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La Chambre des Songes

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Joséphine Malko

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Elle ouvre ses portes bientôt.

Vous ne verrez pas l'aube

Avant la fin du chaos.





Il est une chambre comme nulle autre, dans laquelle on pouvait y entrer par une toute petite porte de la taille d'un enfant en forme d’œil. Cette porte menait elle-même à une pièce immense comme l'océan, chaude et rayonnante. Il n'avait pourtant aucun meuble, pas même un lit. Juste un lampion blanc sans motifs flottant sans accroches au plafond. Il était plus agréable à fixer que le Soleil, cette nouvelle petite Lune sans éclipse mais passant de la Lune pâle à la Lune Blonde, de la Rousse à la Brune, de la Brune à la Pourpre, de la Pourpre à la Bleutée. Seul la Rouge Sang était bannie de par son apparence terrifiante et glaçant le sang.



Il arrivait que des petits papillons bruns et anthracites ornés de paires d'yeux de chat ou de hiboux voletaient autour, dessous et au-dessus de cet astre de chambre rejoints par les lucioles et les vers luisants accrochés aux quatre murs de la chambre, nouvelles étoiles compagnes du lampion. Et puis les véritables étoiles s'allumaient soudainement sur les murs et le plafond et des nuages pourpre sombres les sillonnaient, glissant lentement tels des navires sur la mer. Justement, des petites caravelles aux grandes voiles blanches naviguaient sur le sol de la chambre devenu océan et divers oiseaux, des petits passereaux aux rapaces, survolaient la chambre.



Ce fut alors qu'une forêt de pins, cèdres, sapins, chênes, noisetiers, bouleaux, marronniers, bonsaïs et arbres aux écus s'éleva, des arbres sortirent des écureuils et des loirs descendant des troncs en spirales. Un merle chantait un air de Carmen et une chorale de mésanges, pinsons, geais, grivettes, sittelles et hirondelles lui répondait en chœur orchestrée par un rossignol Philomène. Des renards sortaient de tanières tout juste ouvertes; ce fut alors un défilé de lapins, blaireaux, loups, ours, hermines et belettes qui se frayait un chemin entre les arbres formant un espace étroit puis se séparant pour laisser place à une petite fille accueillant ses compagnons. Des fleurs se mirent à pousser à ses pieds et recouvrirent tout le sol de la forêt jusqu'à former un épais tapis recouvrant les racines des arbres. La mousse verte tendre apparut et une rivière s'écoula d'une gigantesque cascade venant de sortir de la terre.





L'enfant sauta depuis la cascade et plongea dans la petite rivière où grouillaient écrevisses, castors, loutres et poissons de toutes tailles. Plus profondément, elle approcha d'un espace d'un bleu d'une teinte plus profonde, l'Océan. Elle grimpa sur le dos d'une baleine bleue qui l'exposa à la surface de l'eau où elle put voir des dauphins

essayer de s'envoler hors de leur élément mère, des otaries au pelage cuivré faisant corps à avec les ondes, des flancs de poissons aux couleurs infinies, des tortues vertes

comme des feuilles de palmiers planer avec des raies battant des nageoires tels des oiseaux.



En retournant sous l'eau, elle put observer des hippocampes ivoires accrochés à leurs précieuses lianes d'algues rosée, ocre et jaune canari, des dragons des mers richement ornés de parures imitant le corail flottaient au gré des courants, des poissons ballons servant de balles de jeux aux otaries et dauphins et des poissons papillons formés en voile de navire. Les loutres de mer lui apportaient perles, huîtres, corail et coquillages.



Puis l'eau s'évapora, du maïs poussa dans toute la chambre. Les tiges étaient plus hautes que le mât d'un navire mais l'enfant put grimper sur l'une d'elle pour y prendre un épis doré qu'elle croqua avec plaisir et gourmandise. En marchant plus loin, des tournesols succédèrent aux plantations de maïs et tournèrent leur regard, non pas vers le soleil, mais vers l'enfant. Des mulots avaient construits leurs petites maisonnées de brindilles reliées aux tiges de tournesols et virevoltaient entre elles.



