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L'odeur du musc

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Hawa Diallo

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— Marc, c’est bon, je suis prête. On peut commencer !
Marc s’approche, et embrasse mes lèvres charnues.
— Tu seras doux, d’accord ? Prends ton temps, s’il te plaît, je ne veux pas souffrir.
Je suis un peu casse-pieds comme épouse. C’est souvent comme cela. Je n’arrive jamais à me détendre dans une occasion pareille. Comme si Marc n’avait aucune expérience. Je ne suis tout de même pas la première. Marc se dirige dans la salle de bains, rageusement.
— Relaxe-toi, mon chéri, ce n’est sûrement pas le moment d’être tendu. Cela doit être un plaisir.
— Ma puce, pour moi aussi cela doit être agréable. Alors si tu arrêtais de me dire quoi faire, quoi penser et comment agir.
— Écoute, Amina, je sais quoi faire j’ai l’habitude. J’en ai assez à la fin... Rejoins-moi dans la chambre.
— Je te défends de te me crier dessus. Si ta mère t’entendait.
— Ben, elle n’est pas là. Allez, viens près de moi. Allonge-toi s’il te plaît.
Je sens la colère grandir à l’intérieur de lui.
— Non, ne me touche pas comme ça !
Je retire la main de Marc qui se rassoit près de moi, rouge. Je le rejette très souvent, et ceci depuis le début de notre relation.
— J’en ai marre, marre ! répète Marc qui se dirige vers la salle de bains. Tu me prends pour ton objet.
Dans la pièce d’à côté, il hésite à me quitter. Il sait qu’il y a, à son travail, une belle intérimaire qui lui fait des avances., un visage charmeur et des yeux pétillants.
Il retourne dans la chambre et me fusille du regard. Je sanglote.
— Tu n’aimes pas ça, murmure Marc, tant mieux !
Il prend une chaise et s’assoit en face de moi.
— Tu n’apprécies pas quand je te fais sentir mal. Alors, arrête d’en faire autant avec moi. Je ne suis pas une marionnette.
Je tente d’expliquer à Marc les raisons de ces nombreux blocages. Je pense que notre relation est forte et qu’il sera toujours disponible.
Marc est à un âge où l’on vit pleinement ses expériences et chaque refus est ressenti comme un échec.
Je me redresse et nettoie mes larmes. Dans la chambre, la chaleur est suffocante. Si seulement je pouvais lâcher prise.
Un moment de détente entre amoureux.
Marc se lève de sa chaise, se dirige vers la fenêtre et observe l’extérieur.
Il regarde les passants, les voitures, les boutiques, les rues.
Moi, toujours assise sur le lit, je me suis recroquevillée.
La liberté ! Plus de comptes à rendre, de justifications à donner... se dit-il.
Des souvenirs resurgissent dans mon esprit :
— Amina, aujourd’hui tu vas devenir une femme.
— Comme toi, maman ?
— Comme moi, ma chérie.
C’est à ce moment précis que la vieille prend une lame de rasoir rouillée...
Cette excision, une incision. Plus de sensation.
La pire des expériences de ma vie ! La plus humiliante ! Non. Ce n’est plus possible. Je remâche ma révolte. Il n’y en a que pour lui, il s’impatiente beaucoup trop.
Et mes sentiments à moi. Je ne suis pas obligée de céder sous la contrainte.
Je suis en France, dans un pays libre. Juste pour que monsieur ne rate pas sa partie de tennis.

Je me lève du lit, et vais me laver le visage. C’est une de mes tentatives de fuite. Marc ne bouge pas. « Qu’elle aille se cacher dans sa tanière, si cela lui fait plaisir. »
Marc s’éponge le front. C’est lui que la chaleur dérange. Il retourne s’asseoir sur la chaise. Je suis toujours dans la salle de bains.

Les rues commencent à se remplir de monde. Les passants regardent à l’intérieur des boutiques et certains commandent des sandwichs.
La pause de midi illumine leur visage.
Et Marc se dit qu’il pourrait me quitter. Ce serait simple.
Mais ça mènerait à quoi ? Son père, sa mère et toute sa famille le lui reprocheraient.
« Tu es immature, tu n’as aucune empathie. »
Moi, réconfortée, je pourrai continuer mes caprices. Et tout repartira comme avant.
Non. Ce n’est pas la bonne solution. Peut-être qu’il n’y en a aucune ! Voici le lit, ces draps un peu défaits, sa douceur.
La lumière pénètre dans la pièce et l’inonde d’une pluie d’or.
Je reviens dans la chambre. Là, je pourrai m’expliquer.

Marc est fasciné par moi, ma peau, ma culture.
De temps en temps, il s’assoit derrière moi et caresse ma crinière noire et crépue qui sent le musc.
Je lui raconte des histoires du Sahel.

« Tu es belle... belle. »



Dans ces instants d’intimité, je me précipite alors dans le salon et regarde la télévision ou je mets mon nez dans un magazine.

Il retourne à la fenêtre, dehors il voit une femme qui fait faire ces besoins à son chien, à gauche il y a des policiers en patrouille qui indiquent le chemin à un touriste.
Le monde s’est dissipé, la vie vaque à ces occupations.
Elle cache des secrets et des pensées inavouables.

« Mais quelle excuse trouver ? » se demande Marc.

Dire : « C’est Amina qui ne respecte pas ses obligations conjugales. »

Pourquoi pas ? Est-ce que les caprices d’Amina ne sont pas des ordres ?
Il y aura bien un membre de sa famille qui lui donnera raison.

Ensuite, il prendra un appartement et son destin suivra son cours.
La situation serait hors de contrôle pendant quelque temps, mais le calme et la joie regagneraient sa vie.
Jamais plus on ne lui demanderait ce genre de chose.

Marc me scrute avec gravité, je suis revenue dans la chambre. Je serre mes mains entre mes cuisses et regarde le sol.

Juste une phrase et tout est fini. Rien que lui et moi dans l’appartement. Les rues quasiment vides. Le silence. Marc s’avance. Je lève les yeux vers lui.

— Amina, ce que j’ai à te dire est très important, mais promets-moi que tu ne vas pas t’emporter et que tu accepteras mon choix.
Marc est tout près. Il retient sa respiration, concentre ses forces.
— C’est d’accord, Marc, on arrête l’épilation manuelle avec la cire. Je prends rendez-vous chez une esthéticienne et je règle le problème.

Tout s’est passé très vite. L’air remplit la bouche de Marc. Il me regarde. Et l’existence m’entraîne vers mon blouson et mes préoccupations d’épilation.

Il aperçoit mon visage radieux, ma peau mate et mes yeux noisette.
Une coquine, quand elle est déterminée, est fine et réfléchie.
Le soleil tape fort. Et maintenant, les nuages de tous côtés assombrissent le ciel.

— Tu es sûre de toi ? me lâche-t-il.
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