L’ORIENT, d'après Maupassant

il y a
1 min
13
lectures
4

Charles Dubruel grand-père, passionné de littérature et particulièrement de Maupassant  [+]

Je songe à l’un de mes amis,
Matthieu, qui vit depuis janvier
Aux frontières de l’Asie.
Je l’avais une fois trouvé, l’an dernier,
En plein rêve d’opium, couché dans son salon

Il m’avait dit : «Comme il vous prend, ce poison !
Ses séductions invisibles
Vous pénètrent jusqu’au cœur
Ses sensations imprévisibles.
Quelle délicieuse torpeur !
L’opium console de tout.
Avec lui, je comprends tout.
Quand j’en prends,
Je m’étends et j’attends
Une heure,
Parfois deux heures.
Je sens d’abord de légers frémissements
Puis un vibrant engourdissement.
Seule ma tête pense
Avec une lucidité infinie
Dans un bonheur immense
Je raisonne, déduis,
Descends en de nouvelles profondeurs,
Monte vers de merveilleuses hauteurs,
Flotte dans un océan de voluptés
Et savoure une incomparable félicité,
Une idéale jouissance.
Que m’importe la pensée pratique,
Je possède la plus pure des intelligences.
J’aime l’illusion onirique.
Sans rêve, je serais conduit au suicide
Du fait des rudesses de ma vie intrépide. »

Il m’adressa un simple mot au mois de mai :
‘‘Je suis heureux !’’

Cette lettre de Mathieu
Exhalait un effluve d’encens puissant
Et d’autres parfums troublants.

Je ne le revis jamais.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Rondes de nuit

La Sperata

Je suis gardien de musée, je travaille de nuit.
Ce travail me convient. Il est tranquille, je m’y sens à la fois seul et suffisamment proche de l’humanité pour ne pas tomber en... [+]