3
min

L’ÉPOPÉE DE LA FAMILLE CORONARDOT – ÉPISODE 15

9 lectures

3

Le seul feuilleton qui confine à l’absurde

Résumé : le 16 mars 2020 au soir, la famille Coronardot fuit courageusement Paris pour aller se confiner à Béconne, en Drôme provençale chez Tante Jeanne. Jean-Louis est cadre dans un groupe de distribution. Bertille fonctionnaire à l’aménagement du territoire. Mathilde et Mathieu ont respectivement 12 et 9 ans. Jonquille et Myrtille, deux adorables ânesses partagent leur quotidien. Lequel s’écoule paisiblement, émaillé de ci de là d’incidents plus ou moins fâcheux.

CONSEIL DE FAMILLE

(Où la mouche rate le coche)

Mercredi 20 mai, 10 heures.

La famille au grand complet, y compris Tante Jeanne, est réunie dans le salon. C’est à elle qu’on le doit. Deux heures plus tôt, au petit déjeuner et en toute innocence, elle a demandé, pensant à l’instant présent :

« Que comptez vous faire ? ».

Bertille et Jean-Louis se sont longuement regardés, conscients que la question outrepassait largement le simple ordre du jour. Depuis leur arrivée à Béconne, en mars dernier, l’un et l’autre s’interrogent sans le dire sur le sens de leur fuite alors purement instinctive hors de la région parisienne.

Depuis quinze jours, les médias bruissent de la même antienne : « il y eut un avant, il y aura un après ». Collectif, bien entendu. Comme en 1918 : « plus jamais ça »... ou en 1998 : « bleu, blanc, beur, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Toujours la même croyance, celle des lendemains qui chantent. Au prix de millions de morts à chaque fois.

A la télévision, les chantres du renouveau s’en donnent à cœur joie. Faire payer les riches, condamner les responsables, forcément coupables. Grappiller du temps d’antenne en accusant les autres, ça marche toujours. Claironner des certitudes, dénoncer des complots, je sais rien mais je dis tout.

Bon, on fait la vaisselle et un brin de toilette. Les enfants, vous vous occupez de bêtes. Jean-Louis, si tu descends au village, pense à prendre la liste des courses. Je vais arroser le potager et on en reparle tout à l’heure.

Et chacun de vaquer. En ville on flâne ou on file. A la campagne, on vaque. Vous le saviez ça ? Une manière comme une autre de réfléchir en travaillant. Ou l’inverse. Dans le temps, on parlait d’Instruction. Aujourd’hui d’Education. Nationale, qui plus est. Pauvres de nous. Surtout qu’il est déjà dix heures. Comme souvent, Bertille pose la bonne question :

« Déjà, pour les enfants, qu’est-ce qu’on fait ? ».

« Comme c’est parti, je me demande si on ne pourrait pas attendre la rentrée de septembre », répond Jean-Louis.

« Sûr, d’ici là leurs profs seront prêts à reprendre leur occupation favorite, faire grève », ricane Jeanne.

« Je vous trouve un peu excessive, sourit Jean-Louis, le fait est qu’ils se sont donnés un mal de chien pour adapter leur enseignement à distance ».

Chacun exprime son opinion. Traire les chèvres, soigner les ânesses, pêcher la truite, arrêter des bandits, revisiter l’habillement vintage, c’est quand même plus cool qu’écouter les profs parler de grille salariale et de conditions de travail.

Bien qu’aux anges, Jeanne se garde d’intervenir. Bertille observe que depuis leur arrivée l’asthme chronique de Mathilde n’est plus qu’un souvenir, que Mathieu a pris au moins deux centimètres et que les deux dorment beaucoup mieux la nuit.

Surtout parce qu’ils ne passent plus leurs soirées sur leurs tablettes ou leurs mobiles, renchérit Jean-Louis. Nous non plus d’ailleurs. A part pour notre télétravail ou leur enseignement à distance, bien sûr.

Bertille hésite puis se lance : « C’est vrai que si Jeanne était d’accord pour les garder en pension jusqu’à... ».

« Hors de question ! » intervient Jeanne.

Silence. Une mouche passe.

« Un : je ne me vois pas assumer seule la responsabilité de vos deux démons, aussi adorables soient-ils. Surtout avec la nuée de jolis cœurs qui vont s’abattre sur la pays en juillet-août ».

« Deux : c’est vous quatre qui allez rester. Parce que j’ai dans l’idée que les parents en ont autant besoin que les enfants. Et qu’à votre âge, il est temps de penser à votre avenir ».

« Trois : je ne me suis jamais autant marrée depuis des années. Et je ne vais laisser mon guignol préféré aller bricoler ailleurs. Ce ne sont pas les travaux qui manquent. En plus le potager n’a jamais été aussi beau ».

La mouche repasse.

« Bonus : la maison est grande et en bon état. A part vous, je n’ai qu’une vague cousine encore plus délabrée que moi pour toute famille. J’ai donc convoqué mon notaire pour mercredi en huit ».

La mouche tente un double Axel.

« Il vous reste donc une semaine pour réfléchir »

Jeanne écrase la mouche.
3

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Un seul commentaire : pauvre mouche ! ;) ;) ;)
Image de Alphonse Dumoulin
Alphonse Dumoulin · il y a
En fait, le scénario initial prévoyait "Projet de vie une fois ... Projet de vie deux fois ... Personne ne dit mieux ? ... PAF ! ... Adjugé !

Tu connais Tante Jeanne ...

Image de Atoutva
Atoutva · il y a
Garder chez elle neveux et petits-neveux ? Elle est vraiment sympa, tante Jeanne !
Image de Alphonse Dumoulin
Alphonse Dumoulin · il y a
Suite à l'intervention de Joëlle (ci-dessous) et sans préjuger de ta réponse à mon questionnement initial (ci-dessous aussi mais un peu au dessus) voici
ce que Tante Jeanne, la famille Coronardot et moi-même envisageons.

Image de Alphonse Dumoulin
Alphonse Dumoulin · il y a
J'en conviens. Mais :
La propriété est grande, Jeanne est âgée, elle est veuve et sans enfants, sa retraite n'est pas mirobolante, une rente viagère n'est pas à dédaigner.
Pour les Coronardot, ce pourrait être l'occasion de construire un projet de vie plus épanoui dans un meilleur environnement.
Que feriez-vous à la place de Tante Jeanne ? Et de sa famille ?

Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Perso, sans hésitation, je resterais !!!! ;)
Heu… Désolée, Zouzou et Alphonse de m'être immiscée dans votre conversation… ;)
Bises à tous les deux :)

Image de Alphonse Dumoulin
Alphonse Dumoulin · il y a
You know what ? I'm happy ! (Zouzou, je sais pas). Et donc, j'envisage de poursuivre. Peut-être en septembre.

Car j'ai l’intuition qu'il leur faudra bien ce temps pour construire un projet durable et familial autant qu'individuel.

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème

NOUVELLES

La guerrière ouvrit la porte de l’auberge. Instantanément, le silence se fit. Il est vrai que voir entrer une femme de plus d’un mètre quatre-vingt était chose assez peu courante, surtout si ...