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L'entretien d'embauche canin

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Salut, moi c'est Malia, une jeune beagle de trois ans et demi qui a du chien !
Je suis née le 14 mai 2013 à Vivegnis, une commune plutôt moche des environs de Liège, la cité ardente, pas très loin des hauts fourneaux aujourd’hui abandonnés. J'ai appris, il y a peu, que Papy Marcel, le papa de mamounette qui est mort quand elle était môme, était lui aussi un " vigneron ".
Mon élevage se trouvait non loin des berges du canal Albert, long ruban gris sur lequel passent les péniches qui vont vers les Pays-Bas.
Mon paternel, Oufti, était un beau mâle athlétique avec du caractère. Souvent, j’entendais les shih tzu et les bichons mâles médire...
— Il se prend pour un teuton celui là... Un croisé berger-doberman... Ha ! Ha ! Ha !
Les femelles, par contre, le couvaient d’un tendre regard...
Maman, Diane, était le top model du chenil. Elle avait de grands yeux ambrés et soulignés de noir. Tonton Gustave, un sympathique teckel à poils durs de 14 ans, l'avait surnommée " très belle " et passait ses journées à l'admirer en bavant, ce qui agaçait papa qui n'hésitait pas à se moquer de lui en l'appelant " très vieux le saucisson sur pattes " !
La big boss du domaine, la chienne personnelle des maîtres, c'était Louna, une énorme dogue allemand grise qui avait, elle, un petit faible pour papa avec qui elle partageait volontiers un bon bout de gras.
Ma sœur et moi avons très vite compris que nous ne grandirions pas ensemble. Très souvent, nos potes disparaissaient. Maman nous avait expliqué que c'était parce que des familles d'humains venaient les adopter afin qu'ils leur tiennent compagnie. C'était chouette si on tombait sur de gentilles personnes. On avait des jouets, des câlins, un foyer confortable, parfois même on pouvait dormir sur un canapé et même, mais cela je n’y croyais pas, dans un lit, bonheur absolu...
Selon elle, la vie ici ce n'était pas la patte, surtout quand on était une fille et pas mal fichue ! Elle ne savait plus trop combien de bébés elle avait eus. À peine le temps de s'attacher, elle les voyait partir. Elle était très fatiguée par ses grossesses à répétition.
Quand maman se plaignait, Louna qui ne l'aimait pas trop lui rétorquait qu'il y avait pire : devenir chienne de laboratoire pharmaceutique !
J'étais la préférée de papa qui n'arrêtait pas de me dire :
— Ma grande, si tu veux voir du pays, vivre mille aventures comme Rintintin, fais tout pour te faire adopter !
Je pense qu'il en avait gros sur la truffe d'être ce qu'on appelle un mâle reproducteur. Il aurait voulu être chien policier ou douanier. Faut dire aussi que maman était plutôt du genre dépressif et que Louna était un chouia collante.
Un jeudi de juillet, nous allions bientôt avoir deux mois, ma sœur et moi avons été convoquées par Louna. Nous étions prêtes, selon elle, à rencontrer une famille d'humains en vue d'une adoption.
Une de nos copines de 4 mois, très espiègle, participerait aussi à ce que Louna appelait un " entretien d'embauche ". Notre copine secoua ses oreilles ;
— Pfft, face à vous, je vais encore être recalée, c’est trop pas juste !
Papa m'a alors pris à part.
— Louna m'a dit que les humains que vous allez rencontrer viennent d'Uccle, un des coins huppés de la capitale et qu'ils n'ont pas de bambins. Saisis ta chance. Ta pote n'est pas futée, ta sœur est timorée et juste bonne à rester dans les papattes de maman... Si comme moi tu rêves d'aventures c'est le moment ! Tu as de beaux yeux tu sais, tu peux les faire craquer et comme ils n'ont pas de gamins pas de risque de te faire tirer la queue ou les oreilles !
Nous attendons dans un enclos, sur la pelouse, les bipèdes venus de loin.
Les voilà enfin. Lui est grand, il porte des lunettes et n'a presque pas de cheveux. Tata Candy, une bichonne intello qui arrive parfois à se faufiler dans le salon des maîtres pour regarder le journal télévisé - une de ses grandes passions - lui trouverait sans doute un air Juppé. Il a un air calme, rassurant et une voix douce. Elle est petite, très ronde et a les yeux de la même couleur que ceux de maman. Elle a un léger accent qui me rappelle celui des gens de notre région. Ils ont l'air plutôt sympa. Lui semble " fuselé pour de longues promenades " et elle doit être, comme moi, un estomac sur pattes...
Elle prend contre sa poitrine ma sœur, lui prend dans ses bras mon intrépide copine. L’une se met à geindre " au secours, je veux ma mamaaaaan ", l'autre se tortille et se la joue comique de service. Je les entends murmurer entre eux :
— Elle est mignonne mais si elle pleure sans arrêt quand on la laissera seule on va avoir très vite des ennuis avec la voisine qui n’est pas des plus commodes...
— Elle est marrante mais vu sa bouille, elle doit être une vraie pro des bêtises...
Pendant ce temps là, j'observe, je reste calme, je croise les pattes, je ne veux pas, surtout pas, décevoir papa !
Soudain, l'homme dépose ma pote dans l'enclos et me soulève. Je me sens toute suite bien dans ses grands bras musclés. Je le regarde. Il fond comme un " susucre " dans une tasse de café...
Elle, tout en câlinant ma sœur, dit que je suis trop trognonne et que je semble très sage. Je force le trait. Je fais ce que tonton Gustave appelle " le regard chiotte la plus malheureuse de la terre ". Ça y est... Elle craque ! Ils disent en souriant :
— On la prend !
Yes ! I can ! J'ai réussi mon entretien d'embauche !
C'est ainsi que je suis devenue Malia L-Corthals !
2013... L'année du M, des Max, des Minnie, des Mimi, des Mina... Malia c'est plus original !
Mamounette a moins pensé à la fille ainée de Barack Obama qu'au plus célèbre bijou de l'Antiquité : le pendentif aux abeilles de Malia ! Cela vous en bouche un coin hein ! Faut croire que suis un joyau à ses yeux. On voit qu'elle est historienne. Si cela se trouve, si j’avais été un mâle, j’aurais pu m’appeler Mercator, Magellan ou Machiavel ! Enfin, J'ai évité le pire... Papounet étant un matheux, un informaticien, j'aurais pu m'appeler Microsoft, Médiane, voire Modulo !
Je n'ai pas pu faire une dernière léchouille à mes parents. Le règlement c'est le règlement m'a dit Louna mais elle a ajouté :
— Oufti sera fier de toi. Ne te tracasse pas. Avec la gueule que tu as, tu auras tous les zinneke de la capitale à tes pattes !
J'ai pris pour la première fois la voiture... En route vers de nouvelles aventures...
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Dimaria Gbénou · il y a
Bien illustratif.
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Fabienne Corthals · il y a
Merci Dimaria.
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Josette Cloose · il y a
super ton texte !
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Jean-Paul Labaisse · il y a
Très joli texte, racontant avec humour et tendresse l'arrivée d'un chiot dans un foyer de "bipèdes"... Bravo, Fabienne, pour ce moment câlin et canin !
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