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L'Arbre de Sabrielle

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Karine

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Il est une étrange histoire d’une jeune enfant et d’un arbre fabuleux. Est-elle réellement arrivée ? N’est-elle qu’une légende ? Personne ne saurait le dire exactement, car ces hêtres tortillards, ces Faux de Verzy existent bel et bien et aucun spécialiste n’a pu donner d’explications sur ces drôles d’arbres. Ecoutez cette histoire et voyez vous-même. Mais plus nous seront nombreux à penser et à croire qu’elle s’est véritablement passée, plus sa part de vérité sera grande. Plus nous serons nombreux à y croire et plus elle aura de chance d’être vraiment vraie. Plus nous serons nombreux à y croire et plus elle deviendra réelle !

Sabrielle est une petite fille solitaire, qui n’a pas d’ami. Une petite fille aux longs cheveux bouclés, aux jolies joues rondes. Une petite fille discrète et silencieuse, au regard un peu triste, et qui n’attire pas vraiment l’attention. Elle habite un petit village dans la campagne autour duquel les arbres sont magnifiques et forment une très belle forêt.

A l’autre bout du village, existe aussi un endroit où la végétation a beaucoup de mal à pousser, un endroit que les gens évitent parce que le vent y souffle par rafales, qu’il n’y a rien à voir, et où l’atmosphère même est inquiétante. Pourtant, Sabrielle aime y venir. Elle a découvert là un petit arbre tout biscornu, qui ne ressemble à rien, pas même à un arbre. Ce drôle de petit feuillu-là, elle l’aime beaucoup. Son petit tronc déformé et ses branches toutes tordues lui permettent de grimper jusqu’au feuillage et de s’y installer pour rêver et passer son temps à l’abri des paroles des grands et des moqueries des autres enfants.

Dès qu’elle le peut, elle vient le retrouver, comme on va retrouver un ami. Car oui, il est devenu cet ami qu’elle n’a pas, à qui elle peut tout dire, tout raconter sans craindre d’être trahie, ni jugée. Elle grimpe au plus haut de ses branches, et se cache pendant des heures. Jamais personne ne pense à venir la chercher dans un endroit pareil. La petite fille sait bien qu’ils ont un peu peur de ce lieu qui ressemble à un repaire de sorcière et effraie les gens. D’ailleurs, lorsqu’ils sont obligés de passer par là, ils accélèrent toujours le pas et ne traînent jamais plus qu’il ne faut. Ceci plaît beaucoup à Sabrielle qui a fait de cet endroit son refuge secret. Personne jamais ne lui volerait, elle en a fait le serment.

Ici, elle se sent bien. Elle laisse aller les mots, ces mêmes mots qui ne sortent pas en temps normal. Avec son ami, ses paroles coulent comme de l’eau claire. Il ne répond pas, mais elle sent bien qu’il l’écoute et qu’il aime sa présence sur ses branches.
Elle est d’ailleurs la seule personne qui s’intéresse à lui. Lors de ses visites, la petite fille prend soin de lui, taillant quelques branches de-ci de-là. Elle le débarrasse aussi des petites bêtes nuisibles et des plantes parasites.
Il ne dit rien mais il apprécie beaucoup lui aussi la compagnie de Sabrielle et s’est vite attaché à cette gentille petite amie. Lui qui existe sans exister, lui qui a poussé là par hasard, isolé, déformé, obligé de lutter à chaque saison froide et malmené par les violents coups de vent, aujourd’hui il a enfin trouvé un peu de bonheur et de douceur grâce à elle.

Les années passent, Sabrielle grandit et partage toute son enfance avec son seul ami. Lui aussi grandit en même temps qu’elle, et s’étoffe un peu sans pour autant ressembler à ses frères de la forêt. A les voir tous les deux, on croirait presque qu’ils sont le tuteur l’un de l’autre, qu’ils s’aident à s’élever, à grandir tout doucement, tant bien que mal. Et même si l’arbre semble végéter, même s’il se déforme de plus en plus, même si son feuillage prend des teintes étranges sans rapport avec les saisons, Sabrielle puise une force intérieure dans toutes ces différences et devient une jeune fille agréable à regarder.

