La chasse est ouverte (pensées pour mon Papa)

il y a
3 min
31
lectures
5

Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

De grand matin, levé longtemps avant l'apparition du soleil, premier jour de chasse pour
moi en 1975 avec mon permis tout neuf, quelle joie et quelle fierte, être là avec mon
beau costume de chasse tout nouveau et tout beau, acheté à Paris dans une très bonne
armurerie du boulevard Diderot* pas loin de la gare de Lyon.
Costume qui me donne l'air redoutable du tireur, chargé sans doute d'épouvanter tout
gibier, ainsi déguisé la ceinture barrée d'une cartouchière bourrée d'une multitude de
cartouches de plombs divers, les poches et le carnier aussi, je pars en sifflant entre mes
dents une joyeuse fanfare de chasse et rejoins mes compagnons de battue...
Le jour, douteux, hésite longtemps à se prononcer, une lueur laiteuse cependant éclaire
le ciel et à chaque instant une petite alouette gentille alouette part des chaumes et grimpe
par de violents frissonnements d'ailes vers ce ciel hésitant...
Enfin sur le champ de bataille, le théâtre de la guerre...
Avec l'allure mystérieuse d'un conspirateur j'inspecte du regard les alentours, des ombres
se meuvent au loin, ce sont d'autres chasseurs qui attendent impatiemment que le temps
se lève, assis sur un talus, je jouis du bonheur d'être là avec mon beau costume et de
tenir en main ce fusil lui aussi tout neuf, court avec son canon double juxtaposé et d'un
acier si bien trempé...
Comme un ovation, une fusillade crépite de tous côtés.
C'est un feu de salve d'abord qui semblait n'attendre que le commandement, puis des
coups épars, éloignés, secs, des détonations successives, des cris, des abois de chiens fous,
des clameurs éperdues, des courses haletantes, des rires sonores, des exclamations
bruyantes et à nouveau le silence, que fauche au ras du sol et un peu loin un vol lourd
d'une petite compagnie de perdrix grises, combien sont tombées prises dans ces tirs
croisées?
Le tablau nous le dira avec les commentaires des uns et des autres, histoires de chasse
quand tu nous tiens...
Et durant toute la journée, déployés en tirailleurs, forcé par une plaine au dimensions
gigantesques, battant les champs de betteraves, les touffes d'herbes séches, et les ronces
aux griffes agressives, peu de temps pour souffler un peu.
Quelques fois, un chien si près, à l'arrêt, l'oeil fixe, la queue en fouet, unes patte levée et
«hop» un lièvre magnifique qui détale, beau, roux et haut sur jambe, à peine le temps
de l'ajuster et je tire ma première cartouche de la journée avec mon beau fusil tout neuf,
dont le recul est insignifiant...Dommage! raté et même pas tiré ma deuxième cartouche
le gibier fuyant à vive allure, si vite déjà trop loin, la surprise de ce premier coup de feu,
et maintenant le regard du chien avec son air de repproche à mon encontre mais qui très
vite se remet à fouiller les buissons, à quêter le lapin, la perdrix ou le faisan...
L'excuse que je me donne est peut être celle-ci, ce lièvre parti trop loin ou bien trop près,
les cartouches peut être mal chargées en plomb ou la poudre insuffisante, la bourre trop
pressée, enfin j'ai loupé et ne peut cependant m'en prendre qu'a moi même...coup de feu
du débutant, ou ça passe ou ça casse, pour moi euh! Bien loupé...
Quel dommage que de n'avoir pas pu remplir mon carnier de ce lièvre dont les pattes
auraient pu sortir d'un côté et les oreilles de l'autre, ah là là, la satisfaction , mais non
le regret, alors je recharge mon fusil du coup tiré au cas ou une autre occasion se
représente à moi de tirer un autre animal et là: «pan» un coup de six à droite, «pan» un
coup de quatre à gauche...
La chasse avance doucement dans la plaine en bordure des bois, et là une caille qui s'envole
je tire et des plumes volent mais elle tombe morte très loin et pas de chien en vue pour la
retrouver...
La matinée se passe, nous stoppons un court instant de marcher de droite et de gauche pour
nous sustenter d'un petit en-cas emporter dans nos poches avec une petite fiole comme
simple coupe soif, et c'est reparti, pas de temps à perdre le jour de l'ouverture et la
plus belle de toutes les journées de chasse avec celui de la fermeture...
Et moi qui pensais que la chasse était un noble et interessant exercice, le sport aristo-
-cratique de nos aïeux, une distraction qui cause l'arrêt des soucis et des inquiétudes
de tous les jours, relâche des préocupations et le repos complet de l'âme et de l'esprit.
Mais sous la fatigue croissante qui commence à me raidir les jambes et rendre mes
déplacements un peu plus lents, à me voûter le dos sous l'apprehension de plus en plus
justifiée de rentrer face à mes Pères , complètement bredouille, je laisse alors
vagabonder mon esprit et pense autrement la chasse, me dis que c'est une concession
aux instincts primitifs de l'homme, à ses appétits sanguinaires, barbares et féroces...
A cet instant mon regard se porte à la lisière du bois sur ma gauche, bon côté pour le
tir d'un droitier, là un lièvre, peut être celui loupé par moi en début de chasse, il est
là tranquillement entrain de se frotter les pattes de contentement en se disant «ouf»
du fait d'avoir certainement été raté un nombre incalculabble de fois en ce jour...
Et sans lever mon fusil je lui lance un clin d'oeil et lui souhaite alors qu'il me regarde
une longue et bonne semaine jusqu'au Week-End prochain pour la revanche, il me
tourne le dos et tranquillement entre dans le sous-bois sans peur du «pan» dans son
dos....

