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L' AUTOMATE

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Steph Sagne

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J’avais en face de moi deux enquêteurs, un homme et une femme.
L’homme avait des manières qui ne me plaisaient pas du tout, il était brut et impitoyable, je le trouvais antipathique. Par contre la femme était réservée, observatrice et calme.
Les bras croisés sur sa poitrine, l’homme me reposait la même question.
Je lui répondis :
- Je ne parlerai qu’en présence de mon avocate.
D’un geste rapide, l’enquêteur balaya avec violence les papiers qui se trouvaient sur la table. Ensuite, il bondit comme un fauve et m’attrapa brutalement par le col de ma tenue, il était très en colère.
- Vas-tu enfin parler ? Espèce d’enfoiré ! Ça fait des heures qu’on t’interroge et tu n’as toujours rien dit.
Je le regardai de bas en haut avec mépris, il m’assena un violent coup de poing en plein visage. Du sang jaillit de mon nez.
- Qui sont tes complices ?
Pas de réponse.
Il entoura mon cou de sa large main.
- Tu veux jouer au dur, hein !
J’eu un demi-sourire.
-Tu te moques de moi, tu vas voir ce que je vais te faire espèce d’imbécile !
Il resserra ses doigts si forts, je ne parvenais plus à respirer.
- Je veux leurs noms. Où se cachent-ils ?
J’essayais de bouger.
- Tu veux te libérer ?
Il m’exaspérait. Si je n’étais pas assis sur une chaise mains et pieds liés, je l’aurais volontiers étranglé.
Il gronda :
- Parle, bon sang ! Où je ne répondrai plus de moi.
La femme intervint.
- Arrête, Gilles ! Ce n’est pas une bonne méthode crois-moi, il ne parlera pas. Accordons-lui ce qu’il demande. Il voulut réagir à nouveau mais se ravisa.
- D’accord, demain on t’enverra un avocat.
Il fit signe aux gardiens.
- Ramenez-le dans sa cellule.
Avant de disparaître il me pointa du doigt:
- J’espère que demain, tu nous diras enfin la vérité.
Le lendemain matin, je fus introduit dans la même pièce que la veille. J’eu le souffle coupé.
Devant moi se trouvait une jeune femme très belle aux formes exquises.
Elle sourit, je découvris une rangée de belles dents blanches, elle m’adressa la parole.
- Vous êtes Aimé Ngock, l’homme qui a découpé une jeune femme avec une machette.
Je la fusillai du regard.
- Une bonne façon de débuter une interview, Madame...
- Charonne Eyidi, je suis votre avocate précisa t-elle.
Elle prit place, je l’imitai.
- Je présume que tout le monde en parle, Maître Eyidi.
- Oui, Monsieur Ngock, vous êtes à la une des journaux.
- Seulement dans les journaux ? Demandais-je.
Elle sourit d’un air moqueur :
- Vous êtes le héros du jour, on ne parle que de vous, dans les medias, à la télévision, à la radio etc...
Vous devez sûrement être très fier de vous car ce n’est pas facile de se faire une renommée.
Je me sentis très gêné.
- Vous vous méprenez Maître. Croyez moi, je suis désolé pour tout ce qui c’est passé.
Elle m’observa pendant quelques minutes
- Vous ne me croyez pas ? Demandais-je.
- Si, je vous crois.
Je la regardai avec sympathie.
- Vous me croyez ! Donc vous pouvez me faire sortir d’ici ?
- Seulement si vous me dites la vérité.
- Que voulez-vous savoir ?
- Toute la vérité. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Je me détendis :
- Ecoutez, c’est une longue histoire, je ne sais pas par où commencer.
- Commencez par le début.
- Ok, mais ça va être long
- Je suis à votre écoute.
- Etes-vous certaine que si je vous raconte toute l’histoire, vous me sortirez d’ici ?
Elle plaça un magnétophone devant moi.
- Avez-vous besoin d’un appareil ?
Exaspérée elle poussa un long soupir.
- Ecoutez, je n’ai pas de temps à perdre, s’il faut clamer votre innocence, j’ai besoin de connaître toute l’histoire point par point et mot pour mot. Maintenant dite moi ce qui vous a poussé à agir ainsi. Mais si vous souhaitez terminer le reste de votre vie dans ce trou, alors continuez à tourner autour du pot.
Sur ce, elle se leva.
- Au revoir, Monsieur Ngock ! J’ai été ravie de faire votre connaissance.
- Attendez, attendez ne partez pas s’il vous plaît !
Elle se retourna.
- Je vous en prie, j’ai besoin de vous.
Je fus interrompu par le gardien de prison.
- Visite terminée.
- Je reviendrai me dit-elle.
- Je serais ravi de vous la raconter.

