L’ORIENT, d'après Maupassant

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Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

Je songe à l’un de mes amis,
Matthieu, qui vit depuis janvier
Aux frontières de l’Asie.
Je l’avais une fois trouvé, l’an dernier,
En plein rêve d’opium, couché dans son salon

Il m’avait dit : «Comme il vous prend, ce poison !
Ses séductions invisibles
Vous pénètrent jusqu’au cœur
Ses sensations imprévisibles.
Quelle délicieuse torpeur !
L’opium console de tout.
Avec lui, je comprends tout.
Quand j’en prends,
Je m’étends et j’attends
Une heure,
Parfois deux heures.
Je sens d’abord de légers frémissements
Puis un vibrant engourdissement.
Seule ma tête pense
Avec une lucidité infinie
Dans un bonheur immense
Je raisonne, déduis,
Descends en de nouvelles profondeurs,
Monte vers de merveilleuses hauteurs,
Flotte dans un océan de voluptés
Et savoure une incomparable félicité,
Une idéale jouissance.
Que m’importe la pensée pratique,
Je possède la plus pure des intelligences.
J’aime l’illusion onirique.
Sans rêve, je serais conduit au suicide
Du fait des rudesses de ma vie intrépide. »

Il m’adressa un simple mot au mois de mai :
‘‘Je suis heureux !’’

Cette lettre de Mathieu
Exhalait un effluve d’encens puissant
Et d’autres parfums troublants.

Je ne le revis jamais.
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Francine Lambert · il y a
Très lyrique, pour un peu on aurait envie de goûter à cette "délicieuse torpeur ". . . fort heureusement, la chute se lit comme un avertissement à ne pas succomber à ces " parfums troublants", bravo Charles !
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Charles Dubruel · il y a
merci, Francine. Maup y toucha, moi, pas !
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Zouzou · il y a
...une addiction à laquelle on ne réchappe pas !
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Duje · il y a
L'opium emporte jusqu'aux cieux dans un nuage merveilleux de fumée bleue ....

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