Mais un jour, quelque chose de terrible arrive : les hommes du village s’attroupent autour de l’arbre et discutent longtemps, longtemps, longtemps. Ils veulent aménager un grand jardin avec de la pelouse, des bosquets, des allées, des bancs et une petite pièce d’eau. Cet arbre les gêne et n’a aucun intérêt à leurs yeux. A cause de lui, cet endroit est gâché parce qu’il est mal placé, cache la vue sur le village et n’embellit nullement le paysage. Ils prennent alors la grave décision de l’abattre. Ils sont tous d’accord et les bucherons seront appelés pour effectuer ce travail trois jours plus tard.

En apprenant la nouvelle, Sabrielle se met à crier de toutes ses forces. Elle ne sait plus ce qu’elle doit faire tellement sa douleur fait cogner son cœur hors de sa poitrine. Sans plus attendre, elle court à toutes jambes pour retrouver son ami et tenter de le protéger. Plusieurs adultes font barrière, mais la jeune fille les pousse, sa force décuplée par sa détresse, et va se réfugier tout en haut dans le pauvre feuillage de son arbre.
Elle crie, pleure, hurle tant et si bien que tous les habitants accourent et restent stupéfaits, la tête levée vers la cime de l’arbre d’où provient ce vacarme. Ils ne reconnaissent pas la petite fille si étrange et si discrète jusque-là et ne comprennent pas sa réaction. Ils l’entendent alors leur dire cette chose : « Je vous jure que si vous abattez mon arbre, je me tuerai aussi et vous serez tous maudits parce que vous aurez tous ma mort sur la conscience ! » Cette malédiction glace d’effroi toute la population qui ne sait plus comment réagir.
Quelques hommes tentent alors de monter à l’arbre pour en déloger la fillette. Mais étrangement, chaque branche se plie sous leur poids, refusant de les porter ; d’autres fouettent leurs visages les empêchant de voir où prendre appui ; d’autres encore se croisent et bloquent leurs pieds rendant impossible leur ascension. Comme si l’arbre, à son tour, essayait de protéger sa jeune amie.
On décide alors d’attendre quelques jours que la petite descende d’elle-même, tiraillée par la faim et la soif. Et en effet, un matin elle sent la faiblesse l’envahir. Alors instinctivement, Sabrielle enlace l’arbre de toutes ses forces. Ses larmes chargées de tout son amour et de sa détermination ruissellent sur ses joues jusqu’à couler sur l’écorce amie. Quelques instants plus tard, à la stupéfaction de tous, des fruits apparaissent sur les branches et les feuilles se creusent et s’assemblent pour recueillir l’eau de rosée, permettant à la jeune fille de se désaltérer.
Mais le plus incroyable se produit dans la nuit. Ceux qui veillaient ont été témoins d’une époustouflante scène : l’arbre a commencé à bouger, à se transformer. Timidement tout d’abord, puis de façon plus flagrante. Comme s’il se réveillait d’un profond sommeil, il s’étire tant qu’il peut vers le ciel et allonge ses branches une à une. Au matin, tous peuvent admirer un spectacle inoubliable. L’arbre tortillard se dresse fièrement devant eux et arbore un feuillage magnifique. Il avait puisé toute sa force dans l’amour que lui portait la fillette et ses feuilles avaient bu ses larmes jusqu’à épanouir sa ramure.
Tous restent sans voix devant un tel phénomène. Il est impossible maintenant d’abattre un tel arbre. Alors après s’être réunis pour en parler, ils décident de l’épargner, et de préserver aussi cet endroit en respectant sa nature envoutante et sans artifices.

Le voilà sauvé. Les voilà sauvés, tous les deux, Sabrielle et lui.
En effet, il était devenu le plus bel arbre de la contrée, un arbre important, peu ordinaire car empreint d’une magie que seule la jeune fille au cœur pur avait su réveiller.
Les habitants du village admiratifs et un brin effrayés par ce pouvoir, ont fait de lui leur arbre sacré, leur arbre protecteur. Avant chaque décision importante, ils viennent auprès de lui prendre conseil, réfléchir, et sceller des accords sérieux. Il existait pleinement parce que quelqu’un avait cru en lui. Aujourd’hui il avait enfin sa place.