* cette armurerie n'existe plus
5
5

Un petit mot pour l'auteur ? 8 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Isabelle Lambin
Isabelle Lambin · il y a
Je n'aime pas les chasseurs, mais je t'accorde mon vote pour ce moment partagé avec une personne qui compte
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci Isabelle, toi aussi tu comptes.
Image de Serge Debono
Serge Debono · il y a
On sent la nostalgie d'un moment partagé et précieux. J'avoue ne pas être fan de la chasse mais j'ai apprécié l' immersion dans la forêt, avec ses bruits, ses mouvements furtifs, ses senteurs. Merci Alain ;-)
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci à toi Serge pour ce petit mot sympa.
Image de François Liogier
François Liogier · il y a
Et tu n'as même pas fait un doublé de bartavelles! Mais, en te lisant, j'ai entendu mon grand-père et mes oncles me raconter leurs histoires de chasse, retrouvé quelques souvenirs d'enfance quand j'accompagnais mon grand-père aux orées des bois. Merci Alain.
Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci François, à moi, ce temps me manque....surtout mon Papa. Bon après-midi
Image de Sylvie Neveu
Sylvie Neveu · il y a
coucou alain,
bon, tu sais ce que je pense des hommes en armes.... cependant, j'aime te lire ici pour le bel hommage d'un fils, toi, à son père et de ton écriture fine de conteur. il me manque ta voix. ton récit est une toile qui vibre au rythme de tes pas dans la forêt. c'est aussi une scénographie mobile et colorée, très sonore qui sent les odeurs gravées éternellement dans ta mémoire. les odeurs de la terre humide, des fougères, de la bruyère, de la bête qui saigne, de ta sueur qui coule, du bout de saucisson sur le pain, les odeurs de poudre brutale aussi.
j'aime tellement " le jour, douteux, hésite longtemps à se prononcer... ", c'est beau, ça .
merci alain

Image de Alain Derenne
Alain Derenne · il y a
Merci à toi tit'fée.

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

La solitude du VRP

Pim San

Encore une tournée pour des clopinettes, tiens. Le Jura, tu parles d’une région. Même en plein été, hein… Une semaine à faire les montagnes russes, tout seul dans ma voiture, à bascule... [+]