6
min

L'odeur de la vengeance

Image de Egali Mère

Egali Mère

12 lectures

0

J’ai su dès le premier regard que ce serait LUI. Il avait ce je-ne-sais-quoi qui m’a plu, quelque chose de difficile à décrire, peut être sa manière de me regarder, de me sourire, cet air bienveillant et doux...

Lorsqu’il est entré dans la boutique, cherchant la personne qui pourrait le renseigner, je me suis tout d’abord fait discrète pour pouvoir l’observer, je me suis un peu cachée même. Puis, je me suis avancée jusqu’à croiser son regard, ce premier regard échangé, ce moment où j’ai cru voir dans ses yeux un peu d’attention et d’attirance pour moi, ce moment où je n’ai pu m’empêcher de sentir mon cœur battre dans ma poitrine.

Mais le vendeur est arrivé, brisant cet instant hors du temps. Ils se sont mis à discuter. De temps en temps, il jetait un œil dans ma direction mais je le voyais hésitant. Son sourire s’est un peu effacé. Il avançait dans la boutique, prenant quelques objets dans les mains, observait les prix, reposait les articles... Il est passé à nouveau devant moi puis s’en est allé...

Sur le coup, j’ai eu peur de ne pas le revoir. Comment avais-je pu le laisser partir sans essayer de mettre toutes les chances de mon côté. Après tout, ça marchait bien avec les autres quand elles repéraient la personne avec qui elles voulaient partir. Un regard doux, un air malicieux mais pas trop et voilà comment susciter l’intérêt !

Contre toute attente, il est revenu quelques jours plus tard. Il fallait que je saisisse ma chance alors je me suis approchée tout doucement, la tête presque baissée mais mes yeux plongés dans les siens. Il m’a regardée, m’a sourit, m’a parlé...

La suite, vous la devinez. Tout est allé très vite et je me suis retrouvée dans son appartement en un temps record.

L’appartement n’était pas très grand. Un petit couloir desservait la cuisine et le salon sur la droite, une chambre au fond et les toilettes et la salle de bain sur la gauche. Les murs blancs étaient recouverts de quelques cadres et souvenirs de voyages.

Les premiers jours de mon installation, il était très présent, veillant à ce que je prenne mes repères, m’invitant à le rejoindre lorsqu’il allait se coucher, faisant attention à ne pas me réveiller le matin lorsqu’il se levait avant moi...

Nous avons vécu ces premiers instants comme si nous nous connaissions depuis toujours. Même s’il prenait garde à ne pas me réveiller le matin, dès qu’il sortait du lit, je me levais et le rejoignais dans la cuisine où il prenait son petit déjeuner. J’aimais m’asseoir sur ses genoux de commencer la journée par ces moments de tendresse...

J’avais un petit pincement au cœur de le voir partir pour sa journée mais je savais que je le retrouverai le soir venu et que nous passerions à nouveau de doux moments.

Dès son retour du travail, j’étais là pour l’accueillir. Il préparait le dîner et me racontait sa journée avant d’aller s’affaler sur le canapé, le moment que je préférais pour venir me blottir contre lui. Nous passions de longues nuits dans la chambre et là encore, je prenais plaisir à venir me lover dans le creux de son cou, sentir son odeur si réconfortante, si rassurante...

Petit à petit, nous avions trouvé nos marques, nos repères et j’appréciais cette petite routine, nos petits rituels.

Souvent, nous partions en weekend chez sa mère. Cette femme était toute aussi attentionnée que lui à mon égard. J’aimais son regard pétillant. Manifestement, elle s’était prise rapidement d’affection pour moi. Certains matins, alors qu’il dormait encore, j’allais la retrouver dans la cuisine où elle avait commencé à prendre son thé brûlant. Elle me souriait et me parlait de sa vie, de son mari qui lui manquait tant, du plaisir que c’était pour elle de nous recevoir tous les deux le temps d’un weekend. Je l’écoutais attentivement, j’aimais ces moments qui se finissaient inexorablement par un câlin. Il y avait tant d’amour à donner chez cette femme que je ne pouvais pas refuser une étreinte si chaleureuse.
Lorsqu’il arrivait à pas feutrés et nous découvrait ainsi, il restait un instant silencieux et nous couvait de son regard attendri.
Lorsque nous repartions, elle retenait ses larmes. Je l’imaginais alors perdue dans sa solitude et ses souvenirs, attendant notre prochaine venue avec impatience.

Les jours s’écoulaient, je savourais tellement ce bonheur que je ne me suis doutée de rien, je n’ai rien vu venir... Et pourtant, j’aurais dû être attentive à ces premiers signes qui ne trompent pas.

Il y a tout d’abord eu ces changements dans ses habitudes, dans la manière de s’habiller, un nouveau parfum, un rasage de près tous les matins, des chaussures qu’il prenait soin de cirer...
Ensuite, il a commencé à rentrer de plus en plus tard du travail. Il semblait préoccupé et passait ses soirées sur son téléphone, l’air absent. Je continuais à venir le rejoindre sur le canapé, me lover contre lui mais je n’arrivais plus à capter toute son attention.

