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La bagarre des bigarés

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Ilnuaj Draglen

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L'heure est claire il est temps de vous délivrer une nouvelle histoire.

La farce se déroula face au vent du sud dans la ville portuaire de Tabayun. Située sur la corne d'un grand continent, elle offrait un très joli et très petit tremplin pour tous ceux qui voulaient partir à l'étranger.

J'ai dit petit ?

J'aurais dû dire minuscule. Car il y avait peu de terre, mais beaucoup de gens pour la fouler. Il y avait : des blancs, des noirs, des gris, des jaunes, des rouges, et même quelques bleus. Or, à force de se côtoyer, les gens se frictionnèrent jusqu'à s'échauffer. Ils se tapèrent d'abord sur les nerfs et manquèrent de se taper dessus. Pour éviter une bagarre d'un peu trop grande échelle, un prétendu sage dit à tout le monde : « Cela doit cesser, nous ne pouvons plus nous supporter, si nous ne voulons pas que la ville éclate, il va falloir faire du tri. »

J'ai dit prétendu ?

J'aurai dû dire stupide, mais un sage stupide qu'on écouta. Aussi, les blancs se mirent avec les blancs, les noirs avec les noirs, les gris avec les gris, les jaunes avec les jaunes et les rouges avec les rouges, les bleus, on ne leur laissa pas trop le choix. Donc au début ça allait bien. Il faut dire que les gens de couleur avait tous un point commun au moins, ça rapproche. Seulement le découpage de Tabayun avait été un peu fait à la va-vite, ce qui modifia certaines couleurs.

Je m'explique.

Le quartier des tous noirs était sous terre bien pratique en cas d'averse.

Le quartier des tous blancs était proche d'un ruisseau dans lequel on trouvait des petites d'or.

Le quartier des gris donnait sur la mer ce qui était bien joli.

Le quartier jaune était plus près des champs ce qui était moins fatiguant.

Le quartier des tous rouges était sur un plateau venteux, mais calme.

Et le quartier des tous bleus était bien exposé au soleil le matin.


Ça, c'était au début, car de petites complications virent redessiner l'arc-en-ciel.

En effet, les touts noirs à force de rester sous terre perdirent leur couleur et devinrent tout blanc.

Les tous blancs à force de ramasser de l'or devinrent tout jaune.

Les tous gris rosirent grâce à l'air marin.

Les tous jaunes eux brunirent à force de travailler dans la terre des champs.

Les tous rouges étaient apaisés dans leur quartier et perdirent de la rougeur pour devenir orange.

Et les tout bleu rougirent sous le soleil, se mélangeant aux rayons jaunes pour devenir vert.

Des petits changements qui vinrent bien compliquer la vie en ville, car on trouvait des blancs chez les noirs, des jaunes chez les blancs, des roses chez les gris, etc...

Mais jusque-là ça allait encore, car toutes les couleurs étaient rassemblées dans les mêmes quartiers.

Ce qui ne dura pas.

Car certains tout noir devenus blancs devinrent vert de jalousie de la richesse des tout blancs, de même pour certains bleus, roses, rouges, bruns, verts.

Alors certains blanc peu partageurs, devinrent noir de haine à l'idée qu'on ose répartir équitablement les richesses.

Du coup, certains blancs, bleus, noirs, rouges, jaunes, bruns, verts, devinrent bleus de peur à l'idée qu'une nouvelle guerre se déclare.

Et forcément certains, blancs, bruns, noirs, rouges, jaunes, roses, devinrent rouge de colère à l'idée que des imbéciles cassent tout par cupidité.

Logiquement certains, rouges, bleus, noirs, blancs, bruns, roses, verts, démoralisés par l'imbécilité régnante broyèrent du noir jusqu'à trainer une humeur grisâtre.

Et le vrai problème sonna ici.

Puisque plus personnes n'avait sa couleur comment se reconnaître ? Alors des noirs devenus blancs prirent des coups parce qu'on les confondit pour des blancs de souche.

Idem pour les rouges

Pareil pour les noirs

La même pour les bleus.

Dito pour les bruns.

Certains rentrèrent chez eux couvert de bleus et devinrent violets. Il y avait des accidentés tout rouge, et des soigneurs tout blanc, qui devinrent tout rouge après l'opération.

Oui à cette époque être daltonien était un handicape majeur, quoique cela ne faisait pas tant de différence vu dans la mêlée qui agitait la pauvre Tabayun.

Un vieux sage observait ce triste chahut de loin. Lui, il avait conservé sa couleur, brun sombre comme le chêne contre lequel il s'appuyait pour soulager son vieux dos.

Il accueillit sous son épaule une petite fille violette qui pleurait.

- Que t'arrive-t'il ma petite ? Fit-il d'une voix si chaleureuse qu'elle soulage les articulations.

- Je sais plus de quelle couleur, je suis, répondit-elle d'une voix si déchirante qu'elle laissait des lambeaux de papiers derrière elle.

Le vieux sage sourit.

- Peu importe ta couleur, tu seras toujours comme tous les autres,une humaine.
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