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La cabane sanglante

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SuriThaï

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La forêt était dense, je ne parvenais pas à m'arrêter de peur qu'il me retrouve. Je savais que les chances étaient minces que je parvienne à le semer ici, il était chez lui dans cet enfer vert. Il connaissait probablement tous les recoins invisible aux yeux d'un inconnu.
Je courrais à en perdre haleine, je sentais l'air qui essayait d'atteindre mes poumons, mais ces derniers étaient tellement quémandés dans ma course, que j'avais l'impression qu'ils n'allaient pas tarder à exploser. Il fallait que je m'arrête pour reprendre mon souffle, il fallait que je m'arrête pour que mes muscles arrêtent de hurler dans tous les sens en me lançant des douleurs passagères et aigues. J'ai repéré un énorme rocher collé à un arbuste, sans autre idée, je me suis réfugiée entre les deux et accroupie, j'ai posé mes mains sur ma bouche pour ne pas être entendue avec ma respiration ronflante.
J'ai baissé les yeux, ils se sont posés sur mes pieds nus couverts de terre et de sang séché, et tout me revient devant les yeux. Horrifiée, je préfère les fermer jusqu'à ce que ces images me quittent. Lorsque je rouvre les yeux, je le sais, ils sont tous morts. Je les ai conduits à cette mort lente et douloureuse, mais comment aurais-je pu savoir ce qui allait se passer...

Je me réveille, il fait noir, je ne sais plus où je suis, comment j'y suis arrivée. J'essaye de bouger mais mes mains sont attachées dans mon dos, mes chevilles aussi sont bloquées. Je parviens à me tortiller sur le sol humide et froid pour me redresser. J'appelle quelqu'un, mais mon échos est le seule à me répondre. Puis je me souviens, on est venu dans cette forêt pour cette histoire débile. Je les ai incité à me suivre là, pour qu'on découvre ensemble ce lieu hanté et que l'on se fasse peur. Tout ce qui avait été raconté sur internet, c'était que des horreurs s'étaient déroulés dans cette cabane abandonnée depuis des décennies. Il est raconté qu'un esprit prend possession d'un campeur, d'un chasseur, d'une personne quelconque qui passe ici, et qu'il décime tout le reste du groupe sans qu'il ne s'en souvienne par la suite. Oui, décimer est le bon terme. Il ne se contente pas de tuer, il tue avec lenteur, avec sadisme, histoire que la mort sois lente et douloureuse.
Je nous revois arriver devant la cabane, jeunes étudiants en cinématographie que nous sommes, on ne pense qu'à notre court-métrage d'horreur. Oui, mais on ne pensait pas que tout allait devenir vrai, que finalement, le film ne se ferait jamais. Josh a été le premier à ressentir quelque chose, il a dit qu'il fallait partir, qu'il ne sentait pas du tout cet endroit. On s'est moqué de lui, on lui a dit qu'il était une mauviette, et pourtant...
On est entré dans cette cabane, tous ensemble, caméra à la main, prêts à filmer notre nouvelle aventure. Josh est resté en retrait, il ne voulait pas entrer, on l'a ignoré et on a progressé dans l'obscurité. On est arrivé au centre de la pièce principale lorsqu'on a ressenti un courant d'air froid nous frapper de face violemment, on a tressailli mais personne n'a dit mot ou crié. Les regards se sont croisés et on a commencé à s'éparpiller dans la cabane. Une odeur empestait à l'intérieur, peut-être le renfermé, le vieux... Non, il y avait autre chose... Une odeur âcre, qui prenait aux tripes, prête à renvoyer le petit-déjeuner du jour. Je n'arrivais pas à remettre un nom, un mot dessus, j'ai continué d'avancer, seule, vers un coffre en bois posé contre le mur à quelques mètres de moi. Je sentais une odeur encore bien plus forte à cet endroit. Ma tête me disait de ne pas y aller et pourtant mes pieds se refusaient à s'arrêter. Lorsque je me suis arrêtée à proximité du dit coffre, j'ai regardé mes pieds qui venaient de faire un ''sploutch'' en marchant dans un liquide. Le faisceau de ma lampe a tout éclairé, un frisson m'a parcouru l'échine, j'aurais voulu dire aux autres de partir, qu'il ne fallait pas rester ici, et pourtant je n'ai rien dis. Je me suis avancée vers le coffre pour l'ouvrir, je voulais en avoir le cœur net. Alors j'ai soulevé le couvercle....

J'ai essayé de hurler, mais aucun bruit n'est sorti de ma bouche. Quelqu'un a posé sa main sur mon épaule, et là j'ai hurlé. Josh m'a immédiatement mis la main sur la bouche et a regardé dans le coffre à son tour. Il a lâché sa lampe qui est tombée lourdement sur le sol et a fait demi-tour pour aller vomir dans un coin de la cabane. Thomas, Eric, Stéphie et Morgan sont restés interdits devant le spectacle.
Dans le coffre se trouvait le corps démembré d'un homme, ou peut-être était-ce une femme. Les jambes étaient posées debout d'un côté du coffre, les bras de l'autre, le tronc au centre, recouvert d'un tapis de sang sur lequel reposait la tête. La personne devait être morte depuis longtemps maintenant, la peau avait noircie par endroit, elle était fripée, et l'odeur nauséabonde qui ressortait du coffre commença à déranger tout le monde. Je rebaissa le couvercle du coffre, ignorant les larmes qui coulaient le long de mes joues et rejoignaient mes lèvres. Je savais que quelque chose d'horrible c'était passé, que quelque chose d'horrible allait encore se passer. Les frissons qui parcouraient mon dos me le faisaient clairement ressentir.
Je me suis retournée pour dire à mes amis qu'il était temps de partir, de laisser cette cabane loin derrière nous, mais...
Josh, debout devant moi, fut la dernière personne que je vis avant de ressentir un choc sur la tempe et de perdre connaissance...