Un soir, il n’est pas rentré. J’ai tourné et tourné encore dans l’appartement, faisant les 100 pas, guettant le moindre bruit dans la cage d’escalier. Je rongeais mon frein mais la colère a été plus forte que moi et je me suis laissée emportée par la rage, cassant ça et là quelques objets...
Lorsqu’il a ouvert enfin la porte au petit matin, il s’est confondu en excuses mais je n’ai pas voulu lui rendre la tâche aussi facile, je suis allée me réfugier dans la chambre où j’ai attendu qu’il revienne vers moi.
Des mots, des caresses et voilà que ma colère s’envolait...

Il a continué à rentrer tard du travail mais il savait se faire pardonner avec une délicate attention.

Et puis, un soir, sans que je ne m’y attende, il est arrivé avec ELLE !!!

Je ne saurais décrire exactement ce sentiment qui m’a envahie. J’ai eu envie de lui sauter au cou, de la prendre par la gorge et de lui faire regretter sa présence chez nous mais j’ai compris qu’il fallait que je la joue plus sournoisement...

Pas question de les laisser seuls un instant tous les deux, qui sait quelles étaient ses véritables intentions. J’ai un 6ème sens pour ces choses là et il était hors de question que je la laisse pénétrer ne serait-ce que de quelques pas sur mon territoire.

Alors que je venais de m’asseoir sur le canapé à côté de lui, ses yeux ont commencé à rougir et des larmes se sont mises à couler. Elle avait la gorge serrée, du mal à respirer et a préféré s’en aller...
Victoire ! Elle avait compris qu’elle ne pourrait pas luter.

Et pourtant, elle est revenue. J’étais bien décidée à ne pas me laisser faire cette fois encore et ne les ai pas quitté un seul instant. Là voilà repartie dans son numéro de larmes... Mais qu’est-ce qu’elle pouvait être ridicule avec son nez qui coule, à chercher des mouchoirs dans son sac tout en me fusillant du regard avant de quitter à nouveau l’appartement.

Au bout de quelques fois, j’ai bien senti que cela ne lui plaisait pas à LUI non plus. Je le sentais de plus en plus gêné lorsque nous étions toutes les deux dans la même pièce que lui. Manifestement, l’une de nous deux était en trop mais il était trop doux et attentionné pour demander à l’une d’entre nous de partir...

Jusqu’à cette soirée où elle était prête à quitter l’appartement. J’ai senti son regard menaçant sur moi, je n’entendais rien à leur conversation mais j’avais bien compris qu’elle parlait de moi. C’est à ce moment là que j’aurai dû comprendre mais j’étais sans doute encore trop sûre de moi et de la place inconditionnelle que je tenais dans la vie de cet homme.

Le lendemain matin, je l’ai vu s’afférer dans l’appartement, passant de pièce en pièce et mettant quelques unes de mes affaires dans un sac.
La sonnette de l’interphone a retenti, il a répondu et permis à la personne de pénétrer dans l’immeuble. Je guettais les bruits de pas dans l’escalier... On a frappé à la porte d’entrée.

Lorsqu’il a ouvert à sa mère, j’ai compris qu’il n’avait pas le courage de me jeter à la rue, que j’allais me retrouver chez elle, le cœur lourd et tellement plein de chagrin.

Je n’avais donc pas d’autre choix. Il avait pris sa décision. Il se séparait de moi. Il l’avait choisie, ELLE...

Alors, doucement, j’ai fait le tour de chaque pièce de l’appartement...
Cette cuisine où nous prenions nos déjeuners et nos dîners...
Ce salon et ce canapé sur lequel nous avons passé de longues heures allongés l’un contre l’autre...
Cette chambre qui a bercé nos doux rêves et nos nuits...

Je me suis dirigée vers sa mère, tête haute, sans vouloir lui accorder un dernier regard. Après tout ce temps passé ensemble, ces soirées à l’écouter, ces nuits dans ses bras, comment pouvait-il faire ce choix si douloureux pour moi ?

Alors que je lui avais donné toute mon affection, que j’ai été présente à ses côtés toutes ces semaines, que nous avons joué ensemble, le voilà qui me force à partir...

J’ai bien compris qu’ELLE ne pouvait pas supporter ma présence et que c’était de sa faute à ELLE si nous en étions arrivés là. Mais je n’avais pas dit mon dernier mot, il ne fallait pas sous-estimer mon intelligence et imaginer que je pourrais partir sans avoir laissé quelques traces de mon passage dans cet appartement...

Dans la cage qui m’amène à chaque marche un peu plus loin de l’appartement, je ne peux m’empêcher de savourer une petite vengeance personnelle... Qui-a-t-il de plus tenace qu’une allergie à mes poils de chat angora ? Vous ne vous êtes pas demandé ce que j’avais pu faire dans chaque moindre petit recoin de pièce ? Dans les armoires ? Sur ses vêtements ? Sur le canapé ? Sur le linge de maison et de toilette ? Sur le lit ? Dans ses chaussures ?

Partir oui, mais la tête haute et non sans avoir marqué MON territoire d’une odeur qui mettra des semaines et des semaines à disparaître.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,