Quelques jours plus tard :
- Je vous écoute, Monsieur Ngock.
Cette fois-là, je ne me fis pas prier deux fois, elle plaça de nouveau l’appareil devant moi.
- Clarence était une jeune femme cultivée, intelligente, optimiste, ambitieuse et très belle.
Elle me coupa la parole :
- Clarence est la jeune femme qui a été assassinée ?
- Oui.
Elle me fit signe de poursuivre :
- Clarence a toujours obtenu ce qu’elle désirait dans la vie. Très courageuse, elle ne reculait devant aucun obstacle, capable de tout pour arriver à ses fins, rien ni personne ne lui faisait peur, elle avait le don de persuasion et le pouvoir de commandement, elle était étonnante.
L’avocate me demanda avec curiosité :
- Vous parlez de don de persuasion et du pouvoir de commandement. Cela signifie qu’elle était une manipulatrice ?
- Oui, J’ai été le plus atteint.
Elle fronça les sourcils.
- Seriez-vous en train d’insinuer que vous étiez l’une de ses victimes ?
Je souris :
- Non pas la victime, je dirais plutôt son automate.
Elle me regarda stupéfaite.
- Pourquoi l’automate ?
Je répondis :
- J’imitais tous ses mouvements, elle était le corps animé et moi, la machine.
Je bougeais lorsqu’elle bougeait, je dansais quand elle dansait.
- Continuez ! m’ordonna-t-elle.
- Clarence et moi entretenions une relation.
- Quelle genre de relation ?
- Une relation intime.
- Si je comprends bien, la morte était votre petite amie.
- Plus que ça, c’était ma femme bien que nous n’étions pas mariés, je ne pouvais pas l’épouser.
Elle plissa les yeux, je me précipitais d’ajouter :
- A l’époque, je n’avais pas les moyens de le faire, c’est la raison pour laquelle elle se maria avec un autre, nous nous voyions en cachette, ce n’était pas facile de rompre, nous nous aimions et notre histoire dura plusieurs années.
L’avocate croisa les jambes.
- Si vous l’aimiez. Pourquoi l’avez-vous tuée ?
Au prix d’un effort visible, je déclarai :
- Ils m’ont demandé de le faire mais je ne l’ai pas tuée.
Elle me fixa intensément :
- De qui parlez-vous ? Pourquoi vous ont-ils ordonné de le faire ?
- Ces hommes étaient mes acolytes, il s’agissait d’un règlement de compte.
Elle s’étonna :
- Un règlement de compte?
- Nous avions accompli plusieurs missions, elle nous devait beaucoup de fric, elle nous avait dupés.
- Que signifie tout ceci ?
- Clarence était le capitaine du bateau, c’est elle qui tenait le gouvernail.
L’avocate écarquilla les yeux très, surprise.
- Quoi ! Voulez vous dire que Clarence faisait partie du trafic auquel vous étiez mêlé ?
- Oui, c’est elle qui m’a entraîné dans cette affaire.
- Mais comment ? demanda t-elle toujours éberluée.
- Je vous l’ai déjà dit Maître, j’ai toujours été l’automate de Clarence.
Exaspérée, elle se leva et fit quelques pas :
- Comment ça ? Vous étiez l’automate de Clarence, vous n’étiez pas contraint d’imiter tous ses mouvements, vous aviez quand même le choix. Je baissais la tête et restais silencieux pendant quelques minutes. Cette femme avait parfaitement raison, j’aurais dû reculer avant que tout cela ne se termine mal.
Le gardien fit son apparition :
- La visite est terminée, le prisonnier doit retourner dans sa cellule.
- S’il vous plait ! Accordez moi juste cinq minutes, j’ai encore une question.
- Je suis désolé, Maître c’est l’heure. Revenez demain.

