La chasseuse de dragons.

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Finaliste
Jury
Sigfried me prend par les épaules et plonge ses yeux dans les miens.
« Regarde-moi ! siffle-t-il. Ils arrivent pour toi, d'accord ? Tu dois absolument te cacher ou ils te tueront ! »
Ma vue se brouille et ma gorge se serre. Je bafouille :
« Mais... Sig... »
Mon protecteur resserre sa prise.
« Kat, écoute. Tu es très importante pour beaucoup de gens, tu comprends ? »
Je déglutis. Sa voix est profonde, rassurante, et je me calme un peu.
« C'est pour ça que tu dois rester en vie à tout prix, reprend-il. Alors va te cacher. Maintenant ! »
Il me pousse vers la fenêtre, que j'enjambe en reniflant. Je jette un dernier regard en arrière et Sigfried me fait signe de partir. Alors, je saute dans la nuit et atterris un étage plus bas, dans la ruelle. Je me relève, mes genoux me faisant souffrir, et je regarde autour de moi. J'entends, juste au-dessus de ma tête, des éclats de voix. Tout mon corps est parcouru d'un intense frisson et je me précipite vers la plaque d'égout au milieu de la ruelle. Je tente de la soulever, en vain. Derrière moi, j'entends des coups de feu. Mon cœur s'emballe et je tire encore plus fort sur la plaque.
« Allez... putain... je grogne. »
Mais elle me résiste. Dans un dernier espoir, je bondis vers le conteneur à poubelles, juste à côté, et m'y glisse au moment où Sigfried saute par la fenêtre pour atterrir à quelques mètres de moi. Mon ami s'élance vers la rue principale, mais deux hommes lui bloquent la voie. D'autres sautent à leur tour de la fenêtre et, bientôt, Sig est encerclé. Je soulève un peu plus le couvercle du conteneur pour mieux voir. Les hommes qui lui font face sont tous vêtus de costumes noirs. Ils restent silencieux, stoïques. L'un d'eux sort du rang. Ses cheveux sont plaqués en arrière et une horrible cicatrice barre son œil droit.
« Sigfried... susurre-t-il. »
Je m'attends à ce qu'il ajoute quelque chose, mais il se contente de lever son arme et de faire feu. Je plaque une main sur ma bouche pour m'empêcher de hurler, et je contemple avec horreur mon ami et protecteur tomber à côté de la plaque d'égout, juste sous mes yeux. Il y a un petit trou sombre au milieu de sa poitrine, qui se soulève avec difficulté. Sig tousse et du sang gicle de sa bouche. Je tremble comme une feuille, terrifiée et horrifiée. Mais l'homme qui m'a protégé pendant tout ce temps n'est pas encore mort. Ses yeux de glace glissent vers le conteneur, et son regard croise le mien. Un court instant, je crois distinguer de la surprise sur son visage, mais l'obscurité est telle que je doute. Par contre, je suis sûre que c'est un sourire qui se fend sur ses lèvres. Je serre les dents et les larmes coulent sur mes joues. L'homme à la cicatrice s'avance et regarde mon mentor comme si ce n'était qu'un déchet.
« Qu'est-ce qui te fait marrer, Sigfried ? demande-t-il d'une voix froide. Ta petite protégée est probablement déjà entre nos mains, tu sais ? Alors dépêche-toi de crever et arrête de sourire. »
Mais Sig ne me quitte pas des yeux. Il prend une inspiration douloureuse et murmure :
« Puissions-nous nous retrouver... »
Quand le dernier mot franchit ses lèvres, ses yeux deviennent vitreux et son visage se détend. Je serre les poings et ferme les yeux. Je suis secouée de sanglots silencieux pendant un très long moment. Quand je me calme enfin, il n'y a plus personne dans la ruelle et l'aurore aux doigts de roses point au loin. Je sors lentement de ma poubelle. Et m'agenouille aux côtés de mon ami. Je n'ai plus de larmes à verser mais ma voix reste chancelante quand je chuchote :
« Sig, je suis désolée... »
Avec délicatesse, je lui ferme les yeux. Pendant de longues minutes, je reste là, à genoux dans la ruelle, à côté du cadavre de celui qui a tout donné pour moi. Finalement, je renifle et me lève. Quand je me retourne, j'avise un objet posé à côté de la plaque d'égout. Je me penche et le ramasse, les sourcils froncés. C'est un collier dont le pendentif en argent représente un dragon. Je suis certaine qu'il n'était pas là avant, et encore plus qu'il n'appartient pas à Sigfried. Alors à l'un de ses assassins ? Un rictus se fend sur mon visage, et je fourre le collier dans ma poche. Si c'est le cas, alors j'ai quelque chose pour les retrouver. Je vais pouvoir chasser les chasseurs, chasser ces dragons. Je vais pouvoir me venger.
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