La Concierge est dans l'Escalier

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Je veux écrire la vie : dire l'amour et la désespérance, les rires et les deuils, l'ironie du sort et le déchirement des départs, bien mélanger le tout jusqu'à perte totale de signification  [+]

Image de Hiver 2021
Henry-Isidore Parmentier, HIP pour ses amis, ressemblait à un navet. Il en avait le teint pâle, la rondeur bonhomme et le cheveu rare. Son allure démodée, popote, ses cols roulés préhistoriques et son langage désuet rappelaient eux aussi, bizarrement, le crucifère.
Mais HIP était un navet comblé. Il avait un travail qu’il aimait, dans les assurances ; un appartement fonctionnel et coquet, au centre-ville ; et une poignée d’amis fidèles. Il s’enorgueillissait d’une magnifique collection de couvercles de boîtes de camembert, se passionnait pour la politique locale, confessait un penchant pour la bière brune. Pourtant, HIP n’était pas tout à fait aussi heureux qu’il aurait pu l’être.
Il avait eu, l’année précédente, ce que son médecin appelait pudiquement « notre petit accident de parcours ». Quand il disait cela, les yeux rivés sur son ordinateur, sans même un regard pour son patient, HIP sentait bouillir en lui la furieuse envie de l’empoigner par le revers de sa blouse blanche, de le coller contre le mur entre son diplôme encadré et son calendrier Biovitamines et de lui hurler :
— Un PETIT ACCIDENT DE PARCOURS ? Vous vous moquez de moi, docteur ? C’était un CANCER, vous m’entendez, un CANCER ! Et même s’il a été vite guéri, c’était quand même autre chose qu’un « petit accident de parcours », non ?
Mais bien évidemment, HIP, timide et bien élevé, n’aurait jamais osé traiter personne de la sorte, surtout pas un éminent membre du corps médical doté d’un diplôme encadré et de 90 kg de muscles au bas mot.
Le vrai problème n’était cependant pas là. Après tout, HIP était assez raisonnable pour prendre son parti de cette fantaisiste terminologie médicale, et assez sage pour reconnaître que l’essentiel était qu’il fût à présent guéri.
Non, la situation aurait pu être presque sereine s’il n’y avait eu une regrettable coïncidence : HIP était né en juillet, le dix. Ce qui faisait de lui, astrologiquement, un cancer.
Cruel rappel ! Car si HIP ne voulait pas réduire sa maladie à un « petit accident de parcours », il n’entendait pas non plus la porter en écharpe toute sa vie tel un homme-sandwich qui proclamerait sans fin : « Je suis cancer, j’ai eu un cancer, cancer, cancer, cancer. »
Madame Pioupiou n’arrangeait rien.
Madame Pioupiou était la gardienne de l’immeuble où résidait HIP.
Une vraie concierge de cinéma, avec ses robes tabliers, ses charentaises aplaties au talon et ses bigoudis le samedi.
Tous les matins, en passant devant sa loge, HIP essayait de faire le moins de bruit possible. Il marchait sur la pointe des pieds, avait pour les portes des douceurs de mère...
Peine perdue ! Madame Pioupiou semblait posséder un sixième sens : elle ne le ratait jamais. Elle bondissait hors de son antre, brandissait un magazine et criait à tue-tête :
— Monsieur Parmentier ! Vous êtes cancer, hein, vous, c’est ça ? Ils disent que c’est une bonne journée pour les cancers, avec même une rentrée d’argent possible...
Et là, c’en était trop pour le malheureux. Ce « vous êtes cancer » résonnait affreusement dans la cage d’escalier et dans son pauvre crâne.
Il s’enfuyait aussi vite que le lui permettait sa corpulence et ne reprenait son souffle que deux rues plus loin, en sécurité au milieu des passants indifférents.
Chaque jour, ce manège recommençait, et HIP avait de plus en plus de mal à le supporter.
Il était épuisé. Ses bonnes joues s’affaissaient, perdaient leurs déjà rares couleurs. Il négligeait son travail, et ses amis, qui s’inquiétaient. Même sa collection de boîtes de camembert ne parvenait plus à le distraire. Le mot « cancer » lui semblait grossir à vue d’œil dans sa tête. Il avait l’impression de devenir fou.
— Il ne faudrait pas qu’après notre petit accident de parcours, nous tombions en dépression, diagnostiqua le médecin, paternaliste. Je vous prescris du magnésium et des vitamines. Et n’oubliez pas ce que disait Saint Augustin...
L’homme de l’art, fait exceptionnel, quitta un instant son écran des yeux pour asséner à HIP :
— Change ce que tu peux changer. Accepte ce que tu ne peux pas changer. Ça fera vingt euros tout rond.
Sur le chemin du retour, HIP réfléchit intensément. Le médecin et Saint Augustin avaient raison. Il y avait sûrement des choses qu’il pouvait modifier dans sa vie pour résoudre son mal-être. Mais lesquelles ?
HIP avait toujours réfléchi plus facilement par écrit, et de préférence avec le soutien d’une bonne bière. Il entra donc dans une brasserie. Dès que sa chope fut devant lui, il entreprit de couvrir une page de son petit carnet de symboles mystérieux et de mots lisibles de lui seul.
Après de longues minutes de cogitation, il encadra sa conclusion à forts traits de bic :
changer de date de naissance
pour
changer de signe astrologique.
Il inscrivit encore : MAIRIE.
Satisfait, il s’épongea le front avec un grand mouchoir à carreaux. Puis, il termina sa bière, paya, et se dirigea d’un pas gaillard vers la mairie, songeant que Saint Augustin aurait été fier de lui.