Je fus réveillé par le gardien de prison :
- Aimé Ngock, l’avocate t’attend, grouille-toi !
Elle m’accueillit avec un sourire chaleureux :
- Comment allez-vous ?
- Je ne vais pas bien, je déteste cet endroit.
Elle ignora ma réponse.
- Bien, nous pouvons commencer.
- Avant de me poser toutes vos questions, je voudrais que vous sachiez ceci :
J’ai rencontré Clarence, j’avais de grosses difficultés, j’étais concierge d’un immeuble, je ne gagnais pas beaucoup par mois. Quelques mois plus tard, elle se maria avec un autre homme, Clarence était très riche, elle m’offrait tout ce dont j’avais besoin, elle faisait tout pour me rendre heureux. À part l’amour, je n’avais rien à lui offrir alors je devins son automate, je ne savais pas qu’elle était une trafiquante, je me disais que toute sa fortune provenait d’un héritage et de son époux.
L’avocate m’écoutait attentivement, je poursuivis :
- Il y’a juste un an que, j’ai été mis au courant.
- Comment avez-vous su qu’elle était trafiquante ? demanda l’avocate.
- Elle me l’a avouée lors d’une dispute.
- Si je comprends bien, vous travailliez pour Clarence.
- Oui, Maitre.
- Quel était votre rôle dans tout ça ?
- je lui livrais des organes humains.
- Et que faisait-elle de ses organes ?
- Elle les revendait à des hommes très puissants dont j’ignore l’identité.
- Une fois les organes livrés, elle vous remettait de l’argent, c’est bien cela ?
- Oui, Maître.
Elle confirma :
- Donc cette fois-là, les marchandises livrées, vous n’avez pas été payé, c’est la raison pour laquelle, vous et vos complices l’avez tuée.
- Ils l’ont tuée, moi je n’y suis pour rien.
Elle me dévisagea :
- Qu’est-ce qui prouve que vous n’êtes pas incriminé ?
J’étais furieux :
- Parce que c’est moi qui ai retrouvé le corps.
Elle s’écria :
- Ce n’est pas une raison suffisante, la justice ne vous croira pas.
- Je vous dis la vérité, Maître et vous devez faire tout votre possible pour me sortir de la.
Je plongeai mon regard dans ses yeux, je lu de la compassion.
- Vous croyez en mon innocence, n’est-ce pas, Maître ?
Elle détourna les yeux :
- Ok j’admets que, vous ne l’avez pas tuée mais ça ne sera pas facile de prouver votre innocence. N’oubliez pas que vous êtes un trafiquant, vous avez livré beaucoup d’organes humains, vous êtes un assassin. Tout ce que je peux vous promettre c’est de vous défendre afin d’alléger la peine qu’on vous infligera.
- Je ne suis pas un assassin, de ma vie, je n’ai tué personne, mes hommes tuaient et ils m’apportaient les organes que je livrais à Clarence.
- Vos hommes n’étaient pas en contact avec Clarence, ce qui signifie qu’elle ne les connaissait pas, c’était vous l’intermédiaire.
Elle réfléchit une minute :
- Si vous dites que vous n’êtes pour rien. Comment l’ont-ils repérée ?
- Ils m’ont espionné sans que je le sache. Quand ils ont découvert les lieux que Clarence fréquentait, ils l‘ont kidnappée.
- Où l’ont-ils assassinée ?
- Dans la forêt ! Ils l’ont ligotée puis ils l’ont enveloppée dans un drap ensuite, ils l’ont enfermée dans la malle arrière d’une voiture, une fois dans la forêt ils l’ont découpée.
Je ne pu m’empêcher de pleurer, c’était plus fort que moi, l’idée de ne plus la revoir m’était insupportable, je l’avais aimée sincèrement.
L’avocate me tendit un mouchoir :
- Tenez essuyez vos larmes, ça ne sert plus à rien de pleurer, vos larmes ne la feront pas revenir.
Quel âge avait-elle ?
- J’étais son aîné de trois ans, elle avait trente ans.
- Avait- elle des enfants ?
- Pas d’enfants.
- Ces hommes où se cachent-ils ?
- Je n’en sais rien et qu’est-ce que ça peut vous faire ? Vous n’êtes pas flic que  je sache.
- N’empêche que je dois le savoir.
Elle prit une profonde inspiration :
- Je voudrais leurs noms.
- Je suis navré de ne pas pouvoir vous renseigner là-dessus, je ne connais pas exactement leurs identités.
Abattue mais pas résignée elle répliqua :
- Vous vous foutez de ma gueule ?
- Je vous jure Maître ! Je vous dis toute la vérité, croyez-moi je voudrais qu’ils payent pour leur crime.
Elle secoua la tête :
- Je ne vous crois pas, ces hommes travaillaient pour vous.
- Oui, mais on ne se connaissait pas, on s’appelait par des surnoms ou des codes.
Dans ce métier on se méfie de tout le monde, on ne fait confiance à personne.
Je poussai un sanglot, elle posa sa main au-dessus de la mienne :
- N’en restons pas là. Comment avez-vous retrouvé le corps ?
- Ils m’ont appelé avec un numéro anonyme, ils m’ont indiqué où se trouvait le corps, je suis parti aussitôt ne me doutant pas que c’était un piège. L’un d’eux avait informé la police.
Je suis arrivé sur les lieux, j’ai retrouvé le corps de Clarence découpé en petits morceaux dans un grand sac poubelle, quelques minutes après la police était là.

