L'Esprit Vagabond

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La poésie n'est pas seulement un art, elle est une délivrance  [+]

Emma la rejoignit, et la vit ainsi. Elle comprit tout de suite qui était cette jeune fille...

Salomé était une jeune fille, aux cheveux châtains et aux yeux d'un bleu azur, qui lui donnaient un côté très mystérieux. Petite, elle adorait être seule, loin des autres. Elle avait peur d'autrui et elle ne se laissait pas facilement approcher. C'était une enfant sauvage, qu'il fallait apprivoiser avec douceur et patience, rares étaient les personnes qui réussissaient. Elles n'étaient pas dotées des qualités nécessaires pour l'apprécier. Salomé n'était pas comme tous les enfants « normaux » comme on pourrait le dire. Elle était étrange.
Elle était vue ainsi, par les individus de cette planète. Comme elle était différente des autres, cette marginalité l'excluait de la vie. Les personnes étaient rangées dans des cases et si elles ne correspondaient pas aux caractéristiques de celles-ci, qui définissent la « normalité », elles étaient exclues et aperçues comme des bêtes surnaturelles, et parfois effrayantes ou drôles pour certains, ce qui faisait donc d'elle l'objet de moqueries.
Salomé ne jouait pas, contrairement à toutes les personnes de son âge. Elle ne savait pas ce que cela faisait de s'amuser, mais cela ne la préoccupait pas vraiment. Elle préférait vagabonder de livres en livres, qui l'emmenaient dans divers mondes féeriques ou non, joyeux ou tristes, que d'être avec d'autres personnes, qui finalement ne lui faisaient que du mal. Peu importait l'histoire, il suffisait qu'elle la fasse voyager dans un univers différent de celui où elle vivait. Un univers qui la faisait entrer dans la vie passionnante du personnage. Les livres étaient pour Salomé comme un refuge, mais également un moyen d'apaiser ses souffrances, puisqu'ils lui faisaient oublier tout ce qu'elle devait subir chaque jour. La lecture était pour elle indispensable, puisqu'elle lui procurait un bien être qui lui apportait des forces pour affronter les difficultés qu'elle pouvait rencontrer.
Elle adorait également les chevaux. Ces créatures magnifiques et d'un mystère incroyable. Salomé se promenait souvent dans le centre équestre près de chez elle. Elle sillonnait les box et les prés, toujours aussi fascinée par ces êtres à quatre pattes. Un jour, elle vit une splendide jument à la robe blanche. Leurs caractères se ressemblaient en tout point. Elle était aussi sauvage et effrayée par l'être humain que Salomé. Elle aimait être libre et pouvoir courir, galoper, voler à travers les plaines à son aise dans la nature.
Mais un jour, Salomé vit la jument se faire battre par des hommes, seulement parce qu'elle était agitée et qu'elle ne faisait pas ce qu'on lui ordonnait de faire. Ils ne comprenaient pas qu'elle était effrayée et que les choses ne s'arrangeraient pas en utilisant la violence. Salomé n'avait que douze ans, mais elle détestait déjà les êtres humains depuis longtemps, et encore plus aujourd'hui. Ils ne savaient qu'être cruels avec autrui, ils n'avaient aucune douceur, aucune gentillesse. Pour elle, les êtres humains n'étaient que des monstres qui avaient une pierre à la place du cœur. Salomé ne savait
pas ce qu'était devenue la jument, qu'elle avait seulement vu fuir le jour où elle l'avait aperçue pour la première fois. Ensuite, elle ne l'avait jamais revue, jusqu’à cette étrange histoire...