Et ce fut alors que le Soleil devint noir et recula sur sa course habituelle, le champs s'effondra et ses petits habitants partirent précipitamment en laissant derrière eux leurs nids; le sol se mit à craqueler et une pluie de cendre s'abattit sur terre. Ce fut alors la Lune Sanglante qui usurpa la place du Soleil, à son arrivée le ciel devint sombre. Plus d'étoile, de nuages, d'eau; juste des pierres qui tombaient d'on ne sait où et la foudre s'abattant sur le champs, brûlant ce qui restait des tournesols et des épis de maïs. L'enfant courut du mieux qu'elle put, poursuivie par le sillon de feu et de souffre causé par un tremblement de terre.



De ce sillon sortit un dragon gigantesque bleu turquoise portant une crinière rouge écarlate. Ses écailles aiguisées sortaient de son corps pour essayer de transpercer le corps de la fillette qui continuait à fuir, essoufflée par cette course insurmontable. Quelques écailles aiguilles réussirent à s'implanter dans sa peau pour ne plus sortir. Elle ne put que tomber sur le sol car sa jambe droite était touchée de toute part et elle dut se déplacer à plat ventre sur le sol qui s'effondrait. Finalement, un ravin se présenta sous ses yeux horrifiés de voir une sorte d'enfer où brûlait tout ce qu'elle a put voir de beau auparavant. Les arbres, la mousse, les petites caravelles, ses compagnons, les fleurs, les étoiles... rien ne fut épargnés. Le lampion ne pouvait résister aux flammes infernales.


La bête se rapprochait de l'enfant et la fixait de ses yeux noirs où seul le néant se

lisait, son souffle brûlant provoqua des vapeurs que l'on n'aurait pu respirer tant elles

sentaient comme la peste noire. Sa langue noire cendrée fourchue désignait sa future

victime qui attendait son heure... Non, elle préféra sauter dans le ravin au grand dam du prédateur qui n'allait pas tarder à ouvrir sa gueule, elle se laissa glisser hors du petit îlot qui lui servait de dernier refuge. Le dragon n'eut pas le temps de la rattraper, l'enfant lui glissa entre les griffes. Il la regarda tomber, dépité; il semblait que la fillette se fichait d'être brûlée dans ce gouffre.



Mais ce n'était pas le feu qui l'attendait mais les abysses; là où il n'y avait ni lumière ni vie, quoi que ce soit qu'elle ai pu croiser sous les eaux. Du moins jusqu'à l'arrivée d'un monstre aux yeux aussi vides que ceux du dragon, promenant sur sa tête une sorte de petite boule de lumière. Son corps était aussi long que celui d'un serpent capable de l'enserrer entièrement pour l'étouffer et sa gueule affichait des dents comme des crochets suffisamment affûtés pour dévorer son cœur. Justement, il ne faisait que l'encercler depuis qu'il l'avait aperçu de par sa vision de chat-huant qui ne laissait aucune proie échapper à son regard glaçant. Son jumeau le rejoignit pour encercler à son tour la petite humaine qui était désormais sous hypnose.



En effet, le regards de ces monstres l'avaient forcée à s'allonger sur le sol malgré sa volonté, elle fut comme clouée sur le fond marin alors que ses tortionnaires tournaient encore au-dessus d'elle. Puis ce fut une élévation vers la surface voulue par les monstres qui permit à ces derniers de se jeter sur elle pour la dévorer.



Soudainement, ils renoncèrent à la savourer de leurs dents et s'éloignèrent plus vite qu'ils n'étaient venus. L'eau s'éclaircit et pris une teinte plus bleue mais toujours aussi profonde. Là encore, pas de traces de vie; l'enfant était seule mais rassurée de s'en être encore sortie de justesse.



