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La couleur à un Nom

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Je sortis de chez moi, après avoir pris un verre de thé à l'anglaise en compagnie de ma bien-aimée.
Je pris mon bouquin à la main, et marchai à pas lents dans les rues de Nantes. Le temps était doux, agréable et les rayons du soleil me réchauffaient sous ma veste de cuir achetée au Maroc.
Je pris le tramway numéro deux, direction Commerce, lieu de rencontre entre amants, amis, ou collègues. Je poursuivis vers la Fnac en passant par la boulangerie Mie Câline, l'agence Tan, le Comptoir du Tri, qui distribue des sacs plastique jaune et bleu, le Ticoon, proposant boissons, café, thé, et enfin à côté d'une pharmacie.
Continuons, à ma droite le tabac et à ma gauche une boite à lettres. Connaissant les rues comme ma poche, j'étais plongé dans mon livre, mangeant les mots un par un. La lecture était si fluide que je n’arrivai pas à lever le bout de mon nez.
A l'angle de l'agence de voyages Fram, j'ai bousculé une jeune fille, elle avait l’air d’une étudiante avec son sac en bandoulière de couleur Camel, vêtue simplement, un regard fatigué, des lunettes, des cheveux étirés dans un élastique laissant quelques cheveux dépassés, qui donnait à certain laissé allé. Une étudiante ? Le cliché. Saurait pu être tout simplement une jeune fille travaillant à côté, à la brioche dorée ou peut être même une simple femme voulant s’aérer l’esprit. Pourquoi poser une étiquette sur une personne ? Je m'excusai et m'arrêtai un instant pour admirer le bel hôtel Mercure avec une très belle architecture. Je pris trois secondes pour m'imaginer dans cette chambre avec vue imprenable sur la ville de Nantes. Le décor, la propreté, l’espace, l’accueil tout y est afin que le client se sente bien et y revienne, ici il n’y a pas de couleur tant que le circuit économique fonctionne. Face à cet hôtel, le coin café Columbus. Je me souviens un jour, attiré dans ce lieu atypique lorsque j’ai dégusté un de leur café, le fameux café Colombus, un café de caractère un mélange du caféier robusta et de la douceur d’arabica, avec une touche de jasmin et d’agrumes. Un café qui vous transporte, dont la fraîcheur et la découverte sont aux rendez-vous, tel un étranger émerveillé par la beauté de la nature. Je remarquai la présence d’un homme d’une certaine élégance, costume fait sur mesure, une chemise blanche, cravate bien ajustée, assit sur un fauteuil de cuir marron foncé dégustait son petit expresso colombus. En compagnie, de deux grands hommes, robuste aux yeux perçants prêts à bondir dès la moindre menace.
Je sortis de cette ambiance tropicale pour continuer ma promenade et je vis la gaieté des marchands toujours installés à cet endroit. Qu'il pleuve ou qu'il vente, ils sont toujours présents et à l'écoute d'autrui, offrant leurs petites babioles artisanales. Sur le même trottoir, une deuxième Mie Câline, où les voyageurs du temps demandent une petite pièce pour égayer leur journée ou acheter une petite friandise pour se sentir être, vivre. A cet instant, je mis mon livre dans mes mains et voulant continuer cette alléchante lecture je me dirigeais vers les marches près de la Fnac où Nantais et Nantaises profitaient des rayons de soleil, en lisant, mangeant, bavardant, les uns avec les autres.
Je m'assis sur les marches près de la Fnac, profitant de quelques lignes de mon livre s'intitulant Nadir ou la transhumance de l'Etre. Je me souviens encore car je le dévorais en le lisant, il était si captivant que je ne me rendis pas compte que je passais sous le fameux passage Pommeraye en travaux, avec ses statuettes angéliques, et ses beaux escaliers d'autrefois qui donnent une certaine richesse dans ce décor du XIX ème siècle. Un espace lumineux et luxueux, avec ses couleurs dorées et son sol blanchâtre. Des petits magasins de bijoux, de vêtements et la particularité de cet endroit ce sont les miroirs face à face qui agrandissent l’espace. Je m'arrêtai après cette citation : « Le dernier pas de la discrimination est franchi quand on ne se reconnaît plus dans le miroir ».