Salomé était âgée de dix-huit ans. Elle était partie de chez elle du jour au
lendemain, sans dire au revoir à ses proches, ni même leur donner une explication sur ce départ précipité. Cela devait faire maintenant plusieurs mois qu'elle errait seule, dans cette campagne hivernale, où personne ne la connaissait. D'ailleurs aucun membre de sa famille n'avait essayé de la retrouver. Elle n'avait apparemment pour ces membres aucune importance. Elle semblait faible, mais aucun n'osait aller vers elle, face à ce caractère un
peu sauvage. Elle était épuisée, mais elle continuait tout de même à avancer. Elle n'avait aucun but précis, à part peut-être fuir quelque chose qu'elle seule connaissait.
Salomé finit par croiser sur son chemin un centre équestre. Dans un pré y était une jument blanche. Elle l’aperçut au loin, son allure gracieuse, son épaisse crinière et ses yeux bruns la rendaient merveilleuse. Elle avait la grâce d'une danseuse. La jument galopait, la crinière au vent, elle se déplaçait comme une plume, virevoltant d'un bout à l'autre. Elle semblait être heureuse et apaisée, mais quelque peu sauvage et craintive. Salomé décida d'entrer dans le pré. La jument s’arrêta et leurs regards se croisèrent. La jeune fille s'approcha d'elle avec douceur pour ne pas l'effrayer. Étonnamment, la jument ne bougea pas et resta calme. Salomé se rappela de cette jument qu'elle avait vue étant enfant et qui avait réussi à fuir les hommes qui la battaient. Celle qui était devant elle lui ressemblait étrangement. Pourtant, elle ne pouvait pas imaginer que ce soit la même jument. Les coïncidences étaient surprenantes.
Soudain, une femme brune d'une quarantaine d'années les interrompit. C'était la propriétaire du centre équestre :
« Elle s'appelle Terpsichore », dit-elle.
Salomé avait sursauté au son de sa voix et ne savait plus quoi faire. Elle avait peur que la propriétaire soit furieuse de sa présence dans son centre équestre. La femme lui demanda :
« Sais-tu pourquoi je l'ai nommée ainsi ?
-Non, répondit timidement Salomé.
-Terpsichore, dans la mythologie grecque, était la muse de la danse. Elle tenait une lyre, et au son de celle-ci, elle dirigeait en cadence tous ses pas. J'ai fait beaucoup de recherches afin de trouver le nom idéal pour cette jument. Je ne sais pas si cela est pareil pour toi, mais sa façon de bouger me fait penser à une danseuse. Toutefois, Terpsichore est très sauvage, elle ne se laisse presque jamais approcher. Elle peut même devenir très dangereuse. Tu as eu de la chance de pouvoir être aussi près d'elle. Elle peut être adorable comme cela avec très peu de personne. Quand je l'ai recueillie, elle avait de nombreuses blessures qui m'ont fait penser qu'elle avait été battue autrefois. C'est donc normal si elle est ainsi. Elle n'a pas confiance en l'être humain et reste méfiante. Au fait, mon nom est Emma et toi ? »
Il n'y avait plus de doute. Terpsichore était la jument qu'elle avait croisée dans son enfance. Le hasard peut être quelque fois très étrange. Salomé semblait anxieuse :
« Je...je... je m'appelle Mélodie », répondit-elle en bégayant. Elle ne voulait pas
donner son vrai nom de peur que quelqu'un la cherche et finisse par la trouver.
Emma se doutait bien qu'elle mentait rien qu'à sa façon de parler. Toutefois, elle fit semblant de ne rien remarquer. Elle avait l'impression d'avoir déjà vu son visage, mais elle n'arrivait pas à se souvenir où et quand. Elle invita ensuite Salomé chez elle, afin qu'elle puisse se réchauffer. En effet, elle semblait frigorifiée. Dehors, il ne devait faire pas plus deux degrés et Salomé ne portait qu'une simple veste. Emma voyait bien qu'il se passait quelque chose d'étrange dans la vie de cette jeune fille. Mais comment pouvait-elle
aborder le sujet sans qu'elle ne prenne peur et qu'elle ne s'enfuit ?
Toutes deux entrèrent dans la maison :
« Entre Mélodie, et installe-toi près de la cheminée. Je vais nous préparer du thé. J’attends quelqu'un dans l'après-midi, mais tu pourras rester. Cela ne me dérange pas. Tu seras mieux ici que dehors avec le froid qu'il fait », lui dit Emma.
Salomé traversa le salon. La maison était magnifique. Elle faisait un peu ancienne. Sur les murs, on pouvait y voir les pierres apparentes, mais également quelques poutres. Une belle cheminée, où les flammes colorées dansaient, se trouvait au fond de ce qui semblait être le salon. Sur le dessus de l'âtre, à même la pierre étaient posés des cadres contenant des photos de famille. Salomé les vit, mais une seule attira toute son attention. Des larmes coulaient soudainement sur son visage, ses yeux azurs en étaient inondés.
Emma la rejoignit, et la vit ainsi. Elle comprit tout de suite qui était cette jeune fille en la voyant observer la photo: « Salomé... », Murmura-t-elle tout doucement. Salomé tressaillit en entendant son nom.
Sur la photo y était la sœur d'Emma qui s'appelait Sandra. Elle avait deux ans de plus qu'elle, blonde aux yeux bleus. Rencontrées lors de la représentation d'une pièce de théâtre, Sandra et Salomé se connaissaient depuis déjà bientôt quatre ans. Salomé s'était beaucoup attachée à Sandra et toutes deux étaient devenues de grandes amies. Elles adoraient passer du temps ensemble. Salomé se sentait heureuse auprès d'elle. Sandra
faisait partie de ces rares personnes qui l'aimaient telle qu'elle était. Elle lui accordait de l'attention et de la tendresse. Mais après ces quatre années d'immense joie, tout avait basculé.