L’employée qui l’accueillit était une jolie brune aux cheveux courts qui ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans. HIP y vit un signe encourageant.
Il la salua aimablement, et exposa sa requête avec le plus de naturel possible.
La jeune femme ouvrit des yeux ronds :
— Vous voulez changer de date de naissance ? Mais c’est impossible !
— On peut bien changer de nom... avança HIP.
— Oui, ça, on peut. Mais vous ne pouvez pas changer le jour où vous êtes né, ce n’est pas possible.
— Ah.
HIP était tout déçu. Il resta planté là, devant le guichet, ne sachant que dire, ne voulant pas partir si vite. La demoiselle s’était remise à farfouiller dans ses papiers, sans plus faire attention à lui.
Alors, il joua son va-tout.
Lentement, il extirpa son portefeuille de la poche de son manteau et, toujours aussi lentement, en sortit un billet de cinquante euros qu’il déplia, lissa et fit tourner entre ses doigts en fixant la jeune fonctionnaire d’un air entendu.
« Il va me faire un tour de magie maintenant, songea-t-elle. Qu’est-ce que c’est que ce taré ? »
Mais HIP ne fit pas disparaître le billet, ni ne le transforma en colombe ou en bouquet de fleurs. Il se contenta de le plier à nouveau et de le tendre, entre deux doigts nonchalants, à la jeune femme.
Celle-ci n’en revenait pas. Elle entrouvrit la bouche, dans une expression de complète stupeur, puis elle se ressaisit, attrapa le billet et, se soulevant légèrement de sa chaise, le glissa dans la poche arrière de son jean.
— Et maintenant ? interrogea HIP en souriant.
— Maintenant ? C’est toujours impossible ! répondit-elle avec une grimace impertinente.
Elle abaissa un mince rideau métallique, accrocha une pancarte « GUICHET FERMÉ ».
Alors, seulement, HIP comprit qu’il s’était fait avoir.

