succédaient et elle était toujours là. Son mari était mort depuis nombres d’années, ses enfants avaient eu des petits enfants qui eux même avaient eu des enfants.
Angèle restait dans sa vallée, comme oubliée.
Elle était accompagnée par son chien, Hector un retriever blanc, qui lui aussi semblait être à l’abri du temps. Elle habitait une grande maison à l’écart du village, que le soleil baignait de sa chaleur.
Angèle aimait sa maison, elle en sentait chaque coin et recoin. Le matin lorsqu’elle s’éveillait, elle restait un long moment à regarder la lumière envahir peu à peu l’espace de sa chambre. Elle admirait le soleil jouer avec les teintes irisées du magnolia blanc du jardin, les nuages courir dans le ciel, le vent caresser les feuilles de saule.
La maison semblait s’éveiller avec elle, tandis que le jour gagnait sur la nuit.
La maison enveloppait Angèle d’une présence lumineuse et bienveillante.
Angèle se levait, passait un peignoir et descendait à la cuisine faire un café .
Là, dans la pièce baignée de lumière au soleil levant, elle se sentait vivre malgré son grand âge. La maison vivait avec elle. Elle sentait chaque pierre, chaque mur, chaque coin et recoin, s’assembler pour chanter avec elle le jour se lever.
Angèle et sa maison ne faisaient qu’un, un hymne au soleil et au créateur du monde.

Puis Angèle se préparait à sortir le chien pour aller cueillir les herbes médicinales dans les forêts aux alentours. Les hommes et les femmes du village venaient la consulter pour des histoires d’amour, et d’amants. Elle demandait en échange de ses services, un jour de la vie du demandeur. Ses filtres d’amour étaient connus de toute la contrée et personne n’osait se soustraire à ses élixirs. En outre, chacun connaissait le prix à payer; l’exceptionnelle longévité d’Angèle constituait une preuve du nombre des consultants qui s’acquittaient sans férir de la taxe demandée.
Un été, par une belle soirée de juillet, la mort vint à passer. Elle frappa à la porte. Angèle qui, depuis longtemps attendait la visiteuse, ouvrit sa maison. Reconnaissant la dame, Angèle la convia à boire une limonade près du puits, au fond du jardin.
La mort se présenta sous les traits d’une femme au visage fatigué, les yeux cernés par des nuits d’insomnie, les cheveux gris, longs et dénoués laissent derrière elle une longue trainée de brume. Elle a une frêle silhouette perdue dans un grand manteau blanc, flottant autour d’elle. Angèle sourit à sa visiteuse et la conduisit dans un grand et confortable fauteuil à coté de la margelle du puits.

Sur la margelle de pierres, un gros chat dormait, insensible aux aboiements déchaînés d’Hector, le grand labrador blanc. La mort se renversa en arrière et fermant un instant les yeux, gouta dans l’harmonie qui régnait dans la maison, un instant de repos bien mérité. Angèle, revint de la cuisine, avec de la citronnade aromatisée à la citronnelle, parfumée aux herbes des champs.
Angèle prit place à coté de sa visiteuse.
La mort, au bout d’un long moment, ouvrit les yeux et se met à lui raconter des histoires. Des histoires que lui ont contées les hommes et les femmes à l’agonie. Elle raconta un nombre incalculable d’histoires, comme seule la mort put en connaître.
Au petit matin, la mort se sentit fatiguée de parler. Angèle monta dans sa chambre prendre un peu de repos.
La mort laissa la grande demeure l’envelopper de son silence bienveillant et l’espace d’un instant, relâcha sa vigilance. Fatiguée de toujours avoir à se battre pour emporter la vie des humains, elle s’accorda dans le jardin d’Angèle un bref repos.

Au petit matin, lorsqu’Angèle s’éveilla au milieu de la lumière, elle ouvrit ses volets et regardant par la fenêtre, constata l’absence de sa visiteuse.
Au soir tombant, la mort de présenta devant la demeure. Angèle la fit entrer, lui offrit une limonade, aux herbes des champs, et s’assit aux cotés de sa visiteuse. Angèle, comme à l’accoutumée, écoutait en silence.
La visite dura une bonne partie de la nuit. C’était une nuit parfumée d’été, une nuit qui enveloppait le monde des senteurs des fleurs, de la fraicheur du noir, une nuit étoilée.
Au petit matin, au crépuscule de l’aube, la mort prit son bâton, ajusta son manteau blanc, et partit comme elle était venue. Le lendemain soir, elle frappa à la porte de la maison d’Angèle.
La vieille bâtisse ne goutait pas trop ces visites nocturnes. Le poids des histoires racontées par la visiteuse, se faisait lourd et au matin, après le départ de la visiteuse, les pierres craquaient sous la peine et les malheurs de hommes. Des lézardes apparaissaient sur les murs, les pierres prirent une teinte grise, les volets semblaient crouler sous le poids des mots et des secrets, livrés par la femme voilée. Un matin, Angèle regarda sa maison, et prit conscience de la transformation de du délabrement de sa maison chérie. On aurait dit que toutes ces années s’étaient donné rendes vous sur les murs de la maison d’Angèle pour raconter, à travers les fissures et les failles des pierres tous les malheurs des hommes.

Au bout de plusieurs semaines de ce manège, la mort devint plus gaie, plus jeune, plus alerte, en repartant de chez Angèle. Pour remercier son hôtesse, la mort, un soir dit à Angèle :
— J’étais venue pour t’emporter, mais tu m’as si bien soignée, que je te propose un marché ; ce soir nous jouerons ta vie en une partie de cartes, si je perds tu prendras ma place et je mourrais si je gagne; c’est toi qui mourras.

Ainsi fut fait, elles jouèrent une partie qui dura plusieurs semaines, elle s’affrontèrent avec une telle violence et tant d’obstination, qu’il fallut l’aide du chat pour qu’au matin du 7ème jour, de la 7ème semaine, Angèle gagne, d’un petit point. Vaincue, la mort ferma les yeux. Angèle prit son bâton, et accompagnée d’Hector qui, lui aussi avait pris une teinte grise, s’en alla sur les routes chercher les âmes perdues.

La maison depuis ce jour tomba en décrépitude. Les murs se lézardèrent, les pierres tombèrent, les volets s’écaillèrent, le toit laissa apparaître des béances qui laissèrent passer la pluie et inonder l’intérieur cosy et douillet de la maison d’Angèle. Les gens du village passèrent leur chemin. Les ronces envahirent la masure qui tomba en désuétude. Seul le chat veillait, et fidèle au poste, roulé sur la margelle du puits, il attend le retour d’Angèle, et d’Hector le grand labrador blanc.


BHP
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