L'atroce destinée d'un chien fidèle

il y a
12 min
4
lectures
0
C’était un Spitz nain, orange charbonné à la fourrure de renard, remuant et braillard comme tous ceux de sa race ; aboyant après le facteur, les chats, les poules et autres volailles. Mais ce n’était que fanfaronnade, il suffisait que le coq aille vers lui, la crête hérissée pour qu’il se réfugie sous la vieille cuisinière en fonte, Godin ! Où il avait son tapis qui n’était jamais étalé comme il le souhaitait ; aussi avant de s’y allonger il en faisait plusieurs fois le tour en le grattant, ce qui faisait rire les enfants et l’on voyait bien que ça ne lui plaisait pas !
Lors de ces moments de contrariétés, Pompon (c’était son nom) se frottait contre les jambes de son maître le vieux Jules dit : Cailloche surnommé ainsi parce que toute sa vie active (mais pas vivace), il avait été cantonnier et cassait des cailloux comme celui de la route de Louviers (27400), on n’était pas dans l’Eure ; mais bien en Meurthe & Moselle.
Rechercher une caresse de cet être fruste n’était pas de tout repos. Lorsque celui-ci n’était pas disposé à la tendresse, à grands coups de sa casquette qu’il ne quittait pas de la journée, il éloignait l’importun. Surtout lorsqu’il était assis près de la cuisinière et partait dans une somnolence de vieillard, sa cigarette à la commissure des lèvres, roulée qu’il avait allumé avec le tisonnier chauffé au rouge et qui perdait son tabac. Jules était devenu inexistant, il ne participait plus à la vie même la sienne !
Son épouse, la Fiffate patois de Joséphine que ses petits enfants appelaient mémère Lateco parce qu’elle achetait son café et l’épicerie de base à l’employé de ce torréfacteur, qui faisait le tour des villages en triporteur aux couleurs de son employeur. La tradition voulait que l’on lui offre une relichète d’eau de vie de mirabelle qu’il buvait appuyé sur la caisse de son engin et cela chez tous ses clients. Il était devenu un expert en « mirabelle » et donnait son avis sur la qualité du breuvage ; donnant des bons points à certains et des mauvais à d’autres. Ce qui lui avait fait perdre la clientèle de quelques susceptibles. Néanmoins à son retour le soir, il faisait beaucoup plus de chemin que le matin tellement il zigzaguait sur la départementale !
Donc, la Fiffate était l’âme du foyer, de la basse-cour et de la lessive au lavoir municipal où elle tapait en cœur avec les autres commères sur le linge. Souvent Pompon l’accompagnait pour profiter de restes du casse-croûte de dix heures dont ces dames soutenaient leur labeur. Comme elle était une des dernières patoisante du village, les trentenaires lui demandaient de raconter des histoires en ce parler archaïque. C’était toujours le curé qui en était le héros ou la Roussette, la vache du Gustave, qu’on avait hissée avec une corde au cou sur le toit de l’église pour qu’elle y mange une touffe d’herbe qui sûrement aurait provoqué une gouttière. Dame ! elle était rudement contente, fallait voir comment elle tirait la langue de convoitise pendant son ascension ! Le plus bizarre : une fois arrivée sur le toit, elle n’avait plus faim ? À la descente, elle ne respirait plus. Le Gustave était bien peiné, il fallait se rendre à l’évidence, elle était morte d’indigestion sans avoir rien mangé ! Raconté comme ça, c’est pas terrible, mais en patois c’était tordant ! Il y en avait beaucoup qui ne comprenait pas, elles riaient avec les autres pour ne pas avoir l’air plus bête. Pompon voyant l’allégresse générale sautait de joie et recueillait encore un peu de casse-croûte. La Fifate n’était jamais en peine d’histoires à dormir debout, personne ne s’étonnait, elle avait... son certificat d’études !
Au retour, avec le linge essoré et la buanderie sur la brouette, les commères se hâtaient pour être à la maison avant le retour de la saline de leurs hommes. Joséphine n’avait pas cette servitude, aussi elle s’arrêtait pour saluer et échanger quelques propos avec l’un ou l’autre. Elle était appréciée et chacun était content d’échanger les dernières nouvelles avec elle. Derrière son dos, on ne se privait pas de conclure : « La pauvre, elle n’est guère aidée par le Cailloche, celui-là y ne viendrait même pas lui chercher sa brouette ! ».