Une silhouette plus grande que celles de ces prédateurs s'est approchée, elle était mille fois plus grande que les créatures qu'elle avait croisé jusque là. Il n'en fallut pas moins pour distinguer son visage: une gueule énorme comme celle d'une baleine, des yeux verdâtre gros comme des pierres, une fourrure aux poils longs et des palmes dont la longueur était équivalent à celle d'un humain. Elle aussi avait une faim qui ne serait comblée qu'avec une proie aussi tentante, la loutre géante essaya d'avaler la fillette avec sa gueule, mais elle ne fut pas assez rapide car la petite fille avait sorti de sa poche deux paires de ciseaux qu'elle n'avait pas pu sortir auparavant à cause du dragon qui la poursuivait dans le champs et des murènes qui l'avaient empêché de remuer ne serais-ce le moindre membre pour se défendre. Bonne nageuse, elle avait échappé à la gueule de l'animal pour grimper sur son dos. La bête remuait vivement pour la faire descendre tandis que l'enfant escaladait péniblement son corps en s'accrochant aux poils qui,par chance, était comme des longues cordes si solides

qu'on aurait pu les utiliser pour escalader une montagne. Elle prit appui sur ses petits

pieds pour sauter sur la tête et attrapa ses oreilles de chien en tirant fort tel un cavalier sur ses rênes pour arrêter son cheval farouche. Elle finit par crever les yeux du mammifère géant en plongeant ses ciseaux droit dans l'oculaire. Elle poussa un cri de douleur inimaginable sous la surface de l'eau et secoua violemment la tête.



L'enfant agita ses bras et ses jambes pour remonter à la surface sans se retourner une seule fois et se retrouva au beau milieu de ruines d'arbres abattus et brûlés. Il n'y avait donc plus rien à attendre de ce monde dans lequel elle s'était embarqué, tout a été crée puis détruit en un instant. Que faire alors de ces cendres? Il n'y avait plus rien à rebâtir... du moins c'est ce qu'elle pensait quand une autre créature s'approcha de la fillette. C'était un immense loup blanc de la taille d'un cheval de trait dont les poils descendaient jusqu'au sol. Il la fixait avec ses quatre paires d'yeux vairons bleu, jaune, rouge et orange, la reniflait de son museau rose pâle marqué d'une tâche noire formant une sorte de crayon. Sa tête se frotta contre elle et lui assécha un cou de langue bien signifiant; pour une fois qu'elle rencontrait une créature bienfaisante et attendrissante qui venait à elle pour la soutenir et non lui nuire. Le loup se coucha alors au sol et fit signe de sa tête vers son dos ; le message ne pouvait être on ne peut plus clair. L'enfant grimpa sans peine sur son dos et l'animal bondit alors dans l'eau après avoir pris son élan. Ce furent ses pattes antérieures et son museau qui touchèrent en premier la surface plane et huileuse de l'eau.



L'endroit où ils atterrirent n'avait rien de commun à ce que la petite fille avait vu auparavant ; le ciel prenait la place de la terre inexistante et l'eau formait une voûte céleste remuante. Pas de végétation ou d'animaux ne peuplait ce lieu si singulier, les couleurs étaient absentes, le vent ne soufflait pas. En tournant la tête, l'enfant pu voir un arbre bien étrange: lui non plus ne ressemblait pas à un seul arbre qu'elle avait pu observer. Il ne ressemblait même pas à un arbre véritable, certes il avait l'apparence du chêne mais la teinte pure et blanche du bouleau et ses feuilles présentaient une forme rectangulaire vierges de lignes de vie. L'une d'elle se détacha à cause d'un alizé pour se déposer entre les doigts de l'enfant. Elle remarqua également aux racines de l'arbre un énorme bol, un pinceau et un crayon qui n'attendaient plus qu'une main humaine les saisissent. Ce que fit l'enfant tandis que le loup asséna un coup de mâchoire dans le tronc de l'arbre, il en sortit de l'encre noire qui remplit le bol. L'animal pleura plusieurs larmes colorées de ses yeux vairons dans des petits gobelets. L'enfant y trempa délicatement son pinceau et dessina sur sa nouvelle feuille sous le regard du loup.
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Saint Sorlin · il y a
L'on est en pleine Fantasy et c'est bon! Bravo et bonne continuation.
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