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Zutalor! · il y a
Pas banale, cette histoire... C'est vrai qu'une suite est... in-dis-pen-sa-ble !
;-)

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Steph Sagne · il y a
Merci zutalor
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Christine Śmiejkowski · il y a
je reste sur ma faim à la fin ...
la suite ?

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Steph Sagne · il y a
Merci christine d'être passé. Pour l'instant je n'ai pas envisager la suite mais j'y penserais pourquoi pas
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Jusyfa · il y a
Votre intrigue policière est bien menée et bien écrite, votre plume assurée permet une lecture agréable, j'ai apprécié.
Jusyfa

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Jarrié · il y a
C'est fou ce qu'on a envie de le croire. Votre récit est bien construit ,du genre de ceux qu'on a à suivre jusqu'au bout. Bravo.
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Steph Sagne · il y a
Merci beaucoup jarrié. J'irai de ce pas vous lire.
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Isabelle Lambin · il y a
Etrange personnage... Malgré ses larmes, j'ai quelques difficultés à éprouver de la compassion pour lui.
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Steph Sagne · il y a
Je suis du même avis que vous.
Merci de m'avoir lu

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Sylvie Talant · il y a
De bien étranges aveux dans cette nouvelle policière. J'ai été tenue en haleine mais je ne sais toujours pas si le protagoniste dit la vérité.
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Steph Sagne · il y a
C'est vrai que ça fait réfléchir le lecteur, c'est le but.
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Doria Lescure · il y a
il y a du souffle et des personnages forts dans cette intrigue policière qui aurait besoin d'une suite pour que l'on puisse aller avec plaisir au bout de cette histoire originale.
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Steph Sagne · il y a
Merci Doria, je prendrai en compte votre commentaire
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Loodmer · il y a
8' c'est un peu long pour ce texte sans intrigue
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Virgo34 · il y a
Un bon récit qui tient le lecteur en haleine.
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Steph Sagne · il y a
Merci
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Ratiba Nasri · il y a
Une très bonne nouvelle originale et bien construite avec une intrigue prenante. Qui a tué Clarence ? Pourquoi ? ... On attend la suite avec impatience :-) Merci Steph !
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Steph Sagne · il y a
Je vous remercie pour votre commentaire.
1) Clarence à été assassinée par les hommes de main d'Aimé Ngock.
2) Elle leur devait beaucoup de fric.

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Ratiba Nasri · il y a
Merci Steph pour ces explications !
Excellente année 2018 remplie de santé, joie, bonheur, réussites personnelles et littéraires !
À bientôt :-)

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Steph Sagne · il y a
Merci beaucoup Ratiba
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