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Yannick Pagnoux

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Une orange. Un simple fruit que l’on consomme le plus souvent en jus. Qu'y avait-il de si particulier dans une simple orange qu’elle puisse engendrer une catastrophe d’ampleur locale ? Et de plus, même pas entière l’orange, non, juste quelques quartiers jetés par la fenêtre, parce que trop amères au goût de celui qui les mangea. Voilà bien une question qu’Estéban se sera posé des dizaines de fois, en écoutant les policiers venus à sa rencontre ce matin-là. Comment pouvait-il juste supposer qu’un simple acte aussi commun que stupide allait engendrer un tel déferlement de hasards, qui allait aboutir à l’évacuation en urgence de sa ville ?

Comme tous les matins Estéban, trente et un ans, « vieux garçon » et célibataire de surcroît, se leva de son lit certes douillet, mais qui avait pour lui le mauvais goût de laisser son dos endolori de courbatures, contre lesquelles il luttait par des exercices de relaxation. Il se dirigea vers la cafetière fumante qu’il avait programmée la veille, et se servit un grand bol de café noir. Puis, il se déshabilla rapidement pour se doucher, comme il le faisait chaque matin, dans le but de laisser refroidir son café qu’il aimait boire tiède. C’est ainsi que, simplement entouré d’une serviette de bain, il regarda avec une certaine satisfaction son bar aménagé, faisant la devanture de sa cuisine américaine. Cuisine dont il avait toujours rêvé, et qu’un cuisiniste avait réalisée pour lui. Une véritable photographie d’un catalogue Ikea que n’aurait pas renié un réalisateur américain pour un de ses films. Il mit la radio sur une de ses ondes préférées, Bourdin and Co. Les malheurs du monde et de la France en particulier, saupoudrés d’un optimiste béat sur les moyens de s’en sortir, composait son ordinaire mais plaisant petit-déjeuner matinal. Un rituel auquel il ne dérogeait jamais, hormis le samedi car il n’y avait pas d’émission, et le dimanche, puisqu’il fallait bien se rendre à la messe. Oui, Estéban était un croyant fervent, et chaque dimanche, il allait remercier le Seigneur des bienfaits de sa vie qu’il jugeait parfaite. Alors, après s’être essuyé et habillé pour partir au travail au bureau du Pôle Emploi qu’il gérait d’une main de maître, du moins à son sens – bien qu’il aurait pu être surpris des conversations que ses collègues entretenaient sur son compte –, Estéban s’assit sur un des tabourets de son bar fétiche, pour boire son café suffisamment tiède. Et c’est à ce moment-là qu’il aperçut la coupe à fruits, et les oranges qu’il avait achetées la veille, chez Momo, le petit épicier qui faisait l’angle de sa rue. Lui qui n’aimait pas manger des fruits de bon matin, se décida à en prendre une, pour agrémenter une matinée qui commençait parfaitement bien. Estéban était d’excellente humeur, et il commença à débiter le fruit en quartier pour en sucer la moelle comme il aimait le faire. Sauf qu’il trouva le fruit trop amer à son goût, et d’un geste qu’il voulait anodin, Estéban jeta le quartier à peine entamé à la poubelle. Malheureusement pour lui et ce qui devait suivre, il visa fort mal, et au lieu d’atteindre ladite poubelle, le quartier d’orange à peine mordillé termina sa course effrénée à travers la fenêtre de cuisine ouverte. Estéban, qui ne disait jamais de gros mots, pensa en lui-même un « zut », sans se soucier de son geste qui lui sembla fort anodin.
Mais inconfortablement pour lui, le quartier d’orange termina sa chute du quatrième étage auquel Estéban résidait dans le visage d’un jeune lycéen qui se rendait en skate-board à l’école. Ne voyant pas l’objet coloré choir, trop absorbé à écouter une musique qu’Estéban aurait jugé comme satanique, le jeune homme perdit l’équilibre et tomba à son tour sur un cycliste qui circulait dans sa voie réservée. Perdant le contrôle de son vélo, le cycliste quitta ladite voie tout en essayant de revenir sur celle-ci, qu’il voyait en ce moment précis comme un lieu sanctifié. Ainsi, il se retrouva fort mal à propos sur une route qui servait à la fois de départementale