Il mit plusieurs jours à se remettre de cet incident. Il déambulait tristement de chez lui à son bureau, de son bureau à quelque magasin dont il ressortait les mains vides et l’esprit ailleurs. Il n’avait plus goût à rien, n’était plus que l’ombre du guilleret légume qu’il avait été.
— Qu’est-ce qui vous arrive, Monsieur Parmentier ?
Madame Pioupiou, énorme de compassion curieuse, lui barrait l’accès à la porte de l’immeuble.
— Vous êtes malade ? C’est pourtant une bonne période pour les cancers. Vous êtes bien cancer, hein, vous, c’est ça ? Attendez voir...
Elle tira un magazine froissé de la poche de son tablier et le feuilleta rapidement.
— Voilààà... « Cancer : la chance vous sourit en affaires et votre santé éclatante fait des envieux. Profitez de cette période faste pour réaliser les projets qui vous tiennent à cœur... » Vous voyez ? C’est bien, hein...
HIP bredouilla quelques mots d’excuse et parvint enfin à contourner la robuste gardienne et à gagner la rue.
Il s’assit sur un banc, morose. C’était un joli début de printemps. Les gens avaient soudain l’air moins pressé, plus heureux. Des couples se tenaient par la main, des enfants se poursuivaient en riant, ivres du premier soleil.
HIP se sentait imperméable à cette bonne humeur ambiante. Les mots terribles de la concierge, ce « vous êtes cancer » qui le poursuivait partout, l’empêchaient de profiter de cette exquise journée.
Il parcourut des yeux son décor familier : le square minuscule, la rue, les façades respectables... Son regard fut attiré par un écriteau À LOUER, posé à la fenêtre d’un hôtel particulier.
Il se leva d’un bond. Bien sûr ! C’était cela la solution ! Déménager ! Et échapper ainsi aux obsédantes prédictions de la mère Pioupiou ! Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ?
Un ballon de foot roula à ses pieds. Il le renvoya aux enfants d’un coup de pied magistral.
— Bravo ! cria un des gamins, et HIP les salua en souriant, frétillant de joie impatiente.

Il visita toutes les agences immobilières de la région, éplucha les petites annonces, se risqua même dans un cybercafé où un malabar tatoué vêtu d’un marcel crasseux l’aida patiemment à consulter Internet. Mais HIP déchanta vite.
Le centre-ville offrait pléthore d’appartements cossus et confortables, mais absolument hors de prix. La proche banlieue n’avait de proche que le nom et HIP détestait l’idée de transports en commun biquotidiens.
Et puis, raisonna-t-il, qui pouvait dire s’il n’allait pas tomber sur un cerbère pire encore que la mère Pioupiou ? On sait ce qu’on a, on ne sait pas ce qu’on aura, comme dit la sagesse populaire.
Cela valait-il la peine de supporter les frais et les désagréments d’un déménagement pour tomber peut-être de Charybde en Scylla ?
Il en était là dans ses réflexions quand Madame Pioupiou l’intercepta un soir dans l’escalier. Elle était bouleversée et s’éventait avec son magazine.
— M’sieur Parmentier ! Vous voilà ! Écoutez ça... Cancer. Vous êtes bien cancer, vous, c’est ça ? Alors, cancer... « un grand changement dans votre vie. Mutation professionnelle, rupture ou déménagement... »
Elle leva vers HIP des yeux larmoyants.
— Dites-moi la vérité. Vous n’allez pas nous quitter, quand même ? Parce que, comme je dis toujours, cet immeuble, c’est pas un immeuble comme les autres. C’est une grande famille. Et moi je vous aime bien, m’sieur Parmentier et je voudrais pas vous voir partir...
La pauvre femme reniflait de plus belle, accablée. HIP, ému par cet aveu spontané, honteux d’avoir effectivement songé à déménager, épaté par le don de voyance d’un stupide magazine, ne valait guère mieux. Il déglutit et balbutia péniblement :
— Mais non, voyons, je ne vais pas partir... Calmez-vous, voyons, Madame Pioupiou...
Cette scène touchante mit fin, au moins provisoirement, aux velléités de fuite d’HIP.

