L'Amante froide

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Finaliste
Jury
Il était deux fois... plus élégant qu’à son accoutumée
Elle le fixa de son regard lointain, impuissant.

Il s'approcha, gêné.

Les hommes sont toujours plus tendres, enjoués, quand ils viennent de vous tromper.
Sa peau sent le plaisir froid, comme les doigts d'un fumeur impénitent.
Non, sans aplomb, par habitude peut-être, il posa ses lèvres sur celles de la belle.
Elle lui rendit son baiser.

Comme chaque matin. Comme chaque fois, quand il rentrait tard dans la nuit, et qu'il sentait le vin ou le sexe, elle lui rendit son baiser...

Souvent, elle rêvait de jeter ses bras autour de cette nuque désirable, de l'embrasser, encore, encore, de soupirer d'aise et tout oser, tout, oui ! Tout... Elle irait au bout du monde, dans ses pas. Près de lui. Il y avait, paraît-il, aux Indes, des temples où les déesses et les dieux s'enlaçaient sans vergogne, s'embrasaient en une délicieuse lenteur, et de toutes les manières, les plus lubriques, pour que brûlent, infiniment, dans leurs chairs, les poisons du plaisir...

Elle adorerait y goûter, une fois, rien qu'une fois, avec son amant...

Mais la réalité était là, froide, morte.
Elle n'était pas une déesse hindoue...
Elle n'avait pas de bras pour l'embrasser.
Elle n'avait pas de fesses, pas de voix, pour le séduire.
Elle n'avait pas de chaleur pour l'accueillir.
Elle n'avait rien pour le satisfaire...

Et pourtant... Elle adorait toujours le contact de ces doigts fins sur sa peau triste.
Sa poitrine frémissait encore, quelque part, quand il posait ses lèvres sur un sein, déjà dur, ou l'autre.
Il s'attardait toujours, un peu plus près, du mamelon gauche.
Et ces baisers, tièdes, chauds, l'emmenaient toujours très loin, au-delà d'elle-même, dans ces jardins où l'on marche main dans la main, où l'on s'assoit sur une pelouse à coquelicots et qu'on se murmure tous ces mots insensés qui veulent dire « je t'aime »...
Toujours.

Peut-être.
Car son amant n'était qu'un homme. Avec les faiblesses d'un homme. Les fantaisies d'un poète et la cruauté d'un enfant.
Alors, chaque jour, elle l'attendait du matin au soir, comme un oiseau qui passe, nue, dans un coin de la chambre, posée, là, immobile, près du miroir.
Sans bras, sans corps, sans matrice ni pensées.
Mais pétrie d'amour et de rêves impossibles.

Certains hommes ont bien un coeur de pierre, pourquoi leurs statues n'auraient-elles pas un coeur de femme ?

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