Je me suis réveillée dans le noir absolu, poignets et chevilles ligotés, sans la moindre possibilité de me lever. J'ai essayé de m'habituer à l'obscurité pour distinguer la présence de mes amis, mais je ne vois personne, je n'entends que le silence. J'appelle, mais personne ne me répond. Je commence à bouger pour desserrer les liens qui me coupent la circulation, puis soudain, des cris....
Des cris d'horreur, de douleurs retentissent et s'enfouissent au plus profond de mes entrailles. C'est Stéphie, j'en suis convaincue. Puis je repense à Josh, ses yeux... Il n'était plus lui-même, c'était la seule explication...
Josh avait été le premier à se sentir mal en arrivant devant cette cabane, il avait été encore plus touché que nous par la découverte du cadavre, il était plus fragile. Peut-être que cette découverte et cette histoire de cabane sanglante l'avait fait partir dans un délire, qu'il était en pleine crise de quelque chose. Mais ses yeux révulsés reviennent dans ma mémoire, ils étaient d'un blanc... spectrale...
Voilà qu'à mon tour je me mettais à partir dans un délire de monde hanté, mais ce n'était pas possible, jamais Josh ne nous ferait de mal. Et pourtant, les cris de Stéphie me laissaient penser le contraire. Les hurlements déchirants retentirent pendant des heures avant qu'ils ne cessent d'un coup, je savais que s'en était fini de cette jeune femme blonde, bout en train, plaisantant toujours sur tout et rien, un carnet et un stylo à la main pour dessiner ce qu'elle voyait de la vie.
D'autres cris commencèrent à prendre le relai, bien plus proche cette fois, je reconnus les voix de Thomas et Eric. Ils demandaient pitié, je l'entendais clairement, ils ne voulaient pas souffrir. J'avais l'impression qu'ils se trouvaient de l'autre côté du mur. Mais quel mur? On ne se trouvait plus dans la cabane, cette fois c'était certain. Puis d'un coup j'entendis le hurlement de Thomas tandis qu'un second bruit plus discret avait remplacé les cris de Eric. On aurait des bruits de suffocation... Une image s'imposa à moi, puis une autre... Tous les films d'horreur me revinrent rapidement en mémoire. Noyade, étouffement, égorgement... Qu'importe lequel Eric n'en avait plus pour longtemps, et pourtant, les bruits ne semblaient pas vouloir s'arrêter.
Les cris de Thomas changèrent en une seconde. Devinant la peur et l'horreur je compris rapidement lorsqu'ils se transformèrent en cris de douleurs! Je ne pouvais pas rester ici, mon tour approchait et je ne voulais pas mourir. J'ai réussi à faire passer mes mains de mon dos à devant moi, au prix de contorsions dont je ne me croyais pas capable. Je me suis redressée et j'ai pu détacher les liens de mes chevilles, c'est à cet instant précis que j'ai remarqué l'absence de chaussures à mes pieds. Je me suis redressée avec difficultés, mes muscles étaient bien assoupis, et j'ai entendu des pas s'approcher. Je me suis dirigée droit vers eux, me doutant que la porte devait être du même côté, puis un déclic, une poignet qui tourne, un rayon de soleil qui filtre, alors j'ai foncé!! Je ne l'ai même pas regardé, je l'ai percuté de plein fouet, on est tombé tous les deux, mais je me suis relevée aussitôt et j'ai foncé droit dans la forêt, un cri de rage se fit entendre derrière moi, ou encore plus un cri animal. Il ne semblait plus rien y avoir d'humain en Josh, mais mon seul but était de sortir de la forêt, de trouver de l'aide, et de rentrer chez moi, en sécurité et en vie.

Je suis restée cachée enter ce rocher et l'arbuste pendant plusieurs minutes qui me parurent une éternité, puis j'ai pris la décision de sortir, le silence régnait de maître, peut-être avait-il abandonné. J'ai contourné un tronc d'arbre et puis un autre, il n'y avait pas de trace de qui que ce soit, alors j'ai fais demi-tour, prêtes à reprendre ma course vers l'issue de la forêt, vers ma liberté. J'allais finalement m'en sortir, contrairement à mes amis...
J'ai fais plusieurs pas calmement dans la forêt silencieuse, un hululement de hiboux m'a fait sursauter et j'ai stoppé mes pas. J'ai entendu un craquement derrière moi, une branche écrasée par le poids de quelque chose, de quelqu'un... Puis je les ai vu, à une centaine de mètres devant moi, un groupe de personne, j'ai cru reconnaître leur tenue de garde-chasse, j'ai souries, finalement j'étais bel et bien sauvée. J'ai recommencé à avancer, prête à les appeler à l'aide, mais...

Une main est apparue devant mes yeux et s'est posée sur ma bouche pour m'empêcher de crier. J'ai pourtant essayé, de toutes mes forces! J'étais si prête du but, j'étais presque sauvée, pourquoi ne regardent-ils pas de mon côté, ils pourraient encore me sauver...
Et puis j'ai senti une force me tirer en arrière et j'ai fermé les yeux...

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J.Z · il y a
On est tout de suite dans l'action et on arrive plus à respirer tellement l'ambiance est suffocante. Une fin comme je les aime. Pur plaisir.
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