Un jour Salomé avait proposé à Sandra de se promener dans la forêt à cheval. Bien que celle-ci fût effrayée par les chevaux, elle accepta pour lui faire plaisir. Cependant la promenade ne se passa pas comme prévu. Elles avaient entendu un coup de feu, des chasseurs n'étaient pas très loin de l'endroit où elles se trouvaient et le cheval de Sandra avait pris peur, ce qui l'avait fait chuter sur la tête.
La chute avait été violente. Suite à cela, elle avait sombré dans le coma. Six mois s'étaient écoulés. Salomé se détestait et s'en voulait terriblement. Elle se sentait responsable de cet accident. Un jour, ne supportant plus cela et croyant que Sandra ne se réveillerait jamais, elle décida de fuir. Elle marcha pendant des jours, des semaines, des mois, sans but précis. Mais ce cheval, Terpsichore, l'avait intriguée, et lui avait fait rencontrer ainsi la sœur de son amie.

Soudain, on frappa à la porte, Emma alla ouvrir. Salomé n'entendit qu'Emma dire à cette personne qui venait lui rendre visite : « Bonjour ! Comment vas-tu ? Entre. Je te prie de m'excuser, mais nous avons une invitée surprise. ». Salomé n'en croyait pas ses yeux. C'était elle. Elle était vivante, bien réelle. Sandra était sortie du coma depuis quatre mois. Quand elle avait su que Salomé avait disparu, elle était très inquiète. C'était la seule qui avait fait des recherches pour essayer de la retrouver. A peine sortie de l’hôpital, elle avait cherché Salomé en vain, espérant la retrouver saine et sauve. Elle se sentait mal et allait chercher un peu de réconfort auprès d'Emma. Elle lui parlait de Salomé, de l'accident pour lequel elle se sentait coupable, c'était la raison pour laquelle Emma avait reconnu Salomé. Sandra se doutait de la raison pour laquelle elle s'était enfuie de chez elle. Elle perdait espoir à chaque jour qui passait. Elle ne pensait pas qu'elle pouvait la revoir, mais quand elle la vit devant elle, chez sa sœur, ce fut une grande surprise. Toutes deux se regardèrent de longues minutes, sans rien dire, les larmes aux yeux, le cœur battant la chamade. Sandra s'approcha de Salomé et la serra dans ses bras.

Aussitôt, un bruit strident surprit Salomé. Elle se mit à terre, les mains sur ses oreilles et ferma les yeux face à ce son insupportable, qui lui procurait une migraine effroyable. Son esprit se perdait, elle ne pouvait plus se concentrer sur ce qui l'entourait. Elle pensa également à Sandra qui devait souffrir autant qu'elle. Mais, elle n'avait pas la force d'ouvrir ses yeux pour vérifier qu'elle allait bien et qu'elle arrivait à supporter cet enfer, tant la douleur était atroce.
Puis tout finit par s'interrompre. Le calme revint. Salomé ouvrit ses paupières, mais elle ne se situait plus au même endroit. Cela n'avait aucune ressemblance avec la maison d'Emma. La cheminée, avec sa douce odeur de bois, avait disparu, ainsi que les pierres apparentes sur les murs, pour laisser place à une couleur blanche. Ce blanc qui effaçait toute la chaleur d'une maison familiale et laissait place à une froideur démesurée.
Elle se trouvait dans une chambre d'hôpital, assise sur une chaise. Sandra était allongée dans un lit, branchée à plusieurs fils reliés à une machine. Le bruit qui avait réveillé Salomé venait de cette machine qui indiquait qu'elle était en train de sortir du coma.
Salomé comprit qu'elle s'était endormie. L'accident s'était malheureusement déroulé, mais elle n'était jamais partie. Cela faisait deux jours que Sandra était dans le coma, et Salomé ne l'avait pas quittée une seule seconde.
Tout le reste n'était qu'un rêve. Un rêve bien mystérieux, comme si Sandra était venue la rassurer et lui dire qu'elle n'allait plus tarder à revenir. Elle allait bientôt pouvoir vivre de nouveau normalement.
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