et de rue nationale à la petite ville dans laquelle Estéban vivait. Une simple bourgade de quelques trois mille habitants, mais for réputée pour son calme. Or le matin, un grand nombre d’automobilistes empruntaient cette route pour se rendre à leur travail, et le malheureux cycliste provoqua la sortie de route de nombreux véhicules qui cherchèrent à l’éviter. De simples coups de freins se terminèrent bien vite en un carambolage monstre, qui bloqua très rapidement la rue. Entendant le vacarme engendré par son geste malheureux, Estéban se rendit à la fenêtre pour assister au massacre. Bienheureusement plus de peur que de mal, et mis à part de la tôle froissée et quelques ecchymoses, la plupart des malheureux s’en sortaient à peu près bien.
Mais cela n’allait durer que quelques minutes, car alors que les premiers accidentés s’extrayaient tant bien que mal de leurs véhicules, Robert Michon, chauffeur routier depuis trente ans, arriva sur la zone où le quartier d’orange avait atterri. Une nouvelle fois, le hasard devait faire bien mal les choses, car la rue débutait en une pente ascendante, et la visibilité devenait plus faible en entrant dans la ville. Ainsi aveuglé par un soleil matinal tardif, le pauvre Robert ne put voir l’accident routier à temps, et mit un grand coup de volant sur sa gauche, pensant que cela suffirait à éviter d’aggraver la situation. Mais trente ans de métier ne suffirent malheureusement pas à faire stopper à temps la remorque du camion, dont Robert savait parfaitement qu’il aurait dû être inspecté plus souvent. Ainsi, la remorque dérapa et alla s’encastrer dans le mur ouest de l’église qu’Estéban fréquentait tous les dimanches. Sous le choc, le mur céda et entraîna avec lui la lourde cloche de bronze qui faisait la fierté de cette ancienne abbaye cistercienne. Or, alors que tout le monde s’attendait à la mort du pauvre Robert, la cloche dévia miraculeusement et atterrit sur le flanc à même la route, qui résista là aussi miraculeusement au choc. Et après de longues minutes d’incompréhension collective, la superbe bronzée commença à bouger, par on ne sait quel mystère de la nature, et se mit à dévaler la même pente que le chauffeur routier venait d’emprunter, devant les yeux estomaqués d’Estéban. Sauf que la sortie de la ville était occupée, en bas de ladite route, par une petite usine de produits chimiques. Une de ces usines high-tech qui faisait une fois encore la fierté des habitants de la petite ville d’Estéban. De plus, cette petite fabrique stockait des substances plutôt malodorantes, sans être pour autant nocives, disait-on. Sans compter que son emplacement sous le vent permettait aux habitants de profiter de la quiétude de leur demeure sans être incommodés par une quelconque odeur, hormis les jours où il n’y avait pas de vent, ce qui était le cas de cette journée. Et voilà donc que la cloche qui n’aurait jamais du se décrocher de son clocher acheva sa course folle dans le dépôt de ladite usine, provoquant des émanations extrêmement nauséabondes, bien malencontreusement à l’origine, en quelques minutes, de vomissements massifs de la population présente. De simples badauds venus en nombre comme des charognards venus pour assister à la curée du malheur des autres, profitèrent bien à leurs dépends du spectacle présent en rendant tripes et boyaux. Quant à Estéban, lui aussi vomit, mais de sa fenêtre du quatrième étage, et de plus sur ce pauvre lycéen qui avait reçu quelques minutes plus tôt un quartier d’orange sur la tête. Comme quoi quand la vie s’acharne, elle s’acharne pour de bon.
Quelques heures plus tard, la ville fut évacuée par les autorités compétentes. On ne compta aucun mort, ni blessé grave, hormis les personnes incommodées par les odeurs chimiques. La coupable fut également retrouvée, et en quelques heures la vie d’Estéban bascula. Lui qui ne prenait jamais d’orange au petit-déjeuner fut mis en cause dans l’accident le jour même, et alors qu’on l’emmenait au poste de police le plus proche pour y faire sa déposition, il se dit en lui-même que s’il devait aller en prison, il détesterait l’idée qu’on lui apporte des oranges.