Quant à Sabrielle, une chose étrange s’est éveillée en elle, en même temps que son arbre s’épanouissait. Un don. Celui d’entendre et de comprendre la nature. Se rendant compte qu’elle devait écouter ce don, elle a commencé à apprendre la science des plantes, des fleurs et des racines. Et aujourd’hui, son savoir est recherché par tous les villageois, et d’autres personnes viennent de bien plus loin pour la voir et faire appel à son savoir.
Elle aussi a trouvé sa place dans ce monde, même si elle se sent très différente des autres et qu’elle le perçoit dans les regards. Ses conseils font des merveilles pour l’entretien des jardins et des plantes d’intérieur. Mais son savoir le plus puissant lui vient de ses mélanges d’herbes, fleurs ou racines et de ses décoctions capables de soigner. Uniquement en les touchant, en les respirant, Sabrielle sait quelles plantes mélanger pour optimiser leurs propriétés. Alors, même si les gens continuent d’avoir une légère crainte à son égard, elle est heureuse car tous la respectent autant qu’ils respectent son arbre.
De cette aventure ils ont appris une leçon de vie essentielle : on a tous besoin les uns des autres malgré les différences... ou plutôt grâce aux différences, car c’est par elles qu’on s’enrichit et qu’on apprend.

S’il vous arrive un jour de voir un hêtre centenaire, n’hésitez pas, posez vos mains sur son écorce. Enlacez-le et puisez en vous tout l’amour et le respect qu’il vous est possible de puiser. Peut-être est-ce l’Arbre de Sabrielle...





PRIX

Image de Automne 2015
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Philippe Rouply · il y a
La nature, les arbres... et plus si affinités. Très agréable à lire.
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Papy betises · il y a
très agréable à lire, je me suis régalé.
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Chtitebulle · il y a
Merci pour cet agréable moment de lecture ....
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Loïca · il y a
très beau, j'ai pensé aux dessins animés des studios ghibli, ça aurait pu être un de leur scénario :) en tout cas bravo c'est excellent
passez voir mon illustration fan art si ça vous dis :) http://short-edition.com/oeuvre/strips/une-lettre-de-sirius merci d'avance

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Moniroje · il y a
Dans la vie, toute vie, réside la pensée... Faut savoir la ressentir...
Enfant j'ai torturé, oui, je l'avoue, un liseron... Quand il a renoncé à se défendre, surpris, j'ai entendu sa supplique!
Depuis, je fais attention à toute vie...
Regardez bien les arbres qui vous entourent et vous verrez leurr caractère, leur personnalité...

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Lionel Auberger · il y a
Auprès de votre arbre on doit vivre heureux ?
Si vous aimez les animaux: http://short-edition.com/oeuvre/strips/fable-le-cochon-et-le-cheval

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Jean Calbrix · il y a
Un beau cri d'amour pour un arbre et la nature. La déforestation anarchiste met en danger le genre humain. C'est la belle parabole qui est esquissé dans ce joli conte en forme de fable. On a envie de crier à notre tour "longue vie à Sabrielle et à son arbre !". Merci, Karine, de nous avoir donner à lire votre œuvre poétique, pleine de bons sens et de compassion. Vous avez mon vote et mes vœux pour la compétition d'automne. Si vous voulez voir un merles qui ne déparerait pas dans l'arbre de Sabrina, j'en ai un en finale d'été qui siffle pour qu'on lui donne des cerises. C'est ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/merle-rondel
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Karine · il y a
Merci à vous Canelle et Madeleine, pour l'accueil fait à çette petite nouvelle. Je suis moi aussi très attachée aux arbres et ils sont d'ailleurs tres présents dans mon environnement. Merci encore pour votre attention et votre intention.
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Madeleine Duval · il y a
je suis très attachée aux arbres belle lecture mon vote
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Cannelle · il y a
Les histoire d'arbre nous font du bien . Ils sont les médiateurs entre la terre et le ciel. (Sur le même thème mon "l'arbre et l'oiseau" au dernier prix du printemps.)
J'en profite pour vous inviter aussi à découvrir un petit bout de côte bretonne :http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/l-ange-du-moulin

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