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L'appel de la langue de Molière

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HH

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Je vais vous raconter une petite histoire, celle d'une fille et petite-fille d'institutrices et ayant eu la "chance " de naître avant l'avènement du " tout virtuel ". J'ai donc fait naturellement et un peu précocement connaissance avec la lecture, qui était chose courante, voire vertueuse à la maison et......... J'ai.....adoré !
J'ai lu tant et plus depuis l'enfance, de la "bibliothèque verte ", en passant par l'épopée des " Rougon- Macquart "du prolifique Zola,à de simples ouvrages sur l'astronomie,qui devint, dès mes 10 ans une passion inextinguible,qui occupe encore mon esprit curieux de toute l'évolution de la science parfois durant des nuits entières . Je suis littéralement vampirisée par ces deux passions l'astronomie et le plaisir insatiable de l'écriture, de poèmes le plus souvent. Ce sont deux piliers,deux amours qui me suivent depuis plus de trente ans.
La naissance d'un poème, qui suit la guise des pensées et sort tout droit de mon imaginaire , et qui me permet de me délecter du plaisir du maniement des mots, et de leur donner vie, comme le fait un mélomane avec son instrument de prédilection est jouissif. Car il est là le but de cette nouvelle : expliquer et rendre possible à ne serait ce qu'une personne d'accéder à la magie des sentiments ainsi dévoilés et humblement couchés sur le papier.
Je ne peux continuer à m'epancher sur mon amour du français sans faire une digression pour rendre hommage à une personne ayant largement participé à l'évolution de cet attachement à la littérature : ma professeur de français au lycée. Je vous explique son génie pour nous faciliter l'apprentissage de certains auteurs abordés en classes de troisième, seconde, première et terminale, classes dont elle avait en charge d'initier l'amour de notre inépuisable richesse : notre langue maternelle. Cette petite femme, madame Fam la justement nommée, au tailleur inconditionnel et toujours sobre, a eu la riche idée d'utiliser un fil conducteur pour toutes ses classes successives et faciliter ainsi l'apprentissage de ce merveilleux français . Comment? En utilisant son inaltérable fil rouge : une couleur de papier différente pour chaque siècle abordé, du 16eme au 20 eme. C'est grâce à cette simple et efficace méthode que cette femme au feu sacré me rappelle,35 ans après, que comme les pages écrites sur Beaudelaire étaient bleues, il était du 19 eme siècle, celles mentionnant Montaigne étaient vertes il était donc du 16eme ou que le siècle des lumières, aux feuilles roses , représentait le 18ème. Des cours intelligents et intéressants n'est ce pas ?un tour de force pour bon nombre d'élèves... Cette érudite m'a, de plus, inoculé son virus en expliquant avec ferveur la différence dans le maniement du moindre mot pouvant induire un autre sens à ce même mot et j'ai le souvenir, toujours vivace, de son insistance quant au fait que la langue française ne possède aucun synonyme : chaque mot comporte, ressassait-elle, sa nuance, son essence et son utilité propre. Et sa passion m'a emmenée un peu plus loin: elle m'a enseigné durant cinq annees le grec ancien, a l'origine de 70% du champ lexical français contre 30% pour le latin, qu'elle maniait tout aussi aisément, indépendamment de cette différence. Encore un moyen, tout aussi efficace que la lecture, de retenir notre orthographe,quelques fois desemparente pour certains...mais quels éclaircissements cette langue morte met à jour!!!! Saviez-vous, par exemple que le mot pharmacie vient de pharmacon,qui en grec signifie poison ? Cette signification singulière face à un nom que vous utilisez couramment ne prend-elle pas un sens tout différent doublé d'un éclairage évident ? Eurêka ?ah! J'en finis avec cette madame Fam dont je détiens encore mille souvenirs, et qui est à jamais dans mon coeur en tant qu'indispensable instigatrice de mon inaltérable envie d'écrire et qui peut-être, me souffle des fois certaines pensées philosophiques dans cet incroyable facilité qu'elle avait à éveiller notre sens critique et qu'elle mettait tant de coeur à mettre en exergue ? Nul ne peut répondre, sans doute, mais peut-être mes si délectables souvenirs vous ont-ils doucement bercés ?avec tendresse et respect je vous mets à l'honneur, madame Fam...