Pendant ces conciliabules, Pompon se laissait cajoler par les enfants. Ah ! que la vie d’un chien était agréable pour un jeune toutou. Surtout quand on sait faire le « cabot » et il savait le faire. Il y avait bien ce sapristi de Jeannot, un gamin qui ne venait au village que pendant les grandes vacances ; son plaisir s’était d’attraper le chien et de le jeter dans la rivière du haut du pont, simplement pour le plaisir de le voir nager... et il recommençait plusieurs fois de suite, jusqu’à ce que Fifate intervienne pour faire cesser ce jeu idiot.
Pompon était célèbre dans tout le village, car c’était un exemplaire unique. Les « qui-savaient-tout », prétendaient que sa mère était une renarde engrossée par un bâtard quelconque. Les autres s’étonnaient que cet animal soyeux soit la propriété du Cailloche. Personne ne savait qu’il l’avait trouvé, tout tremblant et affamé dans un fossé qu’il curait. Il avait signalé sa trouvaille au garde-champêtre appariteur pour qu’il signale sa découverte quand il annoncerait les nouvelles du jour après avoir crié : Avis à la population ! et fait résonner son tambour ; il n’en avait rien fait et personne ne l’avait réclamé, alors.....
Ce garde-champêtre était un ancien combattant simple Poilu de la Grande guerre celle qui devait être la dernière, il avait laissé son bras droit du côté de la Main de Massige en Argonne. Aussi lorsqu’il avait postulé la fonction, il avait fallu qu’il fasse preuve de ses capacités. Alors devant le Maire qui était aussi un ancien combattant, mais capitaine ; il avait fait entendre de sa main gauche, un tel roulement de tambour dans la salle du Conseil que les passants s’étaient arrêtés inquiets, croyant à un nouvel appel Aux Armes ! Son fils le Coco qui dépêché par sa mère pour l’empêcher d’aller trop arrosé son bonheur s’il avait le poste rassura les inquiets et pour preuve leur dit, «vous savez quand y m’fiche une baffe de sa main gauche, y m’fait aussi mal que si c’était de la droite » !
L’unique sortie du Cailloche, c’était pour aller acheter son tabac : du gros-cul Caporal et des feuilles à cigarettes : « Zig-Zag, le plus blanc, le plus solide ». Pompon le suivait, il restait cependant en arrière à distance suffisante pour éviter les coups de casquettes.
C’était le retour qui intéressait le chien, car certains jours le Jules s’arrêtait au Café de l’Espérance. Pourquoi celui-là et pas dans un des douze autres (pour un village de mille trois cents habitants), par ce que le propriétaire était de sa parenté. Un joyeux gaillard qui faisait honneur à sa cave, tellement que le jour de 1915 où l’église touchée par un obus s’enflammait ; lui pompier volontaire n’avait pu monter à la grande échelle. Il s’en était suivi une pagaïe préjudiciable à l’édifice ! On en riait encore, eh ! oui.
Pompon était loin de ces préoccupations, bien que le Cailloche essaie de lui en interdire l’accès : « t’va tout salir avec tes sales pattes », il se faufilait. « Laissez donc » disait la fille du cabaretier : la Marie dite comme il se devait la Nini. Autant elle n’aimait pas les chats, autant elle aimait les chiens et celui-là en particulier. Elle lui réservait toujours un os viandeux, ce qui faisait dire par son père : « Chez nous les animaux mangent comme les hommes, si on fait le pot-au-feu, ils ont les os, si on mange une omelette, ils ont les coquilles ! ».
Émile (prénom du cabaretier) était un plaisantin qui s’était fâché avec le parrain de son petit-fils. C’était un mineur de sel « socialiste partageux » (on dit communiste présentement) qui expliquait sa doctrine ainsi : « Mon vieux Émile, partageux ça veut dire que tout ce que t’as m’appartient pour moitié ; par exemple t’as deux chaises, il y en a une à moi, t’as deux bouteilles de vieux Bordeaux, il y en une a moi. C’est simple ! ». C’était très simple en effet.
On n’a jamais su comment Léon (le prénom du partageux), a séduit la fille d’un industriel en soierie de Lyon, qui comme vous le savez était la crème de la caste des deux cents familles, au XX° siècle, avant 1939. Comme c’était un frimeur, il voulut épater les « péquenots » de son village par sa surprenante richesse. Et voilà qu’un jour s’arrête devant le Café de l’Espérance, une rutilante voiture. Le cabaretier s’avance sur le pas de la porte, ahuri il s’exclame : « Nini, vient voir c’est Léon ! ». Tous les buveurs présents se précipitent et les Oh ! et les Ah ! fusent, d’autant que sort du véhicule un gentleman imposant par son costume et ses chaussures brillantes à vous éblouir, qui prend soin d’un air dégoûté à ne pas marcher dans le dépôt d’un troupeau de vaches allant à la pâture passé peu avant.