PRIX

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Julia Chevalier · il y a
Beaucoup d’huMour
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Magalie F. · il y a
Mon fils s appelant Esteban, le titre de cette histoire m a aussitôt attiré l oeil. Et je n ai pas été déçue ☺
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Utilisateur désactivé · il y a
Tout ce jus pour un quartier d'orange :)
Waaawww ! Merci

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Paul TI · il y a
Agréable à lire ! L'écriture est peut-être perfectible mais le plaisir est là :)
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Moi Haha · il y a
bravoooooooo
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Mone Dompnier · il y a
Bravo pour vos multiples succès.
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Yannick Pagnoux · il y a
Question pour un champion : ironie ou vertu ?
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Pascal baile · il y a
il le mérite amplement
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Bracq · il y a
Pas de polémique gauchiste ou autre de ma part. Tout simplement je ne trouve pas ce texte très bien écrit. Il y a beaucoup de répétitions. J'ai du mal à comprendre que ce texte soit en compèt pour les 2 prix!
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Yannick Pagnoux · il y a
les répétitions sont là pour ajouter au rythme à l'image des films burlesque des années 20, c'était un effet souhaité, après libre à vous de ne pas apprécier, mais quant à ma qualification pour la compet voyez ça avec short.
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Bracq · il y a
le rappel sur l'effet burlesque des années 20 est raté. on est à 1000 lieux de ça. et peut-être que ShE fait nimporte naouak!
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Yannick Pagnoux · il y a
je n'ai pas le même point de vue mais bon il est normal de ne pas être d'accord, puisque je ne dis pas l'histoire est comparable je voulais que l'effet de lecture rappelle le burlesque mais en étant ancré dans notre modernité.
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Pierre Gravagna · il y a
Mon cher yannick tes histoires ne sont pas trop mauvaises mais ton style est profondement mediocre, dommage Jaimerais bien k tu me dises deux choses commentt tu fais avec ces textes pouravoir autatnt de 3jaime3 et pqr ailleurs ck tu penses de mes textes soit mechantPS si tu v k j detaille pas de pro
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Yannick Pagnoux · il y a
Pourquoi détaillé, mon style est médiocre, je le prends pour ce que ce commentaire est. Mais dans mon portrait je le dis bien, je ne me prends pas pour ce que je ne suis pas. Après libre à vous de penser être meilleur.
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Dj Michel · il y a
Bravo, d'une simple histoire d'orange anodine et pas clémentine, et le tour est joué! C'est inintéressant mais temps qu'on peut faire passer ces idées, on écrit! tu jubiles surtout à l'idée de mettre un patron du pôle emploie en prison après avoir embêté un jeune amoureux de musique métal et détruit une église qui le méritait bien, elle a du bon la fiction... Surtout quand un humaniste de gauche déteste les gens, surtout les planqués et les croyants, c'est même gerbant au 1er sens du terme grâce à l'usine et ces émanations. Et si ce n'était pas plutôt le jeune lycéen qui jetait son orange par la fenêtre le petit con? Celle-ci tombant sur le patron du pôle emploie en vélo provoquant un carambolage? L'histoire serais toujours aussi pauvre et repoussante, mais certainement plus réaliste... et moins berné d'idéologie gauchiste...
Cordialement