La vie reprit son cours.
Le problème d’HIP était toujours là, entier et rond comme un œuf. Cancer ! Cancer ! Cancer !
Les solutions étaient plus dérisoires que jamais.
Il tenta, un matin, d’échapper à la vigilance de la gardienne en descendant l’escalier sur ses chaussettes, ses chaussures à la main comme un mari adultère.
Il descendit précautionneusement, marche après marche, retenant son souffle, attentif au moindre bruit.
Il passa devant la loge sur la pointe des pieds. Rien ne bougeait derrière le rideau de dentelle qui ornait la porte-fenêtre.
HIP se crut sauvé. Triomphant déjà, il se redressait, accélérait le pas...
La mère Pioupiou surgit derrière lui comme un diable hors d’une boîte, dans un fracas de porte claquée. HIP fit un bond d’une hauteur olympique.
— Monsieur Parmentier ! J’ai failli vous rater, dit donc ! Il faut que...
Elle s’arrêta net, les sourcils froncés.
— Ben, qu’est-ce que vous fabriquez avec vos chaussures ?
— Je... ja... jo..., balbutia le pauvre homme.
— Oh, mon Dieu ! C’est pas possible !
Elle joignit les mains, battit des paupières. Sa voix s’adoucit comme si elle parlait à un enfant simple d’esprit.
— C’est pour ne pas salir, c’est ça, M’sieur Parmentier ? C’est parce que vous savez que je fais toujours l’escalier le jeudi après-midi alors vous vous êtes dit : on va pas tout resalir le vendredi matin... C’est bien d’un cancer, ça ! Vous êtes cancer, hein, c’est bien ça ? oui, ça ne m’étonne pas, les cancers sont attentifs au travail des autres... J’vais vous dire, m’sieur Parmentier, y en a plus beaucoup des gens comme vous...

Une quinzaine de jours plus tard, les pompiers durent intervenir au dernier étage de l’immeuble, pour une vague histoire de tuyauterie.
— ... et, encore heureux, ils ont pris l’escalier de secours, pérorait Madame Pioupiou dans son couloir, à qui voulait l’entendre. Comme ça, ils ne m’en ont pas mis tout mon escalier avec les grosses bottes...
Ces propos futiles ne furent pas perdus pour tout le monde. Dès que les pompiers furent partis et que la concierge eut regagné son antre (c’était l’heure sacrée de son feuilleton), HIP sortit discrètement et contourna le bâtiment.
En fait d’escalier, c’était plutôt une échelle métallique qui grimpait le long de la façade. HIP ne l’avait jamais remarquée. Sa face pâle de navet s’éclaira d’un sourire machiavélique.
Dès le lendemain, pour aller à son travail, HIP emprunta cette issue, bien nommée « de secours ».
Miracle ! Madame Pioupiou n’entendit rien ! Et HIP passa une merveilleuse journée, sans que le terrible mot « cancer » résonnât une seule fois à ses oreilles. Le soir, il emprunta à nouveau l’échelle et réintégra discrètement son appartement.
Il fit de même les jours qui suivirent, soulagé, heureux.
« Ai-je été bête de ne pas penser plus tôt à cette échelle ! se disait-il. C’est si simple ! » Il riait tout seul, les mains sur sa panse joviale.
Il avait retrouvé tout son entrain. Il revit ses amis, qu’il amusa par sa bonne humeur, retourna au cinéma, au restaurant, acheta sans marchander trois couvercles pour sa collection à la brocante paroissiale.
Son bonheur fut malheureusement de courte durée.
Un jour maudit, alors qu’il descendait l’échelle comme tous les matins, son pied glissa sur un des barreaux. HIP perdit l’équilibre, plana un instant dans les airs et atterrit trois ou quatre mètres plus bas, dans l’herbe humide. Il resta là, sur le dos, tel un énorme scarabée impuissant, agitant ses pattes courtaudes et chouinant comme un bébé.
Quelques minutes plus tard, avertie par un voisin, Madame Pioupiou, catastrophée, patina jusqu’au lieu du drame sur ses pantoufles usées.
— Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! M’sieur Parmentier ! Mais qu’est-ce que vous faites là ?
— Tombé... de l’échelle..., expliqua faiblement HIP.
— De l’échelle ?
La concierge contempla avec incrédulité l’escalier de secours et conclut :
— On aura tout vu ! Un cancer qui monte à l’échelle !

