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La culture de la peur.

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Quand j’étais petite fille, j’ai appris très tôt à être mise en alerte. Tout a commencé avec ces moments que l’on sait existant mais dont on n’a aucun souvenir. On fait nos premiers pas, vacillant, balbutiant et nos parents nous disent de faire attention, leurs mains se tendent vers nous sans nous toucher, elles nous entourent par peur de nous voir chuter et avoir mal. Heureusement pour nous, un enfant ne mémorise pas tout, ne voit pas le monde comme un adulte, ne comprend pas tout de suite ces préceptes d’inquiétudes, ces prémices d’angoisse. Notre vie débute donc par la peur parentale. Rien de mal à cela tant que cela ne dépasse pas des proportions gigantesques et que cela ne frôle pas la névrose.
Plus tard, le schéma se reproduit pour divers événements de nos vies, faire du vélo, jouer dans la rue, pratiquer un sport,... Cette petite introduction pour en arriver à une culture de la peur qui elle, ne me semble pas normale. Cette culture qui se développe et s’articule surtout autour des filles, des femmes, de nos sœurs, de nos cousines, de nos mères avant nous... Nous la transmettons de génération en génération car nous sommes malades, nous sommes devenues paranoïaques et à juste titre.
Dés lors, je vais mélanger des exemples de ma vie et des exemples du quotidien pour dépeindre ce triste tableau qui m’accable profondément. Ce tableau dont nous sommes le sujet chaque jour et que peu d’hommes appréhendent dans son entièreté et dans son ignominie.
Être de sexe féminin. Je ne dirais pas être une femme car j’inclus aussi l’enfance et l’adolescence.
Pour ma part, j’ai été bercée par la voix de ma grand-mère qui avait une vision des choses très stricte. Peu importe la raison, on ne s’asseyait pas sur les genoux d’un cousin, d’un oncle ou autre. Bien sûr, je ne comprenais pas à l’époque. Avec le recul, je peux comprendre pourquoi mais je reste sur ma pensée que ce n’est pas la faute de la petite fille qui fait des câlins et des bisous, si un membre masculin de sa famille est un détraqué sexuel. Le dicton dit « Ne tentez pas le diable ». Et à ceci je réponds « Le diable n’a qu’à être éduqué et bien se tenir. C’est à lui qu’on doit inculquer les bonnes manières et le respect des autres dans son sens le plus large. »
Je n’avais pas non plus le droit de jouer trop souvent avec mon voisin d’à côté car c’était un garçon et c’était dangereux. Oui, un danger existant, je mentirais si je disais qu’il n’y avait jamais rien eu avec ce petit voisin, plus vieux que moi, quand on se retrouvait sans surveillance car sa mère était d’un laxisme déconcertant et son père absent. Rien de grave heureusement mais j’admets que ça aurait pu mal tourner.
Malgré cet événement, je suis restée assez protégée du monde extérieur. Comme toute petite fille potelée, j’ai eu mon lot de moqueries et d’insultes de la part des autres enfants à l’école primaire. Quand on est gosse, on est bête et méchant parfois et les parents n’y peuvent rien car l’influence du milieu scolaire agit quand eux sont au travail ou à la maison à attendre la fin des cours.

Vient le passage à l’adolescence et le début des ennuis. Le corps se développe ou se peaufine pour certaines et le regard de nos congénères masculins s’ouvrent sur de nouvelles perspectives. Je n’inclus pas ici les demoiselles aimant les demoiselles ou les damoiseaux aimant les damoiseaux car à l’époque, je ne savais même pas ce qu’était l’homosexualité et ce n’est pas l’angle que je vise.
L’alarme maternelle se met en route et on nous sert la rengaine (si on a une maman moderne qui n’a pas peur des mots bien sûr) du « tu es une femme désormais, tu peux tomber enceinte. Protège-toi, force-le à mettre un préservatif pour ne pas que ça arrive et pour les maladies.». Et là, on a peur, peur des maladies, peur de tomber enceinte par accident, peur, peur, peur... Et pour les garçons ? Leur a-t-on fait comprendre l’importance de mettre un préservatif ? L’importance de ne pas gâcher la vie d’une autre personne ? Car soyons franc, une fille qui tombe enceinte c’est une salope, mais le gars lui, il est blanc comme neige. Pourquoi ? Lui aussi devrait être avertis, être conscient des conséquences de ses actes. Et ne parlons même pas des maladies sexuellement transmissibles et surtout du sida qui condamne une personne à mort...
Mais revenons-en à la peur... Les pires peurs selon moi, sont les suivantes.
La peur de la rue, la peur des hommes qu’on ne connait pas, la peur du viol, la peur d’être tabassée pour un oui ou pour un non et j’en passe... Toutes ces peurs que nous avons et transmettrons à nos filles. Et à ses peurs nos réponses ne conviennent pas. Ce n’est pas à nous d’être moins courtement vêtue, ce n’est pas à nous de baisser le regard quand on croise un homme dans la rue, ce n’est pas parce que nous sommes considérées comme faibles et sans défenses (souvent à tord, il y a des femmes très fortes et qui savent se défendre) qu’on a le droit de nous martyriser.
Tout ça pour vous dire que, moi j’en ai marre d’avoir peur. Marre de ces gars qui m’interpellent dans la rue comme un bout de viande, marre de ces mêmes gars qui viennent me coller épaule contre épaule pour me faire de la « drague », marre de ces pauvres filles qui me crachent dessus car j’ai les cheveux libres et une jupe, marre de surveiller mes arrières, marre de sursauter au moindre bruit de pas trop proche ou trop rapide, marre d’avoir peur d’entrer dans un tunnel de gare trop vide, marre de mettre mes clés dans ma main pour être prête à riposter, marre de me balader avec mon couteau dans la poche prête à déplier la lame, tout simplement marre d’être toujours aux aguets, sur le qui-vive.
C’est aux parents qu’il incombe d’apprendre à leurs enfants qu’on est égaux, tous égaux et qu’un homme n’a pas plus de droit qu’une femme, ni plus de droit sur elle sous prétexte qu’il est un homme. Pour ceux qui sont adultes, il faut leur ouvrir les yeux. A ceux qui ne comprennent pas et harcèlent les femmes, les battent ou les traitent comme des déchets, il n’y a malheureusement plus rien à faire pour eux si ce n’est de vraies sanctions pénales. Pas ce petit jeu de dupes où un homme ayant tué sa femme et son fils à le droit d’être libre dans un temps records s’il est condamné (et encore, s’il n’est pas relâché durant le procès pour un soi-disant vice de procédure ou une minimisation de l’acte commis.). Éduquons les générations à venir pour qu’elles ne vivent pas comme nous dans une crainte perpétuelle. Je suis une femme, je suis libre et je veux rester libre. Je ne baisserais plus la tête dans la rue, je ne me réfugierais plus dans un restaurant pour esquivé l’homme qui me colle et me suit, je m’habillerais comme je le veux et je me battrais s’il faut que je me batte pour contrer cette culture de la peur qu’on nous force à adopter sous des prétextes de sécurité, de politiquement correcte et j’en passe. Il est temps d’évoluer et d’arrêter de régresser.
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