Il en faut plus pour déconcerter Émile... Il s’avance vers la voiture, en fait le tour d’un air énigmatique et dit : « Mon vieux Léon, je ne crois pas que tu pourras repartir aujourd’hui. J’ai bien compté les roues de ton corbillard (le véhicule était noir respectable) il y en a quatre ; je prends les deux miennes tout de suite, en vrai partageux je suppose que t’est d’accord. Note bien que je ne te demande pas de couper la roue de secours en deux ». Les éclats de rire ébranlèrent tellement la superbe du parvenu qu’il s’engouffra dans son carrosse et disparut. Il n’est jamais revenu !
Pompon lui, après s’être repu, se laissait caresser par la Nini, il ne s’en lassait pas. Cependant certaine fois la présence d’un buveur qui guignait sa fourrure gâtait sa félicité.
C’était le Joujou Michaux . Marchand de peaux de lapin de son état, grand buveur, mais qui avait sa fierté ; c'est-à-dire qu’il ne voulait pas qu’on l’assimile à un ivrogne aussi en s’asseyant dans un bistrot, il commandait : une chopine et deux verres, en précisant qu’il attendait quelqu’un. Pour donner quelque véracité à son affirmation, il remplissait le deuxième verre. Le temps passant, le quelqu’un ne venait pas, le niveau de la chopine baissait. Lorsqu’elle était vide, il se levait en disant : « je m’en vais, si on me demande, faudra dire que j’ai pas pu attendre, j’ai à faire » et il s’en allait chaloupant non sans avoir bu le godet destiné à son hypothétique interlocuteur. Il recommençait dans les douze autres cafés, je vous laisse imaginer la suite...
Pompon se tenait éloigné de l’énergumène qui n’aimait pas les chiens, en étant souvent victime lors de ses tournées et ne se privant pas de leur donner des coups de godasse quand il avait la démarche assurée, heureusement ce n’était pas son naturel !

La guerre et son cortège de misères !

Septembre 1939, les murs des bâtiments officiels se couvrent d’affiches mobilisant les Français pour aller combattre les Allemands. On ne disait pas encore les « nazis », on ne savait pas ce que c’était. Surtout dans les campagnes.
Heureusement que les moissons étaient terminées, comment aurait-on fait sans les bras des mobilisés ? Restaient les vendanges, mais le vignoble Lorrain était tellement réduit que les femmes suffiraient à cueillir le raisin qui la plupart du temps finissait en piquette ! Pour l’année suivante, pas de problème : nos vaillants soldats seront rentrés, après avoir f... une raclée aux Teutons. D’ailleurs, le président du Conseil l’a dit : « Nous vaincrons par ce que nous sommes les plus forts ! ».
Vint l’hiver, c’était bizarre, rien ne bougeait le long du front et beaucoup de penser que les Allemands avaient peur de notre ligne Maginot. Certains soldats vinrent même en permission pour Noël. Au grand quartier général, Mme Gamelin, épouse du général en chef, tricotait pour nos pioupious qui venaient du sud et n’étaient pas habitués à notre climat. Dans les écoles aussi, même dans celles de garçons, lesquels n’étant pas doués tricotaient seulement des cache-nez, ils estimaient que compter les mailles était superflu. L’ouvrage fini était surprenant, l’écharpe avait une largeur de quelques centimètres à son début et finissait cinq fois plus large, ou l’inverse !
Pompon, évidemment ne savait rien de ce qui se passait. Il était quand même intrigué par la tristesse de Joséphine qui s’inquiétait pour son fils cadet partit garder la frontière dans un blockhaus. Le Cailloche comme à son habitude passait les journées, somnolent devant la cuisinière, ne manifestant aucune émotion.
Mai 1940, une fois encore, les Allemands sont entrés en France en passant par la Belgique. Ce n’est pas grave : « nous vaincrons par ce que nous sommes les plus forts ». Et puis on n’est pas seuls. Voilà qu’arrive au village un régiment de Polonais, ceux-là ont la rage... Ils proclament à tout va qu’eux se battront jusqu’au bout (de quoi ?). Ils vont même jusqu’à tirer sur les avions de reconnaissance ennemis avec les vieux fusils Lebel que notre ministère de la guerre leur a généreusement octroyés. Avec pour résultat de déclencher un tir de représailles de l’aviateur Teuton. C’est immédiatement le reflux dans les maisons !