HIP était étendu sur le canapé en velours de la gardienne. Sa jambe gauche reposait sur un coussin brodé d’immondes fleurs violettes. Le médecin lui palpait le pied avec précaution. Madame Pioupiou, ravie de cette distraction inattendue, observait la scène avec délectation.
— Ça n’a pas l’air d’être cassé, murmura le docteur. Et là ? Vous avez mal ?
— Un peu, répondit HIP.
— Hum. C’est juste une petite foulure à mon avis. Mais que faisiez-vous sur cette échelle ?
— C’est pourtant pas cancer le goût du risque !, souligna doctement la concierge.
— Pardon ? fit le médecin.
Madame Pioupiou se rengorgea. Voilà qu’en plus on sollicitait son avis ! Quelle merveilleuse aventure ! Que de choses elle aurait à raconter aux autres locataires !
— Monsieur Parmentier est cancer, vous savez ? Et d’habitude, les cancers aiment bien rester chez eux, tranquilles. Mais lui, il a le goût du risque, à monter comme ça sur une échelle. C’est pas souvent qu’on voit ça.
— Hum.
Le médecin se tourna à nouveau vers HIP.
— Vous devriez vous reposer. N’oublions pas que nous avons eu notre petit accident de parcours, l’année dernière. Il faut du temps pour bien se remettre... Pourquoi ne partiriez-vous pas en vacances ? Tenez, il y a trois ans, on a fait la Chine avec ma femme. C’est dépaysant...
— C’est sûr que c’est des paysans, dans ces coins-là, confirma la concierge qui sentait que la conversation lui échappait.
— Ils ont une cuisine très raffinée. Rien à voir avec les soi-disant restaurants chinois d’ici... Et puis, tout est tellement différent. Ça change vraiment les idées... Tenez, Madame Pioupiou, vous qui aimez l’astrologie. Là-bas, ils ne sont pas capricornes, lions ou verseaux. Ça marche par année : l’année du Tigre, l’année du Singe, l’année du Rat... C’est intéressant... Bon, je repasserai vous voir demain, Monsieur Parmentier. D’ici là, ne... Monsieur Parmentier ? Monsieur Parmentier ?
Mais HIP n’entendait plus le médecin. Sur le divan fleuri, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, il était déjà parti. Très loin du médecin et de Madame Pioupiou. Dans un pays de jade et de pagodes, où les dragons cabriolent dans les rizières, dans la lumière dorée du soleil levant.
Dans un pays d’où, il venait de le comprendre, lui viendrait enfin son salut.

Deux mois plus tard, HIP partit pour la Chine. Madame Pioupiou, à qui il avait, naturellement, par délicatesse, caché les vraies raisons de son départ, prit très mal la chose. Le jour du déménagement, quand la collection de couvercles d’HIP dégringola malencontreusement l’escalier, elle ne fit même pas mine de l’aider à ramasser. Elle resta debout devant sa loge, muette, les bras croisés, avec l’air impénétrable d’un mafieux outragé.
HIP avait trahi la « grande famille de l’immeuble », et elle ne lui pardonnerait jamais.

Passé le premier choc culturel, HIP s’habitua très vite à sa nouvelle vie dans ce curieux pays.
Dans l’astrologie chinoise, il était Chien, ce qui lui plaisait beaucoup et contribua largement à son bonheur tout neuf.
Lui qui n’avait jamais raffolé des animaux se mit à caresser tous les chiens qu’il rencontrait comme si eux et lui partageaient quelque secrète connivence.
Mais un jour, environ six mois après son arrivée, l’un d’eux le mordit méchamment.
Les conséquences furent tragiques : l’animal était enragé, HIP s’inquiéta trop tard, se fit mal comprendre auprès des médecins chinois, et décéda quelques heures après son admission à l’hôpital.

Quand Madame Pioupiou reçut l’avis de décès, aimablement envoyé par l’ambassade de France, elle eut un choc. Elle s’assit au bord de son canapé, les yeux vagues. Puis, elle soupira bruyamment et murmura : « Ça valait bien la peine d’aller aussi loin pour finir mordu par un chien ! Il serait bien resté ici, mourir de son p’tit cancer comme tout le monde ! »
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Un petit mot pour l'auteur ? 3 commentaires

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Mona Mour · il y a
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...
R.I.P, HIP.

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Annabel Seynave- · il y a
Tous les gentils commentaires sont partis avec la cyber attaque dont short édition a été victime… Mais c’est très sympa à vous d’être passée lire mon texte !
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Mona Mour · il y a
Non, merci à vous. J'ai pris un plaisir gourmand à le lire. Vraiment.

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