Mon regard s'est posé sur les délices chocolatés, macarons de toutes les couleurs, du chocolat en forme de lapin, des œufs, de gros œufs, du chocolat pour tous les goûts avec cette impression d'être dans l'usine de Charlie et la Chocolaterie. Ah si nos jardins étaient des fleurs à croquer, ou des arbres à lécher, des pierres en chocolat, des fontaines de son liquide, des herbes en sucre d’orge, des branches au réglisse et leurs feuilles de toutes les formes aux saveurs sucrées. Je rentrai à l'intérieur de cette délicieuse boutique ; tout y était lumineux, mes yeux ne savaient plus où donner de la tête. Qu'allais-je prendre ? Il y avait un large choix. Je me décidai à ressortir de la boutique pour regarder à nouveau ces douceurs.
Je contemplais la vitrine et ses couleurs exquises, et cette fois-ci, ce fut une deuxième bousculade, mais avec un homme. Nous nous regardâmes, longuement, quelques secondes, puis m'excusai. Je n'eus aucun mot en échange. Impolitesse !
Je me permis de le regarder quelques instants, furtivement. Il était grand, brun, portant une veste de couleur marron et un jean noir. Un type élégant, décoiffé, une barbe de trois jours qui donne un certain charme à cet homme d'une soixantaine d'années environ. Je souris bêtement et continuai mon «  lèche-vitrine  ». Mais encore une fois, je l'aperçus.
« Excusez-moi », entendis-je furtivement. Je souris. « Excusez-moi, de quelle origine êtes-vous ? » Dis-je. Il me regardait avec un air curieux. Je n'eus pas de réponse, et continuai : « Parlez-vous le français ? Venez-vous peut-être du Sud ? Le Sud de la France ? Pas la Corse ? Le nord du Maghreb ? Pas spécialement mais vous voyez ce que je veux dire ? ». Il était visiblement intrigué par mes questions, cherchant à ce que je lui en pose d'avantage. Je continuai, cherchant un signe dans ses yeux noirs obscurs, quêtant une certaine douceur afin que je comprenne qui était cet homme intrigant.
Plus la discussion se faisait, plus les gens qui passaient nous regardaient, ourdis, d'autres surpris par cet échange. Cet homme était-il connu ? Etait-ce une star ? Ou bien un fugitif recherché par la police ? Je vis une dame qui composa un numéro sur son téléphone portable alors que je la surpris en train de nous fixer étrangement. Devais-je me méfier de cet inconnu ? Il n'avait pas l'air si méchant. Son regard est furtif.
Quant à moi, je continuai mon interrogatoire avec ce parfait inconnu. Peut-être qu'il était étranger, qu'il ne connaissait pas ma langue, ou peut-être que dans son pays on ne côtois pas les étrangers, ou du moins, on ne parle pas avec eux. Surtout ceux rencontrés dans la rue.
Je lui demandais : «  Travaillez-vous ? » Avec ces habits-là, cela devait être le cas. « Travaillez-vous ? » Avec les travaux, il était impossible d'entendre sa voix. Je n'avais pas de réponses et continuais dans cette enquête cursive, pleine de curiosité! Ma femme me le dit tout le temps, la curiosité est un vilain défaut; Je l'entends encore lui dire que l'échange ne fait pas de mal, mais que je ne peux pas savoir si l'individu est dangereux ou non. Certes, mais pour le moment, il n'y avait pas de signes de violence en lui. Puis la couleur de la peau c’est de l’esthétique.
Était-il perdu ? Il y a des institutions qui se chargent de cela, je suis un homme tout simplement curieux, pas l'Abbé Pierre.
Mais je me pris de sympathie pour lui. Malgré cette absence de réponse, il avait un visage aux multiples facettes. Puis, j'entendis soudainement une femme s'adresser à moi.

«  Attention ! cria-t-elle, écartez-vous du miroir, Monsieur ! »

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