Pompon aime bien ces Polonais. Ils le laisse entrer dans leur popote où il se pourlèche de mélanges inconnus, il prend du poids et son poil ternit. La Fifate qui n’a peur de rien va dire leur fait aux soldats et leur interdit de le laisser se goinfrer. Et puis elle le confine avec la chèvre. Pompon n’aime pas ça, il trouve cet animal stupide ; il ne sait pas qu’il boit son lait, et puis il fait sombre dans le local. Il aurait préféré être mis au jardin, où il peut courir après les papillons, mais...c’est la guerre !


Ne laisser pas vos enfants lire la suite, elle est trop triste.

Les mauvaises nouvelles et les « bobards » courent les rues, les prés et les champs. Chacun en a une ou un à communiquer à ses voisins : « Ils arrivent, ils sont à Metz, des patrouilles ont été vues à Château-Salins ! ». Les Polonais ont mis en batterie dans les jardins quelques mitrailleuses Hotchkiss de 13,2 modèle 1929 ! Ils attendent et promettent de faire un carnage chez les envahisseurs et de mourir dans la gloire. « Mon Dieu, mon Dieu ! » soupirent les femmes. Le curé à convier tout le monde, même les incroyants, à venir prier pour le salut de la patrie et la protection du village.
On entend le grondement sourd du canon, des 105 disent ceux de 1914, qui prétendent avoir encore dans les oreilles les sifflements de ces engins de mort.
Les grands-mères racontent les atrocités qu’on fait subir aux populations les troupes allemandes durant la précédente guerre (1914-1918). Ils ont incendié des villages entiers. Se sont saoulés à ne plus tenir debout et maltraiter femmes, enfants, vieillards. Ils ont fusillé ceux qui les regardaient avec trop d’insistance.
Dans un village voisin, ils ont abattu un garçon de treize ans qui était sorti dans la rue, portant une carabine à flèches. Les hommes de tous âges étaient réquisitionnés pour creuser des tranchées, encouragés à coups de cravache !
Et voilà que le régiment de Polonais, après avoir percé des trous dans les murets de jardin et même les murs de quelques maisons pour tirer avec les pétoires, se retirent. Le village devient « un village ouvert » comme on dit d’une agglomération que l’on ne veut pas défendre ! Un grand silence se fait, plus aucun bruit guerrier ne s’entend. Au lieu de rassurer, cela inquiète.
Quelques hommes, la plupart des vieillards se rassemblent au café L’Espérance. Ils n’en n’ont plus ! L’anxiété est manifeste. Chacun regarde les autres attendant que l’un décide pour tous. Personne ne s’y risque ; si ça tournait mal,...on ne sait jamais ? Où sont les valeureux Poilus de la guerre, la Grande qui devait être la dernière ? Ils ont peur tout simplement.
Enfin, une dizaine se décide ; il faut partir pour ne pas tomber aux mains des boches. Le lendemain matin, les voila en route, ils vont à pied avec un baluchon de survie (rasoir, paquet de gros-cul, casse-croûte pour deux jours). À peine parti c’est déjà la zizanie : les plus jeunes cinquantenaires sont tellement pressés qu’ils récriminent contre les vieux accusés de ralentir l’exode ! L’un d’eux s’en prend directement au Cailloche : « Eh toi ! C’est pas passque t’as pas bougé ton c.. de ta chaise depuis des années que t’va nous faire prendre et avec un chien en plus ! »
En effet, la Fifate a dit à Jules d’emmener Pompon par crainte qu’il aboie après les envahisseurs. Le chien ne s’est pas fait prier, il est partant pour ce qu’il croit être une promenade. Il est un peu contrarié d’être en laisse par ce que ça l’empêche de courir après les nombreux papillons qui le narguent depuis les coquelicots du talus. Cailloche traîne de plus en plus, bientôt il se retrouve seul. Les autres sont loin devant et ne s’occupent pas de lui. Alors, il s’assied mange un casse-croûte et décide de revenir au village, sa chaise lui manque.
C’est fourbu qu’en fin de journée il frappe à la porte, Joséphine est surprise de le revoir sitôt. Elle devine que les autres fuyards n’ont pas voulu de lui ; elle en a gros sur le cœur, mais c’est comme ça. Elle ne fait pas de commentaire, ce serait superflu.