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Yannick Pagnoux · il y a
Ou comment voir de la politique là où il n'y en a pas. Je ne m'étendrai pas à répondre car ce serait une perte de temps. Et juste comme ça, je suis hardos, anar, hérétique, et on ne se connaît pas donc vous la prochaine fois.
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Dj Michel · il y a
Vous savez très bien ce que vous avez fait en écrivant ce texte, autant assumer non? Vomir sur l'église et le pôle emploie, voir sur les usines c'est monnaie courante en France, j'aurais préféré que vous le fassiez sans vous cacher à travers une histoire à rebondissement pseudo rigolote.
Tout est idéologique et politique et un écrivain le sais! Ecrire sans prétention c'est comme monter à cheval sans cheval...
ça n'existe pas! Prenez un cheval ou marchez!
Forcément vous direz au vu de mes critiques, que vous ne me connaissez pas... en revanche les compliments d'inconnus ne vous dérange absolument pas.

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Yannick Pagnoux · il y a
Alors sachez que mis à part sur l’Église pour laquelle je me plais à cracher, je ne critique pas pôle emploi, ici il ne s’agit que d'un malheureux hasard, ou alors mon inconscient s'est agité d'un soubresaut soudain, et quant aux usines, jamais au grand jamais je ne critiquerais les gens qui y travaillent Quand aux compliments, les gens qui le font pour la plupart partie de mes connaissances, dans d'autres cas, il me vouvoient, c'est le tutoiement qui m' a dérangé, car sans connaître une personne vous la tutoyez. Et de surcroit vous me cataloguez gauchiste. Alors là.... Tout acte devient politisé . D'accord c'est votre point de vue pas le mien. Maintenant, je ne me définirais pas comme ce que vous dites, humaniste peut-être, mais surement pas gauchiste. Encore faudrait-il que j'appose un nom en bas du bulletin. Maintenant si le second degré ne vous atteint pas, et que donc pour vous tout écrit est politisé, et bien croyez le, je n'en ai rien à faire. Après vous avez le droit de détester cela ne me touche guère, je voulais rendre hommage à une forme de cinéma placé dans notre modernité d'où les exemples pris, mais bon cela doit être du gauchisme inconscient.
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Dj Michel · il y a
Cher Yannick, l'écriture est un art et comme tous les arts, il met en exergue nos inconscients. L'art thérapeutique a d'ailleurs pour but de mieux se comprendre, mieux se connaitre pour mieux avancer. Tout est donc symbolique, idéologique et parfois même politique. Coluche faisait du second degré et aurait pu devenir président... et il était le plus drôle...
Pardon pour le vouvoiement, mon tutoiement avait pour but de vous bousculer, vous provoquer, mais en aucun cas de vous manquer de respect.
Pourquoi votre cadre du pôle emploie s'appelle t'il Estéban? Vous vous êtes intéressé de prêt à l'affaire Méric? Etes-vous prêt des mouvements Antifa? Apprenez à manier votre cheval Yannick, car que vous le vouliez ou non, il en faut un pour écrire, ne pas le diriger, c'est se laisser diriger par lui :)

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Yannick Pagnoux · il y a
Alors mon héros existe depuis bien avant l'affaire Meric quant aux cellules politisés quelles soient bones ou red, tout cela me passe au dessus. Sachez que je connais et fréquente des bones comme des red, mais qu'à aucun moment la politique n'entre en ligne de compte dans nos conversations, bien que parfois ça déborde...Vous citez Coluche, bien vous en fasse, et son discours me parlait. Alors le jour où de nouveau un homme politique parlera au nom des gens, et non en son nom, et bien je tournerais la tête de mon cheval vers celui-là quelque soit son bord, car en attendant entre les deux extrêmes, seules comptent leurs gueules, jamais, ils ne comprendront ce que désirent vraiment les gens.
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Priscilla Servaes · il y a
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