Ah! La langue de Molière ! Jean- Baptiste Poquelin, de son vrai nom, vous et madame Fam devez vous retourner dans vos cercueils, car j'en arrive au sujet qui fâche, qui me fâche, puriste que je suis, la réforme si souvent évoquée et désormais votée de la réforme de l'orthographe ! Comment ? Notre langue, si expressive, si unique, si subtilement nuancée, dont la complexité englobe le charme et la richesse devrait se retrouver simplifiée et dénaturée,par la disparition de lettres, ou d'accents, ou de ponctuation et Dieu sait quoi encore ? N'y a-t-il aucune différence entre un demeuré ou la demeure ? Et les exemples sont pléthore... Aussi nombreux que les minuscules différences d'orthographe d'un mot à un autre...que leur disparité d'origines si reculées, bref de leur quintessence, de leurs façons si innombrables de s'assembler, pour finir par donner une résonnance propre à chacun...le français a la capacité inouïe d'exprimer ce que la parole seule fait moins souvent apparaître, à moins d'être un ténor du barreau ou un académicien... Mais ce chant des mots, frisant la symphonie sous la plume de quelques érudits notoires, deviendra-t-elle cacophonie à force de vouloir la simplifier pour des demi-analphabètes? Car oui, la littérature est un art, elle s'apprend, s'étoffe et acquiert ainsi sa valeur! Effacerait -on un coup de pinceau sur le tableau d'un maître sous prétexte d'alléger une ombre, par exemple ? Quelle hérésie !je finis mon requiem de façon plus légère, non sans rappeler qu'un poème je l'écris sous l'inspiration ou la réflexion, non sur commande.je ne suis que le bras armé d'un sentiment, d'une sensation qui cherche et qui décide quand s'exprimer...
Pour finir, je signale, pour ceux qui auront eu le courage ou l'envie de me suivre jusqu'ici,(ils doivent aspirer à la paix de leurs neurones requis durant ce long plaidoyer)que nous avons découvert,avec Claudine,, le site short-édition.com, éditeur de la littérature courte,un oasis où nous pouvons soumettre nos œuvres, nouvelles, poèmes, iakus ou autres BD, et éprouver ce plaisir de lire ou d'être lu. Certains concours ponctuent cette heureuse initiative de mettre en relation des personnes animées de la passion des mots et de rencontrer des âmes elles aussi promptes à dépeindre leurs désirs , amours ou simples ressentis et philosophies à travers la plume.et que de découvertes,d'échanges et de talents y sont découverts!!!
Alors, pour vous ficher la paix et mettre le mot fin à cet hommage à notre magnifique langue natale, écrivez, lisez, c'est deja en soi un exutoire ou une catharsis mais surtout, comme l'écrivait Voltaire ,"cultivez votre jardin", vous pourrez ainsi récolter, cueillir les fruits mûrs et juteux de votre âme, votre essence, votre quête du savoir et libérer, pour un instant vos doutes, vos questionnements, votre conscience et offrir un peu de votre coeur.

Par un mot je vous dis merci de votre lecture et au prochain numéro, promis, je retourne à la science !
HH

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Mome de Meuse · il y a
Comme vous avez raison! Oui, les mots sont beaux, ils sont puissants, et toute faute est une blessure...
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Freddy Potec · il y a
Entièrement d'accord avec vous sur tous les points. Moi aussi j'ai tout lu dans mon enfance et mon adolescence, nourri à la BD, à la bibliothèque verte, Idéal Rouge et Or, etc.. etc... puis ensuite à tous les auteurs, à la poésie, et c'est pourquoi j'écris. Bonne journée.
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Claudine Lehot · il y a
Merci ! quelle bonne idée d'associer des couleurs à chaque siècle ! Si j'avais eu cette prof, je suis moins perdue dans les siècle.... Bravo HH, c'est très bien écrit. Il est vrai que short éditions nous donne l'occasion de partager nos écris, c'est génial.... Bisous HH
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Frederic Tonnelle · il y a
Ah cette professeur de Français:impossible de laisser cet impérissable souvenir dans les oubliettes,c'est un joli "merci" que tu lui fais là,bravo HH.
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