Jules sans un mot s’affale sur sa chaise devant la cuisinière, fait rougir le tisonnier, allume la cigarette qu’il s’est roulée et plonge dans sa somnolence de vieillard. Pompon retrouve son tapis et pense sans doute que l’on ne peut être mieux nulle part que chez soi !
Étrangement la guerre n’a pas encore abordé le village. Il n’y a plus aucune trace de combattants. À croire que les Allemands ont décidé d’ignorer la commune. L’administration française ne donne pas de consigne. Le Maire est désemparé, il a cependant fait recenser les caves pouvant servir d’abris. Il a bien fait car tout à coup, le ciel résonne d’un duel d’artillerie, les projectiles passants au-dessus du village. C’est la panique augmentée par le hululement de la sirène. Tous se précipitent vers les abris où l’on s’installe tant bien que mal. La première nuit passe dans l’inquiétude. Le lever du jour rassérène quelque peu, aucun projectile n’est tombé sur les habitations. Quelques femmes décidées vont chercher de quoi nourrir adultes et enfants. Le boulanger a cuit une fournée, on ne manquera pas de pain. Le père Mathieu, propriétaire de la cave abri met en perce un tonneau de « piquette » du pays. « Buvez, c’en est que les boches n’auront pas ». On boit pour lui faire plaisir, le vin du cru n’ayant jamais eu grande réputation !
Le sifflement des obus déchire toujours le ciel. Le matin de la deuxième journée, on apprend que des artificiers minent le pont du canal, les Polonais ayant négligé de le faire. À l’aube de la troisième journée l’ouvrage saute, projetant ses constituants à des centaines de mètres, crevant des toitures, arrachant le coq du clocher, blessant une vache imprudemment laissée errante ; mais heureusement pas d’humains. Les soldats français se retirent, le lieutenant les commandant explique au Maire que cette destruction va freiner l’avance ennemie quelques jours, le temps pour nos vaillantes troupes d’établir un front de résistance.
Toute la population est dans les caves, trois heures plus tard (pas une de plus) un coup de pied enfonce la porte de celle de Mathieu et un homme tout de gris vêtu apparaît pointant son fusil vers les villageois stupéfaits et apeurés. C’est un Teuton. Il est suivi par un officier qui poliment et en bon français ! Assure ne vouloir de mal à personne et seulement rechercher d’éventuels combattants français. Il n’y en a pas, il se retire en assurant qu’ils pouvaient regagner leurs domiciles, qu’ils n’avaient rien à craindre de l’armée allemande.
Tous sortirent soulagés d’être au grand jour, sans avoir été brutalisé et admiratif devant l’allure des vainqueurs. Quelques-uns firent même la comparaison avec l’armée française, à son désavantage.
Un détachement allemand s’installe à la mairie. Des motards ennemis parcourent les rues, toujours à la recherche de soldats français restés en arrière-garde.
Et Pompon commet la faute !... Une moto pétaradante passe devant chez lui, il s’apprêtait à faire une bonne sieste ! Furieux, il se précipite vers le troublion en aboyant sans doute des injures. Le fautif s’arrête et riant de voir ce petit chien en colère s’écrie : « Ah, petit chien bien téméraire ! » (Je n’ai pas mis l’accent) et il redémarre toujours joyeux.
Incident banal direz-vous. Pas pour tout le monde. Un instant Joséphine a imaginé le Teuton dégainant et tuant le braillard. Jules, qui du fond de sa torpeur a suivi la scène, a vu sa maison incendiée et s’est vu avec la Fifate mis en joue et fusillé !
Alors, en silence il emmène Pompon vers le petit bois du Mathieu, il a pris une corde. Joséphine retient ses larmes. Cailloche choisit une branche basse, saisit le petit chien qui remue la queue de contentement croyant à une câlinerie.
Cailloche fait un nœud coulant et... Pompon meurt en agitant ses petites pattes comme pour dire adieu !
Ces événements sont véridiques, j’ai connu les personnages et Pompon.

Pour ne pas attrister les enfants, j'aurais pu raconter la fin comme suit :
Après son forfait Cailloche s’en retourna vers sa chaise. Il marchait lentement, ses rhumatismes le ralentissaient. Sur le pas de la porte, il fut assailli par une boule de poils ressemblant à Pompon ! C’était bien lui, la corde qui l’étranglait avait cassé. Par un raccourci, il était arrivé chez lui avant son tortionnaire et maintenant lui aboyait toutes les injures qu’il connaissait.
Fifate décida qu’en conséquence il devait vivre et Jules ne pu s’y opposer. Une telle fin aurait été plaisante mais mensongère. Ce que je déplore !

0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,